‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 3)Chapitre 66 sur 156 · DE LA FAMILLE DES LABROIDES · texte numérisé non relu

DE LA FAMILLE DES LABROIDES

Les Labroïdes ont toujours été considérés par les naturalistes comme un type à part ; mais la plus grande confusion régnait dans cette famille avant que M. Valenciennes ne l'eût soumise à une étude critique détaillée. La manière dont il la caractérise ne laisse rien à désirer, aussi long-temps qu'on la circonscrit comme il l'a fait. Voici quelle est sa diagnose : « Forme oblongue; corps écailleux ; une seule dorsale soutenue en avant par des rayons épineux, garnis le plus souvent d'un lambeau mejnbraneux ; les mâchoires recouvertes par des lèvres charnues ; le palais lisse et sans aucune dent ; les pharyngiennes , au nombre de trois , dont deux supérieures et une inférieure, toutes trois armées de dents tantôt en pavé, tantôt en lame? ou en pointe ; un canal intestinal sans cécum et une vessie natatoire » . Je serais cependant disposé à faire subir à cette famille une modification importante que le prince de Canino a déjà signalée , et qui consisterait à en éliminer les Cychles , qui ont des écailles dentelées à leur bord postérieur, et qui se rapprochent aussi , à d'autres égards , des Perches , pour les reporter dans l'ordre des Cténoïdes , tandis que les vrais Labroïdes sont tous Cycloïdes. J'ajouterais donc aux caractères indiqués par M. Valenciennes pour caractériser cette famille, que les écailles ont leur bord postérieur lisse. M. Cuvier ne compte pas moins de dix-huit genres de Labroïdes (*) . Or, comme les caractères qui distinguent ces différens genres sont pour la plupart empruntés au squelette , nous aurions par là même les moyens de distinguer facilement les espèces fossiles toutes les fois qu'elles seraient bien conservées. Mais il paraît que cette famille, si abondante dans les mers actuelles, était à peine représentée dans les créations antérieures. Je ne connais jusqu'ici que deux poissons fossiles qu'on puisse rapporter à cette famille ; ce sont de vrais Labres.

DU GENRE LADRUS Artéd,

Ce genre, qui constitue le type de la famille , est de forme trapue. Son squelette est massif ; ses lèvres sont épaisses et charnues. Mais ce qui le distingue surtout des autres genres de la

(•) Ces genres sont les snivans : Lahrus Art. , Cheilinus Lacép. , Lachnolœmus Cuv. , Jidis Cuv. , Anampses (Anampses) Cuv. , Crenilahriis Cu\., Conçus Cm., Epihulus Cm . , Clepticus Cm., JElops Comm. Xyrichthys Cm . , Chromis Cm., Cichla Blocli., PlesiopsCm., Malacanthus Cm . , Scarus L., Calliodon Cas . , et OdaxCm.. auxquels M. Valenciennes en a ajouté plusieurs, tels que le genre Cossyphus, intermédiaire entre les Labres et les Crénilabres, Ctenolahrus , Acantholahrus , Tautoga Cuvier et Valenciennes. Hist. nat. des Poiss. XIII, p. 12.

famille, c'est qu'il n'y a aucune épine ni dentelure au bord des pièces operculaires. Les mâchoires sont armées de fortes dents. Les os pharyngiens en portent en forme de pavés arrondis. Enfin les rayons épineux de la dorsale sont généralement plus nombreux que les rayons mous.

Labrus Valenciennesii Agass.

Vol. 5 , Tab. 39 , fig. 2. (Sous le nom de Labrus microdon Agass.)

Syn. Labrus merula Ut. ver. Tab. 37. — De Blainv. Ich. p. 46. — Bronn. It. n" 37.

Cette espèce est trapue . comme la plupart des Labl'oïdes , et sa physionomie ne permet pas de douter que ce ne soit un véritable Labre. La hauteur est à la longueur comme 2 à 7. La tête est petite , le museau court et pointu ; mais ce qui distingue surtout notre espèce des espèces vivantes, ce sont ses très-petites dents, tandis que les espèces vivantes ont en général des dents très-vigoureuses. Sa forme est aussi réellement plus trapue que celle de la plupart des espèces vivantes. La colonne vertébrale est robuste ; les vertèbres sont plus longues que hautes , cylindriques ou légèrement étranglées au milieu ; les apophyses articulaires ne sont indiquées que par un anneau saillant au point de contact de deux vertèbres. Les apophyses sont plutôt grêles que robustes ; mais les dernières s'allongent davantage pour porter la caudale. La dernière vertèbre se divise à cet effet en six apophyses , auxquelles viennent s'articuler les rayons. Les osselets de la dorsale sont d'une taille énorme, par suite de leur large crête latérale qui supporte surtout la partie épineuse de la dorsale. Ceux de la partie molle sont moins larges, et ceux de l'anale sont même excessivement grêles et petits. Les nageoires n'ont laissé que des traces assez imparfaites dans notre exemplaire ; cependant les épineux de la dorsale ont dû être très-vigoureux. Les nageoires sont très-faibles et ne comptent qu'un petit nombre de rayons. Il en est de même de l'anale. La caudale est mieux fournie , mais elle ne paraît pas avoir été échancrée. Ses rayons sont articulés jusqu'à la base. Les écailles sont très-grandes, et l'on reconnaît facilement les sillons rayonnans de leur surface.

C'est une espèce propre au calcaire de Monte-Bolca. .Je n'en connais qu'un seul exemplaire qui se trouve au Muséum de Paris, et qui faisait partie de la collection de Gazzola.

Je connais une seconde espèce fossile de ce genre que j'appelle Labrus Ibbetsoni , provenant de la molasse suisse. .Je la dédie à mon ami M. Ibbetson , qui en a découvert les premiers fragmens. M. Nicolet, de la Chaux-de-Fonds , en a trouvé depuis un pharyngien inférieur très-bien conservé avec toutes ses dents , ensorte qu'il ne peut rester aucun doute sur sa position générique.

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