I. Amblypterus mxcroptehus Agass
Vol. a. Tab. 3. f. i. a. 3. et — Tab. i. f. 4 . 3. G. et 7 .
Palæothrissum dorsale Agass. Catal. manusc. — Palsoniscum macropterum Bronn Jahrb. fur Alineralogie 1839 . vol. a. pag. 483.
Cette espèce a été décrite, il y a quelques années, par Bronn, qui la rangeait parmi les Palæoniscus. C'est à Heidelberg que j’en ai vu le plus grand nombre d’exemplaires , (environ cinquante). M. le professeur Bronn, qui en a examiné quelques cents et qui en possède encore quelques beaux exemplaires dans sa collection , m’a, en outre, remis une esquisse sur laquelle il avait rapporté très-exactement les proportions des nageoires entr’ elles , et de plus la disposition et le nombre des rayons de chacune d’elles en particulier ; tels qu’il les avait observés sur tous les exemplaires réunis susmentionnés, et qui ont été distribués aux souscripteurs des collections géologiques du comptoir minéralogique de Heidelberg. 31. le chevalier de Léonhard en possède également plusieurs, dont l’un m’a surtout servi à rétablir les parties de la tête , leurs formes et leurs connexions. C’est aussi sur cet exemplaire que j’ai découvert les dents que , dès-lors, j’ai retrouvées dans un très-grand nombre de plaques. Mon ami, M. Alex. Braun, à Carlsruhe, en possède un échantillon, du reste assez insignifiant, maisoù l’on voit la mâchoire inférieure par sa face inférieure, et entre ses branches latérales les rayons branchiostègues antérieurs dans leur position naturelle. Il y en a également plusieurs trèsbeaux au 31usée de Strasbourg, qui m’ont été communiqués par 31. Yoltz. H s’en trouve de même quelques écliantillons au 3Iusée de 3Iunich. Ce sont ceux que j’avais désignés sous le nom de Palœotbrissum dorsale, lorsque je rangeais encore ce poisson parmi les Palæothrissum , avant d’avoir reconnu les caractères du genre Amblypterus , dont je ne connaissais alors que cette espèce , frappé que j’étais de la grandeur considérable de la dorsale. 31ais les plus complets que j’aie vus sont ceux de la collection de 31. le professeur Walchner , à Carlsnihe; ce sont les originaux de mes figures. Dans l’un, surtout, les nageoires sont dans leur position naturelle, et l’on peut parfaitement en étudier la nature; de plus l’on y voit les osselets interapophysaires de la dorsale, le scapulaire, l’humérus, les mâchoires et les dents.
Au 31usée de Paris il y en a plusieurs exemplaires ; entr’autres une paire de plaques donnée par 31. de Férussac, dans une boule d’argile ocreuse de Lebach. Une autre
paire, (Tim très-grand individu, provenant aussi de Lebaeh; et enfin deux paires de |ietits exemplaires bien conserves, jirovenant encore de Lebaeh, dans le duché de Saarbrück.
Cette espèce paraît très-commune dans les lieux où on la trouve. Tous les exemplaires que j’ai rus sont renfermes dans des boules de fer oxydé carbonaté, trè.s-fissiles, quelquefois ocreuscs , et dont les fissures sont parfois remplies de cristaux de Quarz. Ces houles sont disposées |>ar bancs dans un grès du terrain houillcr des environs de 'Saarbrück, qui alterne avec des couches d'argile schisteuse et de calcaire noir. C’est h Lebaeh et à Bœrschwciler qu’on en a trouvé le plus grand nombre. Dechen eompte aussi ce poisson parmi ceux du Zechstein , mais tous les exemplaires que j’ai vus proviennent du terrain houiller de Bœrschwciler et de Lebaeh.
Comme aucune autre espèce ne m’a présenté aussi nettement tous les caractères qui peuvent contribuer à préciser le genre et à lui assigner sa véritable place dans le système des poissons, jcm’arrètcraicncorcunmomcntàconsidércrsescaractères généraux, avant de passer à la description de l’ç.spècc. La première question que nous soulèverons ne sera |>as de savoir si c’est un Chondroptérvgien, ou un poisson osseux ; nous avons déjè fait voir ailleurs combien cette distinction est peu physiologique, et combien il est souvent dillicile de décider la question dans un ras particnlier^ par exemple pour les Diodon, les Lophius, les Stromateus, clc.; enfin combien d’affinités naturelles on rompt en faisant cette distinction et en sé[Kirant ainsi les poissons en deux grandes coupes primitives. Cei>endant je dirai, en passant, que les Amblyptcrus , malgré l’état de pétrification dansleqiicl on les trouve ordinairement, ontcncore tous les caractères nécessaires pour reconnaître évidemment la nature osseuse de leur squelette.
1 1 nous importe davantage de savoir si l'on peut ranger ces poissons et les l’alæoniscus parmi les Malacoptérygiens abdominaux , comme on l’a fait généralement jusqu'à présent. Tous les ichthyologues devront concéder d'abord que ce n’est du moins pas à un f’enre actuellement existant qu’on peut rapporter ces ichlhyolithes. La forme et la structure des nageoires, mais surtout le prolongement de la queue en un lobe asymétrique et recouvert d'écailles snr toute sa longueur, sont trop frappans pour que tout le monde ne soit pas d’accord sur ce point. Il reste donc seulement à examiner si l’on ne pourrait pas ranger ces denx genres dans quelque famille des Malacoptérygiens abdominaux; car il est incontestable que les Amblypteriis et les Palæoniscus ont des rayons articulés dans toutes leurs nageoires, et que les ventrales, postérieures aux pectorales , sont insérées sur le milieu du ventre. 11 est également incontestable que les genres Lepisdostens et l’olypterus , que Cuvier range maintenant dans la famille desClupes, ont beaucoup d’analogie avec les ichthyolithes dont il s’agit. .Mais ce n’est pas exclusivement sur les considérations tirées des rayons de la dorsale et de l’anale
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que Cuvier a base sa classification, ou du moins il n’est pas toujours reste fidèle à ce principe^ car il range parmi les Acanthopterygiens des poissons dont tous les rayons sont artirulcs et mous, par exemple plusieurs Scombéroïdes , quelques Squamipennes, des Tænioïdes et des Cobioïdes^ tandis qu’un assez grand nombre de genres, qu’il place dans difTcrentcs familles des Malacoptérygicns, ont des rayons épineux aussi gros et même plus gros et aussi nombreux que maint Acanthopterygicn; par exemple, certains Cyprins, quelques Salmones, quelques Silures et quelques Cadoïdes. Quant à la réunion des Lepidostcus et des Polypterus avec les Clupes, je ne sais trop sur quoi elle est fondée; la structure de leurs mâchoires diffère complètement. Leurs écailles n’ont aucun rap|)ort ni de forme, ni d'organisation ; et cc|>cndant ailleurs , les caractères tirés de ces parties ont paru assez imjmrtans, même à M. Cuvier, pour qu’il s’en servît comme caractères de famille, par exemple pour les Scombéroïdes.
Il résulte de là : i* que les Lepidosteus et les Polypterus ne sauraient être réunis aux Clupes; comme les Amblypterus et les Palæoniscus, ils forment une famille distincte, dont presque tous les genres sont fossiles; a* que la classification de Cuvier, qui est à bien des égards, et surtout jMUir les premières grandes divisions, parfaitement la même que celle d’Artedi, ne saurait être conservée, parce qu’elle est basée sur des considérations qui sont souvent en opjKisItlon directe avec les affinités naturelles des familles, et en même temps tirées de parties d’une importance trop secondaire. Si au premier abord l’on était tenté de faire aussi cette dernière objection à la classification que je propose , je ferais remarquer que j’ai développé , dans le premier volume de cet ouvrage, jusqu’à quel point les écailles traduisent au dehors rcn.senible de l’organisation des poissons, et comment elles peuvent, par conséquent, servir à exprimer en général leurs affinités naturelles.
De toutes les espèces du genre , c’est l’ Amblypterus macropterus qui a les dimensions les plus considérables : ordinairement les exemplaires ont cinq à six pouces de long; j’en ai vu cependant qui atteignaient à près d’un pied. Son corps, un peu trapu , a une forme très-bien prise ; relevé sur la nuque , il se rétrécit insensiblement vers la queue, qui est assez large; rehaussé, pour ainsi dire, de toutes parts par des nageoires très-amples, il rappelle, à certains égards, les Cyprins, notamment le C. Gibelio et la Tanche (Tinca ebrysitis Agass.). Cette allure, ces formes, cette vigueur empreinte dans tous ses traits, conduisent tout naturellement à supposer que ce poisson vivait dans les bas-fonds, sur les rivages, peut-être le plus souvent caché dans la fange, ou entre les plantes aquatiques riveraines, suçant les substances organiques en putréfaction. Ce n’était certainement pas un poisson vorace; il n’a ni la gueule armée de fortes dents, ni les formes dégagées, ni les nageoires vigoureuses, ni enfin la .S|tneieusc cavité abdominale, capable de contenir une proie .souvent disproportionnellement
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grande. Si l'on me demandait encore dans quelle es|>ècc d'eau je pense que ce poisson a vécu, je répondrais que je ne le crois pas plus habitant des eaux salées que de l’eau douce , dans le sens antithétique que l’on donne maintenant à ces expressions j mais que je suis plutôt disposé à admettre que les eaux qui recouvraient la plus grande partie du globe k l'époque où ce poisson vivait, étaient d’une nature düTérentc de celles de nos mers et de nos lacs , et que c’est k l’action des soulcvemens que sont dûs les changemens qu'elles ont subis. Voyez sur ce point les considérations géologiques générales contenues dans le premier volume.
Les écailles de cette espèce sont pro]K>rtionncllement plus petites que celles des autres espèces du genre; elles sont k peu près de môme taille sur toute la surface du jKiisson. Sur le milieu des flancs surtout, la [tartie émaillée et qui est visible extérieurement, est parfaitement équilatérale (tab. i. f. 4- et 5.); mais vers le dos et vers la partie inférieure de l’abdomen (tab. I. f. 6 .), comme le long de l’insertion de l’anale, les écailles sont plus étroites, c’est-k-<iire qu’elles sont plus longues que hautes. Celles qui recouvrent le prolongement de la queue sont oblongues en sens inverse (tab. i. f. 7 .) k cause du changement de direction des séries qui s’étendent sur cette partie du corps. A l’insertion de la caudale, les écailles finissent sur la base des rav’ons , .se prolongent un peu sur la partie moyenne de son lobe inférieur, et présentent une légère échancrure correspondant au milieu de la nageoire. Kn avant de la dorsale, de l’anale et sur les bords du pédicule il y a quelques écailles voûtées , plus larges que les autres , éebancrées k leur point d'insertion, et terminées en pointes plus ou moins allongées; elles sont surtout saillantes au bord sujairieur du prolongement de la queue, en dessous des petits rayons qui s’étendent sur tout son bord. La partie basale des écailles, par la- (pielle chacune d’elles est fixée dans la j>eau , est coupée carrément et n’est pas recouverte d’émail. Comparez, quant k leur disposition générale, celles du Lepidostcus représentées vol. 2 . tab. B. Mais ce qui caractérise plus |varticulièrcment rAnibly|>terus niacropterus , ce sont les rides qui s’étendent sur l’émail des écailles depuis leur angle su|)éricur antérieur k l’angle inférieur postérieur. Ces rides sont presque parallèles et légèrement ondulées.
Les nageoires ont aussi quelques traits particuliers auxquels il est également trèsfacile de rccounaîtrc cette csjkîcc. Tous leurs rayons sont extrêmement grêles, trèsrapproebés; beaucoup plus fins, par exemple, que ceux de r.\mblypterus latus; leurs articulations tran.sverses, |ilus distantes, ne sont pus aussi nettement visibles; elles sont obliques au diamètre longitudinal des rayons, dont l’cxtj-émité est k jieiuc bifurqiiée jusqu’au tiers de leur longueur. Ces rayons sont si intimement unis k leur extrémité , que les nageoires ressemblent plutôt k la dorsale fibreuse de quelques llélérobrancbcs.
qu'à des nageoires formées de rayons osseux bien distincts; cependant ils le sont tous assez vers leur insertion pour qu’il soit possible de les compter.
I.a dorsale est aussi large que l’anale , son milieu correspond au bord anterieur de cette dernière ; son bord antérieur est formé d’une dizaine de rayons qui vont en grandissant, et le long desquels sont accolés de petits rayons en V inverse , àpeincvùsiblcs à l’ocil nu. Cette nageoire n’est pas aussi haute que large; depuis sa partie la plus élevée, les ra^'ons vont en diminuant de longueur; les derniers ont à peine la moitié des plus grands. Il y a environ cinquante rayons en tout; ils sont portés sur de petits osselets intcrapopliysaires, de forme toute particulière. Us sont aplatis à leurs deux extrémités, et dilatés en forme triangidaire; leur partie moyenne est plus arrondie et beaucoup plus étroite. On retrouve une disposition semblable de ces parties dans le genre Pyenodus de la famille des Pyenodontes. Voyez la tab. 35. f. i et a de l’ittiolitologia veronese. Chacun de ces osselets porte plusieurs rayons; mais je ne puis en déterminer exactement le nombre, parce que dans aucun exemplaire ils ne sont tous à découvert, et qu’ils sont ordinairement sé{>arés de leurs rayons; cependant il me parait y avoir généralement un osselet pour deux rayons.
l.’aualc a exactement la même forme et la même structure que la dorsale; ses rayons sont aussi portés par des osselets interapophysaires de même nature , mais un peu plus courts.
La caudale n’a rien de particulier, si ce n’est un nombre de rayons plus considérable que dans les autres espèces; leurs articidations transverses sont aussi plus rapprochées que dans les autres nageoires. Lt; lobe inférieur a une douzaine de petits rayons à son bord externe ; ils vont en grandissant jusqu’à l'extrémité de la nageoire et portent aussi de petits rayons en V à peine visibles; il y a, en outre, vingt-cinq rayons au lobe inférieur (on ne peut en préciser le nombre plus rigoureusement , parce que la séparation de la caudale en deux lobes n’est marquée que par une échancrure très-évasée) ; le lobe supérieur compte au moins cent rayons.
Les pectorales et les ventrales sont très-grandes et très-larges, tant à leur insertion qu’à leur extrémité libre et arrondie.
La tête ne présentant aucune particularité spécilicpie, je renvoie, pour sa description , aux caractères du genre.
Cette espèce, très-voisine de l’Auiblypterus eupterygius, en dillêrc par des écailles plus petites , et parce que le tronc est plus large et moins élancé.