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CHAPITRE V

DU GENRE LIGHIA Ccv.

Avant que Cuvier eût soumis les Scombéroïdes à une révision complète , il régnait , à l'égard du genre Lichia, une si grande confusion parmi les naturalistes, qu'il eût été difficile d y rapporter aucun poisson fossile. Aujourd'hui ce même genre est parfaitement circonscrit. \ oici quels sont les caractères que lui assigne l'illustre auteur de l'Histoire naturelle des poissons (*) : « Les Liches ont le corps oblong , comprimé , sans carène latérale , sans crête sail- » lante au côté de la queue. Au lieu de premières nageoires, elles ont, comme les Centro- » notes , des épines qui peuvent se mouvoir isolément et ne sont retenues chacune que par » une petite membrane particulière. En avant de la première, et plus ou moins cachée sous la » peau, est une épine fixe, dirigée en avant, qui appartient à un interépineux. Deux épines » libres , semblables à celles qui représentent la première dorsale , sont placées derrière l'anus » et y forment une sorte de première anale. »

Le squelette des Liches n'est pas moins remarquable. Nous allons en indiquer les principaux traits, tels que je les ai étudiés sur le Lichia amia, représenté Tab. C.

La colonne vertébrale est formée de vingt-quatre vertèbres , dont dix abdominales et quatorze caudales. Les caudales , à l'exception des trois premières , sont plus longues que hautes et sensiblement étranglées au milieu. Les abdominales sont plus trapues et en général plus hautes que longues. Les apophyses épineuses s'élèvent du milieu du corps de la vertèbre, et il n'y a que les dernières vertèbres caudales où leur insertion soit au bord postérieur de la vertèbre. Les apophyses supérieures vont en s'allongeant graduellement depuis la nuque jusqu'à l'origine de la dorsale molle, d'où elles diminuent de nouveau. Celles du milieu sont sensiblement arquées ; mais il n'y a que celles des dernières vertèbres caudales qui soient fortement inclinées. Les premières apophyses inférieures sont plus longues que les supérieures , plus droites, et percées de trous à la base des apophyses. Un trou semblable s'observe aussi au dessus de l'apophyse transversale de la dernière vertèbre abdominale. Les côtes sont de moyenne grandeur et vont en diminuant d'avant en arrière ; la dernière paire est fortement arquée en arrière. Les osselets interapophysaires supérieurs et inférieurs sont très-développés et munis de fortes crêtes latérales. Leur nombre est égal à celui des apophyses dans toute la

{') Cuvier et Valenciennes , Histoire naturelle des Poissons , tom VIII, pag. 340.

partie antérieure du tronc ; mais à partir de la dorsale molle, il y en a régulièrement deux pour une apophyse. Le même rapport existe pour l'anale ; seulement le premier osselet qui forme la cavité abdominale, est beaucoup plus robuste que les autres. Il y a sept épineux à la dorsale , en y comprenant le premier qui est dirigé en avant. Les rayons de la dorsale molle sont au nombre de vingt-un. Les deux premiers, portés par un seul osselet, sont simples, mais articulés. Il y a le même nombre de rayons à l'anale , plus deux petites épines en avant. Entre chaque rayon est interposé un osselet horizontal articulé sur les interapophysaires , et qui est d'autant plus long que les rayons sont plus distans. Ceux qui séparent les épineux sont par conséquent les plus grands , et ils ont en outre leur extrémité postérieure fortement échancrée. Celui qui précède le premier rayon articulé de l'anale est également fort long , mais non échancré en arrière. Les suivans, ainsi que ceux de la dorsale molle, sont trèspetits et presque aussi large que longs. Les ventrales sont attachées à un os du bassin trèspointu en avant.

La tête est proportionnellement petite ; mais le préopercule et les battans operculaires sonl vigoureux; en revanche, l'arcade temporale, et surtout les os transverses et palatins sont faible^. La carène occipitale est très-développée et s'étend en avant sur les frontaux, tandis que les crêtes latérales du crâne sont moins développées. Les mâchoires sont garnies de fines dents en brosse.

Parmi les espèces que Cuvier a réunies dans le genre Lichia , il y en a qui ont la ligne latérale très-arquée en avant, et d'autres qui l'ont droite. Ce sont des poissons de grande et de moyenne taille qui sont très-répandus dans la Méditeri-anée et dans les différens Océans. Jusqu'ici je ne connais encore qu'une espèce fossile qui puisse être rapportée avec certitude à ce genre , c'est le

Lichia prisca Agass.

Vol. 5, Tab. Il et Tab. 11 a.

Syn. Scomber pelagicus Itl. ver. Tab. 16. — Scomher Cordyla Ut. ver. Tab "28. — Coryphœna Itt. ver. Tab. 68. — De Blainv. Ich. pag. 41 et 42. — Bronii. Ut. 4°, 45 et 55.

Bien qu'il soit très-difficile de distinguer les Liches des autres genres voisins, je ne mets cependant nullement en doute que le poisson de Monte-Boica que je vais décrire , ne soit une véritable Liche ; du moins en a-t-il la physionomie générale et tous les caractères essentiels. C'est un poisson très-régulier, de forme cylindracée. La tête est contenue trois fois et demi dans la longueur totale. Le tronc, qui a son maximum de largeur près de la seconde dorsale, se rétrécit insensiblement vers la caudale, et le pédicule de la queue est très-étroit. Le nombre des vertèbres est de vingt-quatre, dont quinze caudales et neuf abdominales. Les abdominales sonl grosses et trapues ; mais les caudales se rétrécissent sensiblement vers la queue, et comme elles sont toutes fortement étranglées au milieu, leurs articulations n'en paraissent que plus

saillantes. Les apophyses épineuses sont assez robustes et de plus en plus inclinées en arrière. Les côtes sont fortes et plus longues que les apophyses. Les osselets intcrapopliysaires s'étendent tout le long du dos , depuis la nuque , jusque près de l'origine de la caudale , et ceux de la dorsale épineuse sont munies de larges crêtes latérales ; ils portent en outre chacun un rayon et correspondent à une seule apophyse. Ceux qui correspondent à la dorsale molle sont plus irréguliers , et il y en a toujours au moins deux pour une apophyse. Les osselets de l'anale sont d'abord longs et fort grêles à l'origine de la nageoire , mais ils se raccourcissent assez rapidement en arrière ; le premier se distingue en outre par une surface articulaire trèsrenflée. La première dorsale est composée de sept épines , dont les premières sont les plus courtes. Je n'ai pas remarqué le premier épineux fixe qui , dans les espèces vivantes , est dirigé en avant , mais je suppose qu'il est tombé. La longueur considérable de ces épines distingue suflisamment notre espèce fossile de toutes les vivantes.

La dorsale molle s'étend jusque près de l'origine de la caudale ; aussi compte-l-elle un nombre de rayons beaucoup plus considérable (au moins triple), tous distinctement articulés et dichotomisés ; ce sont les premiers qui sont les plus longs. L'anale est insérée en arrière de la seconde dorsale. A sa base se voient les épineux caractéristiques du genre, au nombre de trois ; mais ils ne sont pas isolés des rayons mous comme dans la plupart des espèces vivantes. Les deux premiers , qui sont les plus courts, sont portés par le premier osselet interapophysaire, qui est le plus gros de tous, et celui qui sert en même temps à fermer la cavité abdominale ; le troisième épineux a un osselet pour lui seul. Les premiers rayons mous sont aussi longs que ceux de la seconde dorsale. La caudale est profondément échancrée , et ses lobes sont pointus ; elle est supportée par les trois dernières vertèbres caudales ; de manière que la dernière, qui est presque réduite à une plaque dilatée, porte les rayons intérieurs de la nageoire; la pénultième les grands rayons simples , et l'antépénultième , les petits rayons indivis. La formule de la nageoire est : 10 , 1,9, 7, I, 10 ou H . Les ventrales sont composées de rayons peu nombreux, fort gros et divisés un grand nombre de fois. Les pectorales qui s'attachent à la ceinture thoracique immédiatement au dessus des ventrales, ont une vingtaine des petits rayons très-lins. Les écailles ne sont pas conservées d'une manière bien nette ; cependant on en remarque par ci par là quelques-unes qui ont conservé leur structure. Elles sont très-petites et circulaires. En les examinant à la loupe, on y reconnaît distinctement les sillons rayonnans qui s'entrecroisent avec les lignes circulaires ou d'accroissement. (Tab. i 1 , fig. 2.)

Les os de la tête sont assez bien conservés dans l'exemplaire de Tab. il a: on distingue surtout la voûte crânienne , une partie des pièces operculaires, l'arcade temporale et palatine et les mâchoires qui sont disloquées de manière à pouvoir être examinées isolément. On y voit les deux maxillaires supérieurs , dont l'un, celui de gauche, est conservé en entier, les deux intermaxillaires avec les dents en brosse et les maxillaires inférieurs , dont le bord est également garni de dents en brosse.

C'est une espèce de Monte-Bolca. L'original de Tab. i l appartient au Musée de Munich, celui de Tab. Ha fait partie de l'ancienne collection de Gazzola et se trouve au muséum de Paris.

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