‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 4)Chapitre 50 sur 58 · AAA · texte numérisé non relu

AAA

téte glénoidale (59 et 40), par laquelle la branche latérale se meut sur la pièce médiane, le corps de l'hyoide (42). La branche latérale de Pare hyoïde est à la mâchoire inférieure ce que los palatin est à la mâchoire supérieure; los hyoïde en bas est l’analogue et le correspondant du vomer en haut. Les branches de lhyoide forment un second arc à l’intérieur de la mâchoire inférieure , dont la courbure et la longueur correspondent à la forme de l'arc maxillaire. Ces branches sont tantôt à-peu-près cylindriques dans les têtes basses et étroites, tantôt comprimées latéralement, ayant leur tranchant tourné en haut, dans les têtes hautes et peu larges. L’étendue et la forme de ces branches est tout-à-fait en rapport avec celle de la mâchoire inférieure , mais elles influent peu sur la forme générale de la tête.

Les pièces cutanées qui se développent sur le bord postérieur de l'arc hyoïidal et que nous connaissons sous le nom d'appareil operculaire et branchiostèque(V), sont d’une importance trèsgrande , non-seulement pour la vie du poisson, mais aussi pour la classification des genres et des espèces, et comme leur forme et leur nombre varient à l'infini, ils fournissent par-là même d’excellens caractères systématiques. Ceux qui s'adaptent à la partie inférieure de l’are hyoïdal (aux branches latérales) portent le nom de rayons branchiostèques(43) ; ils bordent en bas la fente des ouies qui conduit aux branchies. Ce sont en général des pièces longues et aplaties, courbées en forme de sabre, imbriquées et réunies ensemble par une membrane élastique qui contient les fibres musculaires destinées à écarter et à rapprocher les pièces. Le nombre, la forme, la longeur et la largeur de ces rayons branshiostègues varient à l'infini; souvent ils sont réduits à de simples filets osseux , soutenant une large membrane qui forme un sac autour de la cavité branchiale; souvent aussi, ils sont tellement serrés qu'ils forment une paroi presque rigide. Dans la plupart des cas, ils sont simplement appliqués sur la face externe du bord postérieur de la branche hyoidale; il est rare qu'ils soient véritablement articulés.

L'appareil operculaire est en général formé de trois pièces; l’opercule(28) en haut, qui s’articule sur la tête glénoidale du mastoïdien, le sous-opercule(32) en bas, appliqué sur la face interne de la branche horizontale du préopercule, et l’interopercule(33) à l'angle postérieur et inférieur. Ces os plats, fort semblables à des écailles et recouverts seulement d’une mince lame de la peau , forment par leur réunion un battant qui se meut sur la face articulaire du mastoïdien et sur la face interne du préopercule, comme une porte sur son chambranle, s’abattant sur la face extérieure de la ceinture thoracique et ouvrant et fermant successivement la fente branchiale, pendant l’acte de la respiraton. Les rapports de ces trois os entr’eux, leur grandeur et leur forme varient à l'infini. C’est en général l’opercule qui est le plus grand, de forme triangulaire ou carrée; le plus souvent, l'appareil operculaire ferme complètement la fente branchiale, tandis que dans d’autres cas, il est très-petit et ne la recouvre qu’incomplètement; quelquefois aussi, les pièces operculaires échangent leur forme plate et écailleuse

contre une forme cylindracée ou pointue. Toutes ces variations rentrent plutôt dans le cadre Tow. I. 19

des observations zoologiques proprement dites, car elles sont toujours visibles sur le poisson, sans préparation préalable.

Les quatre arcs branchiaux (VI) et l'arc pharyngien(VH) sont construits sur un plan tellement uniforme, qu'il suffit d’en décrire un seul pour les caractériser tous. Ils sont attachés en bas à une carène médiane formée d’une série de quatre à six osselets et quelquefois même davantage, qui, rangés à la file les uns des autres et réunis ensemble par des pièces cartilagineuses forment un cylindre élastique qui sert de plancher à la cavité buccale. Ces osselets constituent ensemble ce que lon nomme la queue de l’os hyoide, et c’est sur les côtés de ces cylindres, que s’articulent les arcs branchiaux et les branches latérales de l'arc hyoïidal. D'ordinaire, la première de ces pièces n’a pas de facette articulaire sur ses côlés; mais elle s’avance librement dans l’espace circonscrit entre les deux moitiés de la mâchoire inférieure; trés-souvent aussi, elle est enveloppée d’un tissu mou et spongieux , ou bien garnie de dents qui correspondent alors aux dents vomériennes. On a distingué cette pièce sous le nom d'os lingual(H ); c’est elle en effet qui forme seule la langue des poissons, car le prolongement musculaire et mobile placé au-devant de los lingual chez les animaux supérieurs manque ici complètement.

Chaque arc branchial est en général composé de chaque côté de quatre pièces, dont deux à la partie inférieure et deux à la partie supérieure. La première pièce inférieure est la pièce articulaire qui s'articule au corps de l’hyoide; elle manque très-souvent aux arcs postérieurs. La seconde et la troisième sont les véritables pièces branchiales; elles sont de forme cylindracée, creusées en gouttière à leur face externe et pliées l’une sur l'autre par une articulation infermédiaire, de manière à former un angle, dont le sommet est tourné en arrière. Les quatre arceaux représentent ainsi une sorte d’entonnoir vers l’abdomen, par lequel les objets avalés prennent leur passage. Les dernières pièces se trouvent au haut de cet entonnoir, au-dessous de la base du crâne; ce sont de petits os plus ou moins plats, implantés dans la paroi supérieure de l’ésophage, quelquefois articulés sur la base du crâne; et très-souvent armés de dents; on les a nommés les pharyngiens supérieurs. Chaque arc a ainsi son pharyngien supérieur, qui touche celui de l’autre côté sur la ligne médiane, et qui est enchevêtré avec ses voisins, de manière à former un toit complet et mobile au-dessus de l'entrée de l’ésophage. Ce plafond, grâce aux dents dont il est généralement hérissé, devient ainsi souvent un organe de mastication beaucoup plus complet que les arcs maxillaire et palatin. Les arcs branchiaux sont succeptibles de mouvemens trés-complexes; et comme ils sont composés de plusieurs pièces, ils peuvent agrandir ou rétrécir plus ou moins le sinus de leur articulation principale et élangir ainsi l’entonnoir de lésophage. Car suivant qu’ils abaissent ou relèvent le corps de l’hyoïde, ils donnent plus ou moins d’élévation à l’entonnoir qui sert de passage aux alimens; ils peuvent également s'écarter latéralement et d'avant en arrière, élargir ainsi les fentes qui les séparent et laisser passer l’eau qui sert à la respiration.

La face externe des ares, comme je l’ai déjà fait remarquer, est creusée en gouttière pour recevoir les vaisseaux considérables, qui servent à alimenter les peignes des feuillets branchiaux, sur lesquels les vaisseaux capillaires respiratoires se ramifient; leur face interne est bombée et porte très-souvent des appendices osseux, des dents et d’autres appendices, qui s’enchevètrent mutuellement et empèchent la proie de s'échapper à travers les fentes branchiales, en formant des rateaux qui retiennent tout ce qui n’est pas liquide.

Le dernier arc enfin, qui, dans l’embryon, porte aussi des franges branchiales, mais qui en est entièrement dépourvu chez les poissons adultes, est l'arc pharyngien (VI). Il est formé, de chaque côté, d’une seule pièce, qui est complètement enfermée dans la paroi latérale de l’ésophage et très-souvent armée de dents, qui, par suite de la position réculée des pharyngiens supérieurs, peuvent exercer une masfication avec ces derniers.

La dénomination des os de la face est beaucoup plus concordante chez les différens auteurs que celle des os du crâne. Il n’existe de dissidence qu’à l’égard des démembremens du temporal. Ainsi, Cuvier appelle «jugal» mon os carré, «symplectique» mon tympano-malléal et «temporal» mon mastloïdien. Pour la caisse, il emploie le nom de «tympanal». Meckel désigne tous ces os sous le nom de «partie articulaire du temporal», sans se prononcer sur leurs analogies avec les différentes parties de cet os. Tout le monde est d'accord sur le reste.

Outre les os que nous venons de décrire et qui se rencontrent plus ou moins chez tous les poissons osseux , il nous reste à mentionner encore tout un système d’os bien moins constant, qui ne se trouve que dans la classe des poissons, étant intimément lié au développement d’un système vasculaire qui est exclusivement propre à ces animaux; ce sont les os muqueux (IX) destinés à envelopper et à protéger les canaux muqueux, qui se trouvent en grande abondance à la tête. Outre les os que nous avons mentionnés ci-dessus, et dont un grand nombre est percé de pareils canaux muqueux, tels que le frontal, le temporal, le jugal, le préopercule etc., il y a encore par-ci et par-là de petites esquilles osseuses, pour la plupart en forme de tubes, quelquefois aussi élargies d’un côté en forme d’écailles, qui sont cachées dans la peau et s’enlèvent facilement avec cette dernière, si l’on n’y fait pas atiention. Ces tubes sont surtout destinés à entourer les grands ramaux des canaux muqueux; c’est pourquoi ils se développent de préférence sur le crâne, entre la ceinture thoracique et la crète latérale. Il n’y a rien de régulier dans leur formation, et il parait qu’ils varient, non-seulement dans le même genre, mais aussi dans la même espèce.

Si nous essayons maintenant, de construire, comme nous l'avons fait pour les autres systèmes, une échelle de gradation d’après les diverses modifications de la face, chez les poissons, nous devrons prendre essentiellement pour base le développement successif des arceaux antérieurs, le rapprochement des arcs branchiaux de la tête et l’acheminement graduel de la bouche vers la pointe du museau. Nous aurons alors les gradations suivantes.

4) Point d'arc maxillaire; arc palatin fixé à la base du crâne; arcs branchiaux éloignés du corps; développement excessif des cartilages labiaux. Cyclostomes.

2) Arc maxillaire défectueux dans sa partie supérieure; arc palatin détaché du crâne, défectueux ; ares branchiaux se rapprochant de la tête; cartilages labiaux se perdant graduellement. Bouche infère.

Plagiostomes.

5) Mème état, arc palatin complet.

Narcine.

h) Arc palatin manquant; arc maxillaire défectueux en haut; développement excessif des cartilages labiaux. Des pièces operculaires. Bouche à l'extrémité antérieure. Branchies sous la tête.

Chimères.

5) Arc maxillaire incomplet; are palatin complet; un appareil operculaire; point de cartilages labiaux. Des branchies sous la tête. Spatulaires.

6) Arc mandibulaire incomplet; tous les autres ares complets. Esturgeons.

7) Tous les arcs complets.

Poissons osseux.

Après avoir parcouru ainsi les différens os et leurs rapports entr'eux, il me reste encore à dire quelques mots des différences de forme qui résultent de leur grandeur, de leur conformation et de leurs combinaisons variées. La lête des poissons n’est pas, comme on peut bien le penser, un globe parfait; elle présente au contraire de nombreuses saillies, destinées à servir d'attache aux muscles et à la peau, des creux et des cavités en grand nombre, pour recevoir les divers organes qui sont logés dans la tête, et qui souvent sont entièrement cachés par les os qui les entourent. Nous distinguons comme cavités principales : la cavité cérébrale, le canal sous-cränien, les cavités auditives, les orbites et les narines, creusées pour la réception des centres nerveux et des organes des sens. Les trois premières de ces cavités appartiennent exclussivement aux crâne, tandis que les deux autres sont formées par le concours des os de la face. Les cavités buccale et branchiale sont formées presque exclusivement par les os de la face, le crâne n’y prend qu’une part très-faible ; les fosses crànienne et temporale sont situées, les unes au haut de la tête, les autres sur sa face latérale. Nous distinguons en outre parmi les crêtes et apophyses principales, la crête mitoyenne du crâne occupant la ligne médiane de la tête, en haut; la crète intermédiaire , formée par les

occipitaux externes, et s’avancant seulement comme apophyse en arrière; la crète externe, dûe au temporal; la*erète temporale, formée par le bord postérieur du préopercule.

La cavité cérébrale est complètement moulée sur la forme du cerveau, mais elle est en général beaucoup plus spacieuse que le cerveau ne lexigerait, et l’espace vide est rempli par un tissu celluleux et graisseux, qui s’accumule surtout au-dessus et sur les côtés du cerveau , tandis qne la base de ce dernier repose immédiatement sur le plancher du crâne. Cette même cavité montre encore, dans la plupart des cas, des traces de la formation primitive, étant divisée en trois régions placées à la file, qui correspondent au parties du cerveau que M. Vogt a appelées, dans l'embryon, épencéphale, mésencéphale et prosencéphale. Seulement ces régions ne sont séparées que par de très-petites saillies surgissant surtout du plancher de la cavité. Chez les poissons osseux, la cellule postérieure qui communique librement avec le canal rhachidien, par le grand trou occipital situé au centre de la face postérieure du crâne, entre les deux occipitaux latéraux, est en général la plus haute, à cause du développement excessif du cervelet, mais en même temps la plus étroite, parce que les cavités des oreilles se trouvent sur ses côtés. La seconde cellule est plus large, non-seulement à cause de la largeur considérable des deux lobes du mésencéphale, mais aussi parce que, chez les poissons osseux du moins, les cavités des oreilles communiquent librement avec la cavité crânienne. Son plancher est enfoncé au milieu, pour contenir l’hypophyse du cerveau. La cellule du prosencéphale enfin est la plus petite et ce n’est que chez les Plagiostomes, qu’elle acquiert plus de volume que les autres, à raison du grand développement des ganglions olfactifs. Le plancher de la cavité cérébrale est toujours horizontal, dans le même plan que le canal de la moëlle épinière ; il n’y a pas d’exception à cette règle.

Les ouvertures, par lesquelles la cavité cérébrale communique avec l'extérieur sont les suivantes : 1) Le grand trou occipital pour le passage de la moëlle allongée; il est percé chez les poissons osseux, au travers des occipitaux latéraux et situé à la face postérieure du crâne. 2) Deux petits trous latéraux pour le passage des nerfs hypoglosses qui se rendent aux muscles qui entourent le corps de l’os hyoide. Ce ne sont souvent que des échancrures du grand trou occipital, et lorsqu'ils sont isolés, ils sont au moins situés tout près. 5) Un grand trou à travers Poccipital latéral, pour le passage du nerf vague, dont les branches principales accompagnent les trois derniers arcs branchiaux et l’ésophage jusque vers l’estomac, en sorte qu’il est essentiellement nerf respiratoire et digestif. 4) Au devant de ce trou, et tout près de lui, un petit trou, pour le nerf glossopharyngien, qui se rend au premier arc branchial et se ramifie enfin dans la langue. Très-souvent ces deux trous sont confondus ensemble; souvent aussi, ils ne percent pas l’os mais seulement le cartilage crânien qui, en cet endroit, persiste dans son état primitif. 5) Un trou, communiquant avec la vessie auditive dans les genres où la vessie auditive est complètement séparée de la cavité cérébrale; il donne passage au nerf acoustique.

6) Plusieurs trous au travers de la grande aile, donnant issue aux nerfs trijumeau et facial. 19%

= de —

Comme les branches de ces différents nerfs sont soumis à des variations considérables , il est difficile d'en tirer une règle générale; cependant il ÿ a dans la plupart dts cas, un trou à part pour la sortie du nerf facial, qui se rend à l’opercule; un second, beaucoup plus considérable pour les branches maxillaires du nerf trijumeau, et un autre antérieur, donnant dans l'orbite, pour les branches orbitaires de ce nerf. Les trous pour le facial et les branches maxillaires sont souvent confondus ensemble; souvent aussi, ils ne se trouvent pas dans l'os, mais dans le cartilage crânien, qui remplit l’espace entre l’occipital postérieur et la grande aile. A la face antérieure de la cavité cérébrale se trouvent, donnant dans l'orbite : 7) Un grand trou entre l’ethmoïde crânien et la petite aile, destiné au nerf optique. 8) Un trou plus petit pour: les nerfs auxilliaires de l'œil. Ces deux trous sont souvent confondus ensemble et avec le trou pour les branches orbitaires et la cavité cérébrale. 9) Deux trous qui souvent sortent d’un seul entonnoir et donnent passage aux nerfs olfactifs qui traversent l’ethmoïde crânien. Le plafond de la cavité cérébrale n’a point d'ouverture. En revanche le plancher est percé de deux petits trous : 10) Un trou à travers la grande aile pour le passage des nerfs de la sixième paire dans le canal sous-cränien etc. 11) Un autre trou au devant de l’hypophyse pour les artères du cerveau.

Les cavités des oreilles se trouvent toujours à côté de la plaque nuchale, creusées dans la masse des cartilages et des os. Chez les Cyclostomes et les Plagiostomes, elles sont entièrement séparées de la cavité cérébrale, et il n'y a qu’un trou de communication pour le passage du nerf olfactif. Leur grandeur et leur variété dépendent du dégré de développement qu'atteint l’organe auditif. Chez les Cyclostomes, où il n’y a qu’un seul canal semicirculaire trèslarge et peu long, le cartilage est conformé en conséquence; chez les Plagiostomes, on trouve une cavité centrale d’où sortent trois canaux qui se recourbent pour s'ouvrir dans la même cavité par une autre face. Chez les poissons osseux enfin, en y comprenant les Esturgeons et les Chimères, les cavités des oreilles ne sont que des compartimens. La partie centrale, le labyrinte et le vestibule ne sont pas séparés du cerveau par une lame osseuse ou cartilagineuse, mais seulement par une couche de tissu graisseux. Il y alors deux creux plus ou moins elliptiques dans le plancher de la cavité cérébrale, qui recoivent les sacs du labyrinte avec les otolithes et deux grands creux latéraux à côté du cervelet, où sont logés le vestibule, les ampoules et le canal ascendant commun. Il n’y a que les canaux sémicireulaires proprement dits, qui soient entièrement tubulaires dans leur trajet au travers des os et des cartilages. Le nombre des os qui prennent part à l’encadrement de l'oreille, varie beaucoup d’après l’état d’ossification du crâne relativement au cartilage crânien primitif. On trouve cependant constamment les os suivans employés à cet usage : l’occipital externe, Poccipital latéral et occipital supérieur, pour le canal semicirculaire postérieur; le basilaire, l'occipital latéral et la grande aile, pour le labyrinte, le canal commun et le commencement de tous les canaux ; le temporal, pour le canal externe; le frontal postérieur et la petite aile pour le canal antérieur,

De ce que l'oreille n’a aucune communication avec le dehors, il en résulte que le poisson ne doit percevoir les sons que par l'ébranlement des parties solides de la tête.

Les orbites ne manquent presque jamais, mais elles ne sont pas toujours assez bien circonscrites pour être toujours facilement reconnaissables sur les squelettes. Les Gyclostomes en sont complètemet dépourvus; lœil repose ici sur l’arc palatinal, et est entouré de muscles et de tissu celluleux, qui le maintiennent dans sa position. Chez les Plagiostomes, lorbite est toujours très-bien circonscrite; elle forme un grand enfoncement circulaire sur la face latérale du crâne, qui est protégée d’en haut et d’en bas par une lame cartilagineuse plus où moins avancée; mais elle n’est pas limitée en arrière, où elle se confond avec la fosse temporale, dans laquelle le muscle masticateur est attaché. On rémarque au fond de l'orbite un trou principal pour le passage du nerf optique et plusieurs petits trous pour les nerfs auxiliaires. Les orbites des Plagiostomes ont cela de caractéristique, qu’elles ne se touchent jamais sur la ligne médiane , qu'elles sont séparées, non-seulement par une cloison, mais par la cavité cérébrale elle-même et les deux parois latérales de celle-ci. Les narines étant situées à la face inférieure de la tête, les orbites restent à leur place primitive, à côté du mésencéphale et ne se placent pas, comme chez la plupart des poissons osseux, au devant du cerveau. Les orbites des poissons osseux sont situées sur la face latérale de la tête, en avant de l’extrémité du cerveau, entre celle-ci et les narines, et séparées par une simple cloison souvent défectueuse. Elles sont protégées d’en haut par les frontaux, limitées en arrière par les frontaux antérieurs, en bas par les arcs palatins, entourées en dehors par les jigaux, et séparées entr’elles par l’ethmoïde cränien. Leur situation et leur grandeur dépendent beaucoup du développement des autres parties osseuses : elles sont reportées en arrière, quand les arcs maxillaire et palatin prennent un développement excessif relativement au crâne; elles sont au contraire placées près de l’extrémité du museau, quand le contraire a lieu. Dans les espèces à jugal clos en demi-arc, elles sont parfaitement limitées en dehors; dans d’autres, où le jugal est très-réduit, on les distingue à peine de la fosse temporale; ici elles sont très-profondes, à cause de la saillie considérable des frontaux antérieurs et postérieurs; là à peine sensibles, parce que la tête est comprimée latéralement; ou bien, il n’en existe que de faibles traces, et les deux orbites ne sont séparées que par une membrane fibreuse qui disparait par l'effet de la macération, en sorte qu'elles ont l'air dé se confondre sur la ligne médiane. On trouve des têtes où les ptérygoïdes touchent de toutes parts au sphénoïde principal, et où le plancher des orbites est parconséquent complètement osseux ; il y en a d’autres où une large fente sépare l’arc palatin du crâne, et où l'œil n’est supporté que par la muqueuse buccale étendue entre les os. Mais nonobstant ces variations, il ÿ a toujours un nombre constant de points, par lesquels Forbite communique avec d’autres cavités. En arrière elle commanique avec la cavité cérébrale par un où plusieurs trous, entre et à travers la grande et la petite aile du sphénoïde et l’ethmoïde crânien. L’arrangement de ces trous destinés au passage des nerfs de l'œil, des branches du trijumeau et des nerfs olfactifs,

qui tous se rendent dans l'orbite, est des plus variable. Au-dessous de ces trous on en aperçoit un autre entre la grande et la petite aile, et le spénoïde principal; il conduit dans le canal souscrânien (lorsque celui-ci existe), et donne passage aux muscles abducteurs de l’œil qui se rendent à la sclérotique. En arrière se trouve une fente plus ou moins large, entre la paroi du crâne en dedans et l’arc palatinal et maxillaire (la paroi temporale) en dehors, qui communique avec la cavité branchiale et qui se continue en avant entre la base du crâne et le ptérygoïdien dans le plancher de lorbite, où elle s'ouvre dans la cavité buccale. Cette fente est tapissée et fermée par la muqueuse de la bouche et de la cavilé branchiale, et ce sont surtout les vaisseaux de la chorioide qui la traversent pour se rendre à leur destination. Une seconde fente existe entre la paroï temporale en dedans et le jugal en dehors, et lorsque le jugal est défectueux, elle forme une communication directe entre l’orbite et la fosse temporale. Elle est bouchée par le grand muscle masticateur dont le bord antérieur limite en cet endroit l’orbite sur le vivant. La paroi antérieure de l'orbite est percée d’un trou , par lequel le nerf olfactif se rend aux narines.

Le canal sous-cränien existe chez beaucoup de poissons osseux, quoiqu'il manque chez ceux où l’ossification est la plus avancée. C’est un canal médian et longitudinal, situé au-dessous du plancher de la cavité cérébrale, entre les occipitaux latéraux, le basilaire et les petites ailes en haut, et le sphénoïde principal en bas, qui le sépare de la cavité buccale. Ce canal, dû évidemment au rôle que le sphénoïde principal joue comme plaque protectrice, s'ouvre en avant dans les orbites, pour donner passage aux muscles abducteurs de l'œil qui y prennent naissance. Il est presque toujours fermé en arrière par l'application immédiate du sphénoïde sur le basilaire, et il ne communique qu'avec la cavité cérébrale par deux petits trous, qui donnent passage aux nerfs abducteurs de la sixième paire. Quelquefois aussi la selle turcique (le creux de l’hypophyse du cerveau) est assez profonde pour pénétrer jusque dans ce canal, de sorte que le fond de ce creux n’en est séparé que par une membrane fibreuse.

Les narines sont en général de peu d'importance chez les poissons osseux, elles présentent un développement plus considérable chez les poissons cartilagineux. On trouve chez les Cyclostomes une narine unique, médiane, qui conduit dans un large canal, qui se continue jusqu’entre la plaque buccale et la base du crâne au-dessous dun cerveau. Chez les Plagiostomes, les narines sont, comme chez l'embryon, situées à la face inférieure de la tête, au devant de la bouche et entourées d’une lame cartilagineuse; elles communiquent directement avec la cavité cérébrale par deux larges ouvertures. Chez les poissons osseux, les narines sont situées à la face supérieure de la tête, au devant des yeux, souvent derrière la bouche, creusées dans l’intermaxillaire et le vomer, et recouvertes d’en haut par le nasal. Dans la plupart des cas, le creux n’est que dans le noyau cartilagineux de la face, et très-peu accusé sur le squelette. C’est un simple enfoncement se continuant en arrière dans le canal du nerf olfactif, et ouvert largement en dehors, par une seule ouverture, tandis que sur le vivant,

il y en a toujours deux dans la peau qui recouvre le creux et dans laquelle sont cachés les os propres du nez. |

Les fosses cräniennes antérieures sont déterminées par les crètes qui se trouvent à la face supérieure du cràne. Ces crêtes ne sont que faiblement indiquées chez les poissons cartilagineux, mais quelquefois elles sont développées d’une manière extraordinaire chez les poissons osseux. La crête mitoyenne est formée par l’occipital supérieur, les frontaux et les pariétaux ; et se continue souvent sur le nasal. Elle a en général la forme d’un toit à parois plus ou moins inclinées, mais souyent aussi elle s’élève sous forme d’une lame mince et très-haute qui altère la forme primitive du crâne. Si les crétes intermédiaires formées par les occipitaux externes, et qui souvent aussi se continuent le long des pariétaux, sont également développées, on trouve alors deux fosses longitudinales profondes le long de la crête mitoyenne, qui s’aplanissent à mesure que les crêtes s’abaissent. Enfin les temporaux donnent aussi souvent naissance à deux crêtes externes qui se continuent le long des occipitaux externes et des frontaux postérieurs. Des fosses particulières les séparent des crètes intermédiaires, quand celles-ci sont développées. Il y a une espèce d’antagonisme entre les crêtes externes et la crête mitoyenne; cette dernière est principalement développée dans les têtes hautes et comprimées latéralement, tandis que les crêtes externes sont surtout saillantes dans les têtes larges et plates, où elles forment le bord tranchant qui sépare la face supérieure des côtés du crâne. C’est dans une rainure, au-dessous des crêtes externes, que l'appareil palatinal et operculaire se fixe au crâne par la face articulaire du mastoïdien. Les crêtes ne sont pas toujours limitées aux contours de la tête elle-même; le plus souvent elles la débordent en arrière sous forme de lames ou de pointes saillantes qui fournissent des points d’appui aux muscles du trone, qui s’attachent à la tête; il y a aussi des cas, où la crête mitoyenne déborde le museau et forme, en s’avançant au devant de la bouche, l'extrémité antérieure du poisson.

Les fosses temporales sont les plus considérables de la tête. Elles occupent toute la face latérale de la joue et sont destinées à loger les puissans muscles qui relèvent la mâchoire inférieure. La paroi interne de ces fosses est formée par tout cet assemblage d’os, qui composent les parties supérieures des ares palatin, maxillaire inférieur et hyoïidal, et qui sont soudés ensemble, de manière à former un plancher solide, sur la face externe duquel les fibres musculaires prennent leur insertion. Ces fosses sont bordées, en haut, par la crête latérale du crâne; en arrière, par la crête descendante de la tempe, formée par la préopereule; en avant elles communiquent pas une fente plus ou moins ouverte avec l'orbite, et en bas, elles s’effacent insensiblement sur l'os carré, le muscle se changeant ici en tendon, pour passer par dessus l’articulation et se fixer à la face interne creuse de la mâchoire inférieure. Les os qui forment la paroi interne de la fosse sont le mastoidien, la caisse , le tympano-malléal et l'os carré; quelquefois aussi l'os transverse et le ptéryoidien y prennent part. Dans la plupart des cas, la

fosse est complètement ouverte en dehors, et son bord antérieur est seul couvert par le Tow. I. 20

chainon des os jugaux; mais on rencontre aussi des cas, où des parties écailleuses se développent dans la peau de la tempe, et se réunissent, d’un côté au préopercule, de l’autre au jugal, et en haut au temporal, formant ainsi une cuirasse complète pour les joues, qui change la fosse en une véritable cavité, qui ne peut être aperçue d’en dehors. Quelquefois aussi c'est le préopercule qui, sans le concours de pareilles plaques écailleuses, forme à lui seul cette cuirasse pour la fosse temporale, en s’avançant vers le jugal. La fosse temporale atteint en général sa plus grande profondeur au milieu, à l'endroit de la soudure du mastoïdien avec la caisse, où se trouve toujours un trou, par lequel l'artère hyoïide passe à la fausse branchie, Souvent ce trou est changé en une fente large et longue, qui est alors recouverte par une membrane fibreuse, sur laquelle le muscle masticateur s'attache tout aussi bien que sur les os.

La cavité buccale enfin est de la plus haute importance. Elle forme un canal plus ou moins infondibuliforme, qui longe la base du crâne et se continue sans interruption dans l’ésophage et l’estomac. Sa grandeur, sa conformation, sa circonscription par les pièces du squelette qui l’environnent sont sujettes aux plus grandes variations, et chaque genre présente ici des particularités , qui très-souvent, fournissent des caractères de première valeur pour la détermination zoologique. Chez les poissons cartilagineux, la bouche est en génréal située sous la face interne du crâne, plus ou moins en arrière du museau; chez les Cyclostomes, elle est en forme d’entonnoir, et son pourtour est rond, Chez les Plagiostomes, elle forme une fente transversale, perpendiculaire à l’axe du corps. Le plafond de la cavité buccale est formé par la base du crâne, le plancher par le corps de l'os hyoide et le lingual; nous avons déjà fait remarquer combien la conformation plus ou moins complète des arcs de la face influe sur la composition des parois et du pourtour de la bouche. La cavité buccale des Cyclostomes est entièrement séparée des sacs respiratoires, qui ne communiquent avec elle que par un canal ouvert dans l’ésophage. Chez les autres poissons, les fentes branchiales pénètrent dans la cavité buccale, et l’eau qui sert à la respiration est avalée par la bouche et sort par les fentes branchiales et la fente operculaire. La cavité buccale est aussi ici des plus variées. La bouche est toujours transverse, le plus souvent largement fendue et située au bord du museau. Chez les poissons carnassiers, elle est très-ouverte et garnie de dents souvent formidables. Les mâchoires sont tantôt prolongées en forme de bec, tantôt élargies latéralement et arquées en arrière, suivant la forme de la tête. En général les mâchoires, quoique suspendues d’une manière mobile au crâne, sont cependant, à quelques rares exceptions près, plus ou moins fixes, pour résister aux efforts de la proie qui cherche à s'échapper. Chez d’autres poisssons également carnassiers, mais qui se nourrissent plutôt de petits insectes et d’autres animaux agiles, mais incapables d’une grande résistance, la bouche est petite, souvent tres-alongée, et douée d’une grande mobilité; le museau peut s’alonger et se rétrécir considérablement, et les intermaxillaires et maxillaires sont souvent

arrangés de manière à pouvoir s’abaisser comme un rideau ou comme la porte d’une souricière pour fermer la bouche. La grandeur de la cavité buccale varie suivant les formes de la tête. Dans les têtes hautes et comprimées, la cavité buccale a la même forme ; les poissons de ce type ont en général la bouche petite et protractée. Les têtes plates et larges ont la gueule largement fendue, la cavité buccale basse mais élargie. Le maximum de hauteur et de largeur de la cavité buccale se trouve en général vis-à-vis de l'articulation maxillaire ; c’est aussi ici que les os sont susceptibles du plus grand élargissement; derrière ce point, la cavité se rétrécit en entonnoir entre les arcs branchiaux, qui l’entourent de tous côtés. Nous examinerons plus tard les mouvemens divers, dont la cavité buccale est susceptible, et l'influence que ces mouvemens doivent exercer sur la forme de la cavité buccale et sur la déglutition des alimens.

Les cavités branchiales sont, chez la plupart des poissons, des compartiments latéraux de la cavité buccale, qui s'ouvrent en dehors par une ou plusieurs fentes. Chez les Plagiostomes, où l’opereule manque, les cavités branchiales sont recouvertes par la peau, et, à vrai dire, il n'y a pas même de cavité branchiale, chaque fente entre deux arceaux s’ouvrant au-dehors par une ouverture à part, qui ne conduit qu'à cette fente. Mais chez les autres poissons, doués d’un opercule, il n’y à qu’une seule ouverture extérieure, entre le bord postérieur de l’opercule et la ceinture thoracique. Cette ouverture conduit à une cavité large et spacieuse, limitée par la ceinture thoracique en arrière, le préopercule en avant, et recouverte par l'appareil et les rayons branchiostègues à l'extérieur. C’est dans cette cavité que sont logés les ares branchiaux avec leurs peignes de franges respiratoires, entre lesquelles l’eau de la cavité buccale passe pour sortir par l'ouverture extérieure. La longeur et la largeur de la fente des ouies varient excessivement. Il y a des genres, où les fentes des deux côtés, après s’être rencontrés en bas, se continuent en haut vers la nuque, de façon que la tête parait presque séparée du tronc; d’autres, où la membrane branchiostègue s’unit à la peau du corps, et où un repli de la peau enveloppe tout l’opercule et ne laisse qu’un petit trou pour la communication extérieure. Chez les uns, l’opercule est plat et recouvre immédiatement les branchies, de sorte qn'il n'y a pas d'espace vide; chez les autres, l’opercule est bombé ou bien remplacé par une petite apophyse insignifiante, et les branchies sont enveloppées dans un lambeau de la peau, formant des poches, qui servent dans certains cas à recevoir et à garder les alimens que le poisson ne veut pas avaler de suite. Toutes ces modifications sont adaptées au genre de vie du poisson. L’asphyxie, par laquelle les poissons meurent hors de l’eau, étant causée par la dessication des franges branchiales dans lesquelles le sang ne peut plus circuler, il en résulte que les poissons à ouies largement ouvertes meurent presque à l'instant où on les tire de l’eau ; tandis que d’autres, à ouverture petite, où les tégumens branchiaux forment un sac, qui contient toujours de l’eau, peuvent quitter l’eau à volonté et chasser leur proie sur terre. Il y a même des genres, où les cavités branchiales ont des appendices, des canaux labyrinthiformes

creusés dans les pharyngiens supérieurs; ces canaux se remplissent d’eau et permettent au poisson de vivre des jours entiers à sec et fort loin de son élément.

En terminant cette exposition de la charpente solide des poissons, je dois faire remarquer qu'elle n’a d’autre but que de faire connaître les diverses modifications que subit le plan général d’après lequel le squelette est construit. Plusieurs auteurs, et en particulier Cuvier et Meckel, ont déjà fait connaître les différences que présentent les divers os dans les différentes familles de la classe des poissons. Il reste cependant encore un travail très-considérable à faire sur l’ostéologie de ces animaux, c’est de rechercher quels rapports existent entre la conformation de toutes les parties du squelette et la physionomie particulière et les mœurs des espèces de toutes les familles. Sans une étude comparative de toutes les pièces du squelette , dans tous les genres, il est impossible d'arriver à une détermination rigoureuse des os détachés de poisson, que l’on trouve surtout dans les terrains tertiaires. Avant que l’on sache, par exemple, comment se distingue l’humérus, ou la mâchoire inférieure ou tel autre os de poisson dans tous les principaux genres de la classe, il sera impossible de tenter des rapprochements entre les pièces analogues des poissons fossiles que l’on trouve éparses. A cet égard, l'étude de l’ostéologie des poissons est beaucoup moins avancée que celle des animaux supérieurs et en particulier des mammifères. Je doute qu'il y ait beaucoup d’anatomistes ou de z0ologistes qui soient en état de reconnaitre à première vue l’opercule d’une Carpe de celui d’un Labre, ou une mâchoire inférieure de certaines Perches à dents crochues, de celle d’un Dentex, ou le crâne d’un Barbeau, de celui d’une Brême, sans parler des os détachés de la face, de la ceinture thoracique ou des vertèbres isolées. Et cependant tous les paléontologistes savent que de pareilles déterminations sont possibles dans la classe des mammifères et même dans celle des reptiles. J’ai déjà fait voir à plusieurs reprises qu'on pouvait arriver à des résultats aussi précis dans la classe des poissons. Ma tache à l’avenir sera de rendre la chose généralement possible et aussi facile que dans les classes supérieures; j'espère y parvenir en décrivant successivement dans mes suppléments toutes les modifications qui existent dans le charpente solide des différentes types de la classe des poissons. Le moyen le plus sûr sera de les étudier monographiquement. Aussi ai-je le projet de publier de temps en temps des monographies ostéologiques de poissons en décrivant les débris des nombreux poissons fossiles qui ne figurent pas dans cet ouvrage.

Page 1