CHAPITRE II
DU GEXRE OSMERUS Art.
Déjà Artedi a distingué génériquemenl le petit poisson qui est connu sous le nom vulgaire d'Eperlan (Salmo Eperlanus L). C'est bien évidemment un Salmone , très-voisin de nos Truites, mais qui en diffère en ce que la membrane des ouïes n'a que huit rayons, et en ce que leur corps n'a pas de taches. L'espèce vivante est d'une taille un peu supérieure au Mallotus; mais il y a cette différence à signaler entre eux, c'est que les Osmerus, au lieu d'avoir des dents en velours , ont les mâchoires et les palatins armés de fortes dents coniques. Les nageoires sont bien développées comme chez tous les Salmones ; la dorsale est opposée aux ventrales et même un peu plus reculée ; l'anale est large , la caudale fourchue. Le squelette est plutôt grêle que massif.
L Osmerus Cordieri Agass.
Vol. 5, Tab. 60 rf, fig. i et 2.
Cette espèce, que je dédie au célèbre géologue, M. Cordier, est un poisson trés-élancé ; la tête est contenue cinq fois dans la longueur du corps , et la plus grande hauteur, en avant de la dorsale, se trouve à-peu-près dans le même rapport. Mais toute petite qu'elle est, cette tête est pourvue d'une gueule largement fendue et les mâchoires se montrent armées de dents très-distinctes. Avec cela , la tête est très-aplatie, et ce qui prouve bien que cet aplatissement n'est point un caractère accidentel , c'est que nous le retrouvons dans les deux exemplaires figurés. La colonne vertébrale est plutôt frêle que robuste; ses vertèbres en général aussi aussi hautes que longues sont au nombre de trente-huit à quarante, dont vingt-cinq caudales. L'absence de côtes sternales , par laquelle ce genre diffère surtout des Clupes , ne peut manquer de frapper au premier abord. Les côtes elles-mêmes sont grêles et insignifiantes. Les apophyses ont l'air plus robustes , surtout les supérieures qui sont en même temps plus arquées que les inférieures. Les nageoires sont toutes très-développées. La dorsale et les ventrales sont exactement opposées ; mais la première a des rayons plus longs que les ventrales. ToM. V, 2= Part 1^
Les pectorales sont encore mieux fournies ; elles comptent pour le moins treize rayons dans l'exemplaire de fig. 2. L'anale, qui commence un peu avant l'extrémité de la dorsale, se prolonge jusque près de la caudale , en diminuant insensiblement de hauteur ; ses rayons sont nombreux et supportés par des osselets qui vont également en décroissant d'avant en arrière. Le nombre des osselets paraît être un peu moins considérable que celui des apophyses. La caudale paraît être de toutes les nageoires la plus fruste ; ses rayons sont grêles quoique dichotomisés. Elle est soutenue par les apophyses épineuses de la dernière vertèbre caudale et en partie par celles des deux vertèbres précédentes qui cependant ne portent que les rayons extérieurs.
C'est une espèce propre au grès vert d'Ibbenbûren en Westphalie. Les originaux de mes ligures se trouvent au Muséum du Jardin des Plantes à Paris et au Musée de Carisruhe. Il en existe aussi des exemplaires au Musée de Bonn et dans les collections de Lord Enniskillen et de Sir PhiHpp Egerton.
IL OSMERUS GLARISIANUS AgaSS.
Vol. 5, Tab. 62 , fig. 3 et k. (Sous le nom d'Osmeroides glarisianus).
Cette espèce se fait remarquer par sa forme très-élancée , jointe à une tête très-grosse , àpeu-près aussi haute que longue , mais qui n'en est pas moins contenue quatre et demi fois dans la longueur totale. La colonne vertébrale est très-grêle. Les vertèbres sont toutes plus longues que hautes. J'en compte près de quarante, dont vingt-trois ou vingt-quatre caudales, La dorsale est très-reculée, car son insertion correspond aux dernières vertèbres abdominales, ensorte qu'elle occupe à-peu-près le milieu du dos, correspondant à l'espace compris entre les ventrales et l'anale. Ses rayons sont peu nombreux et très-serrés , de manière que la nageoire entière n'occupe que la septième partie du bord dorsal. Les ventrales et l'anale sont très-rapprochées , mais les premières ont des rayons plus fins. Les pectorales sont assez grandes. La caudale n'est pas bien conservée , mais il ne paraît pas qu'elle ait été bien développée. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette espèce , c'est la présence de fortes dents crochues à la mâchoire supérieure, absolument comme dans nos truites de rivières. Il paraît qu'elles occupent surtout le maxillaire ; elles ne sont pas toutes d'égale longueur, mais toutes sont très-acérées (fig. 4).
C'est une espèce propre aux schistes de Claris. Les originaux de mes planches se trouvent dans les collections de Lord Enniskillen et de Sir Philipp Egerton.