‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 4)Chapitre 51 sur 58 · DE LA DENTITION · texte numérisé non relu

DE LA DENTITION

La dentition est aussi chez les poissons, quoique à un moindre degré que chez les mammifères, l'expression du caractère particulier et des mœurs de l'animal, et si les dents ne constituent pas toujours le critère essentiel pour la délimitation des genres et des familles, leur étude est au moins d’un intérêt capital pour la distinction des espèces, surtout dans le domaine de lIchthyologie fossile, où elles sont souvent conservées dans une parfaite intégrité, alors que les autres parties du corps sont plus ou moins endommagées. Bien plus, il y a des familles nombreuses dont les espèces dépourvues de squelette et d’écailles osseuses ne nous ont laissé d’autres traces de leur existence que les dents dont leurs mâchoires étaient armées ; en sorte que sans elles nous ne saurions absolument rien d’une quantité de Requins, de Raïes et de Chimères fossiles, qui ont peuplé les mers d’autrefois. C’est dès-lors une tâche importante pour le paléontologiste, de soumettre ces débris à une étude minutieuse. Aussi ai-je toujours apporté une attention particulière à l'étude des dents et à tout ce qui a rapport à l’armature de la bouche. Je ne puis énoncer ici que les résulats généraux de mes recherches; il me faudrait répéter tous les détails que j’ai exposés ailleurs, si je voulais donner un tableau complet de tout ce qui concerne la dentition.

Les pièces du squelette qui, chez les poissons, peuvent être armées de denis, sont beaucoup plus nombreuses que dans aucune autre classe. Il n’y a presque pas d’os ou de cartilage concourant à la formation de la cavité buccale, dont on ne trouve la surface interne hérissée de dents chez tel ou tel genre. Ce sont entre autres : les cartilages labiaux, chez les Pétromyzontes où toute la surface interne de l’entonoir buccal, formé par un seul cartilage cireulaire, est hérissée de dents coniques et obtuses; les intermaæillaires, les maxillaires supérieurs, les palatins, les ptérygoïdiens (dans quelques cas rares), le vomer et le sphénoïde principal, sur le plafond de la bouche, auxquels on peut encore ajouter les pharyngiens supérieurs formant les pièces supérieures des ares branchiaux. Sur le plancher de la cavité buccale, ce sont les maxillaires inférieurs, les branches latérales de l'os hyoide, le liñgual, les quatre arcs branchiaux dans toute leur étendue et enfin les pharyngiens inférieurs. Il est rare que l’on trouve tous les os mentionnés ci-dessus hérissés à la fois de dents dans la même bouche; souvent il n'y a que telle ou telle partie qui en porte, et ceux où l’on en trouve le plus ordinairement sont les intermaxillaires, les palatins, le vomer et les pharyngiens supérieurs en haut; les mâchoires inférieures, le lingual et les pharyngiens inférieurs en bas; de sorte qu'en ouvrant la gueule on y trouve, en haut deux rangées arquées de dents formées par les intermaxillaires et les palatins, et une rangée médiane sur le vomer; en bas une rangée simple sur la mâchoire inférieure, avec une rangée également médiane sur la langue; mais

tout l’entonnoir, en arrière, est garni de dents. 20°

La forme des dents varie encore plus que leur position, et on trouve souvent dans la même bouche des formes si peu semblables qu'il est presque impossible de les déterminer d’après des fragmens détachés. C’est pourquoi on ne saurait apporter dans la détermination des espèces fossiles dont on ne connait que des dents isolées, toute la précision que peuvent donner des dents isolées de reptiles ou de mammifères. Pour avoir une entière certitude sil faut pouvoir comparer des séries plus ou moins nombreuses et encore est-on exposé à commettre des erreurs, si l’on ne réussit pas à se procurer des mâchoires où les dents se trouvent dans leur position naturelle. Malgré les variations infinies auxquelles sont assujéties les dents de poissons, je crois pouvoir en faire deux grandes divisions, d’après leurs usages physiologiques, auxquels correspondent des formes plus ou moins nettement accusées, savoir : les dents de préhension et les dents propres à broyer.

Les dents de préhension sont en général coniques, alongées et terminées en une pointe tranchante. La forme la plus commune est celle d’un cône à base ronde, à pointe effilée, dont la la longueur a au moins deux fois le diamètre de la base et dont la pointe est légèrement recourbée en arrière, de sorte que la dent présente un crochet, qui empêche la proie de s'échapper, dès qu’elle est saisie. Ces dents sont quelquefois énormes , d’une longueur surprenante, el tout-à-fait disproportionnées avec la grandeur de lanimal, comme dans les Baudroies , les Dentex, les Cynodons et autres; dans ce cas, elles sont implantées en petit nombre dans les mächoires, à des distances assez considérables et se correspondent, lorsque l’animal ferme la gueule, de manière à ce que toutes les dents se logent dans une échancrure ou entre deux dents de la mâchoire opposée. Souvent aussi, chez certains Sauroïdes, par exemple, les intervalles des grands dents sont garnis de dents beaucoup plus petites. On comprend aisément que ces dents incisives par excellence, destinées à s’enfoncer dans les chairs avec une grande force et à retenir la proie qui se débat, ne trouvent place que dans les maxillaires proprement dits, sur le pourtour de la bouche, où souvent elles débordent mêmes les tégumens et les lèvres, lorsque la bouche est fermée. Au reste, leur longueur et leur épaisseur sont des plus variables. Il y a beaucoup de genres à dents médiocres, rondes ou crochues, dont l’on peut facilément compter les dents une à une. Mais plus ces dents se rapetissent, plus elles deviennent minces et effilées, plus aussi elles augmentent en nombre; elles ne forment plus alors de simples rangées, comme les grandes dents crochues, mais elles couvrent toute la surface des os, étant serrées les unes contre les autres, comme dans les peignes dont on se sert pour carder la laine; on les appelle alors dents en cardes. Les denis en rape sont encore assez fortes, mais moins hautes; les dents en brosse sont très-fines, déliées , effilées et serrées comme les soies d’une brosse; enfin les dents en velours sont très-petites et plutôt sensibles au toucher qu’à la vue. Toutes ces variations ne sont que des modifications de la forme primitive conique , résultant de l'épaisseur et du nombre des dents sur une espace déterminé. La forme conique n’est pas la seule qu’affectent les dents de préhension. Elles ont souvent

une tendance à s’aplatir latéralement, de manière à avoir des bords tranchans, ce qui facilite l'entrée de la dent dans les chairs de la proie. C’est surtout la pointe qui se comprime des deux côtés et qui au lieu d’un pourtour rond présente une coupe plus ou moins lenticulaire à bords tranchans; la dent a alors la forme d’un fer de lance. Souvent aussi la pointe est tronquée, offrant une surface horizontale. lisse ou crénelée et tranchante comme un couteau. Quelquefois les crénelures sont assez profondes, au point que la dent est semblable à un rateau, portant un certain nombre de pointes rangées à la file et supportées par un tronc arrondi. Dans d’autres cas, la base est elle-même comprimée; si les dents sont alors plus longues que larges, elles prennent la forme de lames de couteau, de lancette, ou bien devenant plus larges à la base, elles ressemblent à des triangles équilatéraux. Toutes ces formes sont communes chez les Requins et chez d’autres poissons carnassiers, par exemple, les Brochets, les Sphyrènes, les Lépidopus etc. Ordinairement chaque dent n’a qu’une seule pointe tantôt lisse tantôt à bords crénelés; mais quelquefois les crénelures se développent à tel point qu'elles donnent lieu à des cônes ou pointes secondaires qui se rangent des deux côtés de la pointe principale ; il arrive même qu’on ne distingue pas cette dernière et que toute la dent ne présente qu’une large lame tranchante, hérissée de pointes comprimées. Il y en a d’autres, où il ne reste qu'une surface tranchante et lisse sans pointe quelconque, et où toute la mâchoire n’est garnie que d’une seule dent de chaque côté, qui n’offre qu’un long bord tranchant semblable au bec des Tortues ou des Seiches.

Les dents molaires sont assujetties à des variations tout aussi nombreuses. Leur destination n’est plus d’appréhender, mais d'offrir aux alimens des surfaces plus ou moins larges, solides et capables de briser et de réduire les coquillages et les carapaces des animaux qui font la pâture du poisson. Au fond c’est le même plan et les dents plates ne sont que des modifications de la forme conique des dents de préhension, comme on peut s’en convaincre en examinant la gueule des espèces où ces deux formes se trouvent. C’est le même type, à la pointe près, qui s’émousse, s’aplatit et s’élargit; seulement, au lieu d’un cône, il n'existe qu'un cylindre à surface plane ou légèrement bombée, quelquefois accidentée de petites éminences ou de rides peu saillantes, qui facilitent la trituration et la rendent plus complète. Il va sans dire, que les modifications nombreuses que nous avons signalées dans les petits dents de préhension ne peuvent se reproduire ici, où il s’agit d'offrir des surfaces solides; mais les cylindres deviennent successivement moins hauts; leurs surfaces se bombent de plus en plus et il en résulte à la fin ces formes hémisphériques de dents voutées, réunies en payé, qui sont d’une force considérable. La grandeur de ces dents hémisphériques varie beaucoup; souvent elles sont trés-petites, à pourtour plus ou moins angulaire, et enchassées les unes dans les autres, absolument comme les galets d’un pavé. Mais souvent aussi, elles deviennent plus larges et leurs surfaces plus planes; ce sont alors de grandes plaques à pourtour carré et arrondi, dont les surfaces usées témoignent de la force de leur action. C’est toujours un aspect particulier

que celui que présentent les surfaces usées des dents molaires. Les dents de préhension peuvent se briser, mais elles ne sont pas exposées à s’user, puisqu'elles ne se rencontrent pas dans l’acte de la mastication et ne servent jamais à broyer. Les molaires, au contraire, se frottent aussi bien contre elles-mêmes que contre les alimens qui leur sont présentés.

Je pourrais énumérer beaucoup d’autres formes, mais je crois que ce que je viens de dire est suffisant pour donner une idée approximative de la dentition des poissons. Je dois dire aussi que les deux types que j’ai distingués ne sont pas aussi tranchés que lon pourrait le croire et qu'il existe même des passages tellement insensibles que, dans certains cas, il est fort difficile de dire si telle dent que l’on a sous les yeux est une dent de préhension, ou une dent molaire. Il y à même des dents dans lesquelles les deux types sont réunis, comme par exemple chez les Diodontes et les Chimères, où le bord antérieur de la dent est tranchant comme une lame de couteau, tandis qu’en arrière la même dent se continue sous forme de plaque destinée à broyer. Je suis donc le premier à reconnaitre que la division que je viens d'établir est jusqu’à un certain point artificielle, mais je ne l’en crois pas moins utile, car elle permet d’embrasser plus facilement, sous un seul point de vue, cette multitude de formes variées que nous offrent les dents des poissons.

La structure des dents n’est pas moins compliquée que leur forme, et c’est encore dans les poissons que nous retrouvons la plus grande diversité de types. Il y en à même qui ne sont connus que dans cette classe. Les tissus qui composent les dents sont de deux sortes. Il y'a dabord le tissu médullaire, qui est la véritable matrice de la dent, par lequel les substances nutritives sont amenées et duquel dépend toute la vie de la dent, et les tissus dentaires composés de substances animales imprégnées plus ou moins de sels calcaires, auxquels les dents doivent leur düreté, et qui servent à les distinguer au premier abord des autres os. C’est aux combinaisons variées de ces substances, que sont dues les modifications que l’on trouve dans la structure des dents. Le tissu médullaire est tout simplement un tissu celluleux semblable à celui que l’on trouve partout dans les interstices des organes, mais qui est parcouru par un grand nombre de vaisseaux sanguins, qui possède des nerfs et qui est toujours imprégné d'une sécrétion huileuse ou gélatineuse, qui lui donne l'aspect d’une pulpe molle et élastique. Les dents, lorsqu'elles commencent à se former, sont entourées d’une pulpe semblable, qui disparait avec la croissance extérieure et qui, à la fin, ne se trouve plas que dans l'intérieur de la dent. Dans les dents desséchées , il ne reste que quelques filamens de cette pulpe, qui recouvrent ça et là les parois des interstices et cavités internes. Dans les fossiles, cette pulpe à entièrement disparu, et les cavités qu’elle remplissait sont vides ou bien remplies de matières pierreuses , imbibées souvent de pyrites de fer et de plomb. Comme c’est dans les vaisseaux sanguins que réside l'influence de la pulpe sur les dents, il est clair que le plus souvent cette pulpe est ramifiée comme les vaisseaux et pénètre, en formant des réseaux, par des canaux creux, dans la substance de la dent. Si la pulpe est simple, elle forme un noyau au milieu

de la dent qui est situé dans une cavilé médullaire: si elle est ramifiée, c’est dans les canaux médullaires qu’elle se trouve.

Les substances dentaires, car il y en a de plusieurs sortes, se distinguent de tous les autres tissus du corps par leur dureté et leur inaltérabilité, qui fait qu’elles se conservent à l’état fossile, quand mème tous les autres organes ont disparu. Celle qui forme la masse principale de la dent, s'appelle la dentine. C’est une substance homogène, transparente et composée de fines lames ; elle est bleuâtre quand elle est accumulée en grande masse; et ce qui la caractérise surtout, ce sont les tubes calcifères qui la traversent. Ces tubes, d’un diamètre très-petit, partent toujours de la cavité ou des canaux médullaires, pour se rendre directement à la surface de la dent. Chemin faisant, ils se ramifient, et ces ramifications, qui sont très-diverses, donnent de bons caractères microscopiques pour la distinction des genres et des espèces. On y remarque surtout deux types; les uns se ramifiant à la manière des peupliers d'Italie, ayant leurs branches et leurs rameaux rapprochés et parallèles au tronc; les autres étalant leurs branches dans toutes les directions comme un tronc de chène ou un noyer. La longueur de ces tubes calcifères varie excessivement ; il y a des dents à dentine très-épaisse, où la dentine est traversée dans toute son épaisseur par ces canaux ou tnbes; il y en a d’autres, où l’on remarque à peine quelques petites branches rabougries sur les côtés des canaux médullaires. On peut se convaincre par des expériences d'infiltration aussi bien que par l'inspection directe que ce sont réellement des tubes qui prennent leur origine dans les canaux médullaires. Ils sont remplis par un dépôt de sel calcaire qui, pendant la vie, a un aspect grumeux. Leurs extrémités sont excessivement fines et l’on ne parvient que dans quelques cas rares à distingueur leur terminaison; le plus souvent, ils se perdent insensiblement. Les dernières ramifications sont très-souvent parallèles; elles ne forment plus de réseaux, mais une ligne pectinée tout autour du contour extérieur de la dent. On pourrait croire, à cause de leurs ramifications, que ces tubes contiennent des vaisseaux sanguins, servant à la nutrition de la dentine; mais leur diamètre étant beaucoup plus petit que celui des globules du sang, une pareille supposition devient impossible.

La dentine forme très-souyent à elle seule toute la dent; mais dans la plupart des dents, elle est revêtue d’une couche homogène plus dure et plus cassante qui forme la couche superficielle, c’est l'émail. Cette substance contient encore beaucoup moins de matière animale, de gélatine, que la dentine; elle est en conséquence plus dure. On s’est convaincu que chez les animaux supérieurs l'émail est composé de petits prismes enchevêtrés comme des coins et formant une surface pour ainsi dire voütée. Il est difficile de démontrer une pareille structure chez le poissons. Iei l'émail est toujours homogène et le plus souvent traversé de tubes semblables à ceux de la dentine. Mais ce qui distingue les tubes de l'émail, c’est qu’ils ne sont jamais ramifiés, mais au contraire parallèles, simples et très-fins, semblables à ceux que lon

trouve souvent dans les lisières de la dentine. L’émail est parfois restreint à la pointe de la Tom. I. 21

dent, qu'il recouvre comme un capuchon; mais le plus souvent il s’étend sur toute la partie nue de la dent, qui n’est pas enveloppée dans la muqueuse de la bouche.

Une troisième substance enfin, qui ne se trouve que bien rarement dans les dents des poissons c’est le cément. La matière principale de cette substanec est claire et homogène; c’est une gélatine imprégnée de calcaire, mais au lieu de tubes destinés à recevoir l’excédent des sels calcaires, nous avons ici des cellules calcifères plus ou moins. fusiformes, avec des ramifications dans tous les sens, qui très-souvent, communiquent directement avec les tubes calcifères de la dentine. Ces cellules calcifères sont souvent semblables aux corpuscules osseux; mais elles sont en général plus petites et, ce qui distingue surtout le cément du tissu osseux , c’est l'absence complète de couches alternatives et de canaux médullaires. Ce n’est guère que dans les dents composées, à dentine plissée ou à canaux médullaires parallèles, que l’on trouve le cément remplissant les vides entre les systèmes de dentine, qui entourent les plis et les canaux isolés.

Les rapports variés de ces substances entr’elles et les différences que présentent les cavités et les canaux médullaires, sont ce qui distingue les divers types de dents de la classe des poissons. On en connait quatre types principaux, mais ils ne sont pas très-tranchés; il existe au contraire des passages nombreux de l’un à l’autre. La conformation la plus simple est celle à dentine simple et à cavité pulpaire unique : L'intérieur de la dent n’a qu'une seule cavité en cône creux, dont la forme répète exatement les contours extérieurs. On dirait que la pulpe est entourée d’une couche de dentine, d’une épaisseur presque égale partout, formant un capuchon autour du noyaux pulpenx. Les tubes calcifères rayonnent à angle droit vers la surface de la dent, qui très-souvent est couverte d’une couche plus ou moins épaisse d’émail. Les dents de préhension de plusieurs poissons osseux, de beaucoup de Requins, les dents molaires des poissons osseux, des Pycnodontes, par exemple, et des Raies appartiennent à ce type.

Les dents à dentine plissée constituent un second type. lei la cavité pulpaire est aussi d’abord unique, mais ses contours, au lieu d’être simples et réguliers, ont des angles rentrans et sortans, autour desquels la dentine est plissée comme une grosse étoffe. Ces plis sont d’abord peu considérables et s’effacent petit à petit vers la pointe de la dent; une coupe transversale présente alors la forme d’une rosette; mais insensiblement les sinuosités deviennent plus profondes, les plis plus accusés et plus contournés et le tout tellement tortueux, que la cavité centrale disparait entièrement et que les coupes transversales ne montrent plus qu’un labyrinthe de rides médullaires réduites à de simples lignes entrelacées avec les lignes des plis venant du dehors, comme serait une étoffe froissée et comprimée, que l’on aurait coupée par le milieu. Ce type est exclussivement propre aux dents de préhension et à-peu-près restreint aux poissons osseux. Il n’y à point de poissons cartilagineux qui présente cette structure, el dans les autres classes, on ne trouve que quelques Reptiles voisins des poissons, qui la

partagent, tels que les Ichthyosaures et les Labyrinthodontes. Dans les poissons, c’est surtout la famille des Sauroides, qui offre les passages les plus remarquables des plis simples des Lépidostées à la structure si compliquée des Dendrodes. Comme les plis sont toujours arrangés dans les sens vertical, il s’en suit que toutes ces dents ont une apparence striée, qui est surtout visible vers la base où les plis sont le plus accusés.

Qu'on se figure maintenant les plissemens verticaux et parallèles à Faxe de la dent, rapprochés de manière que leurs bords se confondent partout où ils se touchent, et on aura la troisième modification de structure, qui ne se rencontre que dans les dents molaires des poissons cartilagineux. La cavité médullaire centrale n'existe plus; on ne trouve que des canaux médullaires isolés, parallèles entr’eux et à l’axe de la dent, montant verticalement vers le sommet de la dent et entourés chacun d’un système distinct de dentine avec des tubes calcifères rayonnant en cercle dans toutes les directions, de sorte qu’un canal isolé avec sa dentine a la forme d’un panache. Il y a cependant un grand nombre de genres, dans lesquels les canaux, au lieu d’être entièrement droits et perpendiculaires, sont réunis par des anastomoses qui occassionnent des réseaux intermédiaires; mais ces derniers sont toujours plus minces que les canaux principaux; il y en a d’autres où les canaux sont parfaitement droits, verticaux et tout-à-fait indépendans, ayant chacun leur système particulier de dentine, qui les enveloppe au point que l’on pourrait prendre chaque canal avec sa dentine pour une petite dent isolée, réunie à d’autres petites dents semblables, par une substanct étrangère et formant ensemble de larges plaques dentaires composées de dentine à canaux parallèles. Cette opinion semble, en effet, justifiée par le fait, que le cément se trouve souvent sur les lisières des systèmes isolés de dentine; mais, d’un autre côté, elle ne saurait se concilier avec les passages nombreux qui existent entre la dentine plissée, celle à canaux parallèles et celle à canaux réticulés, ni avec le développement des plaques dentaires elles-mêmes, dont nous parlerons plus tard. Les dents à canaux parallèles sont exclusivement propres aux dents molaires des poissons cartilagineux. La famille des Myliobates, parmi les Raïes, et celle des Cestraciontes, dans la tribu des Requins , nous offrent des exemples nombreux et variés de cette structure. Dans les autres classes d'animaux, il n’y à que l’Orycterope et quelques autres mammifères, chez lesquels on trouve ce type de dentition.

Un dernier type de structure dentaire, c’est celui des dents à canaux réticulés. Acï plus de trace de cavité principale ni de canaux plus développés que les autres; toute la dentine est traversée par un réseau de canaux plus ou moins larges, disposés sans ordre apparent, exceplé au centre, où ils affectent quelquefois un parallélisme plus régulier, mais avec de nombreuses anastomoses. Les tubes calcifères sont toujours perpendiculaires à l'axe des canaux médullaires; ils se croisent dans tous les sens et d’une manière toute aussi irrégulière que les canaux réliculés eux-mêmes. Ces dents sont toujours recouvertes à l'extérieur par nue couche d’émail assez épaisse, et leur dentine est beaucoup plus friable que celle

des types que nous venons de mentionner. Cette structure ne se rencontre nulle part dans les dents molaires qui, étant exposées à un frottement continuel, s’useraient dès que la couche d’émail serait enlevée. Elle n’est propre qu'aux dents de préhension et elle se retrouve indistinctement chez les poissons osseux et chez les cartilagineux; elle est en outre exclusivement propre à la classe des poissons; du moins les autres classes du règne animal ne nous en ont offert jusqu'ici aucun exemple.

La manière dont les dents sont fixées sur les mâchoires mérite une attention toute particulière. Ce n’est jamais par des racines solides et coniques, enfoncées dans les creux correspondans de los; la gomphose n'existe pas dans la classe des poissons. Les dents sont au contraire attachées par des ligamens fibreux ou par ankylose, et en général implantées sur des socles osseux, qui les supportent. Dans le cas où leurs extrémités maxillaires sont reçues dans des creux, ce n’est jamais dans des trous isolés; mais une rigole commune est creusée tout le long de la mâchoire. Dans beaucoup de cas, et surtout lorsque de petites dents sont accumulées en grand nombre, elles ne laissent aucune trace de leur présence sur los ou sur le cartilage qui les porte, lorsque la muqueuse est enlevée. Cela se conçoit d’ailleurs facilement; car du moment que les dents ne sont fixées que par la muqueuse, elles doivent s’en aller avec cette dernière, lorsqu'on la sépare de l’os. Souvent elles ne sont pas même attachées par des ligamens particuliers, mais seulement par des fibres de cette membrane qui entourent de toutes parts la base de la dent. Aussi les dents tombent-elles facilement, et se reproduisent tout aussi aisément. Les socles qui supportent les dents chez beaucoup de genres, affectent toujours la forme des dents elles-mêmes. Dans les dents simples, ils sont simples, souvent même creux au milieu et il n’y a alors que leur pourtour qui supporte la dent. Parfois ils s'élèvent au-dessus du niveau de la mâchoire; mais le plus souvent, ils sont cachés dans les rigoles communes, qui longent le bord interne des mâchoires. Le socle et la dent sont ordinairement unis par de forts ligamens tendineux et élastiques, qui tout en étant très-vigoureux , permettent pourtant aux dents un certain mouvement. Dans d’autres cas, le socle s’unit à la dent par ankylose; le tissu osseux se confond avec celui de la dent, de manière que l’on ne peut pas dire au juste où l’un finit et où l’autre commence. C’est dans les dents plissées, .que le socle joue le rôle le plus extraordinaire en ce qu’il répète en quelque sorte la forme de la base de la dent, présentant en relief ce qui est en creux sur la base de la dent. Quelquefois, quand les plissemens sont trés-tortueux et les processus du socle très-hauts et trèscompliqués, la dent a l’air d’avoir des racines par lesquelles elle s'enfonce dans los, comme un arbre dans la terre. Cette structure, que M. Owen a découverte dans le genre Rhizodus (Holoptychius) de la famille des Sauroïides, n’est qu’une complication des socles en rosette que l’on trouve chez les Lépidostées et autres Sauroïdes dont la dentine a des plis moins tortueux. Dans d’autres cas, surtout chez les poissons cartilagineux, les dents sont fixées au moyen de ligamens qui, pour n'être pas attachés à des socles, n’en tiennent pas moins les dents en

respect sur les màchoires, au moyen de la muqueuse, qui est très-épaisse. Ce mode de fixation est très-souvent accompagné d’une véritable racine, dont la structure est différente de celle de la couronne de la dent, et dont la surface poreuse offre plus de points d'attache aux fibres tendineuses, qui y aboutissent. Mais cette racine propre aux dents des poissons cartilagineux, se distingue au premier coup-d'œil de toutes les autres racines de dents, car bien qu’elle affecte plusieurs formes, et bien qu’elle soit même souvent bifide, comme la racine des dents de mammifères, elle est cependant toujours arrondie et formée d’une dentine friable, molle, très-squammeuse et très-poreuse, avec des canaux médulaires très-réticulés ; aussi estelle distinctement séparée de la couronne, qui est composée d’une dentine beaucoup plus dure et très-souvent revêlue d’émail. La racine n’est jamais enfoncée dans des creux particuliers ; elle repose simplement dans la rigole qui longe la mâchoire; mais elle n’en est pas moins cachée toute entière dans la muqueuse épaisse, qui forme les gencives. Les dents des poissons osseux n'ont jamais de racine. La présence d’une racine peut dés lors être envisagée comme un caractère saillant des poissons cartilagineux, quoiqu'il ne soit pas universel, puisqu'il y a des dents de poissons cartilagineux, qui en sont dépourvues.

Un dernier mode de fixation des dents, dont on ne retrouve pas d'exemples dans les autres classes d'animaux, c’est leur enchevêtrement, au moyen d’angles rentrans et d’angles saillans ; elles forment ainsi de larges plaques et des voütes complètes, dont une pièce soutient l’autre, par exemple chez les Scares. Quelquefois aussi il y a même des dentelures fines et régulières qui se répondent comme dans une roue de rencontre,

Le développement des dents de poissons offre des particularités fort remarquables. Il existe en général une tendance des mâchoires à reporter de plus en plus les dents vers le bord extérieur, et dès qu’elles viennent à se casser ou à tomber, elles sont aussitôt remplacées par d’autres dents qui se développent sur le bord interne des mâchoires. Ce développement, en quelque sorte rotatoire , est surtout remarquable chez les poissons cartilagineux, les Requins et les Raiïes, où les rangées internes, sont couchées en arrière, cachées dans les gencives et ne se dressent que quand elles viennent se placer au bord extérieur. On remarque la même tendance lorsque les dents sont en brosse ou en grand nombre sur une mâchoire, et en général, quand les dents ne sont fixées que dans la muqueuse. Mais lorsqu’elles reposent sur des socles, les dents de remplacement se développent à côté ou au-dessous des anciennes, et poussant celles-ci au dehors, elles se mettent à leur place. Le développement individuel des dents a probablement lieu de la même manière que chez les animaux supérieurs, car bien qu’on n'ait pas encore fait de recherches spéciales sur ce point, il parait pourtant, qu’au moins le plus grand nombre de dents se développent dans des sachets particuliers, qui sont rarement creusés dans la substance osseuse de la mâchoire, mais qui, dans le plus grand nombre des cas, ne sont enveloppés que par la gencive. Il parait en

outre que les grandes plaques dentaires, qui se renouvellent sans cesse par l’adjonction de A

nouvelles couches à leur face postérieure , se développent sans sachet, Quoiqu'il en soit, il est certain que les nouvelles dents se présentent dabord par leur pointe, qu’elles croissent de haut en bas et que ce n’est que quand elles ont à-peu-près fini leur croissance, qu’elles se placent sur les socles sur lesquels elles reposent. Ce travail de remplacement et de renouvellement est continuel chez les poissons, jusqu’à l’âge le plus avancé, et ce n’est guère que dans les poissons très-vieux que les dents de remplacement manquent.

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