‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 3)Chapitre 67 sur 156 · ADDITION I · texte numérisé non relu

ADDITION I

DU GENRE ECHEIVEIS.

Il me reste encore à dire un mol d'un genre aussi remarquable par la structure de son squelette que par ses caractères extérieurs, je veux parler du genre Echeneis. On sait que ces poissons ont sur la tête un disque particulier composé de lamelles cartilagineuses, au moyen duquel ils s'attachent aux corps marins et aux navires. Suivant la signification qu'on a attribuée à ce disque, on a rangé les Echeneis dans diverses familles. Cuvier, dans son Règne animal, les place à la suite des Discoboles , en faisant remarquer qu'ils pourraient bien donner lieu à une famille particulière. Je crois, pour ma part, qu'ils se rapprochent plutôt des Scombéroïdes, dont ils ont à la fois le port et l'allure. Le squelette a aussi bien plus de rapport avec celui des divers genres de cette famille qu'avec celui de la plupart des Malacoptérygiens. Il est vrai que , d'un autre côté, il n'y a qu'une seule dorsale , ce qui est "incompatible avec le type des Scombéroïdes ; mais celte incompatibilité disparaîtrait du moment que l'on démontrerait que le disque de la tête n'est autre chose qu'une première dorsale. C'est en effet de cette manière que je crois qu'il faut envisager ce singulier organe, par la raison qu'il ne dépend en aucune façon du crâne, mais qu'il est supporté par une série d'osselets interapophysaires, dont les côtés fortement dilatés forment les lames du disque , tandis que les petites épines qui sont insérées au milieu de leurs échancrnres sont de véritables rayons épineux. Or, la présence d'une dorsale sur la tête n'est pas un fait sans exemple chez les poissons , comme nous venons de le voir par l'étude du squelette de la Baudroie. Et s'il en est ainsi du disque des Echeneis, nul doute qu'il ne faille les rapprocher des Scombéroïdes. C'est ce qui résulte surtout de l'étude du squelette dont nous allons donner la description.

Squelette de l'Echeneis Naucrates. -*

Vol,5,Tab. G,fig. 2.

Un premier trait qui frappe dans la charpente osseuse de ce poisson , c'est la grosseur des vertèbres et la diversité très-grande qui règne entre les vertèbres caudales et les vertèbres abdominales. Les vertèbres caudales sont non seulement plus longues, mais elles sont en

outre hérissées de très-fortes apophyses dont la forme varie suivant leur position dans la colonne vertébrale. C'est ainsi que les premières vertèbres caudales ont de fortes apophyses inférieures dirigées en avant et aussi longues que la vertèbre est haute. A ces apophyses inférieures s'attachent les apophyses épineuses qui forment avec elles un angle droit, étant dirigées obliquement en arrière. A partir de la huitième vertèbre caudale, l'apophyse inférieure se raccourcit et l'apophyse épineuse devient presque parallèle au corps de la vertèbre ; en même temps l'apophyse articulaire postérieure qui forme un processus assez saillant dans les premières, s'efface à-peu-près complètement dans les dernières. Les apophyses épineuses supérieures sont moins variables ; elles sont courtes et s'attachent au bord postérieur de la vertèbre. La dernière vertèbre caudale enfin est très-courte, et sa partie postérieure est divisée en plusieurs lames verticales qui portent la caudale. Les vertèbres abdominales sont construites sur un tout autre plan ; elles sont plus étranglées, et les côtes, au lieu d'être supportées par des apophyses inférieures, s'attachent au corps même de la vertèbre. Leurs apophyses supérieures diffèrent de celles des vertèbres caudales , en ce qu'elles sont vigoureuses et moins inclinées. Les vertèbres abdominales, ainsi que les trois premières caudales, portent chacune une arête musculaire assez forte, qui est fixée sur le côté du corps de la vertèbre. Les osselets interapophysaires sont petits , mais munis de crêtes latérales ; on en compte trois et même quatre pour une apophyse épineuse. La dorsale et l'anale se ressemblent fort ; elles sont composées l'une et l'autre de rayons articulés et branchus à leur extrémité, précédés d'une série de rayons simples au nombre de huit à la dorsale et de cinq à l'anale. La caudale est tronquée à-peu-près verticalement, et composée de gros rayons très-branchus. Les rayons de la dorsale sont nombreux et très-serrés ; ceux des ventrales sont, en revanche , gros et au nombre de cinq seulement. La ceinture thoracique est très-développée et porte de grandes pectorales ; les ventrales sont également d'assez grande taille. Les cornes de l'os hyoïde sont vigoureuses, et les rayons branchiostègues nombreux ; l'opercule est petit , mais le sous-opercule est trèsgrand proportionnellement. La face supérieure du crâne est restreinte. La mâchoire supérieure est beaucoup plus grêle que l'inférieure, qui se rattache à un jugal fort incliné , et a un préopercule ployé en équerre. L'orbite est petite et les sous-orbitaires très-étroits.

Le squelette de l'Echéneis rappelle dans son ensemble des dispositions que nous avons vues développées d'une manière excessive dans le genre Tetrapterus de la famille des Xiphioïdes Vol. S , Tab. E , et cette analogie me paraît un motif de plus pour envisager comme naturel le rapprochement que je fais des Echéneis et des Scombéroïdes.

Ce type n'a pas encore été signalé à l'étal fossile , mais d'après les caractères si tranchés du squelette , on peut prévoir que les espèces fossiles ne devront pas offrir de grandes difficultés à la détermination , si l'on parvient jamais à en découvrir. Mais l'on ne doit pas s'attendre à voir le disque de la tête conservé, attendu qu'il s'enlève facilement, même dans les espèces vivantes.

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