‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 229 sur 289 · V. Gyrodus jurassicus Agass · texte numérisé non relu

V. Gyrodus jurassicus Agass

Vol. 2, Tab. 69 o, fig 25 et 26.

Il n'est pas difficile de voir que la mâchoire que nous décrivons sous ce nom est une mâchoire inférieure, soit qu'on la regarde d'en haut (fig. 26) ou de profil (fig. 25). L'os de la mâchoire est fort épais et courbé à-peu-près en demi-cercle (fig. 25). Les rapports entre les dents sont fort difTérens de ce qu'ils sont dans la mâchoire supérieure. Chaque mâchoire porte quatre rangées parfaitement semblables des deux côtés , de manière à former un pavé continu. Les dents les plus développées sont celles de la troisième rangée en allant de dehors en dedans ; elles sont allongées transversalement , légèrement obli(|ues et vont en décroissant d'arrière en avant. Leur longueur est d'environ trois lignes sur deux lignes de large. Leur nombre est de neuf sur la mâchoire gauche, qui est entière. Toutes ces dénis , depuis les premières jusqu'aux dernières , sont marquées d'une rigole très-caractérisée , entourant le sommet, qui est large et plat. Cette rangée pHncipale est flanquée extérieurement d'une rangée de petites dénis qui occupent le fond d'une dépression ou rigole entre la rangée principale et la rangée externe, et qui n'ont guère que la moitié des dimensions des précédentes : elles sont en outre très-irrégulières , et quoique , par leur position , elles dussent être plus protégées que les autres , ce sont cependant celles qui paraissent le plus endommagées dans notre exemplaire. J'en compte douze sur la branche gauche de noire exemplaire , qui est la mieux conservée. La série externe a des dents plus régulières, très-semblables à celles de la rangée principale, mais un peu plus petites et plus inclinées en dedans. Il y en a douze sur la mâchoire gauche de notre exemplaire. Toutes sont allongées transversalement, très-serrées et un peu obliques. Leur sommet est assez irrégulier, lorsqu'on examine la mâchoire de profil (fig. 25). Enfin, il nous reste à mentionner la rangée interne. Ses dents sont moins nombreuses que celles des autres rangées ; je n'en compte que sept sur la branche gauche. Elles sont plus petites que celles de la rangée externe; mais au lieu d'être obliques, elles sont ordinairement allongées dans le sens de l'axe longitudinal de la mâchoire ; il est évident aussi

que leur position influe beaucoup sur leur direction , et que lorsque l'espace ne leur permet pas de se développer dans le sens de la longueur, elles affectent une forme plus ou moins irrégulière.

Une particularité qui m'a frappé, c'est que les dents de toutes les rangées sont parfaitement lisses, même dans les endroits où l'on ne peut pas admettre d'usure. Or, quoique je n'attache pas une grande valeur aux rides de l'émail dans la détermination des espèces, je crois néanmoins que leur absence complète dans le cas particulier doit être pris en considération. C'est l'une des raisons qui m'ont empêché d'identifier celte espèce avec le G. Cuvieri décrit ci-dessous.

Lorsqu'on examine cette mâchoire de profil, on voit que les dents de la rangée externe et celles de la troisième rangée ou rangée principale sont les principaux instrumens de mastication ; car elles débordent considérablement celles des autres rangées , et sont en même temps plus grandes et plus régulières. Toutes les dents d'une rangée sont ordinairement usées d'une manière uniforme , présentant au milieu une surface plane entourée d'une dépression annulaire.

Fj'original, découvert par M. Hugi dans les carrières du portlandien de Soleure. se trouve au nuisée de cette ville. Lord Enniskillen possède aussi un fragment de la même espèce, provenant du Jura suisse.

VL (ïYPiODus Cuvieri Agass.

Vol. 2. Tab. 69a, fig. 21-23.

Le fragment figuré représente la branche droite de la mâchoire inférieure d'une espèce particulière de Gyrodus. Les dents sont en général moins allongées, quelques-unes sont même presque circulaires ; mais ce qui les dislingue surtout, c'est que leur sillon annulaire est beaucoup plus développé ; la surface du sommet est en revanche d'autant plus petite ; c'est ce qui fait que lorsqu'on examine la mâchoire de profil , les dents paraissent en quelque sorte mucronées (fig. 21). Les dents vont, comme d'ordinaire, en décroissant sensiblement d'arrière en avant , et celles de l'exlrémilé postérieure ont des dimensions au moins doubles de l'extrémité antérieure. J'en compte douze dans la rangée principale : quoique à-peu-près circulaires , elles sont cependant légèremenl obliques. Les dents de la seconde rangée occupent une large dépression. La plupart sont circulaires, mais leur position n'a rien de régulier. Les dents de la rangée externe se distinguent en ce qu'elles sont toutes allongées trans\ersalement, comme si l'espace leur avait manqué pour se développer ; je n'en compte pas moins de quatorze dans notre exemplaire ; leurs dimensions le cèdent à peine à celles de la rangée principale. Lnfin les dents de la quatrième rangée, ou rangée interne, sont les moins nombreuses: il n'y en a que huit dans notre exemplaire ; aussi cette série n'est-elie que de moitié aussi

longue que la série externe. Leur forme est à-pcu-près circulaire. Leurs dimensions sont supérieures à celles des dents de la seconde rangée.

Lorsqu'on examine cette mâchoire de profd, par derrière (fig. 23), on voit que les première et troisième rangées exercent la principale fonction de la mastication par leur position aussi bien que par leur taille. La seconde rangée est très-enfoncée.

L'original se trouve dans la collection de Miss Benell ; il a été trouvé par M. le D' Sutlou Apsiey, à Landford près de Weymouth , en Angleterre. Je ne doute nullement que ce ne soit un fossile jurassique. Il en existe une autre mâchoire tout aussi bien conservée dans la collection de M. le D' Buckland ; mais les plus beaux se trouvent dans la collection de M. Bouchard, à Boulogne-sur-Mer. Ce sont deux branches de la mâchoire inférieure , une droite et une gauche, qui ont conservé à-peu-près toutes leurs dents, et qui probablement appartenaient au même animal. Elles proviennent de l'argile de Kimmeridge. Je ne dois pas cacher cependant que les dents de la rangée principale sont un peu moins allongées que dans le fragment lîguré ; et à cet égard , elles se rapprochent un peu du G. jurassiens : mais, d'un autre côté, les rides nombreuses de la couronne empêchent cependant de les confondre.

\ 11. Gyrodvts punctatus Agass.

Vol. 2,Tab. 69rt, fig. 2^.

Le fossile que j'ai figuré sous ce nom est une mâchoire supérieure que j'ai tout lieu de croire complète, d'après l'analogie du G. umbiliciis. La forme et les dimensions relatives des dents des différentes rangées suffisent pour nous prouver que c'est une espèce différente de cette dernière. Je lai appelée G. punctatus, à cause du pointillé très-distinct des dents, qui provient sans doute de la terminaison des canaux médullaires. La rangée moyenne est encore ici la rangée principale ; cependant sa prépondérance sur les autres est moins frappante que dans le G. tmihilicus. Je compte huit dents dans cette rangée; les postérieures, qui sont les plus grandes, sont un peu allongées transversalement; les antérieures sont presque circulaires. Les dents de la rangée intermédiaire sont de chaque côté très-irrégulières , mais, en somme , allongées longitudinalement ; elles semblent aussi déborder les autres rangées en arrière, si toutefois les dernières dents ne sont pas enlevées. Les dents de la rangée externe ont le même caractère que nous avons déjà indiqué en décrivant le G. timhilicus , c'est-à-dire que leur bord externe est tronqué d'une manière très-uniforme, comme si on les avait toutes rognées au moyen d'une équerre. Ce sont aussi celles dont les dimensions présentent les variations les plus considérables. Celles de l'arrière ou du fond de la gueule sont à-peu-près aussi grandes que celles de la rangée principale, mais elles diminuent au point que les antérieures sont à peine plus grandes que celles de la rangée intermédiaire.

L'original se trouve au musée de York , sans indication de gisement ; mais je ne doute cependant pas que ce ne soit un fossile jurassique, probablement de l'oolite de Malton,

Il se pourrait que ce vomer appartînt à la même espèce que la mâchoire inférieure que nous venons de décrire sous le nom de G. Cmieri. La forme des dents et leur pointillé très-remarquable rend même la chose assez probable. Cependant, comme je n'ai pas encore découvert d'exemplaire dans lequel j'aie pu étudier les dents des deux mâchoires dans leurs rapports réciproques , je préfère, en attendant de plus amples informés, décrire ces deux mâchoires sous des noms particuliers.

V^III. Gyrodus trigonus Agass.

Daprès les rapports qui existent entre les dents de Pycnodontes et la taille des poissons qui les portaient, l'espèce dont il est ici question devait être de petite taille. Je ne connais encore que le vomer, qui est remarquable en ce qu'il se rétrécit très-rapidement d'arrière en avant , de manière à paraître à-peu-près triangulaire. Les dents de la rangée médiane sont de forme ovale et transverses , comme dans les Pycnodus : mais on n'en reconnaît pas moins le caractère des Gyrodus aux inégalités et aux rugosités de la couronne. Vn gros pli règne autour de la plupart des dents principales, et ce n'est que lorsqu'elles ont été usées par la trituration ([u'elles deviennent parfaitement lisses et unies. Dans ce cas, il est quelquefois fort difficile de distinguer cette espèce de certains petits Pycnodus. Les dents des rangées latérales sont trèspetites et circulaires ; la plupart n'ont guère que la grosseur d'une tête d'épingle ; leur surface est généralement rugueuse , à moins qu'elle n'ait été polie par l'usure.

Cette espèce est propre au calcaire de Slonesfield. L'original se trouve dans la collection de lord Enniskillen. Il en existe également un fort beau vomer dans celle de sir Philipp Egerton.

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