CHAPITRE III
DES GENRES RAMPHOGIVATHUS ET MESOGASTER Agass.
1" Du GENRE RhAMPHOGNATHUS.
Je désigne sous ce nom un type particulier d'Acanthoptérygiens abdominaux que je crois appartenir à la famille des Sphyraenoïdes. 11 se rapproche des Sphyrènes proprement dites par la position de ses ventrales , qui sont situées en arrière des pectorales ; mais il en diffère en même temps par la conformation de sa tête , et surtout par la forme de ses mâchoires , qui sont trèseffilées et dont la supérieure déborde l'inférieure. Je n'en connais encore qu'une espèce, le
RhAMPHOGNATHUS PARALEPOmES AgaSS.
Vol. s , Tab. 38 , fîg. 1 et 2 (*). (Sous le nom de Rhamphognathus pompiiius).
Syn. Jisox Saurus Itt ver. Tab. 50, fig. 2. — Esox Sphyrœna Ut. ver. Tab. 24, fig. 2. — Ammodytes tohianns lll. ver. Tab. 53 , fig. 3. — De Blainv. Ich. p. 38.
J'ai représenté deux exemplaires de ces poissons, provenant l'un et l'autre de Monte-Bolca. L'un (fig. 2) est vu de profil, l'autre (fig. 1 ) est couché sur le dos, de manière à montrer les deux pectorales, l'une des ventrales, l'anale et la seconde dorsale. La position des ventrales, dans les deux exemplaires figurés indique évidemment un poisson abdominal , car elles sont situées sous le ventre, quoique plus rapprochées des pectorales que de l'anale. La seconde dorsale est un peii en arrière de l'anale , mais au reste conformée de la même manière ; toutes deux sont composées d'un petit nombre de rayons (sept ou huit) distinctement articulés et très-branchus. La première dorsale n'est pas conservée, mais l'on peut aisément reconnaître sa position dans l'exemplaire de fig. 2 d'après les osselets interapophysaires,, qui sont à-peuprès à la hauteur des ventrales. La caudale est courte et portée par un pédicule vigoureux. .Formule : 4, I, 8 ; 7, I, 3 ou 4.
La tête , qui forme le principal caractère du genre , comprend à-peu-près le tiers dé la
(') La fig. 2 de la planche xîitée appartient bien réellement à cette espèce : c'est à tort qu'elle est associée au nom du Mesogaster sphyrœnoides qui n'est représenté que par la fig. 3 .
longueur. Les mâchoires sont allongées en forme de bec très-pointu. La mâchoire supérieure déborde considérablement l'inférieure. Les dents ne sont pas connues. Il est probable qu'elles étaient très-petites. La colonne vertébrale est faible, composée de petites vertèbres aussi hautes que longues, qui contrastent par leur petitesse avec la forme trapue et d'apparence cylindrique du corps. J'en compte plus de quarante , dont vingt-quatre ou vingt-cinq caudales. Les apophyses épineuses sont grêles, ainsi que les côtes ; les unes et les autres sont fortement inclinées en arrière. Les écailles n'ont laissé que des traces indécises ; elles sont moins petites que dans la plupart des Scombéroïdes, mais trop endommagées pour qu'on puisse reconnaître leur structure.
Les plaques originales de mes figures se trouvent au muséum de Paris ; elles faisaient jadis partie de la collection de Gazzola et proviennent l'une et l'autre de Monte-Bolca. Celle de fig. 1 est figurée dans V Itliolitologia veronese ; celle de fig. 2 était inédite.
2° Dit genre Mesogaster Agass."
Ce- genre a l'aspect et la physionomie générale des Scombres. Néanmoins , je le place avec le précédent dans le voisinage des Sphyrènes , à raison de la position des ventrales qui sont situées derrière les pectorales. Il est très-voisin du genre Rhamphognathus, que nous venons de décrire , mais il en diffère cependant par ses mâchoires qui sont d'égale longueur , et par la forme de sa tète , qui est plus courte et plus obtuse. L'espèce que nous allons décrire est la seule connue.
Mesogaster sphyraenoides Agass.
Vol. 5, Tab. 38, fig. 3.
Syn. Silurus Bagre Ut. ver. Tab. 14 , fig. 3. — Esox Sphyrœna Itt. ver. Tab. 24 , fig. 3. — De Blainv. Ich. p. 39. Bronn. Itt. n° 23.
C'est un poisson de petite taille, assez allongé et probablement cylindracé. C'est ce qu'annonce du moins le pédicule de la queue, qui est large , comparativement au reste du corps. La tête est courte et contenue environ cinq fois dans la longueur du corps. La première dorsale n'est pas conservée ; la seconde est opposée à l'anale , mais cependant à proportion moins reculée que dans le Rhamphognathus; ses rayons ainsi que ceux de l'anale sont trèslins. Les ventrales, auxquelles' nous avons emprunté le principal caractère du genre, sont petites et insérées au tiei»s antérieur de l'espace compris entre les pectorales et l'anale. Les pectorales sont assez grandes et composées de rayons très-fins. La caudale est profondément échancrée. La colonne vertébrale est plutôt mince que robuste, elle compte une quarantaine de vertèbres aussi hautes que longues , dont environ vingt-deux caudales et dix-huit abdominales. Les apophyses épineuses présentent plusieurs particularités dignes de remarque : les
ToM. V. 14
supérieures sonl d'abord érectes et robustes derrière la nuque, puis elles se rapetissent et s'inclinent derrière les ventrales , et les dernières , qui sont les plus inclinées, s'allongent de nouveau considérablement pour porter les rayons de la caudale. Les côtes sont plus grosses et plus longues que les apophyses. Les osselets inlerapopliysaires sont très-petits , et il ne paraît pas qu'ils aient été munis de crêtes latérales. Ceux qui portent l'anale et la seconde dorsale sont très-serrés; il y en a au moins deux pour une apophyse.
Je ne connais encore que quelques plaques de ce joli poisson ; celle qui est ici figurée se trouve au muséum de Paris. J'en ai vu une autre très-bien conservée dans la collection de M. Copland. L'espèce provient de Monte-Bolca.
DE LA FAMILLE DES BLENNIOIDES Agass.
Les poissons appartenant au type des Blennies forment, selon nous, une famille bien caractérisée, et nous pensons que c'est à tort que Cuvier les réunit aux Gobies pour n'en faire quune seule famille sous le nom de Gobioïdes (voy. Toni. IV, p. 202). Aussi bien, les Blennies ont-elles une physionomie tout-à-fait différente des Gobius, et les caractères communs que Cuvier leur assigne se bornent en quelque sorte à la structure du canal intestinal, qui est fort simple et sans cécum. Mais du moment que l'on chei'che d'autres caractères, on trouve toujours des différences plus ou moins tranchées entre ces deux types. Laissant donc de côté les Gobius et leurs analogues qui ont des écailles pectinées, et prenant pour type de notre famille des Blennioïdes le genre Blennius, auquel nous associons, avec Cuvier. les Pholis, les Blennechis, les Chasmodes et les Salarias, nous leur assignons les caractères suivans : ce sont en général de petits poissons à écailles cycloïdes , ayant pour la plupart des ventrales jugulaires, composées uniquement de deux rayons flexibles ; une dorsale très-longue , s'étendant sur la plus grande partie du dos ; une tête courte et obtuse , et des dents tantôt très-fines , tantôt plus ou moins développées. Il faut remarquer en outre que la plupart de ces poissons sont vivipares ; mais ce caractère ne pouvant être d'aucune importance pour la détermination des fossiles, nous n'aurons pas à nous en occuper ici.
DU GEXUE SPINACAIVÏHUS Agass.
J'ai établi ce genre pour un poisson fossile qui n'a point de représentans dans la création actuelle. Sa ressemblance avec les Chironectes est évidente. Or si , comme je l'ai fait remarquer ailleurs , les Chironectes doivent être rapprochées des Blennius ou Baveuses , ce sera entre elles et les Chironectes qu'il faudra placer mon genre Spinacanthus, tandis que les Batrachus devront être rapprochés des Cottus, puisqu'ils paraissent manquer de sous-orbitaires. Je n'en connais encore qu'une espèce que nous allons décrire.
Spinacanthus blennioïdes .\gass.
Vol. S,Tab. 39,fig. 1.
Syn. Ble/ini/isoccllaiislll. ver. Tab. 1.3 , fig. 2.— Blennius cuneiformis De Blainv. Ich. p. 58. — Bronn. Ut. n" 33.
On ne saurait rapporter ce poisson à aucun des genres vivans , et c'est évidemment à tort que l'auteur de l'Ichthyologie véronaise et M. de Blainville le rangent parmi les Baveuses. Ce
qui le distingue surtout , c'est sa première dorsale , dont les rayons comprimés , insérés au dessus de l'œil , s'étendent en ap'ière sous la forme d'immenses épines qui égalent la longueur totale du corps. Le premier de ces rayons a, à sa basé, une série de dentelures très-vigoureuses qui servaient sans doute d'armes défensives à l'animal ; de là son nom de Spinacanthus. La seconde dorsale est une petite nageoire opposée à l'anale et composée dé rayons grêles et articulés, portés par des osselets interapophysaires plus grêles encore. La caudale est large et dilatée, mais elle ne paraît pas être échancrée. L'anale est grêle, petite et composée de sept ou huit rayons branchus assez frustes , avec un rayon simple en avant. Les pectorales ont des rayons encore plus fins et en même temps très-courts. La plus grande largeur du poisson est à la nuque ; de là le corps se rétrécit comme un coin jusqu'au pédicule de la queue, qui est irês-grèle. L'œil est très-haut, presque marginal au bord supérieur. La bouche est au contraire au bord inférieur et par conséquent séparée de l'œil par un grand espace. Le profil est presque vertical, avec une légère saillie au dessous du milieu, qui pourrait bien être la base ou l'insertion d'un petit rayon ; au haut du front, en avant et au dessus de l'œil , on voit une seconde protubérance , qui me parait également provenir d'un rayon qui a disparu. Il se pourrait cependant que le profil ne fût pas aussi perpendiculaire qu'il l'est dans notre exemplaire. Je suis même porté à croire qu'il était très-peu incliné, mais qu'il a été ployé par accident. L'effet de cette torsion aura été de rendre la gueule oblique de bas en haut, tandis que la gorge, la ceinture thoracique, les pectorales et toutes les parties jugulaires ployées sur elles-mêmes ont été portées en arrière et en haut , et ont ainsi pris une position anormale. Mais en redressant notre échantillon , toutes ces parties rentrent dans leur position naturelle , et l'affinité avec les Chironectes n'en est que plus frappante. Nous avons alors une tête horizontale portant quelques longs rayons , une gueule terminale assez grande , des pièces operculaires et des rayons branchiostègues dirigés obliquement en avant, et des pectorales plus ou moins pendantes. Quant aux ventrales , leurs rayons pourraient bien se trouver entre les rayons branchiostègues. La bouche est du reste grande. A la mâchoire inférieure on voit, à côté l'une de l'autre, deux grosses dents coniques, qui sont sans doute les analogues de celles que l'on rencontre chez les Baveuses. Les rayons branchiostègues sont fort grêles, arqués en avant. Les inférieurs sont les plus courts. J'en compte neuf en tout. 11 n'est rien resté de la ceinture thoracique ; mais l'on voit une douzaine de rayons de la pectorale, dont la ligne d'insertion est oblique d'avant en arrière et en bas.
La colonne vertébrale présente une courbure marquée à-peu-près au milieu du corps ; elle est composée d'un petit nombre de vertèbres, tout au plus une vingtaine , qui sont à-peu-près aussi hautes que longues. Les apophyses épineuses, dont il existe des traces distinctes dans la partie abdominale du squelette, sont grêles et arquées en arrière. Les osselets interapophysaires sont, à ce qu'il paraît, beaucoup plus nombreux. Je ne remarque aucune trace d'écailles ; ce qui me fait croire que notre poisson en était dépourvu , comme les Blennies.
Il serait bien intéressant qu'on découvrît des exemplaires plus complets de ce fossile , que
ioi)
celui qui se trouve au nuiséuni de Paris, le seul et unique que j'aie vu ; car outre ses rapports nombreux avec les Chironectes et les Blenniys, il en a de non moins évidens avec les Trigles : les séries de bourrelets au bord du dos et du ventre et le long des côtés pourraient . entre autres , avoir des rapports plus ou moins intimes avec les plaques et les piquans des Hirondelles de mer et des Grondins.
L'original se trouve au muséum de Paris. C'est une espèce propre au terrain de Monte- Bolca .
— no —