‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 3)Chapitre 107 sur 156 · IV. Lebias Meyeri Agass · texte numérisé non relu

IV. Lebias Meyeri Agass

Vol. 5, Tab, 4i, fig. 7, 8.

Monsieur Hermann de Meyer a eu l'obligeance de me communiquer un nombre assez considérable d'exemplaires de cette jolie petite espèce , trouvée avec de nombreux Cypris dans l'argile tertiaire des environs de Francfort. A parties dents, qu'il n'est pas possible de distinguer, ce petit poisson réunit tous les caractères propres aux Lebias , tels que, le volume considérable de la tête , la position reculée des ventrales et de la dorsale, et la forme arrondie plutôt que tronquée de la caudale. Mais ce qui le distingue comme espèce de tous ses Congénères, c'est le développement considéiable des nageoires, notamment de l'anale, des pectorales et de la caudale; d'où l'on doit naturellement conclure qu'il se mouvait avec une très-grande facilité.

L'anale compte i8 rayons très-allongés et profondément ramifiés, les pectorales en ont au moins 1 2 , mais plus grêles ; les ventrales en ont un peu moins \ la dorsale au moins 9, et la caudale enfin 5. L 8, 9. L 5. On compte 10, 3 vertèbres abdominales, les premières portant 1 0 paires de côtes très-vigoureuses dans les exemplaires de fig. 7 et 8. Les apophyses épineuses sont fortes^ surtout dans la partie supérieure du tronc. On ne distingue aucune trace de$ arêtes musculaires. Les écailles sont proportionnellement assez grandes. La tête est assez bien conservée dans plusieurs de ses parties. On y reconnaît l'opercule, les rayons branchiostègues, en nombre plus considérable que dans les Cyprins, et la mâchoire inférieure relevée, comme en général dans les Lebias. Sur la planche citée j les fig. 9 et 10 sont rapportées à tort à cette espèce ; elles appartiennent au Lebias cephalotes..

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M. de 3Ieyer observe relativement au gisement de ces petits poissons que toutes les surfaces des feuillets d'argile étaient parsemées de fragmens détachés de ces animaux, empâtés pêle-mêle dans une substance jaunâtre qui faisait efï'ervescence avec les acides en exhalant une odeur très-fétide. C'est à l'endroit où l'araile était le moins schistée que se trouvaient les exemplaires les plus parfaits; ils gisaient tous dans le même sens , au lieu que les fragmens détachés se montraient dans toutes les positions. 31. H. de Meyer en conclut que loin d'avoir été déposés morts sur ce fond , les plus parfaits au moins auraient été ensevelis tout vivans dans le dépôt fangeux de l'argile qui les recèle. De leur nombre très-considérable l'on peut aussi tirer cette autre conséquence, qu'ils vivaient en troupes comme le L. cephaloies et tant d'autres espèces fossiles vivantes. Les détails que M. Hermann de 3Ieyer a donnés sur ce gisement méritent de fixer l'attention à raison de leur intérêt paléontologique. Voici un extrait de son mémoire :

« Quand on commença à creuser le puits du nouveau cimetière , sur la colline qyi s'étend du signal de Friedberg jusqu'à Bockenheim , je trouvai dans l'argile des poissons qui tous, selon M. Agassiz, appartiennent au genre Zei/a^, et à l'espèce appelée par lui L. Meyeri. Cette argile fait partie de la formation tertiaire de notre contrée, qui est une continuation ou comme une ramification de celle du grand bassin du Rhin, depuis Bâle jusqu'à Bingen, et qui, comme dans tant d'autres localités de cette partie de l'Allemagne, a des particularités qui lui sont propres. En contact avec cette argile, on remarque un calcaire tertiaire; mais je n'ai pas encore trouvé une localité où les rapports de ces deux formations pussent être étudiés directement. On voit bien quelquefois des bancs de calcaire alterner avec des couches d'argile molle ; mais celle-ci, alors, contient les mêmes coquillages que le calcaire et lui appartient par conséquent de plus près. Le calcaire se distingue de la formation argileuse proprement dite par ses nombreux débris testacés, parmi lesquels il y en a qui ne se trouvent que peu ou point dans l'argile^ comme des Mytilus , des Pernes, certaines Cérithes, des Bivalves^ des Cythérées, et par l'absence de Cypris et de poissons; en revanche l'argile se distingue du calcaire par la quantité de Cypris et de poissons qu'elle contient, ainsi que par quelques coquilles palustres, qui cependant ne s'y ti'ouvent qu'en très-petit nombre. L'argile et le calcaire contiennent des restes de grands mammifères. 31. de Sommering me montra un jour un fragment d'apophyse osseuse provenant de l'argile de 31ùhlberg , de l'autre côté du 3Iein ; et l'on a un astragale du calcaire dur des environs de Bornheim , qui a la plus grande analogie avec celui d'un rhinocéros. Ces deux formations sont évidemment contemporaines, ou à-peu-près. La région supérieure de la chaîne de collines qui s'étend dans les environs de Francfort , est occupée par le calcaire ; à une certaine hauteur succède

l'argile, de telle manière qu'elle semble s'étendre sous le calcaire, celui-ci ne se retrouvant nulle part plus bas, oii l'on ne rencontre plus qu'une argile dont on n°a pas atteint le fond. Cette argile a été percée à 270 pieds de profondeur, non loin du nouveau cimetière, lors des travaux entrepris pour le nouvel aqueduc; et en construisant le nouveau quai du Mein, on trouva qu'elle continuait encore à 70 pieds au-dessous du lit de cette rivière. En creusant le puits mentionné plus haut j on rencontra d'abord une argile calcaire jaune, qui devenait verdâtre à une plus grande profondeur et renfermait des géodes et des plaques d'une marne calcarifère, assez anafogue au calcaire de la contrée, mais sans aucune pétrification. Plus on creusait, moins l'argile montrait de consistance : elle devenait grasse, d'un gris bleuâtre, et semblable à de l'argile plastique. Arrivé à une trentaine de pieds de profondeur, on trouva tout-àcoup une marne argileuse grise et très-dure, qui bientôt cessa de nouveau tout aussi inopinément, pour faire place à une argile aussi pure que celle qui la recouvrait. Dessous cette argile pure était un lit formé entièrement de restes de Cypris, en partie bien conservés, mais parmi lesquels je ne découvris ni poissons ni plantes. Ces restes de Cypris diminuèrent bientôt à mesure qu'on avançait en profondeur, et se trouvaient remplacés par des lits minces, de la puissance seulement d'un Cypris, et alternant avec des lits de pure argile , dans laquelle se trouvait quelque peu de sable quarzeux et de mica , mais plutôt par petites couches distinctes , que mêlé avec elle.

L'argile, qui renfermait çà et là quelques Cypris, était en coucbes très-fines ; des feuillets ou lits sablonneux et argileux d'au plus 0,006 mètre, alternaient entr'eux^ renfermant dans leurs interstices quelques-uns de ces petits crustacés. Je ne pus découvrir, dans cette partie de la formation , aucun débris de plantes ; on n'y voyait que des feuilles légèrement arquées, de couleur roussâtre, et d'un brillant presque métallique. Au-dessous, l'argile se changea en une marne argileuse très-fine. Les restes de Cypris avaient tellement changé de forme, qu'on les reconnaissait à peine. On apercevait cependant çà et là quelques individus plus distincts, et d'autres même qui paraissaient plus grands et plus voûtés, mais sans qu'on pût rien en cohclurc pour l'admission d'une espèce particulière. La masse de la roche était légère et divisible en feuillets très-minces j et, ainsi que dans le jaspe rubanné, les couches étaient alternativement d'un gris-verdâtre plus sombre ou plus clair , selon que l'argile se trouvait plus ou moins pure , ou qu'elle faisait plus ou moins effervescence avec les acides. C'est ici que l'on commença à trouver des débris de poissons , et des fragmens de feuilles, mais trop mal conservés pour pouvoir être déterminés rigoureusement. Entre les coucbes gisait ordinairement une substance jaunâtre, qui faisait effervescence avec les acides , en exhalant une odeur très—forte , et s'y dissolvait presque entièrement. Cette substance paraît être une terre ani-

maie ; elle accompagne ordinairement aussi les débris de poissons qui gisent entre les couches.

Plus bas, ce lit se changea de nouveau en une argile plus pure, plus grasse, moins fissile et souvent fendillée à angle droit. Ici Ton commença à trouver de nombreux débris de plantes et beaucoup de restes de poissons, tels que des arêtes, des côtes, des écailles isolées, etc., provenant d'individus plus grands que ceux de la division précédente, et d'autres plus petits, qui étaient conservés en entier, mais seulement un peu recourbés et tordus. Les surfaces des couches d'argile étaient toutes parsemées de parties détachées de poissons, qui gisaient pêle-mêle dans la terre animale jaunâtre. C'est aux endroits où l'argile était le moins schistée, que se trouvaient les poissons les plus parfaits ^ ils gisaient tous dans la même direction , au lieu que les fragmens détachés étaient dans toute sorte de positions. 11 ne s'y montrait, en fait de coquilles, que quelques Paludines associées à des débris de poissons ou de plantes. La nature de cette argile me fit présumer que l'on approchait du fond de cette division de dépôts , et que l'on trouverait peut-être bientôt des débris d'animaux plus grands ; ce en quoi je ne me trompais pas, du moins en tant que je trouvai un fragment d'os qui provenait d'un animal bien plus grand que les poissons , mais qui n'était pas assez bien conservé pour que l'on pût déterminer à quelle classe il avait appartenu.

Immédiatement au-dessous , apparut de nouveau un lit d'une teinte variable , très-riche en débris de Cypris , se divisant par feuillets, et formant une répétition de la couche décrite en premier lieu. On n'y trouva également que des débris de plantes, mais aucun reste de poisson. A mesure que l'on descendait, les Cypris diminuèrent de nouveau , et les couches de pure argile reparurent en lits alternativement plus clairs et plus foncés, qui donnaient à la masse un aspect rubanné. Dans cette division , qui en général paraissait moins puissante que les précédentes , les restes de poissons abondaient ^ mais je n'y découvris ni débris de plantes ni Paludines, et seulement quelques traces éparses de Cypris. Les poissons y étaient pour la plupart tout-à-fait empâtés ; il s'en trouvait moins aux surfaces de clivage qu'au centre de la masse, surtout dans les plus foncées ; ce qui semblerait indiquer que les poissons, loin d'avoir été déposés morts sur ce fond , s'étaient trouvés engloutis tout vivans dans le dépôt fangeux. La colonne vertébrale de l'un de ces poissons et les articulations de la queue d'un autre forment des zigzags, qui indiqueraient les dernières convulsions d'une mort subite et violente.

En passant à la couche suivante, on ne trouva plus de restes de poissons, et à leur place s'offrirent des débris végétaux. Cette couche consistait en lits d'une argile plus pure, avec d'autres lits composés d'une quantité de Cypris, et parsemés de points noirs épars , semblables à des graines végétales. Entre les lits se voyait éparse une

poussière argileuse d un bleu grisâtre, qui était principalement composée de sable quarzeux et de fines lames de mica. Ces lits se distinguaient toujours plus visiblement en lits ou couches d'argile pure, et en lits de Cypris, qui , de leur côté , étaient plus ou moins blancs, noirs, jaunâtres ou grisâtres; ce qui donnait à la roche un aspect des plus bigarrés. Je ne trouvai dans ces couches aucun vestige de débris organiques. Il en vint ensuite une qui différait de la précédente en ce qu'elle était composée d'une argile d'un gris noir tirant sur le vert, rude au toucher, avec quelque peu de sable quarzeux micacé : dans cette argile, qui ne se divisait pas en feuillets, se trouvèrent des individus épars de Cypris noirs ou blancs, d'abondans débris végétaux, mais aucun reste de poisson, et pour tout coquillage un grand limaçon à coquille spirale, pi'obablementun Lymnœus. La masse plus grossière dont se composait cette couche, me fit juger que c'était encore le commeacement d'un dépôt. Au-dessous se trouva de nouveau une argile fissile plus pure, plus grasse , et composée de différens lits, ce qui lui donnait un aspect rubanné. Les Cj'pris n'y paraissaient que dans les intervalles des lits, et en très-petit nombre. La masse était d'un vert brunâtre et sombre j offrant çà et là une mince couche de cette terre animale jaunâtre dont j'ai parlé plus haut. Je trouvai aussi de temps en temps entre les lits un sable quarzeux très-fm, très-micacé. Les lits les plus foncés étaient dépourvus de restes organiques ; les autres , surtout ceux de terre jaunâtre , offraient pour la plupart une grande quantité de débris de poissons, consistant principalement en écailles ; il y avait des restes de plantes et quelques Cypris ; les lits contenant des restes de poissons étaient les plus minces. A cette couche en succéda une autre qui était distinctement rubannée et d'un aspect bigarré. Les lits intermédiaires consistaient soit en sable , soit et plus encore en argile pure et grasse , de couleur bleugrisâtre , non fissile , et dépourvue de débris organiques. Entre deux couches d'argile d'un vert brunâtre, se trouvèrent quelques Cypris épars. Quand cette couche eut été traversée , on arriva à la source proprement dite ^ c'est-à-dire à un filon d'eau qui recevait et entraînait les eaux perdues, et donnait une eau plus pure. La formation argileuse n'était cependant encore rien moins que complètement percée ; le fond du puits se trouva de nouveau être une argile, au fond de laquelle il paraît impossible d'arriver. La profondeur totale du puits est de 48 pieds.

De ces observations, que je répétai jusqu'à deux fois par jour, tant que l'on creusa, il résulte que la formation argileuse, aussi loin qu'elle a été percée, peut se diviser en trois étages, qui ont entr'eux la plus grande analogie, tant relativement à la nature de la masse de la roche , que par rapport à la répartition des fossiles. Dans chacun de ces étages le dépôt inférieur est plus grossier* et plus fangeux que les autres. Il est ordinairement ou entièrement dépourvu de poissons et de Cypris, ou bien les poissons qu'il contient sont plus complets et dans un état tel que

Ion doit supposer qu'ils vivaient encore quand ils furent enveloppés. Les dépôts qui gisent immédiatement au-dessus de ce premier, contiennent plutôt des poissons dont l'état fait présumer qu'ils étaient déjà morts et même en putréfaction ; tandis que la nature des dépôts supérieurs de chaque étage indique une mort subite et violente des formes deCypris qu'ils contiennent, et cela à une époque où il n'y avait plus dans l'eau , de poissons, vivans ou morts. De combien de systèmes pareils, tassés les uns sur les autres, la formation argileuse , dont on ne connaît pas la puissance, peut-elle bien être composée? Dans tous les cas, d'un très-grand nombre. La répétition régulière des étages, et l'alternance des couches particulières, semblent indiquer un phénomène qui aurait souvent reparu, à des époques périodiques. Les couches argileuses sont les dépôts d'une eau stagnante, marécageuse, qui se dissipait et revenait périodiquement. Cette eau nourrissait des poissons, dont quelques-uns , à mesure que le limon le plus épais se déposait, s'en trouvaient d'abord enveloppés. Lorsque ensuite l'eau , manquant d'écoulement , diminuait petit-à-petit dans son réservoir, les poissons y périssaient successivement aussi , et étaient enveloppés ou tout entiers , ou le plus souvent morcelés , dans les dépôts formés des parties argileuses les plus fines. Après que le marécage était ainsi dépouillé de ses poissons, les Cypris pouvaient encore y vivre quelque temps, jusqu'au complet dessèchement , et alors il se formait nécessairement des couches toutes composées de Cypris. La nature et la position alternante des divers lits de chacun de ces étages sont dues vraisemblablement à des interruptions qui avaient lieu dans la diminution des eaux, soit par des pluies ou par d'autres causes. Pendant que ces réservoirs étaient à sec et privés d'habitans, il y en avait sûrement d'autres, et peut-être de plus considéi'ables dans le voisinage, qui ne se desséchaient pas ; or, de fortes pluies périodiques pouvaient avoir rétabli la communication entre ceux-ci et ceux-là , de manière à leur ramener, avec l'eau, les animaux qu'elle contenait. Ensuite, par l'évaporation de l'eau , ces réservoirs s'isolaient de nouveau de ceux qui étaient plus abondans, et reperdaient insensiblement et leur eau et les animaux dont elle entietenait la vie. Cette explication paraîtra d'autant plus plausible, si l'on considère que de nos jours encore il n'est point extraordinaire de voir que des lacs qui croissent périodiquement, sont riches en poissons tant qu'ils ont assez d'eau, mais à certaine époque de l'année se dessèchent presque entièrement. Il est aussi des réservoirs, tant dans l'intérieur des terres que sur les bords de la mer, qui par des inondations se remplissent d'une eau poissonneuse, et dont ensuite l'eau diminue et s'évapore peuà-peu, ne laissant plus qu'un marais après elle. Enfin, l'on voit des lacs qui, à une certaine époque de l'année regorgent de monocles ( du nombre desquels sont les Cypris). Dans les étages de la formation argileuse que j'ai examinée, on ne trouve

toujours que la même espèce de poissons et de Cypris. Le relief actuel de cette contrée répugnerait, il est vrai, à l'admission de réservoirs semblables ; mais si l'on recherche la base de son origine, on trouvera qu'il n'en peut pas avoir été autrement. Car les calcaires et les argiles de notre contrée appartiennent aux formations tertiaires supérieures de la série géologique. Ce n'est qu'après la déposition de ces calcaires et de ces argiles, que les masses de dolérite, si nombreuses dans nos environs, ont été soulevées, comme l'indiquent évidemment les changemens que ces masses en fusion ignée ont surtout opérés dans l'argile. Une suite nécessaire de cette invasion violente a été la formation du relief de notre contrée , relief qui s'est encore accidenté par la naissance du vallon où coule maintenant le Mein. — (Hermann de Meyer dans le Mus. Senkenb. Vol. i , pag. 288.)

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