‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 246 sur 289 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DU GENRE DERCETIS Munst. et Agass.

J'ai donné, de concert avec M. le comte de Munster, ce nom à un type particulier de poisson de la craie , qui rentre , selon toute apparence , dans la famille des Sclérodermes de Cuvier. Tout le corps est allongé, et il en est de même de la tète, qui se prolonge en un bec étroit. La mâchoire supérieure est un peu plus longue que l'inférieure ; toutes deux sont armées de dents coniques trés-élevées , qui alternent avec d'autres plus petites. La charpente osseuse est composée de vertèbres robustes , plus longues que hautes , grêles au milieu et três-renflées aux articulations. Les pectorales sont très-grandes ; les ventrales , três-rapprochées des pectorales, sont courtes et ne comptent qu'un petit nombre de rayons. La dorsale occupe à-peu-près toute la ligne du dos , car elle connnence en avant des ventrales et s'étend jusque près de l'origine de la caudale. L'anale a à-peu-près la moitié de la longueur de la dorsale et finit au même point. La caudale est grêle et peu échancrée. A tous ces égards, ce genre se rapproche évidemment du genre Blochms que nous venons de décrire. D'un autre côté les flancs sont garnis de trois rangées de singuliers écussons , semblables à ceux des Esturgeons, mais assez grands pour recouvrir toute la surface du corps. Ces écussons, en forme de cœur de carte , sont osseux, granuleux à leur surface extérieure et surmontés d'une saillie anguleuse au milieu.

On ne connaît jusqu'ici que deux espèces de ce genre, l'une et l'autre proviennent de la craie.

\. Dercetis elongatus Agass.

Vol. 2, Tab. G6rt, fig. 1-8.

Quoiqu'on ne possède encore que des fragmens de cette espèce . on reconnaît cependant en eux le vrai type du genre Dercetis , qui se trahit par ses vertèbres allongées , par sa tète robuste, ses longues mâchoires, ses dents fines et acérées, et enfin par ses écailles ou écussons osseux d'une structure particulière. J'ai représenté, dans les fig. \ et 2 , deux plaques montrant chacune à-peu-près le squelette entier. On y reconnaît, entre autres, d'une manière distincte, la structure de la colonne vertébrale, dont les vertèbres s'allongent insensiblement

— 2f)9 — d'avant en arrière , tout en se rétrécissant au milieu , ce qui fait que tandis que les premièi-es vertèbres abdominales sont à-peu-près cylindriques, les vertèbres caudales sont du double plus longues et fortement échancrées au milieu. Les apophyses épineuses sont très-grèles. et leur longueur ne dépasse guère celle des vertèbres. En revanche, on y découvre trois rangées de crochets robustes qui ne sont autres que les écussons ou écailles des flancs. Vus à la loupe, ils se présentent en face sous la forme de (ig. 6, et de profil comme fig. 7. Ce sont des appendices de structure celluleuse, et il n'y a que le sommet du crochet qui soit parfaitement lisse. La tète est à la fois grosse et longue, et la mâchoire supérieure dépasse un peu la mâchoire inférieure. Les dents sont très-serrées , mais d'inégale grandeur ; les plus grandes alternent avec d'autres plus petites.

La fig. 3 représente un fragment de la partie antérieure du tronc, là où les écailles sont encore courtes. Le bord dorsal est garni de quelques rayons qui frappent par leur grosseur.

La fig. k représente un fragment de la partie postérieure du tronc avec quelques vestiges incomplets des nageoires.

Fig. 3 est une portion de la colonne vertébrale d'un grand individu qui avait au moins des dimensions triples et quadruples de celui de fig. i et 2.

La fig. 8 enfin représente une vertèbre isolée avec ses apophyses. On reconnaît à la base de ces dernières la même structure celluleuse qui caractérise la base des écussons.

Tous ces fragmens font partie de la collection de M. Mantell. Ils proviennent de la craie blanche des environs de Lewes.

H. Dercetis scutatus Miinst. et Agass.

Il existe dans la collection de M. le comte de Miinster une espèce admirablement conservée, de la craie de Weslphalie. On y reconnaît surtout bien la forme et la disposition des nageoires, dont les rayons sont plus ou moins divisés. Ceux de la caudale et des pectorales le sont jusqu'à la base ; ceux de la dorsale et de l'anale seulement à leur extrémité. Les dents sont plus grandes et plus effilées que dans le D. elouyatvs. Les écussons sont ridés à leur surface extétérieure, et lorsqu'on examine ces rides à la loupe, on trouve qu'elles sont composées de séries petites et grandes qui rayonnant du sinus postérieur de l'écaillé vers les flancs.

CHAPITRh: Yl.

DU GENRE RHINELLUS Agass.

Je place dans un genre particulier de la famille des Sclérodermes. un petit poisson du Liban qui se dislingue par plusieurs caractères très-remarquables qui sont, entre autres, sa forme très-allongée et son museau très-effilé. Le squelette est grêle ; les nageoires sont bien développées. J'ai trouvé, en combinant les fragmens que je possède, qu'il devait y avoir deux dorsales fort distantes, l'une près de la tête, l'autre près de la caudale ; cependant leur existence sinmitanée n'est pas démontrée positivement , car il se pourrait que les divers fragmens que j'ai examinés provinssent de deux poissons différens. La nageoire caudale est assez grande et fourchue. Enfin, l'enveloppe légumentaire est garnie de trois séries de plaques ou d'écussons qui rappellent ceux des Dercetis , et c'est ce qui m'a engagé à placer mon nouveau genre à côté de ce dernier. Je dois néanmoins faire remarquer que ces écussons ne sont pas également visibles sur tous les fragmens que j'ai eus à ma disposition ; c'est même cette circonstance qui me fait encore douter de l'existence d'une double dorsale. Si le caractère tiré des écussons est fondé et s'il existait réellement deux dorsales, le genre Rhinellus ne différerait du genre Dercetis que par l'arrangement des rayons du dos.

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