CHAPITRE XYII
DU GENRE NEMOPTERYX (•) Agass.
On éprouve quelque difficulté à classer convenablement ce genre , d'autant plus qu'appartenant exclusivement aux schistes de Glaris, on ne peut s'attendre à en connaître les écailles, qui ne sont jamais conservées dans ce terrain. Ce qui constitue le principal caractère des INemopteryx , c'est leur caudale arrondie , dont les rayons sont insérés sur les six ou sept dernières vertèbres de la queue. Cette forme particulière ne se retrouve dans aucun autre genre de la famille des Scombéroïdes ; mais je crois néanmoins que c'est à cette famille qu'il convient de le rapporter, à cause de l'analogie qu'ofTrent les autres parties du corps avec le type des Anenchelum. Nous y rencontrons en efïet les mêmes détails dans la structure du squelette, et, ce qui est surtout important, des dents fortes et crochues aux mâchoires. Ce seraient, sous ce rapport, des Anenchelum à corps trapu. Je dois aussi mentionner une autre particularité importante qui les distingue entre tous les Scombéroïdes, c'est que les rayons de la première dorsale sont bifurques, à l'exception des deux premiers. L'anale est fort longue et se prolonge d'ordinaire jusqu'à l'origine de la caudale. Les pectorales sont composées de rayons fort longs et très-iins, qui ont valu au genre le nom de Nemopteryx.
L Nemopteryx crassus Agass.
Vol. 5, Tab. 22.
L'espèce à laquelle je donne ce nom est un poisson gros et trapu. La tète égale au moins le quart de la longueur totale. Les mâchoires sont très-évasées, garnies d'une rangée de grandes dents crochues^ implantées sur le maxillaire et sur l'intermaxillaire. Or, comme la gueule est en même temps très-fendue , nous devons en conclure que l'animal qui présentait cette structure était un poisson très-vorace. A l'intérieur de la gueule, on distingue une arête crénelée qui me paraît être due aux palatins et aux ptérygoïdes , dont le bord paraît avoir été
') Ce genre se trouve mentionné dans le catalogue de sir Philipp Egerton , sous le nom de Cyclurus , nom que je suis obligé de changer aujourd'hui , Tayant réservé à un autre type de la famille des Cyprins.
également garni de dents, mais qui étaient moins grandes que celles des mâchoires. L'épine dorsale est composée de quarante-neuf ou cinquante vertèbres ; sur ce nombre , il y en a au moins trente-huit caudales, ensorte qu'il n'en reste que douze abdominales. Aussi la cavité du ventre serait-elle très-petite si la colonne vertébrale n'était arquée en haut dans cette région, et si, d'un autre côté, les vertèbres abdominales n'étaient pas plus grosses que les caudales ; parmi les caudales , ce sont surtout les six ou sept dernières , c'est-à-dire celles qui servent d'appui à la caudale, qui sont très-réduites. Les apophyses épineuses sont robustes et fort longues ; les inférieures atteignent presque le bord ventral ; elles sont en même temps très-inclinées en arrière. Les supérieures sont moins longues et moins inclinées. Notre exemplaire présente au bord dorsal deux groupes de rayons, un immédiatement près de la nuque, et l'autre près de l'origine de la caudale ; mais il est fort probable qu'ils ne sont que les débris d'une dorsale continue qui s'étendait sur tout le dos. Les rayons ont la même structure que ceux des pectorales , c'est-à-dire qu'ils sont divisés une seule fois au milieu de leur longueur ; ils sont en outre fort gros , et à cet égard peu en rapport avec les osselets interapophysaires, qui sont petits. L'anale occupe plus de la moitié de la longueur du tronc, et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'elle ne s'arrête pas à la partie caudale, mais s'étend aussi plus en avant, jusque dans le domaine des côtes. Il y a des côtes sternales qui font en quelque sorte suite aux osselets interapophysaifes , mais qui s'en distinguent en ce qu'elles sont plus longues, plus vigoureuses et moins serrées ; elles alternent une à une avec les côtes, tandis que les osselets interapophysaires sont plus nombreux. Il y en a alternativement deux, puis un pour une apophyse. Les pectorales sont les plus vigoureuses de toutes les nageoires ; leurs rayons atteignent jusqu'à deux pouces et demi de longueur. J'en compte onze, dont ceux du milieu sont les plus longs; tous se bifurquent au tiers postérieur. Les rayons de la caudale présentent une structure toute différente ; ils sont tous articulés et dichotomés nombre de fois ; les plus vigoureux sont au milieu ; les autres décroissent graduellement de chaque côté. Il y a au moins huit vertèbres , sinon davantage, dont les apophyses servent d'appui à la caudale. Je ne connais encore qu'un exemplaire de cette espèce; il se trouve dans la collection de lord Enniskillen et provient des schistes de Claris.