IX. Pal.eoniscus Fkeieslebem Aoass
y ol . 2 . Tab . 1 1 et 1 2 .
Cette espèce est connue depuis plus d'un siècle sous le nom d'Ichthyolithus eislebensis; elle est si commune qu'il n'y a pas de collection dans laquelle on n'en trouve quelques exemplaires , pas de vieil ouvrage sur les fossiles qui n'en fasse mention ou n'en donne quelque figure. Pour ceux qui les ont représentés, ces poissons étaient ou des objets de simple curiosité, ou tout au plus des exemples surprenans d'animaux aquatiques dans des couches solides de l'écorce de notre globe ; mais au lieu de chercher à les déterminer rigoureusement, ils se contentaient de les comparer vaguement avec le petit nombre d'espèces de poissons vivans qu'ils avaient sous les yeux. Cependant quelques-unes de ces planches sont assez bien faites et rendent même les caractères particuliers de leurs écailles, la forme irrégulière de leur caudale et la disposition générale des nageoires , d'une manière beaucoup plus conforme à la
nature , que les descriptions des premiers auteurs qui ont cherche à les déterminer systématiquement.
Les meilleures figures du Palaeoniscus Freieslebeni sont celles de Wolfart Ilist. nat. IIassia> infer. parsl. pi. 12. f. i. pi. \(\. f. 2. 3. et 4- pi- ï6, 17 et 20.^ celles de Mylius 31emorab. Saxoniœ subter. pars I. pi. l\. ; et celles de Schenclizer^\%Q\\m\ quer. et vindic. pi. 2. f. i. et pi. 4- f- 2. On en trouve encore d'autres dans Lan^ Hist. lapid. iîgur. Helvetiœ pi. 6. f. 3. , et pi. 7. f. 4- 5 dans Leihnitz protogœa, dans BiittneiYwAerdi diluvii testes pi. 18. f. 2.; dAns Liebknecht llassioe subterran. spécimen pi. 5. f. I.; dans Knorr et TValcli Natur. der Yersteiner. pi. 17. f. i. et 2, pi. 18. f. 2., pi, 19. f. I. et 2., et pi. 20. f. 2. et 3.j dans les Rariora Musei Besleriani pi. 32. f. i. et 4- ? etc.
Avant de pouvoir tenter , avec quelque espérance de succès , une comparaison détaillée des poissons fossiles avec les espèces vivantes , il a nécessairement fallu attendre une époque qui pût fournir à l'observateur assez de matériaux sur l'organisation des animaux en général et sur celle des poissons en particulier, pour que des parties d'un être organisé on parvînt à conclure à son ensemble, et, à moins de créer toute la science paléontologique , attendre également des antécédens assez nombreux sur la disparition de la surface du globe des grandes espèces terrestres de vertébrés quadrupèdes, pour que les conséquences analogues déduites de l'étude des poissons, venant dévoiler quels ont été les changemens survenus dans les eaux pour que des espèces aquatiques aient également disparu de leur sein , ne fussent plus qu'une confirmation ou une extension de lois en partie déjà connues. Car quelque exactes qu'eussent été les descriptions des poissons fossiles , quelque considérables qu'eussent paru les différences que l'on trouve dans leur organisation, en les comparant avec les poissons de nos mers, lorsqu'on aurait avancé que ces espèces ont disparu de la surface du globe, pour s'ensevelir sous les différens feuillets de son écorce, on aurait toujours eu à combattre la supposition possible qu'ils vivent encore dans quelque parage lointain jusqu'ici inaccessible à nos recherches ; tandis que les faits connus sur la distribution géographique des grands mammifères, et la régularité du gisement des fossiles met hors de doute qu'il en est de même pour toutes les classes du règne qui ont eu leurs représentans d'autrefois, comme elles ont ceux d'aujourd'hui, différents les uns des autres. Le fait, d'abord négatif, que l'on ne retrouve nulle part dans la mer les espèces que l'on trouve à l'état fossile, devient dès lors positif pour prouver l'analogie dans l'ordre de succession des animaux de toutes les classes. Tout le lîionde sait que la science est redevable à Cuvier des immenses progrès qu'elle a faits et qu'elle fait encore dans les deux directions que j'ai signalées plus haut.
Quant aux poissons, de Blainville, dans un article sur les Ichthyolites , inséré dans le Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle, vol. 28% a le premier reconnu que ceux du Zechstein ne peuvent pas tous être rapportés aux genres existans maintenant, puisqu'il en désigne plusieurs sous les noms de Palaeoniscum Freieslebenense et de Palœothrissum macrocephalum ; mais, trompé par l'état de conservation des plaques qu'il a examinées , il a établi ces deux genres (sans précisément les caractériser) sur des individus d'vine même espèce , tandis qu'il en a reporté d'autres de la même espèce encore (mais moins marqués sur la pierre) au genre Clupca , sous le nom de Clupea Lametherii.
Par l'examen des originaux sur lesquels elles ont été établies, je me suis assuré de l'identité de ces espèces, que je réunis ici sous le nom de Paleeoniscus Freieslebeni. 11 faut encore ranger ici, comme synonymes, le Palaeothrissum œquilobum Huot, qui est un exemplaire dont le lobe caudal supérieur replié sur lui-même, et par là raccourci d'autant qu'il est naturellement plus long, forme avec le lobe inférieur, en dessous duquel il se trouve placé par ce ploiement, une nageoire caudale fourchue à lobes égaux , caractère qui , s'il était vrai , exclurait ce poisson du genre où on l'a placé. Dans un catalogue manuscrit, j'avais indiqué successivement ce poisson sous les noms de Palaeothrissum vulgatissum, ouornatum, ourhynchœum, voulant éviter par un changement de dénomination la confusion de sa synonymie; et ne m'étant pas encore arrêté pour un de ces noms spécifiques, j'ai étiqueté de ces différens noms , dans difféi'entes collections , des exemplaires de l'espèce dont il s'agit ici. Dans quelques catalogues des fossiles caractéristiques du Zechstein, entre autres dans la traduction allemande de Dechen du Manuel de géologie de de la Bêche, le Palaeoniscus Freieslebeni, qui ne se trouve que dans le Zechstein d'Allemagne, a été confondu avec le Palaeothrissum inaequilobum de Bl. (mon P. Blainvillei) , qui ne se trouve qu'à Autun, et on lui attribue à tort les gisemens de ces deux espèces. Il en est de même dans le Manuel de géologie de Walchner. De Blainville attribue aussi à tort le Palaeoniscus des mines de mercure du Palatinat (que j'ai appelé P. Duvernoy) à son Pal. Freieslebenense. N'ayant pas vu d'exemplaires originaux du Palaeothrissum blennioïdes HoU, je ne puis lui assigner sa place avec certitude; cependant je le crois aussi synonyme du P. Freieslebeni. Germar enfin, frappé sans doute de l'inégalité des lobes de la caudale de ce poisson, l'appelle Acipenser bituminosus.
Quant au gisement de ces ichthyolithes , les renseignemens donnés par M. Freiesleben, dans son Beitrag zur Renntniss des Rupferschiefergebirges , ne laissent rien à désirer. Cependant le Palaeoniscus Freieslebeni n'est pas la seule espèce de poissons que l'on trouve dans le Zechstein d'Allemagne; il y en a encore plusieurs autres, mais qui ont été mal distingués jusqu'à présent, et sur lesquels je donnerai, avec le
temps, tous les renseignemens que j'ai pu recueillir. En les indiquant ici, par anticipation sur Tordre systématique, je désire seulement faire disparaître les erreurs nombreuses qu'il y a dans les catalogues des ouvrages géologiques et demander des renseignemens précis sur leur distribution géographique. Les espèces que je connais sont une seconde et une troisième espèce de Palœoniscus , désignés dans le Tableau synoptique, page 5, sous les noms de Pal. macropomus et de Pal. magnus. Les Palœothrissum macropterum Bronn et P. parvum de Bl., indiqués dans le Manuel de de la Bêche , traduction de Dechen , comme provenant de ïhuringen , ne s'y trouvent jamais. Les autres espèces du Zechstein sont deux Platysomus, les Platysomus gibbosus Agass. et Platysomus Rhombus Agass. , tabl. syn. p. 6., rapportés au genre Stromateus par de Blainville et Germar; mais je ne sais sur quoi repose cette réunion; et enfin le Pygopterus Humboldti Agass. , tabl. syn. p. lo. , qui est en même temps le Palœothrissum magnum de Bl. et l'Esox eislebensis de Rriiger. Quant au Gyrolepis asper Agass., tabl. syn. p. 6., il est encore douteux. Malgré le nombre prodigieux d'exemplaires que j'ai vus de ces six espèces, il m'est impossible d'indiquer avec quelque certitude les diiïérentes localités où l'on trouve chacune d'elles ; et pourtant il serait intéressant de savoir comment elles sont distribviées dans les couches de la formation qu'elles caractérisent. La seule collection que j'aie vue, dont tous les exemplaires portassent l'indication de leur gisement, est celle que 31. de Humboldt a donnée au Muséum d'histoire naturelle de Paris : c'est en même temps la plus belle que je connaisse; elle contient toutes les espèces sus-mentionnées, et chacune s'y trouve en plusieurs exemplaires de différentes grandeurs, mais tous sont des mines de Rothenbourg. Wolfart indique en outre le Pygopterus Humboldti à Nendershausen et à Riegelsdorf , et un fragment de la collection du comte de Munster provient de Glucksbrunn près de Lœwenstein. Les deux Platysomus paraissent se trouver plutôt dans le Mansfeld. Le Palaeoniscus macropomus ne s'est encore trouvé qu'à Rothenbourg; le Palœoniscus magnus est indiqué par Wolfart à Nendershausen, tandis que le Palaeoniscus Freieslebeni est cité à Riegelsdorf, à Thaliter , à Nendershausen , à Willengenrode , à Eisleben ; mais toutes ces indications méritent confirmation et surtout un nouvel examen basé sur la connaissance des espèces.
Je ne puis rien aflîrmer encore sur 1 identité ou la différence des espèces de Middleridge et d'East-Thickley comparées à celles du Zechstein d'Allemagne; mais les géologues anglais, M. Sedgwick surtout, qui a si bien décrit la structure de cette formation, nous apprendront sûrement en quoi diffèrent les Palœothrissum elegans, macrocephalum et magnum représentés dans les Géolog. Transact. ; si en effet ce sont des espèces distinctes, car je ne trouve aucune différence dans les figures. Et puis une comparaison directe de ces empreintes avec celles d'Allemagne devient d'autant
plus nécessaire, que l'assertion positive de de Blainville sur l'identité du Palœothrissum magnum des Trans. Géol. , avec l'espèce à laquelle il a donné ce nom est plus que douteuse , ces deux poissons appartenant évidemment à des genres différens. L'inspection des figures me porte assez à croire que toutes les empreintes de Palaeothrissum du 3Iagnesian-Liniestone appartiennent à une seule et même espèce différente de celle du Mansfeld. Du reste, les autres espèces d'East-Thickley appartiennent aux deux autres genres qui ont aussi des représentans dans le Zechstein d' Allemagne: ce sont les Platysomus striatus, macrurus et parvus, et le Pygopterus scoticus Agass.
J'ai vu plusieurs centaines de plaques du Palaeoniscus Freieslebeni dans les musées de Munich, de Carlsruhe, de Stuttgardt, de Strasbourg, de Paris, de Bxeslau, de Vienne et de Pragues, et dans les collections particidières de MM. Bronn, Walcliner, Braun, de Haber, de Munster, Brongniart et Régley. Ceux du Muséum d'histoire naturelle de Paris et ceux de la collection de M. Brongniart, qui renferme les originaux des descriptions de M. de Blainville, encore étiquetés de sa main, ont été les plus précieux pour moi , parce qu'ils m'ont mis en état d'établir la synonymie de cette espèce avec la plus grande certitude. Quant aux originaux de mes planches, le petit exemplaire de la tab. ii. f. i. appartient à mon ami M. Alex. Braun à Carlsruhe; celui de la f . 2. se trouve au Musée de Stuttgardt, et m'a été communiqué par M. le professeur Jceger; celui de la f . 3. et le i" de la tab. 12 ont été donnés au Muséum de Paris par M. Alex, de Humboldt, avec une collection choisie de toutes les espèces que l'on trouve dans le Zechstein du Mansfeld •, enfin l'exemplaire de la fig. 2. tab. 12. se trouvait déjà au Muséum de Paris. Il est rare de trouver des exemplaires de cette espèce qui soient parfaitement droits et dans un état de conservation aussi favorable à leur examen que ceux qui sont représentés sur ces deux planches. Pour la plupart ils sont fortement arqués, en demi-cercles plus ou moins ouverts suivant la taille des individus-, les jeunes sont ordinairement plus courbés que les vieux, mais toujours leur courbure est telle que sa convexité est formée par ie bord du ventre, et que le dos est concave. Il est assez rare de trouver des exemplaires complètement déprimés dans toute leur étendue ; ce n'est guères que la tête et la partie antérieure du tronc qui l'est quelquefois, comme dans l'exemplaire de la fig. 2. tab. 11. : on voit plus souvent des individus dont l'un des côtés paraît avoir un peu glissé sur l'autre , tandis que la tête est déprimée et se présente soit par sa surface supérieure, soit par sa surface inférieure.
Ce que l'on a dit sur l'état de ces poissons , sur les positions violentes qu'ils semblent avoir, sur les contorsions qu'ils ont dû faire, et sur les mouvemens convulsifs dans lesquels on les a fait expirer, au moment où le sulphure de cuivre, contenu dans les roches qui les recèlent, a pénétré les eaux qui les contenaient; tout cela s'explique
sans dillicultc lorsque l'on fait attention à la manière dont meurent la plupart des poissons et lorsqu'on tient compte de leurs formes naturelles. En luttant contre la mort, les poissons consument le peu de force qui leur reste dans la tentative de conserver leur position horizontale et de rester debout entre deux eaux; lorsqu'ils sont épuisés, ils viennent flotter à la surface de l'eau, le ventre en Tair. Leur agonie est en général courte et paisible; je n'ai jamais vu qu'elle fût accompagnée de mouvemens Aiolens ; ils font tout au plus encore quelques essais impuissans pour se redresser et s'endorment enfin. Lorsque la raideur cadavérique s'empare de leur corps, il est tout naturel que ce soient les régions les plus musculeuses qui se retirent le plus; aussi tout le dos se contracte-t-il , il devient d'abord droit , puis concave , et enfin l'abdomen se voûte plus ou moins, à mesure que le dos se courbe davantage (*) . C'est dans cet état que le poisson tombe au fond de l'eau, où il reste jusqu'à ce que la putréfaction et le dégagement des gaz qui se forment dans son abdomen , changent de nouveau ses formes et le fassent encore flotter à la surface de l'eau.
Il est tout naturel aussi et conforme aux lois de la gravitation , que sur le fond d'un bassin, (que ce soit un lac, une rivière ou la mer, peu importe,) les poissons péris se déposent suivant leurs formes naturelles, tantôt sur les flancs, sur le dos ou sur le ventre. De la position qu'affectent *'la plupart des exemplaires du Paleeoniscus Freieslebeni, l'on est donc bien plutôt en droit de conclure qu'ils sont fort comprimés dans la partie caudale de leur corps, plus arrondi dans sa partie antérieure, et peutêtre légèrement déprimé sur la tête, comme les Lottes, du moins lorsqu'elles sont maigres, que d'attribuer cette position, dont la régularité devient alors inexplicable, à des mouvemens violens qu'aurait faits le poisson, en luttant contre les matières dans lesquelles il se sentait envelopper. En général je ne crois pas à une mort violente, du moins pas par des causes mécaniques , pour la plupart des fossiles ; il y en a certainement bien peu qui aient succombé au choc des matières charriées. Il faut bien plutôt attribuer leur mort à la tension électrique de l'atmosphère, à la pression quecelle-ci a dû exercer à la surface du globe etaux changemens de température survenus à l'approche de bouleversemens capables de changer son aspect et d'occasionner la formation de nouvelles couches solides , dans lesquelles les êtres organisés flottans dans les eaux ou gisans sur la terre, ont été ensevelis dans toutes les positions possibles^ suivant leur nature et les lieux qu'ils habitaient durant leur vie. On trouvera plus de détails sur ce sujet à la fin du premier volume.
(*) Tous les poissons allongés subissent de cette manière des cliangemens de forme plus ou moins considérables, immédiatement après leur mort ; voilà pourquoi la plupart des figures de poissons qui existent, représentent des contorsions que l'animal vivant est incapable de produire. La courbure des corps morts est en général d'autant plus forte que les os du squelette sont plus grêles, ou que les individus plus jeunes les ont moins solides.
Il est impossible d'apprécier tous les changemens que les substances animales peuvent avoir subis depuis qu'elles gisent dans la roche. Cependant je m'occupe maintenant à réunir des matériaux assez nombreux pour que , de leur analyse chimique et de leur comparaison avec les tégumens des espèces vivantes , du Lépidostée entre autres, on puisse tirer des conséquences probables sur les changemens de composition des tissus organiques fossiles. M. Mitscherlich m'a assuré qu'il serait disposé à les analyser; ainsi j'espère pouvoir communiquer à mes lecteurs, avec le temps, des observations importantes sur un sujet encore si peu élaboré. Je ne puis m'expliquer comment on a cru voir ordinairement, dans l'empreinte de ces poissons, leur chair, et même leur peau, à moins de supposer que l'on ait confondu leurs écailles rectilignes avec des fibres musculaires, qui, dans les poissons, ont la forme de feuillets à surface et à bords droits. Quant à la substance blanche du cristallin, dont parle Mylius, je suis porté à croire, d'après ce que j'ai vu, qu'il a pris un effet de lumière produit au bord de l'enfoncement de l'orbite, pour une réalité matérielle.
En étudiant en détail les caractères du Palseoniscus Freieslebeni , j'ai acquis la conviction que , pour bien connaître les espèces de ce genre , il ne faut pas sevdement en avoir vu des exemplaires dans toutes les positions possibles; mais que, pour bien saisir tous les rapports de leurs parties entre elles et les différences qu'elles présentent dans les diverses positions du corps, il faut encore en avoir vu à différens degrés de dégradation, surtout si l'on veut apprécier toutes les variations de leurs formes sous tous leurs aspects. Par exemple, on ne peut, dans ce genre, être bien sûr de ne pas prendre des exemplaires d'une même espèce pour des espèces différentes, que lorsqu'on a pu voir les écailles , non-seulement par leur face extérieure et dans leur position relative naturelle, mais encore par leur face interne, et, si possible, à différentes parties du tronc, en avant et en arrière. Il y a même plus; lorsque l'on n'a pas une très-grande habitude de se représenter l'empreinte creuse que pourrait produire une partie que l'on examine, ou le relief d'une empreinte bien conservée, il faut les mouler pour s'en assurer et pour pouvoir les comparer avec les autres parties, soit creuses, soit en relief, qui sont conservées dans différentes régions du fossile. Dans tous les cas , avant de décrire une espèce , il faut chercher à se rendre un compte exact de la position de toutes les parties que l'on voit, de la face qu'elles présentent à notre examen , et enfin s'assurer si l'on voit l'objet lui-même , ou bien si ce n'est que son empreinte qui est restée. Tout ceci est de la plus haute importance, si l'on ne veut pas s'exposer à décrire différentes faces des mêmes parties comme appartenant à un même côté. Ces précautions sont surtout nécessaires lorsqu'on décrit les écailles, les parties de la tête et les nageoires paires; la colonne vertébrale et les nageoires verticales exigent moins de précautions, puisque leur imparité les rend par-
faitemcnt égales des deux côtés. Pour faciliter la comparaison de différentes faces des écailles d'une même région, il faut, autant que possible, chercher à mettre à côté l'une de l'autre la face externe des écailles du côté gauche avec la face interne des écailles du côté droit, ou vice-versa, et alors elles auront au moins la même direction. Il est fort utile aussi de tâcher de voir quelque exemplaire déprimé dans sa hauteur, pour s'assurer s'il n'offre pas quelque particularité sur le dos, sur le crâne ou le long du ventre; c'est dans de semblables exemplaires que l'on voit le mieux les rayons branchiostègues et les nageoires ventrales. On a commis une erreur en affamant que les plaques correspondantes, sur lesquelles l'on voit cette espèce, sont toujours fendues de manière à présenter tout le poisson en relief d'un côté et en creux de l'autre. Parmi les nombreux exemplaires que M. de Humboldt a donnés au Muséum de Paris , il y en a plusieurs doubles très-diversement partagés et présentant alternativement des lambeaux en relief et en creux des deux côtés du poisson.
J'ai cru nécessaire de m'étendre ici sur l'état de conservation des exemplaires de cette espèce et sur les précautions à prendre pour les examiner avec fruit, d'abord parce qu'elle est très-commune et qu'elle pourra servir à faire des exercices dans ce genre de recherches, et puis surtout, parce que les exemplaires ont des aspects si différens que l'on pourrait aisément être tenté d'en faire une dixaine d'espèces si l'on n'était pas prévenu de toutes les difficultés que ces distinctions obligeraient d'embrasser.
La figure i de la 2" Table nous représente un petit exemplaire de cette espèce dans sa position naturelle , mais fendu de manière à ce que l'on ne voie toutes ses parties que par leur siuface interne ; les écailles de ses flancs sont celles du côté droit vues par leur surface interne; le long de l'abdomen jusque vers l'insertion de la caudale, on ne voit même que l'empreinte de leur surface externe. Sous l'insertion de la dorsale et sur le pédicule de la queue seulement , l'on voit quelques écailles du côté gauche par leur surface extérieure. Quant à la tête, elle est fendue de manière à faire voir la surface interne de l'opercule et de la ceinture thoracique du côté droit ; mais dans sa partie antérieure, depuis l'articulation des mâchoires jusqu'à l'extrémité du nez , c'est le côté gauche que l'on voit. La figure 2 en représente un qui est très-courbé, plus ou moins déprimé dans toute sa longueur et sur lequel on voit une partie des os de la tête par leur surface supérieure , à droite et à gauche les deux pectorales , en dessus celle de droite, et en dessous celle de gauche; sur le milieu de la courbure, on distingue trois nageoires; au milieu c'est la dorsale, en avant de laquelle on voit plusieurs grosses écailles impaires, adossées contre le bord antérieur de ses petits rayons; en dessus de cette nageoire se trouve la ventrale de droite et en dessous celle de gauche. Cette position résulte de l'aplatissement considérable du tronc qui
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a pressé les deux pans des écailles sur deux côtés opposés; cependant celles du côté droit sont plus en évidence. L'extrémité de la queue est verticale ; mais déjà l'insertion de la caudale est biaisée et l'on reconnaît distinctement les grosses écailles qui s'étendent en avant du lobe supérieur dans la direction de la dorsale. Cet exemplaire, tout mutilé du reste , est d'autant plus intéressant qu'il montre encore combien les écailles du milieu du dos, surtout entre la nuque et la dorsale, sont plus petites que celles des flancs. L'exemplaire de la 3' fig. est surtout intéressant à cause de l'état de parfaite conservation de la queue et de la tête , oîi l'on distingue nettement les mâchoires et les rayons branchiostègues ; du reste , presque toutes ses parties se voient par leur surface intérieure. Dans la table 12, la figure i nous fait voir un exemplaire ayant, sur le milieu de ses flancs, un lambeau des écailles de son côté droit, et du reste, montrant la surface interne de celles de son côté gauche; celui de la fig. 2 , au contraire, nous représente, dans toute son étendue, la simple empreinte des écailles du côté droit, et seulement vers le dos et vers le bord de l'abdomen, ces mêmes écailles, vues par leur surface interne. Les écailles de la fig. 3 sont de la partie antérieure, du côté droit et vues par leur surface interne, sur laquelle on remarque leur onglet articulaire; celles de la fig. 4 sont du même côté, mais prises plus en arrière, vers la dorsale, là où elles n'ont plus d'onglet- la fig. 5 représente l'empreinte de la surface interne d'écaillés semblables à celles de la fig. 3, et la fig. 6 l'empreinte de leur surface extérieure, mais non pas l'écaillé elle-même.
Le Palcconiscus Freieslebeni est l'espèce la plus allongée du genre; son abdomen n'est pas assez renflé pour faire paraître la partie antérieure du tronc sensiblement plus grosse que la queue; la tête, également allongée dans les exemplaires oîi elle a conservé les rapports naturels de ses parties, comme dans la fig. i. tab. 11, n'égale pas même le quart de la longueur totale, ensorte que le nom de Palaeothrissum macrocephalum ne lui convient pas précisément. Ce qui distingue surtout cette espèce, c'est la petitesse de ses nageoires et la position reculée des ventrales, de la dorsale et de l'anale. Les ventrales sont bien placées au milieu du tronc, mais comme la cavité abdominale se termine en avant de l'anale, elles ne se trouvent pas sur le milieu du ventre et sont considérablement plus rapprochées de l'anale que des pectorales; l'anale occupe le milieu de l'espace qu'il y a entre les ventrales et le commencement de l'insertion de la caudale ; la dorsale est opposée à l'intervalle qui sépare les ventrales et l'anale, de sorte qu'elle est plus rapprochée de la caudale que de la tête. • Les pectorales sont rarement bien conservées, cependant on en voit des traces dans la fig. 2. de la table 11. et de la table 12., leur bord extérieur renferme des rayons plus allongés que les internes; le long du premier rayon il y a une série de très-petites écailles pointues qui s'étend jusqu'à son extrémité; elles sont du reste
de mOA'^enne grandeur. Je n'ai pas pu déterminer la nature des écailles qui paraissent recouvrir la surface extérieure des rayons. Les ventrales, fig. i. tab. ii., sont plus petites que la dorsale et que l'anale; elles ont une insertion assez large, protégée, en dessous surtout , par des écailles très-étroites ; leur bord antérieur porte une série de très-petites écailles, tandis que leur surface est recouverte de plusieurs rangées d'écaillés allongées, à peu près du double plus longues que larges, et disposées dans leur sens longitudinal le long des rayons, qui se bifurquent quelquefois à leur extrémité, en même temps que les séries d'écaillés se multiplient. L'anale est un peu plus petite à son insertion, du moins un peu plus étroite que la dorsale; ses rayons antérieurs sont environ du double plus longs que les derniers; tous sont fendus à plusieurs reprises, d'abord jusque vers le milieu de leur longueur, et puis moins : leur surface est recouverte, comme celle des ventrales, d'écaillés allongées formant à la base de la nageoire des séries transverses malgré leur disposition longitudinale sur les rayons, mais ces séries deviennent moins continues vers l'extrémité des rayons et à mesure que, suivant leurs bifurcations, elles se multiplient aussi; tout le long de son bord antérieur il y a de très-petites écailles pointues, et en avant de son insertion quelques rangées de plaques plus allongées et plus grandes que celles des côtés de sa base (fig. I. tab. 1:2). La dorsale, quoique ayant une insertion plus longue, n'est cependant pas grande non plus (fig. i . tab. 11 et 12); son boid antérieur est beaucoup plus élevé que le postérieur, dont les rayons sont au moins de moitié plus courts; tous sont recouverts d'écaillés allongées et étroites, formant des rangées transverses trèsvisibles à la base de la nageoire, mais qui se confondent vers son bord supérieur à mesure que les rayons se bifurquent; le long des rayons du boid antérieur de cette nageoire il y a aussi de très-petites écailles pointues, mais très-accolées contre les rayons qui les portent et souvent à peine visibles. La caudale de cette espèce (fig. i et 3 de la table 11 , et fig. 2 de la table 12) est certainement celle de tout le genre qu'il serait le plus facile de reconnaître, lors même qu'elle serait complètement séparée des autres parties du corps. Son insertion est très-oblique, et c'est à peine si on aperçoit une légère courbure du bord sur lequel les rayons du lobe inférieur sont articulés, tandis que dans les autres espèces elle est souvent très-arquée : il résulte de là que le prolongement du lobe supérieur se rétrécit plus insensiblement, mais comme les rayons du lobe inférieur sont nombreux et qu'ils s'étendent jusqu'au milieu de la bauteur de la cjueue, ce lobe paraît aussi large que le supérieur, ses rayons inférieurs étant aussi très-longs, la différence dans les dimensions des lobes est moins frappante.
Depuis le milieu de la caudale, les rayons du lobe supérieur vont en diminuant graduellement de longueur jusqu'à l'extrémité de la nageoire où ils sont très-courts.
Il faut aussi remarquer que, dans cette espèce, les rayons inférieurs, qui sont les plus épais, depuis les petits qui bordent le côté inférieur de la nageoire jusqu'à ceux de son extrémité , vont en diminuant de grosseur d'une manière beaucoup plus sensible que dans aucune autre ; tous ces rayons sont fendus à leur extrémité , à plusieurs reprises, mais cette bifurcation s'étend à peine jusque sur leur milieu. La surface extérieure de la nageoire est évidemment aussi recouverte d'écaillés proportionnellement beaucoup plus petites que celles des autres nageoires , surtout sur les rayons du lobe supérieur- mais ces écailles sont disposées si régulièrement les unes à la suite des autres le long des rayons, qu'elles paraissent d'abord être les articles même des rayons : on ne parvient à les reconnaître comme des écailles que là où leur imbrication est visible d'un rayon à l'autre, ou là où les exemplaires sont fendus de manière à m.ettre en évidence les rayons ou leur empreinte entre les écailles qui les recouvrent des deux côtés du corps. Les bords de cette nageoire sont également recouverts de petites écailles impaires , allongées et pointues, et qui sont adossées tout le long de ses rayons externes ; celles du lobe inférieur sont très-grêles , fortement accolées aux rayons qui les portent et fort courtes vers l'extrémité de la nageoire. Celles du lobe supérieur sont plus caractéristiques : depuis le rétrécissement du pédicule de la queue, sur lequel se trouA^ent quelques grosses écailles impaires, que l'on voit surtout bien sur la fig. 2 de la table 11, il y a une série d'écaillés pointues, trèsallongées et très-grosses, qui font suite à celles du pédicule, fig. i. tab, 1 1 , et qui se distinguent surtout dans cette espèce (fig. i et 2) par leur longueur, leur ténuité et la direction qu'elles ont sur le bord du prolongement de la queue , contre lequel elles sont moins fortement accolées, et par conséquent plus divergentes que dans les autres espèces.
Les écailles présentent des formes très-variées suivant la région du corps où on les observe, et cependant les séries dorso-ventrales ont à peu près la même largeur partout. Cette disposition, qui paraît impliquer contradiction, résulte de ce que les écailles ont bien à peu près la même longueur , dans la partie postérieure du tronc , comme dans sa partie antérieure j mais leur hauteur variant considérablement, il en résulte tantôt des écailles plus hautes que longues, tantôt des losanges équilatéraux, tantôt des plaques plus longues que hautes. Malgré ces différences très-marquées, elles ont cependant toutes cela de commun que leur surface extérieure est ornée d'une sculpture plus ou moins variée, suivant la région qu'elles occupent; celles des flancs sont traversées de rides obliques, disposées comme des rayons sur le bord antérieur des écailles, et qui finissent à leur bord postérieur, de manièrp à former une espèce de franges à leur surface; vers l'extrémité postérieure du tronc, ces lignes sont moins nombreuses. Sur les grosses écailles impaires du milieu du dos qui se
trouvent en avant de la dorsale et du lobe supérieur de la caudale, ces rides vont en divergeant du bord antérieur aux bords latéraux et postérieur, et forment ainsi un large éventail dont les rayons sont plus rapprocbés et plus continus à leur point de départ ; vers les bords ils sont interrompus et forment même des rangées de points plus ou moins saillans. Ces écailles elles-mêmes sont triangulaires, terminées en arrière par une pointe arrondie plus ou moins allongée. Du reste, les autres écailles du milieu du dos, en avant de la dorsale, jusqu'à la nuque et en arrière jusque vers la caudale, sont beaucoup plus petites que celles des flancs et plus étroites que longues, fig. 2. table 1 1 ; il en est de même de celles du bord de l'abdomen qui sont aussi très-étroites fig. I tab. II , et fig. 2 tab. 12. Celles des flancs, surtout des parois de l'abdomen, sont beaucoup plus liantes que longues 5 elles ont, en outre, cela de particulier, que leurs bords supérieurs et les inférieurs s'engrènent les uns dans les autres et se lient intimement au moyen d'onglets articulaires formés au bord supérieur de chaque écaille et qui s'enfoncent dans une fossette correspondante du bord inférieur, comme on le voit dans la f. 3 de la tab. 12 et même au bord supérieur de la f. 2. Plus en arrière, ces bords ne sont vniis que par des saillies moins marquées et enfin seulement par leur coupe oblique qui devient de plus en plus droite vers l'extrémité de la queue; vers son létiécissement , les écailles sont exactement rhomboïdales, mais sur son prolongement, lorsqu'elles ont changé de direction, elles sont beaucoup plus étroites et sensiblement plus longues que hautes. Ce qui rend surtout visibles les séries dorso-ventrales des écailles, c'est que les bords supérieur et inférieur de celles d'une série antérieure correspondent exactement au milieu des bords antérieurs de celles de la série suivante , tandis que les bords antérieurs et les bords postérieurs .de toutes les écailles d'une série se suivent dans une même direction. La ligne latérale n'a rien de particulier*, elle s'étend sur le milieu du tronc, à peu près en ligne droite depuis l'angle supérieur de l'opercule, en arrière duquel elle fléchit un peu vers l'abdomen, jusqu'au milieu de la caudale (f. i. t. 11.)
Les os de la tête méritent aussi une attention particulière ; toute leur surface est sillonnée de rides concentriques, provenant sûrement de leur mode d'accroissement; seulement les os plats du crâne présentent des rayons divergens du centre vers leurs bords. L'ethmoïde paraît avoir été très-renflé , car il forme , dans tous les exemplaires qui ne sont pas trop mutilés, une forte saillie arrondie au-dessus et en avant des mâchoires (f. I et 3, t. II). L'orbite est petite et placée au-dessus de l'extrémité antérieure de la mâchoire inférieure; la gueule est très-fendue (f. i et 3, t. 11.); la mâchoire inférieure étroite , surtout vers la symphyse dt ses branches , et la supérieure dilatée en spatuleau-dessus de rarticulationdel'inférieure(f. 3.) présentent à leurs bords des dents en brosse extrêmement petites. L'opercule est étroit et plus élevé que long;
en arrière de son bord anguleux l'on voit la ceinture thoracique dont le scapulaire forme avec l'humérus un angle à peu près droit (fig. i.). Les rayons branchiostègues sont très-évidens sur la fig. 3; ils sont courts, mais très-larges, et recouvrent tout l'espace qu'il y a entre les deux branches des mâchoires ^ on en voit huit ou neuf. D'après un fort bel exemplaire du Musée de Stuttgardt , qui m'a été envoyé par M. le professeur Jaeger, il paraît que les joues sont recouvertes d'écaillés.