II. Zygobates Woodwardi Agass
M. Buxton m'a communiqué une série de chevrons dentaires qu'il a découverts dans le Crag de Norfolk , et que je rapporte au genre Zygobales pour les mêmes motifs qui m'y ont fait placer l'espèce précédente. Celle-ci se distingue par le grand développement de sa racine , et par le peu d'épaisseur de la couronne , ensorte qu'il sera toujours facile de reconnaître ces deux espèces. D'après un dessin lithographie de M. Woodward , j'ai déjà précédemment reconnu l'existence d'une Mourine dans le Crag , et je l'avais inscrite provisoirement dans mes notes sous le nom de Myliobales JFoodwardi ; les exemplaires que j'ai dûs à l'obligeance de M. Buxton me permettent de déterminer maintenant cette espèce d'une manière précise. Non seulement la couronne de ces dents est plus mince que dans le Zijg. Sluderi , mais encore les chevrons dentaires sont proportionnellement plus élroits. Un fait qui m'a frappé dans cette espèce , et que je n'ai pas observé dans d'autres , c'est qu'à la face inférieure les sillons de la racine sont continus à ceux de l'une des faces verticales , et alternent avec ceux de l'autre face. N'ayant pas encore vu plusieurs de ces chevrons réunis en plaque dentaire, je ne saurais dire si ce sont ceux de la face antérieure ou ceux de la la face postérieure qui alternent avec ceux de la base de la racine.
k° Des défenses de JR.aies.
A la suite de la description des dents des différens genres de Myliobates que j'ai pu déterminer jusqu'ici, je dois ajouter quelques détails sur les rayons que l'on peut leur rapporter. Malheureusement il ne m'a pas été possible de trouver de caractères distinctifs entre les pi- ■quans des divers genres de cette famille, que Ton a distingués d'après les modifications de leur dentition. Je me vois dès-lors obligé de décrire tous ces rayons sous le seul nom générique de Myliobates.
Il m'est également impossible d'établir des rapprochemens entre les différentes espèces de dents et les espèces de rayons ; on ne pourra y parvenir que lorsque l'on aura des renseignemens plus précis sur le gisement et le mode d'association de ces débris. Je doute cependant d'autant moins que l'on ne parvienne à lever toutes ces difficultés , que les types des rayons de ces poissons sont aussi diversifiés que les modifications de leurs dents , et qu'il suffira de les rencontrer dans quelque localité où il n'existera qu'une seule espèce de rayon et une seule espèce de dents pour avoir la clef de leurs combinaisons.
Les Myliobates ne sont pas la seule famille de Raies qui porte des piquans acérés sur la queue ; il en existe de toutes semblables chez les Trygons , mais je n'ai jamais rencontré de tiaces de dents isolées qui pussent être rapportées à ce dernier genre ; cependant , on en a trouvé des exemplaires très-bien conservés avec leurs piquans à Monte-Bolca. Les difficultés pour la détermination de ces piquans ne peuvent donc pas être limitées aux seuls genres du groupe des Myliobates ; il faut les étendre encore au groupe des Pastenagues , c'est-à-dire , aux Tnjgons proprement dits , aux Pleroplatea , aux Hypolophus , aux Taeniura , aux Urolophus , aux Trygonoptera , aux Aetoplatea, qui tous portent des épines.
Quant à l'âge géologique auquel les Raies remontent dans la série des terrains , il est difficile à préciser ; cependant , si l'on peut envisager la forme déprimée des rayons comme un caractère constant de la défense que portent certains types de cette famille , on peut dire qu'il a déjà existé des Raies à l'époque de la déposition des terrains houillers , puisque les rayons (fue j'ai décrits pag. 66 sous le nom de Pleuracanthus lœinssùmis ont ce caractère. Peut-être faut-il également rapporter à cette famille un rayon droit , de forme cylindracée , armé en arrière de deux rangées de dents acérées , dont je n'ai pas parlé jusqu'ici, mais que j'ai fait ,'X figurer Tab. h^ , fig. 7-9, sous le nom de Orthacantjus cylindricus, et qui provient également du terrain houiller des environs de Manchester. Quoi qu'il en soit des affinités de ces anciens débris, toujours est-il que les rayons déprimés, abords dentelés, que l'on trouve dans les terrains tertiaires, appartiennent incontestablement aux groupes des Pastenagues et des Mourines. J'en ai distingué un assez grand nombre, dont les plus remarquables sont les suivans :
1° Myliobates Slembergii Agass., Tab. U^ , fig. 10. De forme très-allongée, marqué à la face supérieure de quelques sillons irréguliers , et armé sur les côtés de fortes dents arquées
et acérées. Ce rayon provient do la vallée de la Brenla , et se trouve au Musée de Prajçue: il m'a été coiuniuniqué par Î\I. le comte de Sternherg.
2° tHyliolnitca Oireiiii Agass. Tab. kli, fig. 11-15. Ce rayon est large et plat ; sa face; supérieure est marquée de sillons irréguliers , assez rapprochés et confluons ; sa face inférieure est finement striée; ses bords sont armés d'une dentelure serrée et courte. Celte espèce provient probablement de l'argile de Londres. L'exgnplaire figuré se trouve au Musée du collège des chirurgiens à Londres.
5° Mijliobates acutus Agass. Tab. 45 , fig. Ik-i7. J'ai donné ce nom à un polit rayon de la collection de M. Bowerbank , provenant de l'argile de Londres de Sheppy, qui est représenté de grandeur naturelle sur ses deux faces, fig. 14 et 45, et grossi fig. 17. Ce qui le distingue surtout, c'est la grandeur disproportionnée des dents marginales, qui sont forJement inclinées en avant , tandis que le piquant tout entier se rétrécit sensiblement en arrière et se termine par une pointe tronquée. Sa face supérieure est fortement bombée et la face inférieure faiblement cannelée, fig. 16.
k° Mijliobates canaliculatus Agass. Tab. 45, fig. 18-20. Cette espèce se distingue par sa face supérieure , qui est voûtée sur les côtés et fortement cannelée sur le milieu : la face inférieure est coupée carrément et se détache également des bords par des angles droits ; les dentelures marginales sont faibles. Elle provient, comme la précédente, de l'argile de Londres et fait partie de la collection de M. Bowerbank.
5° Myliobates toliapicus Agass. Tab. 45 , fig. 21-23. Je rapporte ce rayon à l'espèce de Myliobates dont les dents sont le plus fréquentes dans l'argile de Londres de Sheppy , et (jue j'ai déjà décrites sous le nom de M. toliapicus , par la raison que les rayons de ce type sont aussi les plus fréquens dans cette localité ; reste à savoir s'il y a identité spécifique entre les dents et les rayons , comme je le pense. Des cannelures nombreuses , comme dans le M. Ouoenii , mais moins irrégulières, une forme moins aplatie , moins large et droite . jointe à des dentelures serrées sur les bords, distinguent suffisamment les rayons de celte espèce de tous les autres.
6° Myliobates lateralis Agass. Tab. 45, fig. 24-27. Cette espèce provient aussi de l'argile de Londres et se trouve dans la collection de M. Cumberland à Bristol. Elle ressemble à la précédente , par la disposition des sillons de sa face supérieure et des dents de ses bords ; mais elle en diffère notablement par la forme de sa face inférieure, qui est plus régulièrement arrondie, fig. 27 , et surtout par les deux cannelures arrondies qui s'étendent tout le long du bord, à l'intérieur des dents marginales.
7° Myliobates marginalis Agass. J'ai désigné sous ce nom une petite espèce de rayon de Barton , à dentelures très-fines et très-acérées , dont je donnerai la figure dans une autre occasion.
5° De la structure des dents des Mourines.
Cette petite famille offre, dans la structure de ses dents , une analogie frappante avec les Ceslraciontes , et diffère des vraies Raies de la même manière que les Cestraciontes diffèrent des vraies Squales. Cependant il faut faire ici une distinction , c'est que les Raies n'ont jamais les dents aussi grandes ni aussi tranchantes que les Requins , et que , bien qu'elles soient des poissons voraces, leur dentition les rapproche en général des animaux broyeurs. A cet égard, les Mourines, quoique possédant de larges dents en pavé, ne sont pas aussi éloignés des autres Raies que les Cestraciontes des Requins ordinaires
L'arrangement des dents des Mourines a été décrit dans les chapitres précédens ; nous n'aurons donc à nous occuper ici que de leur structure microscopique.
On distingue dans les dents des Mourines une racine plate et une couronne de même forme , qui diffèrent autant dans leur aspect extérieur que dans leur structure. La racine est squammeuse, comme c'est en général le cas chez les poissons cartilagineux ; en l'examinant au microscope , on découvre une grande quantité de canaux médullaires ramifiés , qui s'anastomosent et forment des réseaux divers , dont les mailles ont en général une direction horizontale. La substance dans laquelle ces réseaux sont creusés , est une dentine claire et transparente , percée d'une grande quantité de tubes calcifères , qui rayonnent dans tous les sens à partir des canaux.
La structure de la couronne est fort différente. On n'y trouve que des canaux verticaux montant parallèlement de la racine vers la surface , ayant tous un diamètre presque égal et finissant à une très-courte distance de la surface d'une manière différente dans les différons gem-es et espèces. Souvent ces canaux sont dichotomes vers la base de la couronne , mais on ne voit que très-rarement des anastomoses entre eux. Tous les canaux sont entourés d'un système propre de dentine , qui est séparé des systèmes environnans par une lisière plus ou moins distincte. Les tubes calcifères qui se trouvent dans la dentine de la couronne , sont assez serrés , et entourent le canal médullaire d'où ils rayonnent comme une panache. Les canaux médullaires des Mourines ne s'ouvrent jamais à la surface extérieure, comme c'est le cas des Cestraciontes ; mais une couche très-mince d'émail , traversée de tubes calcifères très-fins et parallèles, forme toujours le revêtement supérieur de la dent.
La structure des dents de Mourines se rapproche assez , comme on le voit , de celle quon observe dans certains Cestraciontes , où il y a aussi une couche d'émail par dessus des canaux principaux qui composent la masse principale de la couronne , et il est assez curieux de voir que le même type de structure soit réservé , chez les poisssons cartilagineux , au même usage auquel la dent est destinée. Les divers genres de la famille des Mourines ne sont pas plus différons, dans leur structure, que lès espèces ; c'est pourquoi nous n'étudierons pas les genres en général . nous bornant à la description des espèces en particulier.
Myliobates Aquila.
Vol. 3, Tab. R, fig. 1 et 2.
La racine des dents de cette espèce occupe à-peu-près un tiers de leur volume. Les canaux médullaires verticaux , superposés à la racine , montrent quelquefois des anastomoses ou des branches dichotomes qui affectent une forme plus ou moins irrégulière , lorsqu'on les examine sur des coupes horizontales. Les canaux sont presque aussi larges que les interstices qui les séparent. Les tubes calcifères sont peu nombreux et très-courts , mais du reste assez distincts et dendritiques dans leurs ramifications. Les lisières qui séparent les différens systèmes de canaux sont peu distincts vers la base de la couronne , et s'effacent presque entièrement vers la surface extérieure. La couche d'émail qui recouvre la surface de la dent est excessivement mince et très-souvent usée sur les vieilles dents. Elle est composée de tubes calcifères très-minces et parallèles. Les petites plaques latérales présentent la même structure que les grands chevrons médians. Je n'ai pas non plus trouvé de différence dans la structure des jeunes dents qui se trouvent dans le fond de la gueule. Fig. l montre une coupe longitudinale et verticale d'un grand chevron médian ; fig. 2, une coupe horizontale de plusieurs plaques latérales , avec une partie du chevron médian qu'elles touchent.
Zygobates Studeri.
Vol. 3, Tab. R,fig. 3-5.
Les canaux médullaires de cette grande espèce fossile sont beaucoup plus gros que ceux de l'espèce précédente ; leur coupe est parfaitement circulaire. Au lieu de s'évaser en haut , comme les canaux de l'espèce précédente , ils se rétrécissent au contraire et se terminent en un faisceau de tubes calcifères. Les lisières qui séparent les différens systèmes de tubes calcifères sont peu distincts, et les tubes eux-mêmes très-courts et peu nombreux. L'émail étant usé sur la dent que j'ai eu l'occasion d'examiner, je ne puis donner des détails sur sa structure. Fig. 3 représente une coupe horizontale de la couronne ; fig. h , une coupe de la racine ; fig. .5, une coupe verticale et transversale de plusieurs chevrons contigus.
Zygobates Woodvn'^ardii.
Vol. 3, Tab. R, fig. 6 et 7.
Les canaux médullaires de cette espèce fossile sont très-minces ; les tubes calcifères qui en rayonnent, très-fins et très-serrés, formant des systèmes polyédriques de cinq à sept angles. Les lisières qui séparent ces panaches de tubes calcifères , sont très-claires et assez distinctes. Ton. ni. 44
Line coupe transversale d'une pareille dent ressemble, à s'y méprendre , à un morceau d'une glande injectée, dont les capillaires sont bien remplis. Sur les coupes verticales, les tubes calcifères sont presque invisibles. La racine est très-grande et occupe presque la moitié de la dent : les tubes calcifères y sont beaucoup plus grossiers. Fig. 6 montre une coupe horizontale de la couronne ; lig. 7. une coupe verticale et transversale d'un chevron.
Zygobates Jussif.u.
Vol. 3, Tab. R, fig. 8-10.
Cette espèce , qui habite les côtes du Brésil , a les dents beaucoup plus petites que les espèces précédentes. Néanmoins les canaux médullaires sont considérablement plus grands et très-distinctement évasés vers le haut. Les tubes calcifères sont beaucoup moins nombreux . et en revanche plus gros. Les lisières finement feutrées vers la base de la couronne, sont claires et transparentes près de la surface extérieure. La racine est très-petite. Fig. 8 montre une coupe verticale à travers un chevron ; fig. 9, une coupe horizontale de la couronne près de sa base; fig. 10. une coupe horizontale prise près de la face extérieure.
Tablemt synoptique des ftourines.
Espèces tertiaires.
Myliobates toliapicus. — Argile de Londres, Sheppy.
» goniopleurus. — Argile de Londres , Sheppy.
» Dixoni. — Argile de Londres, Siissex.
» striatifs. — Argile de Londres , Sheppy.
» punctatus. — Argile de Londres . Sheppy.
» gyratus. — Argile de Londres, Sheppy.
» jugalis. — Argile de Londres. Sheppy.
» nitidus. — Argile de Londres. Sheppy
» Colei. — Argile de Londres, Sheppy.
» Oivenii. — Argile de Londres , Sheppy.
» acutus. — Argile de Londres , Sheppy.
» canaliculatus. — Argile de Londres, Sheppy.
» lateraiis. — Argile de Londres, Sheppy.
» marginalis . — Argile de Londres , Barton .
» heteropkurus. — Argile de Londres?
» Regley. — Environs de Brnselles. Terrain ?
» Brongniarti. — Gand .
» angustus. — Sables tertiaires d'Eckelsheim . vallée du Rhin.
» Sternhergii. — Vallée de la Brenta. .4ëtohatis irregularis. — Argile de Londres de Sheppy et de Snssex.
» subarcuatiis. — Argile de Londres, de Sheppy et de Barton.
» arciiatus. — Molasse suisse.
Zygobates Stiideri. — Molasse suisse.
» iroodwardii — Crag d'Angleterre.
Espèces d'origike inconnue.
Myliobates micropleurus.
» Stokesii.
» suturai is.
Jëtobatis sulcahis.