‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 22 sur 289 · DU GENRE PAL^ONISCUS · texte numérisé non relu

DU GENRE PAL^ONISCUS

Quoique les espèces de ce genre soient généralement connues sous le nom de Palœothrissum, proposé par de Biainville, pour indiquer les rapports qui existent, suivant lui, entre nos Clupes et ces poissons fossiles, je ne saurais cependant leur conserver ce nom, parce que je ne partage nullement l'opinion de de Blainville sur cette prétendue aflinité des Palœothrissum. 31ais il y a ime raison plus puissante encore qui m'oblige à changer le nom reçu pour cette coupe générique , c'est que le genre Palœoniscum de de Blainville ne diffère en rien de son Palaeothrissum. Cette observation a, du reste, déjà été faite par M. Cuvier. Devant donc nécessairement supprimer un des noms génériques, j'ai pi'éféré conserver celui qui n'exprime pas de fausse idée. Cette réunion est d'autant plus nécessaire que l'existence du genre Palœoniscum de de Blainville (son P. Freieslebense) ne repose que sur de mauvais exemplaires de l'espèce qu'il appelle aussi Palœothrissum macrocephahnii , et dont il a placé d'autres exemplaires dans le genre des Clupes, sous le nom de Clupea Lametherii. Comme je l'ai fait voir dans le chapitre précédent, il n'est pas même possible de réunir les Palaeoniscus à la famille des Clupes, ou à quelle autre que ce soit de l'ordi'e des Malacoptérygiens abdominaux. Dire qu'ils appartiennent à la famille des Lépidoïdes, c'est rappeler que leur corps est recouvert d'écaillés rhomboïdales et émaillées, et que les dents de leurs mâchoires sont en line brosse. Ils ont, de plus, une queue prolongée en longue pointe asymétrique.

Après avoir ainsi tracé les limites natui-elles du genre Palaeoniscus, je dois lui assigner ses caractères particuliers. La forme du corps des espèces diffère suivant la grandeur des écailles dont elles sont recouvertes : les imes, qui ont de petites écailles, ont le corps svelte , élancé, étroit ; les autres , plus larges et plus courtes, ont le dos voûté et sont recouvertes d'écaillés considérablement plus grosses. On observe encore une autre différence dans la nature des écailles, c'est que les espèces qui appartiennent au terrain houiller les ont parfaitement lisses; tandis que celles du Zechstein les ont striées. Ces stries résultent des plis ou des enfoncemens qui se forment dans l'émail. Sur la tab. A. du vol. I. , les fig. 4 et 5 représentent les formes extrêmes de deux espèces de ce genre, d'après tous les fragmens que j'ai observés.

Le genre Palaeoniscus est, à bien des égards, tout à fait semblable à celui des Amblypterus; cependant il en diffère par la forme et la composition des nageoires qui

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sont toutes de moyenne grandeur, petites même, et formées d'un nombre de rayons beaucoup moins considérable ; sur le bord externe de toutes, l'on voit distinctement des rayons en V beaucoup plus gros que sur les nageoires des Amblypterus. La dorsale est toujours opposée à l'espace qu'il y a entre les ventrales et l'anale, elle ne s'étend jamais beaucoup au-delà du bord antérieur de celle-ci. Les pectorales et les ventrales sont généralement petites, celles-ci surtout; la ceinture tboracique, cependant, est formée d'os forts et vigoureux. L'anale est rarement aussi grande que la dorsale, quoique proportionnellement ces deux nageoires soient petites aussi ; il y a toujours de grosses écailles impaires en avant de leur bord antérieur. La caudale enfin est formée comme dans les Amblypterus , de deux lobes, dont l'inférieur, plus large et plus court, est composé de rayons plus longs que ceux qui s'étendent en dessous du prolongement de la queue et qui forment le lobe supérieur de la nageoire.

Les Paleeoniscusontlatête assez singulièrement conformée ; surtout dans la partie antérieure de la face, qui forme une saillie arrondie au-dessus et en avant de la mâchoire supérieure, occasionnée par le renflement et le prolongement de l'ethmoïde et du frontal antérieur. Le profil du nez ressemble assez à celui de certains Sciaenoïdes à museau saillant. Une série de petits osselets étroits entoure le bord inférieur de l'orbite. La gueule est très-fendue dans la plupart des espèces, mais les dents sont si excessivement petites qu'il est très-rare de pouvoir les distinguer 5 elles sont en brosse. Les mâchoires sont assez fortes, l'inférieure surtout, qui est plus large que la supérieure. Les rayons delà membrane branchiostègue , placés entre les deux os mandibulaires, présentent une série de larges plaques imbriquées les unes sur les autres. Les pièces operculaires sont plus ou moins larges suivant les espèces, mais toujours formées de quatre os, le préopercule, l'opercule, le subopercule et l'interopercule ; l'opercule est constamment le plus grand et le plus large , tandis que le préopercule , fortement arqué , ferme en arrière la fosse temporale. Tous les os du crâne et de la face sont lisses, dans quelques espèces •, dans d'autres ils sontsculptés d'une granehire ou de stries plus ou moins serrées.

Quelquefois l'on a indiqué, comme caractère de ce genre, des nageoires complètement recouvertes d'écaillés jusqu'à l'extrémité des rayons. 11 semble que rien ne devrait être plus facile à décider que la nature,, ou seulement la présence ou l'absence de parties qui ne sont pas même très-petites, et cependant on éprouve de grandes difficultés en examinant cette question , et l'on est insensiblement conduit à des considérations d'une portée toute différente. Pour les Amblypterus, l'affaire me parait décidée 5 les divisions transverses que l'on voit sur les rayons sont bien les articulations de ceux-ci, placées bout à bout les unes à la suite des autres ; c'est surtout visible dans les espèces à rayons moins fins, par exemple, dans l'Amblypterus latus. Mais pour les Palœoniscus , il paraît que la structure des nageoires n'est pas la même dans toutes les espèces; dans

les Palîeoniscus Blainvillei et Voltzii, du moins, il est e'vidcut que les divisions transverses que Ton voit sur les nageoires proviennent des séries d'écaillés qui en recouvrent les rayons, et qui même sont placées de manière à reposer sur les bords avoisinans de deux rayons, et à se recouvrir sur le milieu de chacun d'eux ^ car en enlevant soigneusement ces petites plaques, on voit en dessous celles du côté opposé alterner avec l'empreinte des rayons, comme l'écaillé des tortues alterne avec les sutures des côtes. Dans d'autres espèces de ce genre, en revanche, ces divisions paraissent formées comme dans les Amblypterus, et placées sans imbrication, bout-à-bout à la suite les unes des autres^ c'est le cas du Palœoniscus Freieslebeni. Cependant les grosses écailles impaires , placées au bord antérieur des nageoires verticales passent si insensiblement aux rayons articulés, que l'on est à se demander si, sur ces points et dans ce cas, il n'y a pas une transition insensible entre les tégumens extérieurs et le squelette interne. Cette transition est déjà incontestable pour quelques parties de la tête , comme je l'ai fait voir au chapitre sur l'ostéologie ; par exemple, pour les os surtemporaux qui sont tantôt de véritables os, tantôt de véritables écailles, faisant suite à celles de la ligne latérale. Il en est de même des osselets sous-orbitaires, suprascapulaires et de l'opercule, quoiqu'ils soient quelquefois eux-mêmes recouverts d'écaillés.

Je connais déjà dix espèces de ce genre, qui paraît être circonscrit dans les limites du terrain houiller et du Zechstein. Il ne serait cependant pas impossible qu'on en découvrît des traces dans le grès bigarré, le Muschelkalk et le Reuper; mais ce que je crois pouvoir affirmer, c'est qu'il ne remonte pas aux terrains jurassiques, dont les nombreux représentans de l'ordre des Ganoïdes ont tous la queue régulière , et jamais prolongée en une longue pointe formant le lobe supérieur de la caudale, comme cela a lieu constamment pour les genres des terrains antérieurs. J'ignore quelles étaient les dispositions de la nature qui ont produit ces singulières différences, mais il est certain qu'elles existent, et que ce serait méconnaître notre tâche que de les ignorer, ou d'attribuer peu d'importance à un fait, aussi général et aussi constant. Ce sont les Pholidophorus qui remplacent dans les terrains jurassiques le genre dont il s'agit dans ce chapitre.

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