VOMER LONGISPINUS AgaSS
Vol. 5. Tab. 5et6.
Zeus Vomer Ittiolit. veron. Tab. 35. f. 3. — Zeus triurus Ittiolit. veron. Tab. 44f . 2 . — Ces deux planches représentent deux exemplaires de différente grandeur , et dans un état différent de conservation •, mais ils ne diffèrent en rien l'un de l'autre dans leurs caractères organiques. M. de Blainville a déjà indiqué cette identité des deux empreintes figurées dans l'Ittiolitologia veronese ; mais elles lui paraissent devoir rentrer dans le genre Chœtodon. C'est cependant certainement au genre Vomer qu'il faut rapporter l'espèce dont je vais donner la description.
Dans le Musée de Carlsruhe , il s'en trouve une double plaque , en apparence , parfaitement bien conservée; cependant, en l'examinant de plus près, on se convaincra bientôt qu'une grande partie des pièces , dont le squelette est composé , étaient déjà disloquées et le squelette entier près de sa décomposition , lorsque ses partie sont été
fixées clans la masse qui les entoure maintenant. Il y en a aussi un exemplaire au 31usée de 3Iunich; mais les plus beaux que j'ai vus se trouvent au Muséum d'histoire naturelle de Paris ; ce sont les originaux des figures de llttiolitologia veronese , citées ci-dessus, et que j'ai fait reproduire de nouveau sur mes planches.
La colonne vertébrale est très-caractéristique pour ce genre. Les vertèbres abdominales, au nombre de dix, bien distinctes en avant de l'articulation occipitale, qui est cachée par l'opercule , sont plus grêles et plus petites que les caudales ; elles ont des côtes extrêmement grêles et courtes ; leurs apophyses épineuses , dont fextrémité est légèrement dilatée , beaucoup plus grêles que celles des vertèbres suivantes , sont recourbées en avant et ont ainsi la forme d'arcs dont la convexité est dirigée en arrière. Les vertèbres caudales en revanche, au nombre de quatorze, se distinguent par la rigidité de leurs longues et grosses apophyses épineuses ; les inférieures sont un peu plus longues et paraissent même plus grosses que les supérieures. On ne peut apercevoir nettement la disposition des dernières vertèbres , que dans l'exemplaire de la tab. 6, où l'on remarque comment les dixième, onzième, douzième et treizième vertèbres sont sensiblement plus petites que les précédentes ; leurs apophyses épineuses sont aussi beaucoup plus courtes. Les larges osselets applatis, qui portent les rayons de la caudale , appartiennent à la quatorzième vertèbre ; dans l'exemplaire du Musée de Carlsruhe , ils sont brisés à leur point d'insertion et séparés du corps de la vertèbre , dont on voit cependant qu'ils dépendent.
Quant aux nageoires , la première dorsale est parfaitement bien conservée dans tous les exemplaires mentionnés plus haut ; mais dans celui de Carlsruhe les rayons des autres nageoires sont plus ou moins épars , et dans la dorsale et l'anale les osselets interapophysaires sont plus ou moins déplacés, surtout au commencement de l'anale, là où, dans l'état de parfaite conservation, l'on trouve les deux rayons épineux antérieurs de l'anale; mais dans les exemplaires du Musée de Paris, j'ai pu rétablir tous leurs caractères.
La première dorsale est portée par douze osselets interapophysaires, très-allongés, assez grêles, fixés entre l'os occipital et l'apophyse épineuse de l'avant-dernière ou de la dernière vertèbre abdominale. Le premier de ces osselets est dilaté en une large plaque triangulaire, en avant de laquelle il y a encore deux osselets libres et inermes. La dorsale elle-même est formée de douze rayons, dont les trois premiers sont très-courts et ne présentent que de petits onglets à la base des nageoires; c'est le quatrième rayon qui est le plus long, les suivans vont en diminuant insensiblement. La longueur considérable des rayons de cette nageoire et la forme du corps plus allongée que dans le Vomer Brownii constituent le caractère distinctif de cette espèce.
La seconde dorsale est séparée de la première par une forte écliancrure , résultant de la grandeur de ces premiers layons, qui vont en s'allongeant très-insensiblement. Cette nageoire diffère , du reste , de la première par les rayons moux et fourchus qui sont tous assez courts, fendus à différentes reprises et articulés à leur extrémité; il y en a vingt-six, portés par vingt-cinq petits osselets interapopliysaires , trèsgrêles et dilatés en une petite plaque , seulement dans leur partie supérieure , près du point d'articulation des rayons. Ils sont tous fixés entre l'apopliyse épineuse de l'avant-dernière ou de la dernière vertèbre abdominale et celle de la dixième caudale.
L'anale est semblable à la seconde dorsale; elle s'étend, comme elle, depuis le milieu du tronc jusque vers l'insertion de la caudale. Le nombre de ses rayons est de trente-deux , correspondant , par leur forme et leurs dimensions , à ceux de la seconde dorsale, insérés sur autant d'osselets interapopliysaires. Ces osselets sont plus grands et plus gros que ceux de la dorsale, surtout les premiers; il y en a trente-deux , dont cinq sont insérés en avant de la première vertèbre caudale , et les suivans entre celle-ci et la dixième vertèbre. Des cinq osselets antérieurs à la première vertèbre caudale, le premier, comparé à tous les autres, est immensément gros , £t prolongé jusqu'au corps de la vertèbre à laquelle il s'attache ; sa partie inférieure est dilatée en une très-grosse plaque triangulaire , dont la pointe antérieure est dirigée vers les os du bassin ; il borde ainsi la cavité abdominale dans sa partie postérieure et inférieure. Les deux osselets suivans portent deux petits rayons simples , plus courts que ceux qui suivent et qui forment surtout l'anale.
La forme de la caudale diffère aussi de celle du Vomer Brownii , en ce qu'elle est à peine échancrée et plutôt renflée dans la partie moyenne, qui est intermédiaire aux deux lobes latéraux.
La tête , quoique démembrée , et les extrémités thoraciques et pelviques sont si bien conservées dans l'exemplaire du musée de Carlsruhe , qu'on en reconnaît parfaitement bien toutes les parties. Cependant il n'est resté qu'une arête de l'humérus et son prolongement triangidaire au-dessus de l'insertion de la pectorale gauche; la partie extérieure des os est enlevée et n'a laissé que son empreinte. En dessous et derrière cette insertion, l'on voit un gros styloïde qui s'étend jusqu'au bassin et en avant duquel se trouvent le radius et le cubitus. L'extrémité antérieure de l'humérus et le cubitus atteignent un développement assez considérable. Ce dernier et le radius sont très-applatis et forment deux larges croissans dirigés l'un contre l'autre, comme dans le Gasteronemus. L'os du bassin est également bifurqué, allongé, comprimé et relevé; il va s'insérer au radius. On ne voit que l'insertion de la pectorale de gauche et la partie inférieure d'une huitaine de rayons; les ventrales ne sont pas mieux conservées , on observe cependant que les rayons extérieurs sont plus allongés et que la
nageoire a pu avoir la forme de celles du Vomer vivant ; il y a cinq ou six rayons visibles. Dans le petit exemplaire du Musée de Paris, Tab. 5, on distingue très-bien treize rayons aux pectorales, et dans le grand, Tab. 6, sept rayons aux ventrales.
Les opercules et le préopercule sont étroits et très-allongés ; ce dernier forme même une arête longiludinale oblique au dessous de l'orbite. On compte six ou sept rayons branchiostègues, au dessous desquels s'étale l'immense queue de l'os hyoïde, dont la partie inférieure est très-épaisse. La mâchoire inférieure est courte, mais assez élevée. A la mâchoire supérieure, on voit parfaitement le petit intermaxillaire avec son large pédicule qui borde tout le contour supérieur de la bouche, et derrière lui le maxillaire supérieur dilaté en spatule et recouvrant en partie l'angle postérieur de la mâchoire inférieure.
Les écailles sont très-petites et n'ont laissé que leur empreinte ; la ligne latérale est parallèle au dos et un peu plus rapprochée de la colonne vertébrale que du bord dorsal.
Tous les exemplaires connus de cette espèce ont été trouvés au Monte-Bolca.
Je décrirai plus tard deux autres espèces du genre Vomer, l'une que j'ai inscrite dans mes notes , sous le nom de Vomer priscus , provient des schistes de Glaris ; l'autre est originaire du Liban, je la nomme Vomer parvulus.
Du GENRE ZeUS CuV.
Cuvier range les Dorées (Zeus) parmi les Scombéroïdes , et il les place en tête de sa cinquième grande tribu, qui comprend les espèces à bouche protractile. Sans accorder une importance exagérée à la protractilité de la bouche , on ne saurait méconnaître que les Zeus ne soient très-voisins des Scombéroïdes trapus, tels que les Equula et même les Vomers. Ce sont, comme eux, des poissons ramassés dont le corps est pourvu de toutes sortes de piquans qui leur servent comme autant d'armes défensives. L'appareil operculaire est hérissé de plusieurs épines dirigées en arrière. La première dorsale est formée de gros épineux, accompagnée de chaque côté d'une épine courte et pointue. La seconde dorsale s'étend jusqu'à l'origine de la caudale, et est flanquée, ainsi que l'anale, de chaque côté, d'une rangée de grosses pièces osseuses surmontées d'épines fourchues. Il y a en outre une rangée d'écussons semblables de chaque côté du ventre entre les ventrales et l'anale. Les ventrales sont insérées sous les pectorales ; leur premier rayon est épineux. L'anale est précédée de quatre épineux très-vigoureux qui représentent une première anale.
Le squelette de Zeus, dont j'ai donné la figure (Tab. B, fig. 2) , ressemble à bien des égards à celui des Equules décrit ci-dessus (pag. 24). La colonne vertébrale est courbée en S, et composée de vertèbres en général plus hautes que longues , et marquées de profondes impressions longitudinales , qui leur donnent une apparence caverneuse. Les côtes sont excessivement grêles. Les premières s'attachent au corps même des vertèbres ; mais à partir de la Carton. Tom. V.
septième et huitième vertèbre, elles sont portées par des apophyses inférieures qui vont en augmentant de volume , et dont les dernières sont énormes. Les apophyses épineuses supérieures des vertèbres abdominales sont pour la plupart faibles et inclinées en arrière ; mais celles des vertèbres caudales , et même celles des dernières abdominales . sont plus longues et sspatuliformes. Les osselets interapophysaires sont munis de larges crêtes . et forment aux bords supérieur et inférieur une cloison osseuse continue,
Zeus priscus Âgass. Vol. S, Tab, kS, fig. II.
Ce n'est pas sans quelque doute que je rapporte au genre Zeus le fragment de poisson dont il est ici question ; car il n'a conservé aucun de ces appendices extérieurs qui donnent aux Zeus leur physionomie particulière ; la tête et la partie antérieure du tronc sont même complètement enlevées. On n'en voit pas moins que c'était un poisson trapu, à corps haut, à pédicule de la queue très-resserré, à caudale petite et grêle, à dorsale composée d'épines et de rayons mous dont les premiers sont très-vigoureux, tandis que les autres sont plus longs. L'anale est bien fournie, et les premiers épineux ont tout-à-fait l'air d'avoir formé une nageoire à part, comme chez les Zeus. Le squelette est composé de petites vertèbres, en général plus hautes que longues. Les osselets interapophysaires sont aussi longs que les apophyses , mais un peu plus nombreux. Il n'existe aucune trace d'écaillés ; mais la ligne latérale n'en est pas moins des plus distinctes ; elle court d'abord parallèlement au dos, et rejoint la colonne vertébrale à-peu-près à la septième vertèbre caudale , en allant d'arrière en avant.
L'origine de cette espèce m'est inconnue; elle m'a été communiquée par M. le professeur Otto. L'original de ma figure se trouve au musée de Breslau.
Les autres espèces qu'on a rangées dans ce genre ne sont pas de véritables Zeus. Le Zeus yomer et le Zeus triurus de l'Ilt, ver, sont deux synonymes de mon Fomer longispimis ; le Zeus Gallus de l'Itt, ver. est mon Acanthonemus filamentosus ; le Zeus Rhombeus de Blainville appartient à mon genre Gasteronemus ; le Zeus Platessus du même auteur, qui est le Coryphaena apoda de l'Itt. ver. est mon Pycnodus Platessus de l'ordre des Ganoïdes ; enfin le Zeus spinosus , le Zeus Platessa et le Zeus Regleysianvs de Blainville forment un genre particulier de la famille des Percoïdes que j'ai appelé Acanus.