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CHAPITRE V

DU GENRE LEUCISCUS.

Rondelet déjà avait entrevu ce genre, qu'il mentionne, tantôt sous le nom de Leuciscus, tantôt sous celui de Mugilesjlimatilis. Klein le précisa définitivement sous le nom de Leiiciscus , en lui assignant à-peu-près les mêmes limites qu'il présente encore dans la seconde édition du Règne animal de Cuvier, oii il embrasse tous les Cyprins dépourvus de barbillons, et dont la dorsale et l'anale n'occupent qu'un petit espace sur le milieu du dos et en arrière de l'abdomen. Avec des limites aussi étendues , le genre Leuciscus réunit des espèces très-dissemblables, telles que leVerron CCyprinus PhoxiniisJ, dont j'ai fait un genre à part sous le nom de Phoxinus , à l'imitation de Rondelet ; les Ablettes CCjprmus alburnus et C. bipunctatus)^ qui constituent mon genre Aspius, et le Nez, CCyprinus NasusJ, que j'ai également séparé des vrais Leucisques, sous le nom de Chondrostoma. *

Malgré toutes ces restrictions le genre Leuciscus, tel que je l'ai circonscrit dans mon Mémoire sur les Cyprins du lac de INeuchâtelf voy. Mémoires de la Soc. d'hist. nat. de Neucliâtel Yol. i J, comprend encore un nombre considérable d'espèces, dont voici les caractères génériques : Le corps est fusiforme , plus ou moins comprimé et couvert de grosses écailles, dont les lignes concentriques sont très-visibles, formées qu'elles sont par les lames d'accroissement ^ qui se débordent sensiblement l'une l'autre. Les sillons de la partie postérieure, qui partent du centre de l'écaillé et divergent vers son bord, sont nombreux et très-marqués. Les nageoix'es sont détaille médiocre, souvent même petites, proportionnellement au volume du corps ; la dorsale et l'anale ont la même forme; la première est tantôt opposée aux ventrales , tantôt un peu plus en arrière ; la caudale est constamment fourchue. La bouche^ de grandeur variable, est arquée et entourée de lèvres arrondies. Les dents pharyngiennes, disposées sur deux rangées, sont subconiques, un peu crochues à leur sommet, plus ou moins tronquées et même, dans quelques espèces, dentelées à leur bord interne. La charpente osseuse est robuste; les corps de vertèbres, à-peu-près aussi longs que hauts et bien proportionnés, portent des apophyses épineuses à-peu-près d'égale forme et d'égale force sur toute la colonne vertébrale, à l'exception de celles des vertèbres abdominales antérieures, qui sont plus droites et plus massives que les autres. Yers l'extrémité de la

queue les apophyses deviennent au contraire plus arquées; celles delà dernière vertèbre caudale se dilatent en forme de large éventail , portant la caudale. Les côtes sont grandes et vigoureuses. Il en est de même des arêtes musculaires qui sont proportionnellement très-grosses. Les os du crâne et de la face forment des plaques épaisses dont les diverses pièces sont étroitement lices. La ceinture thoracique et les os du bassin sont de même très-vigoureux.

La plupart des poissons de ce genre sont de taille moyenne ; plusieurs espèces peuvent même être appelées petites ; les plus grandes n'atteignent pas la longueur delà Carpe ordinaire et sont constamment beaucoup plus grêles. Tous les Leucisques sans exception habitent les lacs et les rivières. On en trouve dans toutes les parties du monde; mais les espèces sont en général encore mal connues, surtout les exotiques dont un grand nombre n'a pas encore été figuré. Un examen approfondi des caractères spécifiques a démontré en outre que plusieurs de celles que l'on croyait habiter à la fois divers grands bassins de l'Europe, y sont remplacées, dans les différentes stations, par des espèces analogues mais différentes. C'est ainsi que la comparaison des espèces d'Allemagne avec celles de Suisse et de France m'a fait distinguer plusieurs espèces nouvelles, décrites dans mon Mémoire sur les Cyprins du lac de Neuchâtel, et d'autres que je décrirai encore dans mon Histoire naturelle des Poissons cVeau douce de V Europe centrale. D'un autre côté le Prince de Musignano, à qui j'avais fait part de mes découvertes, en a reconnu en Italie plusieurs également nouvelles, qu'il vient de décrire dans sa Faiina italica.

Si la détermination de toutes ces espèces indigènes s'est aussi long-temps fait attendre, c'est qu'en réalité elles sont fort difficiles à distinguer et ne peuvent généralement être reconnues que par une étude aussi persévérante que minutieuse. On conçoit dèslors aisément que la détermination des espèces fossiles doit être bien plus difficile encore , et qu'après avoir reconnu les caractères qui les distinguent entr'elles et d'avec les espèces vivantes, l'on soit souvent embarrassé de formuler ces mêmes caractères.

Pour faciliter l'arrangement des nombreuses espèces de Leucisques, je les ai groupés en deux sections , comprenant dans la première celles dont le corps est arrondi ou plutôt cylindracé et dont le museau est saillant au-dessus de la bouche; tels sont les L. Aphya, L. Grislagine , L. rodens, etc. Dans la seconde, je réunis les espèces plus ou moins comprimées , chez lesquelles les écailles forment une saillie en forme de quille, en arrière des ventrales, comme dans les L. OrfuSj L. rutilus, L. erythrophthalmus , etc. Cette distinction nous permettra d'établir d'une manière plus précise les rapports des espèces fossiles avec les espèces vivantes.

Le Prince de 3Iusignano, tout en adoptant mes nouveaux genres, est allé plus loin que moi dans la séparation des espèces du grand genre Leuciscus. S'appuyant

sur les premières coupes que j'avais établies, il en a proposé, à juste titre, il me semble, une troisième , les envisageant toutes trois comme autant de sous-genres. Il conserve le nom de Leuciscus à ma première section^ puis, distinguant dans la seconde, les espèces dont la dorsale est opposée aux ventrales, de celles qui l'ont plus en arrière, il en fait son sous-genre Squalius; mais je ne saurais dire à quel titre il leur adjoint le L. Dohula. Son troisième sous-genre , qu'il appelle Scarcliniu& comprend les espèces très-comprimées , dont la dorsale est en arrière des ventrales ; je pourrais ajouter que ce sont les seuls Leucisques que je connaisse, ayant le bord interne de leurs dents pharyngiennes dentelé , comme c'est le cas du L. erythrophthalnius.

Les espèces fossiles, dont le nombre s'élève déjà à onze, proviennent toutes des terrains tertiaires d'eau douce ; et, dans plusieurs localités, les individus de quelquesunes de ces espèces sont très-fréquens, entre autres le L. œningensis et le L. papyraceus. Toutes appartiennent aux sous-genres Leuciscus et Squalius du Prince de Musignano 3 il n'y en a point de son sous-genre Scardinius.

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