CHAPITRE IX
DU GENRE PLATllVX Agass.
Ce genre est très-bien caractérisé comme genre et facile à reconnaître. En revanche, il est difficile de lui assigner sa place dans la classification. Dans ma revue critique des poissons fossiles de Monte-Bolca, (Vol. k , p. ^2), je le plaçai dans la famille des Scombéroïdes ; mais je crois m'être assuré depuis que ce n'est pas là sa véritable place, et qu'il convient mieux de le classer dans la famille des Halécoïdes , dont il se rapproche par ses grandes écailles et par la position de ses ventrales qui sont abdominales. Pour avoir une entière certitude à cet égard , il faudrait pouvoir étudier la structure intime des écailles , ce que ne permet pas leur état de conservation. De toute manière, on ne saurait avoir des doutes sur la solidité du genre , qui est admirablement caractérisé par le développement excessif du premier rayon des pectorales.
Volta a décrit ce genre sous le nom de Monoptère , nom que je n'ai pas cru devoir conserver, parce qu'on peut l'appliquer avec autant de raisons à la moitié des genres de la classe des poissons et qu'il a été donné à un autre genre.
Platinx elongatus Agass. Vol. S, Tab. 14.
Syn. Esox macropterus De Blainv. Ichth. p. 38.
Le poisson que nous allons décrire est de grande taille ; il a un pied et huit pouces de long. Le corps est très-régulier. La plus grande largeur est au milieu du tronc, d'où il se rétrécit d'une manière très-uniforme , en avant et en arrière. La tête est petite et courte, car elle est contenue cinq fois dans la longueur totale. La dorsale est fort reculée , puisqu'elle ne commence qu'aux deux tiers de la longueur, à la hauteur de l'anale ; elle est très-basse , composée de rayons grêles ; en avant des rayons articidés se trouvent trois petits épineux dont le troisième a à-peu-près le double de la longueur des deux autres ; les rayons mous sont un peu plus longs, articulés et divisés nombre de fois. J'en compte vingt en tout ; les douze derniers ne paraissent pas dichotomisés ; ce qu'il faut peut-être attribuer à leur position très-inclinée. ToM. V, V Part. *"'' .
L'anale est opposée à la seconde dorsale. Ses rayons sont un peu plus longs et plus gros, mais tout aussi divisés. La caudale est petite, relativement à la taille du poisson. Les deux lobes sont à-peu-près de même largeur, mais il paraît que les rayons du lobe supérieur sont beaucoup plus gros et moins nombreux que ceux du lobe inférieur. Les ventrales sont trèspetites et beaucoup plus rapprochées de l'anale que des pectorales ; celle de gauche , qui a l'air intacte , ne con)pte que quatre rayons qui sont articulés et dichotomisés comme ceux de l'anale. Les pectorales enfin sont de toutes les nageoires les plus remarquables; elles sont d'une longueur lout-à-fait inusitée, et leur étroitesse jointe à leur forme pointue les fait encore ressortir davantage. Leur longueur excède sensiblement celle de la tête ; outre cela elles sont composées d'un grand nombre de rayons très-fins , qui paraissent être tout d'une venue depuis leur insertion jusqu'à l'extrémité. Le premier rayon seul est très-large et plat et divisé transversalement à son extrémité. Il existe derrière la nuque une crête épineuse que l'on pourrait être tenté de prendre pour une première dorsale, si elle n'était pas si rapprochée de la tête. Je pense qu'elle se rattache à l'occipital supérieur.
La colonne vertébrale se fait remarquer par sa grosseur. Les vertèbres sont plus hautes que longues, cylindriques ou à peine étranglées, ce qui fait que les apophyses articulaires sont peu accusées. Il y en a vingt-neuf caudales et quarante abdominales. Les apophyses épineuses sont de grandeur moyenne, presque droites ou légèrement courbées dans la partie antérieure du tronc et fortement arquées dans sa partie postérieure. Les côtes sont fort longues et s'étendent à-peu-près jusqu'au bord ventral. Il résulte de la position de l'anale, que la cavité abdominale qu'elles entourent, est très-vaste. Les osselets interapophysaires sont excessivement grêles ; il y en a un pour chaque rayon et ordinairement deux pour une apophyse. Les arêtes musculaires sont très-distinctes dans toute la partie antérieure du tronc ; elles s'attachent àpeu-près à la moitié de la hauteur des apophyses supérieures et forment avec elles un angle presque droit. Les écailles sont grandes et à-peu-près d'égale forme sur tout le corps. La tête enfin est plus longue que haute. La gueule est petite, ainsi que l'orbite. Mais il n'existe aucune trace de la dentition. Parmi les os de la tête , on dislingue Irès-bien les deux mâchoires qui sont conformées comme chez les Clupes, et les rayons branchiostègues, qui sont nombreux.
C'est une espèce deMonte-Bolca.
Je connais une seconde espèce de ce genre figurée dans l'Ichthyolitologie de Vérone, sous le nom de Monopterus Gigas, Tab. k7 , et que j'appelle Platinx Gigas.
Il faut placer dans le voisinage du genre Platinx un type particulier de celte famille que je désigne sous le nom de Coelogaster , dont je ne connais encore qu'une espèce, que j'ai appelée Cœlogaster analis, et que je décrirai dans les Supplémens.
CHAPTRE X.
DU GENRE IVOT^US Agass.
Lacépède qui le premier a signalé ces poissons , a déjà reconnu en eux un genre particulier qu'il croit voisin des Muges. Ils se distinguent en effet de tous les autres ichthyolithes par une physionomie particulière qui résulte de la combinaison de plusieurs caractères assez tranchés, tels que leur forme trapue , leurs vertèbres courtes , leur anale arrondie et leur dorsale qui s'étend à-peu-près sur toute la longueur du dos. Ce qui est plus difficile à reconnaître, c'est la famille à laquelle ce genre doit être rapporté. Toutefois l'on ne peut guère hésiter qu'entre la famille des Scombéroïdes et celle des Halécoïdes. C'est ainsi que la longue dorsale est un caractère plus habituel chez les Scombéroïdes , que chez les Clupes et les Salmones ; mais j'ai vainement cherché des rayons épineux dans la partie antérieure de cette nageoire. D'un autre côté , la position des ventrales et la grandeur des écailles rappellent plutôt le type des Salmones dont il se rapproche aussi par sa forme et sa physionomie générale. Pour que l'on put se prononcer avec certitude à cet égard , il faudrait pouvoir s'assurer si le maxillaire fait réellement partie du bord de la mâchoire supérieure ; dans ce cas , ce serait réellement un Salmone, mais c'est ce dont je n'ai pu m'assurer jusqu'à présent, faute de matériaux assez complets. La caudale a bien quelque analogie avec celle des Brochets , mais d'un autre côté la forme trapue, du poisson et sa longue dorsale sont tout-à-fait contraires aux caractères généraux de cette famille. Nous allons décrire la seule espèce qui soit connue de ce genre.
NOTAEUS LATICAUDUS AgaSS.
Vol. g , Tab. k6.
SvN. Lacépéde Ann du Mus X, p. 234.— Cuvier Oss. foss. Nouv. édit. III , p. 338 , Tab. 137, fig. 13.
C'est, ainsi que nous l'avons fait remarquer plus haut, un poisson trapu, remarquable surtout par sa caudale arrondie et par la largeur considérable du pédicule de la queue qui lui a valu le nom de laticaudus. La tête est grosse et contenue près de quatre fois dans la longueur totale. Le museau paraît être assez saillant; les mâchoires sont garnies de fines dents en cardes. Les os du crâne ont l'air d'être très-épais. La colonne vertébrale est composée de vertèbres beaucoup plus hautes que longues, qui se rapetissent singulièrement dans la région caudale. J'en compte près de soixante , dont la moitié environ appartiennent à la région caudalç. Les
apophyses épineuses sont grêles et toutes arqués en arrière. D'abord assez courtes, elles s'allongent sensiblement dans le voisinage immédiat de la caudale. Les côtes sont beaucoup plus longues , du moins dans le grand exemplaire de notre planche. Les osselets interapophysaires sont à-peu-près de la taille des apophyses. Ceux de la dorsale s'étendent depuis les dix premières vertèbres abdominales environ, jusques près de l'origine de la caudale , de façon qu'il y en a au moins une quarantaine. Les nageoires, à l'exception de la caudale ont de très-petits rayons. Ceux des pectorales surtout sont très-fins et très-serrés ; il en est à-peu-près de même des ventrales qui sont plus rapprochées des pectorales que de l'anale. Les rayons de la dorsale et de l'anale sont un peu plus gros et surtout plus espacés. J'ai déjà fait remarquer plus haut qu'on ne remarque pas de trace de rayons épineux à la dorsale. Les rayons de la caudale sont gros ; leurs articulations sont fort distinctes , mais ils ne se divisent que près de leur extrémité. Le contour de la nageoire est circulaire comme chez les Brochets. Le nombre des gros rayons est de quatorze ou quinze , à la base desquels il y en a de chaque côté quatre ou cinq plus petits qui ne sont pas branchus. Une particularité qu'il importe de faire remarquer, c'est qu'il y en a au moins dix qui concourent par leurs apophyses allongées à soutenir la caudale. Les apophyses de la dernière vertèbre ne portent que quelques-uns des plus gros rayons. Les écailles sont grandes et ont tout l'air d'être lisses à leur bord postérieur, comme les écailles des Salmones.
Cette espèce paraît être propre au gypse de Montmartre. J'ai mentionné dans le 4"* vol. p. 169 et suivantes, les autres espèces de poissons fossiles qui ont été recueillis par Cuvier dans cette intéressante localité.