XII. Pal.eoniscus elegans Sedo-vv
Cette espèce est représentée dans les Trans. Géol. 2" sér. vol. 3. tab. 9. f. i. M. Sedgwick lui assigne pour caractères une tête plus petite qu'à ses P. magnus et macroceplialus, et des lobes de la caudale plus égaux. Du reste elle est plus rare et se trouve, avec les précédens, dans le calcaire magnésien d'East Tliickley. Voyez, en outre, les détails qui se trouvent à pages 6g et 76, sur les rapports de cette espèce avec celles d'Allemagne.
Les espèces du genre Palœoniscus sur lesquelles il importe de recueillir de nouveaux renseignemens sont :
1° Celle de Yisé, représentée dans les Annales de l'Académie de Bruxelles, t. 9. , par M. Davreux. Je crois que cette figure est tournée sens dessus dessous.
2° Celles d'East-Thickley, représentées par M. Sedgwick dans les Trans. Géol. 2*" série, vol. 3., tab. 8. et 9.
3° Celle qui est esquissée dans la Géol. du Yorksbire de Young, PI. 16. f. 7. et 8. La figure 8 est renversée. Il provient d'un schiste alunifère.
4" Celle enfin dont il y a une figure dans le portefeuille de M. Cuvier, et dont l'original appartient à M. Gibson,
Quant au genre Osteolepisj indiqué dans les schistes de Caithness par MM. Sedgwick et Murchison, d'après l'examen que M. Yalenciennes a fait de deux espèces auxquelles il donne les noms d'Osteolepis macrolepidotus et d'Osteolepis microlepidotus, je ne le connais pas du tout. Je n'ai pas encore vu le plus petit fragment de ces fossiles; mais il faut espérer que MM. Sedgwick et Murchison les feront bientôt connaître.
J'ai déjà fait remarquer plus haut combien il est rare de trouver des traces du squelette des Gauoïdcs, mais surtout du genre PaU-coniscus^ cependant, parmi les exemplaires de Muse, donnés au cabinet d'histoire naturelle de Neuchàtel , par M. Auguste de MontnioUin , il s'est trouvé un fragment du Palœoniscus Voltzii oii l'on voit une série de vertèbres caudales qui méritent d'être décrites. (Voyez la table D. du 2'' vol. fig. I.). La colonne vertébrale est bien distincte depuis le bord antérieur de l'anale; plus en avant on voit à peine l'empreinte de cinq ou six vertèbres qui n'ont laissé dans le schiste qu'un léger enfoncement; en arrière, elle s'étend jusqu'au point où le lobe supérieur de la caudale se sépare de l'inférieur. Au bord antérieur de ce dernier , il y a quelques grosses écailles cpii bordaient de ce côté le pédicule de la queue ; il y en a quelques autres au-dessus du lobe même qui se trouvaient au bord supérieur du prolongement caudal. Le corps des vertèbres n'a laissé aucune trace de son existence; il n'y a- que les apophyses épineuses qui soient bien conservées. Mais cet état de conservation est tel et en même temps si parfait qu'il laisse entrevoir une struc^ ture des vertèbres fort différente de ce que l'on connaît chez les poissons A'ivans. Ces apophyses épineuses sont de véritables os en V, égaux dans la partie supérieure et dans la partie inférieure de la colonne vertébrale; ils sont certainement détachés du corps des vertèbres, puisque l'extrémité de leurs fourches , égale dans tous les os que l'on voit , ne montre aucune trace de fi-acture. La fourche est formée de deux os qui paraissent aplatis à leur surface interne et arrondis extérieurement, inclinés l'un vers l'autre sous un angle de quarante-cinq degrés; l'apophyse épineuse, qui naît de leur réunion, est un peu plus longue que les côtés de la fourche et plus mince à sa base, mais un peu renflée à son extrémité. Ces os ressemblent d'une manière frappante, en petit, aux os en Y de la queue des reptiles et des cétacés. Les osselets interapophysaires de l'anale, que l'on voit tous, sont arrondis et minces dans leur partie moyenne, dilatés et comprimés latéi'alement à leurs deux extrémités, mais surtout à leur extrémité inférieure, celle qui porte les rayons. Ceux du bord antérieur de la nageoire sont plus longs que les apophyses épineuses des vertèbres de leur région , mais les derniers sont très-courts. Les rayons du lobe inférieur de la caudale, dont on voit l'empreinte, sont articulés sur les apophyses épineuses et sur les interapophysaires qui les soutiennent, par une base très-rétrécie, se dilatant plus bas pour former les articles des rayons.
Le mode d'insertion des apophyses épineuses que je viens de décrire, se retrouve dans beaucoup de Ganoïdes, surtout dans les Caturus et les Thrissops. Av^c cette disposition des vertèbres, l'on conçoit plus facilement la séparation des apophyses et des corps de vertèbres, mais leur entière disparition, dans tant d'exemplaires, n'en reste pas moins surprenante. Pour me rendre compte de ce fait, je suis obligé de
supposer que , lorsque le poisson flottait à la surface de l'eau par suite de la décomposition de ses parties molles, les corps des vertèbres se sont détachés des apophyses et ont été expulsés avec les intestins , lorsque les gaz qui se sont dégagés , ont fait rompre les parois abdominales 5 tandis que les apophyses épineuses ont pu rester en place entre les muscles , ou bien disparaître aussi avec tout ce qui était contenu entre les deux pans d'écaillés. On conçoit beaucoup mieux que ces cuirasses émaillées ne se soient pas décomposées aussi vite , puisque les écailles sont souvent engrenées les unes dans les autres par leurs bords , et si intimement liées qu'elles pouvaient résister même à des chocs très-violens.
Comme tous les poissons osseux antérieurs à la Craie , ont des tégiunens semblables , il est très-naturel que l'on retrouve plus généralement leur enveloppe que leur squelette. Dans les poissons des dépôts tertiaires, au contraire, dont les écailles ont une disposition très-différente , qui leur permet de se détacher facilement du corps , on retrouve plus fréquemment le squelette entier, dont toutes les parties, en revanche, sont plus intimement soudées.
— IVo —
ADDITIONS AUX CHAPITllES PRECEDEI^S.
Dans le grand nombre d'espèces nouvelles de poissons fossiles que, grâce à la libéralité des Savans anglais, j'ai pu observer pendant mon séjour en Angleterre en 1834, il s'en est trouvé plusieurs qui appartiennent aux genres dont j'ai déjà traité dans les cbapitres précédens. Ne voulant cependant pas multiplier à l'infini les supplémens, je préfère intercaler immédiatement à la suite des Palœoniscus toutes les espèces de la famille des Lépidoïdes qui se rapportent aux genres Acantliodes , Catopterusj Amblypterus et Palœoniscus j et faire suivre également quelques genres nouveaux de cette famille, qui s'en rapprochent aussi plus ou moins.
/. Des espèces noiwelles du genre Pal^eointscus, et additions a celles qui sont
déjà écrites.
Outre les espèces du calcaire magnésien d'East-Tbickley, seulement indiquées à la page 82 (xii et n" 2), et dont j'ai pu compléter les caractères, j'ai appris à en connaître plusieurs qui sont absolument nouvelles. J'ai également pu rectifier une indication relative aux espèces encore douteuses de ce genre : c'est que le poisson figuré par M. Young, et mentionné au n" 3, page 82, n'est pas un Palcconiscus , mais bien une grande espèce nouvelle de LepidotuSj trouvée dans les schistes alunifères du Lias de Witby. J'ai retrouvé de plus l'original du poisson indiqué au n° 4 : c'est un vrai Palœoniscus du musée d'York, Enfin, le genre Osteolepis ne m'est plus inconnu; j'ai vu dans la collection de M. Murchison les exemplaires originaux des deux espèces qui ont été décrites.
J'examinerai d'abord les espèces nouvelles du calcaire de Burdie-House, qui sont certainement celles qui présentent le plus d'intérêt, tant à cause de leur gisement, qu'à cause de leurs caractères particuliers. Les travaux géologiques de M. Hibbert ont déjà rendu cette localité classique, en même temps que les fossiles qui s'y trouvent ont fait naître des discussions du plus haut intérêt pour la paléontologie. Aussi me paraît-il important de rapporter sommairement ici les résultats auxquels M. Ilibbert est arrivé, et qu'il a consignés dans son Mémoire sur le calcaire d'eaii douce de Burdie-House dans le voisinage d Edimbourg, (Trans. de la Soc. R. d'Edimb. Vol. xTii). Quant aux fossiles de cette localité, je m'attends encore à une vive opposition contre les idées générales que j'ai émises à l'occasion des poissons. Ces idées
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m'avaient été suggérées précédemment par l'examen de plusieurs genres dont les espèces se trouvent dans différens musées d'Allemagne (*) ; je les ai reproduites aux pages 62 et 63 de mon l\apport sur les poissons fossiles nouvellement découverts en Angleterre, Je crois cependant que ma manière de voir n'a pas toujours été bien comprise; du moins n'a-t-elle pas toujours été bien rendue par les auteurs^qui en ont parlé. C'est pourquoi je désire présenter dans tous leurs détails les faits qui y sont relatifs. Je suis persuadé que ces idées deviendront encore plus fécondes pour la science lorsqu'elles seront plus répandues, et qu'elles ne seront plus abandonnées avant d'avoir réagi sur tout le domaine de la Paléontologie. Cependant mon intention n'est point d'entamer maintenant une controverse à ce sujet; je veux seulement appeler l'attention des Géologues sur l'importance de cette question, qui est une question tout-à-fait générale pour la Paléontologie , et engager ceux qui se livrent k des travaux spéciaux sur d'autres classes de fossiles, à l'avoir présente à l'esprit dans leurs recherches.
Le calcaire de Burdie-House doit être rapporté à l'étage inférieur du système carbonifère. Ses teintes varient beaucoup : souvent il paraît d'un gris bleuâtre ou noirâtre, à cause des matières bitumineuses ou végétales qu'il contient en abondance ; mais ordinairement il est brun. Il affecte très-rarement la structure cristalline du calcaire de montagne des carrières voisines. Cependant, malgré son aspect terreux, il est compact et très-dur; sa cassure est quelquefois schisteuse, surtout lorsqu'il contient des lits très-minces de matières végétales ou bitumineuses; sans cela il se brise en fragmens irréguliers à surface conchoïde, à peu près comme le Muschelkalk d'Allemagne. Sur place, ce calcaire présente des couches régulières, chacune d'environ quatre pieds et demi d'épaisseur, s'inclinant au sud-est sous un angle de 23 à 23°. — 'Le calcaire de Burdie-House est très-pur; à l'exception des substances organiques, il contient peu de matières étrangères; ce qui fait qu'on l'exploite avec avantage pour faire de la chaux. Ici et là il est traversé par de petites veines de spath calcaire. Il contient aussi une très-petite quantité de matière siliceuse, et quelquefois du sulfure de fer entre ses couches.
Cette formation est surtout remarquable par les débris organiques qu'elle renferme, et qui l'ont fait envisager comme un dépôt d'origine plutôt lacustre que marine. La quantité de matière végétale répandue dans tout le calcaire de Burdie-House, forme un de ses traits caractéristiques particuliers. Dans quelques couches, surtout dans les supérieures , il y a même une quantité si extraordinaire de matière carbonisée , que tout le calcaire en prend une apparence bitumineuse; tandis que sur d'autres
(*) Voir enti'auties le Jahrbuch de Leonliaid et Broim, 1834, page 386.
points où celte matière est moins abondante , la roclie conserve sa couleur ordinaire grise ou brune.
La plante la plus abondante dans les carrières de Burdie-House, est le Splienopteris af finis de la Flore fossile anglaise de MM. Lindleyet llutton^ on ytrouve aussi, mais plus rarement , le Sphcnopteris hifula et le ^pli. linearis. Parmi les antres plantes on remarque des tiges de Lepidendron selaginoides j de L. ohovatum et de L. Sternber"ii^ les feuilles du Lepidophjllwn intennedium y sont associées avec le Cjpevites hicarinata; enfin on y trouve également les Lepidostrobus variabilis et ornatus. Ce sont ces petites fougères et ces fragmens de Lycopodiacées qui prédominent dans le calcaire de Burdie-House; cependant on y a découvert aussi des débris de Stiginaria fîcoides et d'espèces moins communes des genres Sigillaria ^ Erpcisetum j Calamités et Cj'clopteris.
On n'a point trouvé de grandes coquilles dans cette formation; en revancbe M. le D' Hibbert y a découvert une immense quantité d'Entomostracés microscopiques, qu'il a décrits et représentés sous les noms de Cypris scoto-burdigalensis et de Daphnidia. Il y a également observé de petites coquilles enroulées comme les Planorbes et les Spirorbes, et qui constituent peut-être un nouveau genre. De ces faits et d'autres circonstances détaillées avec beaucoup de soin dans son Mémoire, M. Hibbert a conclu que le calcaire de Burdie-House est d'origine lacustre.
Cependant ce sont les poissons trouvés à Burdie-House qui constituent la plus belle découverte paléontologique due à M. Hibbert. Les espèces qu'il a recueillies dans cette localité s'élèvent déjà au nombre de sept; l'une d'entr'elles appartient à l'ordre des Placoïdes : c'est mon Gjracajiihus formosus , dont on ne connaît encore que des rayons dorsaux. M. Hibbert les a représentés dans son Mémoire, pi. 1 1, fig. i . Je ne connais point d'analyse eliimique des gros rayons qui soutiennent les nageoires de quelques Squales ; mais ce qu'il y a de certain , c'est que leur aspect n'est point celui du reste du squelette des Cbondi^optérygiens ; aussi les différences chimiques signalées par M. Connell entre ces rayons et les vertèbres des Squales, n'ont rien de surprenant. Cependant il serait fort curieux de confirmer par l'analyse chimique des rayons d'une espèce vivante, les rapports intimes que M. Connell a trouvés entre les rayons d'une espèce fossile et les os du brochet. Et s'il est permis d'en juger par la structure fibreuse de ces rayons, l'analogie sera complète, — Les six autres espèces sont des Ganoïdes : le plus remarquable de tous est sans contredit le Megalichthjs lîibberti Ag. , sur lequel M. Hibbert donne des renseignemens très -étendus, pag. 24 — 45 tle son Mémoire, accompagnés de plusieurs figures, pi. 8, 9, 10 et 11. Mais comme le Megalichthys appartient à la famille des Sauroïdes, je dois renvoyer la publication de mes notes concernant cet énorme poisson jusqu'à ce que je sois
arrivé à la partie de ce volume qui contiendra tous les détails relatifs à cette famille. Je dois seulement faire remarquer en passant, que l'on comprendrait mal les caractères que j'ai assignés à ces poissons, si l'on pensait qu'ils forment une famille intermédiaire entre les poissons ordinaires et les reptiles. La manière dont M. Hibbert a présenté les observations que je lui avais communiquées sur le MegalichthjSj prêtera peut-être un peu à cette méprise, quoique nulle pai't cependant il ne méconnaisse sa place dans la classe des Poissons. En effet, mes Sauroïdes sont de vrais poissons; ce sont les premiers poissons voraces qui aient vécu dans les mers d'autrefois, et, comme tels, ils participent des caractères des Sauriens, qui n'apparaissent que plus tard dans la série des formations. Du reste j'exposerai au long dans le i" volume de cet ouvrage mes idées générales sur la succession génétique des êtres organisés et sur les rapports que présentent les différentes classes du règne animal dans leur développement progressif. — Un autre Sauroïde de Burdie-House est le Pjgoptenis Bucklandi K^. , figuré pi. 7, f. 2 du Mémoire de M. Hibbert.
Trois autres espèces de Burdie-House appartiennent au genre Palœoniscus , qui fait le sujet de cet article. La septième constitue un nouveau genre de la famille des Lépidoïdes, genre intermédiaii'e entre les Palœoniscus et les Platysomus, et que j'appelle Euiynotus. Pour prévenir toute confusion, je préviendrai ici mes Lecteurs que Y Ambljptems auquel M. Hibbert fait allusion, page 24, est le même poisson que mon Eurynotus, dont il parle du reste aussi au même endroit.