CHAPITRE YIIl
DU GENRE CYCLURUS.
Ce genre n'a point de représentans dans l'époque actuelle, et cependant il est sans contredit le plus caractéristique de tous ceux que nous venons de passer en revue dans la famille des Cyprins , bien qu'il ne soit connu que par des fragmens imparfaits. En le plaçant à la fin de la famille des Cyprins ^ je ne prétends pas lui assigner sa place définitive , d'autant moins que les parties les plus importantes du squelette , telles que le crâne et toute la partie antérieure du tronc, manquent dans les deux espèces que je vais décrire. A quelque famille que l'on s'arrête définitivement, lorsqu'on aura découvert des exemplaires plus parfaits, toujours est-il évident dès aujourd'hui que les caractères que l'on peut tirer de la structure de la colonne vertébrale et de la forme et de la position des nageoires impaires, les seules que l'on connaisse, sont plus que suffisans pour justifier l'établissement d'un nouveau genre, que j'appelle Cyclurus , à raison de la forme arrondie de la caudale. Ce caractère, joint aux dimensions considérables de la dorsale, qui est insérée entre les ventrales et l'anale, le rapproche évidemment, d'une part du genre Tinca et de l'autre du genre Cyprinus proprement dit. J'ai dès lors cru devoir placer les Cyclures dans la famille des Cyprins, plutôt que dans toute autre famille de l'ordre des Cycloïdes. La colonne vertébrale est composée de grosses vertèbres très-étroites et par conséquent trèsnombreuses, desquelles naissent des aphophyses épineuses vigoureuses; mais ce qui mérite surtout de fixer l'attention, c'est la courbe que forme la colonne vertébrale près de son extrémité, d'où il résulte qu'une grande partie des rayons de la partie inférieure de la caudale sont portés par les apophyses épineuses inférieures des avant-dernières vertèbres et non pas ^ar la dernière vertèbre elle-même. La dorsale se distingue entre toutes les nageoires par son extrême développement, de telle sorte qu'il ne reste qu'un très-petit espace de libre entre elle et la caudale. Les écailles, dont il n'existe que des débris imparfaits , étaient épaisses et allongées comme dans les Tanches, mais proportionnellement plus grandes. Les Cyclures sont contemporains des Leucisques, des Cobitiset en général des Cyprins fossiles; ils habitaient les eaux douces de l'époque tertiaire.
Je dois ajouter en terminant que le genre Cyclurus indiqué dans plusieurs catalogues imprimés d'après des notes que j'avais communiquées à quelques-uns de mes amis, n'est point le même.que celui dont il est ici question. Le Cyclurus de ces catalogues est un genre de la [famille des Gadoïdes : comme il n'est pas encore publié, il n'y aura pas d'iconvénient grave à en changer le nom, afin d'éviter un double emploi.