‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 3)Chapitre 141 sur 156 · DE LA FAMILLE DES ANGUILLIFORMES · texte numérisé non relu

DE LA FAMILLE DES ANGUILLIFORMES

Cuvier a réuni dans celte famille tous les Malacoptérygiens Apodes , et bien que les poissons qui y figurent soient doués de caractères bien difïérens , on ne saurait contester qu'il n'existe entre eux une affinité très-réelle, qui se traduit surtout dans leur forme allongée et dans leur peau molle et épaisse qui laisse rarement paraître les écailles. Outre cela il est important de remarquer que tous ces poissons sont probablement cycloïdes, caractère que Cuvier ne mentionne pas et qui ajoute encore à leurs affinités réelles. Les genres de cette famille se reconnaissent à des caractères tranchés qui en rendent la détermination très-facile, même parmi les fossiles ; et comme , d'un autre côté , les transitions d'un genre à l'autre sont peu sensibles, il en résulte que les différences qui servent à la diagnose des genres sont ici d'ordinaire aussi précis que le sont dans d'autres groupes les caractères de famille. Ainsi il y a parmi les Anguilliformes des genres qui ont des pectorales , (les Anguilles, les Ophidium , les Ophisures, les Gymnotes), et d'autres qui en sont complètement dépourvus (les Murènes , les Symbranches). La dorsale est tantôt très-développée (les Anguilles), tantôt faiblement accusée (les Symbranches), ou bien elle manque complètement (les Gymnotes). Les ouvertures des ouïes qui influent d'une manière si directe sur les habitudes des poissons, sont aussi soumises à des variations très-notables. Il en est de même de la tête et des mâchoires, qui tantôt sont armées de fortes dents, et tantôt en sont dépourvues. Mais comme toutes ces différences sont subordonnées à un caractère général plus prépondérant qui détermine la physionomie générale de la famille , la longueur du corps , j'envisage la famille des Anguilliformes comme l'une des plus naturelles.

On ne saurait méconnaître une affinité très-sensible entre certains poissons de la famille des Anguilles et divers genres de la famille des Scombéroïdes et des Ténioïdes, et le fait qu'en considérant la forme des écailles comme un caractère de première valeur, tous ces poissons se trouvent groupés dans le même ordre, me confirme dans l'opinion que les considérations sur lesquelles j'ai basé ma classification sont d'une valeur plus importante que la nature des rayons de la nageoire dorsale.

Le squelette n'a pas encore été étudié dans tous les genres de cette famille, mais ceux que j'ai examinés m'ont offert une grande uniformité dans l'arrangement des différentes parties de la charpente osseuse, tout en me révélant des rapports intimes avec d'autres types, entre autres avec les Gadoïdes , ainsi que nous le ferons voir ci-dessous dans la description des squelettes.

Les genres qui rentrent dans la famille des Ânguilliformes sont assez nombreux (*) ; mais la plupart ne comptent qu'un petit nombre d'espèces. Il paraît qu'il en a été de même dans les époques antérieures ; car le nombre des espèces fossiles que je connais jusqu'ici est peu considérable, bien que leur première apparition remonte à l'époque de la déposition des terrains de Monte-Bolca.

Squelette de l'Anguilla fluviatilis Cuv. ( Murœna Anguilla h.)

Vol. S, Tab. F, fig. 2.

La colonne vertébrale, assez robuste dans la région antérieure du corps, s'atténue sensibleblement dans la région postérieure , et les dernières vertèbres n'ont pas même la moitié de la grosseur de celles du milieu du corps. Le nombre total des vertèbres est de cent et quinze dans notre exemplaire ; mais il n'est pas toujours facile de savoir où finissent les vertèbres abdominales et où commencent les caudales, à cause du passage insensible des unes aux autres. Dans notre squelette , j'en compte quarante-six abdominales. Les côtes ne sont que de très-petites épines à-peu-près horizontales , attachées à l'extrémité de fortes apophyses inférieures qui vont en augmentant de longueur d'avant en arrière. J'envisage comme première vertèbre caudale celle dont l'apophyse inférieure se combine avec les osselets interapophysaires, de manière à fermer en arrière la cavité abdominale. Les vertèbres abdominales qui se trouvent en avant de cette première vertèbre caudale ont un caractère mixte qui tient à la fois des deux types. Ce ne sont plus des côtes qui s'attachent à l'extrémité des apophyses, mais des arêtes plus grêles et beaucoup plus longues qui ont tous les caractères des arêtes musculaires. L'apophyse inférieure elle-même se divise en deux branches dont l'antérieure est la plus courte. Mais si l'on fait abstraction de ces formes transitoires , on arrive facilement à distinguer une vertèbre abdominale d'une vertèbre caudale , aux caractères suivans : non-seulement les vertèbres abdominales ont des apophyses inférieures plus courtes, à l'extrémité desquelles sont attachées des côtes, mais elles ont derrière cette première apophyse inférieure une seconde apophyse moins longue, mais très-distincte; en revanche, elles sont complètement dépourvues du processus antérieur qui porte l'arête musculaire dans les vertèbres caudales. D'après cela, l'anale n'indique pas la limite de la cavité abdominale; elle s'étend aussi au bord ventral du poisson jusqu'en face de la quarantième vertèbre abdominale. Les apophyses supérieures des vertèbres sont en général tronquées à leur extrémité et vont en s'allongeant d'avant en arrière. On remarque surtout celles des sixième et dixième vertèbres abdominales, qui

C) Les genres que Ciivier range dans sa famille des Anguilliformes sont les suivans : Murœna L. ( divisé en deux groupes v^«^»j//a et Mmcena), Ophisiirits Lacép., Sphagehranchus Bloch., Monoptenis Comm., Synhranchiis Bloch., Apte richthy s Xinmér., Alahes Cu\., Saccopharynx Mitch., GymnotusL., Carapiis Cii\ . , Apte ronotus Lùci'p. , Gymnarchus Cuv., Leptocephalus Penn., Ophidium L., Ammodytes L., auxquels il faut ajouter le genre Haliophis Rupp. et mon genre Enchelyopus.

— 15J — sont de larges lames presque carrées et quelquefois même plus larges que longues. Les quatre premières vertèbres en a\ ant de la ceinture Ihoracique n'ont point d'apophyses du tout , ou plutôt elles ne forment qu'une seule arête conliiuie. Les osselets interapophysaires sont petits, dépourvus de crêtes latérales et très-serrées. Il y en a ordinairement trois pour une apophyse. A chaque osselet correspond un rayon qui s'articule avec l'osselet d'une manière très-simple. Les arêtes musculaires s'attachent au bord antérieur des vertèbres ; il n'y a que les dix-huit dernières vertèbres caudales qui en soient dépourvues. La dorsale commence à la hauteur de la vingt-septiènie vertèbre abdominale; ses rayons, qui sont très-uniformes, s'allongent insensiblement vers la queue, où ils sont articulés et plus ou moins dichotomisés. L'anale qui forme le pendant de la dorsale commence un peu plus en arrière avec la (juarantième vertèbre abdominale. Ses derniers rayons sont aussi articulés et dichotomisés.

La tête esl très-petile, aplatie; le museau est pointu. La gueule est armée de dents en cardes. La mâchoire supérieure est un peu plus courte que l'inférieure. Les rayons branchiostègues sont nombreux , et forment un entonnoir très-dilaté. Us sont en même temps trèsgrèles.

Squelette de l'Ophidium barbatum Linn. (*).

Vol. b, Tab. H, fig. 1.

Le genre des Donzelles (Ophidium) a une physionomie toute différente de celle des Anguilles, dont il diffère par son corps plus comprimé, sa tète proportionnellement beaucoup plus grosse et ses branchies bien ouvertes, munies d'un opercule très-apparent. Le squelette est construit sur le même plan que celui de l'Anguille , mais plus simple. La colonne verté-

(*) J'ai déjà appelé ailleurs l'attention sur l'affinité qui règne entre les Gadoïdes et les Anguilliformes. Celte affinité ressort ])eut-ètre encore davantage de l'élude du s(iuelette que de celle des caractères extérieurs , et c'est pourquoi j'ai figuré à côté du squelette de l'Ophidium que nous venons de décrire , celui de la Lotte ( Lota fluviatilis ) ( Vol. 5 , Tab. H , fig. 2). Il suffit en effet, de jeter un coup-d'œil sur ces deux squelettes pour voir qu'ils sont construits sur le même plan , surtout si l'on fait abstraction des ventrales , sur lesquelles est fondé le caractère essentiel de la famille des Gadoïdes. La colonne vertébrale est pour ainsi dire calquée sur celle des Anguilliformes, et à certains égards elle tient même le milieu entre celle de l'Anguille et celle de l'Ophidium. Les côtes s'attachent à des apophyses inférieures , et l'anale s'étend sur la région ventrale , où l'on remarque une transition insensible des vertèbres abdominales aux vertèbres caudales, comme dans l'Anguille. En revanche, les arêtes musculaires manquent et les apophyses supérieures ainsi que les apophyses articulaires ressemblent tout-à-fait à celles de l'Ophidium. La caudale est sans doute séparée de l'anale et de la dorsale, mais nous avons vu qu'iV existe un acheminement vers cette forme dans l'Ophidium. Quant à la première dorsale , elle n'est qu'un lambeau détaché de la seconde , et on ne saurait lui accorder une bien grande importance , attendu qu'elle est composée des mêmes rayons , et que dans d'autres genres de la famille , le lîOmbre de rayons des nageoires verticales varie considérablement. Il n'y a que les deux premiers rayons qui soient simples , <]uoique articulés. La tête dift'ère davantage du type des Anguilles ; les os du crâne surtout sont caverneux. L'appareil operculaire recouvre plus complètement les côtés de la tête, et les rayons brancliiostègues s'avancent davantage entre les branches de la mâchoire inférieure, ce qui est sans doute dû à la présence et à la position des ventrales.

brale, qui s'atténue aussi ici graduellement d'avant en arrière, est composée de soixante-trois vertèbres, et sur ce nombre il n'y en a que quinze abdominales. L'on ne remarque pas ici ces différences que nous avons signalées dans le squelette de l'Anguille entre les vertèbres abdominales et caudales. Les côtes manquent complètement ; les apophyses inférieures des vertèbres abdominales ne sont pas suivies d'une seconde arête, ni les vertèbres caudales précédées d'un processus particulier, auquel s'attache l'arête musculaire. Les apophyses supérieures des premières vertèbres abdominales sont aussi moins larges que dans l'Anguille. D'après cela, les vertèbres abdominales diffèrent à peine des vertèbres caudales, si ce n'est que leurs apophyses inférieures sont plus espacées ; particularité qui ne s'aperçoit qu'autant qu'on regarde le poisson en dessous. Il n'y a aucune trace d'arêtes musculaires. La dorsale s'insère entre les huitième et neuvième vertèbres abdominales ; l'anale en avant de la seizième abdominale. Les osselets interapophysaires de ces deux nageoires sont excessivement grêles. Les rayons de l'extrémité de la queue , qui sont supportés par la dernière vertèbre caudale , ont une tendance à se séparer en une caudale distincte et indiquent par là un acheminement vers le type des Gades. Les caractères tirés de l'ostéologie de la tête influent d'une manière plus directe sur la physionomie du poisson. Tous ces os sont plus ramassés, d'où résulte cette forme trapue qui distingue la tète des Donzelles , de celle des Anguilles.

La ceinture thoracique est très- vigoureuse, quoique les pectorales qu'elle porte soient grêles. L'appareil operculaire est petit, mais les arcs branchiostègues occupent un large espace sur les côtés de la tête. L'orbite est fort grande et empiète sur le milieu de la joue. La mâchoire supérieure jouit d'une grande mobilité; ses os sont un peu plus longs, mais plus étroits que ceux de la mâchoire inférieure.

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