‹ Recherches sur les Poissons FossilesChapitre 2 sur 121 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Cf volume renferme l’Histoire d'une grande division de la classe des poissons qui a été enlidremcnt méconnue des naturalistes jusqu’ici et dont la plupart des genres n'existent qu'à l’état fossile. Avant d’avoir appris à connaître tous ces types si remarquables , dont les feuilles suivantes contiennent la description, il m’aurait etc bien difficile, sinon impossible, de saisir les irais rap|K)rls des familles que je réunis maintenant dans cet ordre. Comment en effet supposer i\ première vue que le Lepidostée et le Bicbir que l’on range parmi les Malacoptérjgiens abdominaux sont très-voisins des Batistes, des Coffres , des Diodons et des Syngnatluis, et que même les Esturgeons, que l'on a toujours associés aux Cliondroptérygiens , font partie du nièine groii|>e ? Et ce|iendant j’espère démontrer qu’il existe des liens assez étroits entre tous ces puIs.sons. Iæs nqiprueheinens que j’ai établis n’ont, il est vrai , été entrevus que siiccessivcincnt , et c’est très à la limgue .seulement que j’ai pu fixer les rapports naturels de ces diverses familles. Tout en reconnaissant cependant que les diflicultcs contre lc.squelles j’ai eu à lutter pour y parvenir sont inbéreutes au sujet que j’avais à traiter, je crois pouvoir affirmer que l’étude des poissons fossiles pouvait seule mettre sur la voie d'une classiflcation naturelle de la classe, et i|ue sans la connaissance îles nombreuses espèces, des genres et même des familles qui n’existent plus , il aurait été à tout jamais impossible de se faire une juste idée des affinités qui lient tous ces poissons enfre eux. Si je suis parvenu à saisir des relations plus ou moins intimes entre des familles que fou avait jiis<|u’ici l'habitude de placer à de grandes distaiiies les unes des autres ilans les classifications ; si j’ai pu démontrer que les familles qui existent de nos jours, et (|ui prévalent sur d'autres types par le nombre de leurs représentans dans les mers actuelles, se sont dévelop|>ées suœessivement en remplacement d’autres groupes i|ui existent maintenant en très-petit nombre ou <pii sont complètemeut éteints, c’est à l’étude des pois.sons fossiles que je le dois. Sous ce point de vue, l'étude des Ganoïdes est surtout intéressante, parce (|ue dans cet ordre nous voyous, d'une manière plus évidente peut-être <|iie dans aucun autre , comment les différentes familles ont dominé aux différentes éjioqiK-s et To*. U.

<rnu)iiivnt elles se sont succédé dans leur a[>|>arition. Il n’y a que les Placoïdcs qui puissenl rivaliser d'importance à cet éj^ard avec l’ordre qui nous occupe spécialement ici. Mais abstraction faite de cet intérêt spécial , qui se rattache à l'étude de Thistoirc de la vie en général , I» (lanoldes fossiles sont si nombreux ; ils renferment des types si différcns de ceux qui existent maintenant , et nous offrent des combinaisons de caractères si inusitées parmi les poissons vivans , que leur connaissance est en ellc-mémc indispensable au rawlogiste qui veut se familiariser avec toute la série des formes que jMjuvent affecter les poissons. D’un autre cété , les géologues apprécient tous les jours uiieux l’iiiqHirlancc d’une connaissance approfondie de l'ensemble des fossiles qui sont ensevelis dans la série des terrains dont se compose réc4irce stratifiée de notre globe , et sous ce |K)int de vue, les |>ois.sons fossiles de l'oislre des (ianuides offrent d'autant plus d'Inlérét , (|u’un en a trouvé des débris dans toutes les furiiiatious géologiques fossilifères, depuis les |>lus anciennes jusqu’aux plus récentes. Mais il y a plus, ces débris sont partout assex fréquens pour servir de guides surs dans l’appis'wiation de l’àge relatif des terrains ; car, comme les espèces ne parcourent pas une série bien étendue de couebes, et que les genres eux-mêmes se reproduisent au plus dans deux ou trois formations successives, tandis que toutes les espèces connues sont limitées successivement ,à une seule formation , il en réssiilte que les espèces les plus répandues peuvent être envisagées comme d'cxccllens caractères pour les formations et qu’elles déterminent même des borizons géologiques plus précis que la plupart des autres fossiks.. ce titre, les poissons fossiles en général et les Ganoïdes en particulier réclameront de plus en plus rattention des géologues.

Déjà le nombre des cas où la comparaison des es|)èces de différentes localités a servi à pniciser l'àge géologique auquel elles ont appartenu , s’est considérablement accru , et je ne doute |)as que lors(|ue les poissons fossiles des autres continens seront aussi bien connus que ceux d’Europe, leur comparaison ne conduise aux résultats les plus importans. En attendant, je ne saurais trop recommander à ceux qui possèdent de ces précieux ilébris, de chercher à compléter les descriptions des espèces dont je n’ai connu que des fragmens incomplets. En recueillant avec soin tous les fragmens de toutes les espèces , et même de celles dont on possêilc des exemplaires entiers, on parviendra sans doute aussi à découvrir des parties de la cliar- (H^nte intérieure , et à déterminer ainsi la forme des vertèbres , des côtes et des osselets interapopliysaircs qui portent les nageoires. L’examen comparatif de la pla<|uc caudale qui |M>rte la nageoire caudale , conduira vi-aisemblablenient à la connaissance de diverses particularité-s distinctes dans plusieurs genres. Il ne serait pas moins intéressant de recueillir les as détachés

de la lête, loules les fois que l'on pourra déterminer les espèces auxquelles ils ont appartenu; car c'est le seul moyen d'arriver à la connaissance de toutes les inndificalioiis qii’oITre la charfiente solide du crâne et de la face dans les diverses combinaisons des os dont elle est composée. Eniiii l'examen microscopique de la striicliire des dents est devenu une nécessité , depuis que les belles recherches de M. Owen nous ont appris combien leur structure est variée. L'appliralioii que j'ai faite de ce procédé à l'étude de plusieurs familles , m’a convaincu qu'on ne saurait pousser trop loin ce (çenre de comparaison. J'ai même anjuis la conviction que la structure microscopi(|ue des écailles varie beaucoup plus qu'on n'aurait pu le supposer et i]uc les caractères (|u’clle offre peuvent acquérir une nouvelle Vixleur par un examen détaillé. Il ti'y a pas jusqu'aux plaipies osseuses qui recouvrent la tête, dont l'analyse microscupii|uc ne puisse fournir d’excellens caractères ; mais elles exigeront des recherches multipliées et plus étendues que celles tpie l'on a faites jusqu’ici, avant qu’on en retire tout le parti qu’elles peuvent oITrir au zoologiste , à l'anatomiste et au paléontologiste.

Il nie reste à dire un mot de l'ordoniiation de ce volume. Commencé il y a plus de <lix ans , il ne se ressent (|ue trop du défaut d’unité inhérent à toutes les publications fragmentaires , et qui doit nécessairement être d'autant plus sensible que les progrès de la science qu’on traite sont plus rapides. Or, il est certainement peu de branches des sciences natnrelles dont le développenient ait été aussi prodigieux que celui de l’étude de ces curieux poissons dont la race s'est perdue. C’est ce que prouve sufCsamment le tableau additionnel qui termine ce volume, ^un seulement le nombre des espi-ces s'est plus que triplé depuis la publication du tableau primitif (Cbap. I), mais une foule de genres nouveaux et même des familles entières sont venus prendre rang dans ce cadre. J’ai ainsi été à nièine de préciser d’une manière toujours plus rigoureuse les caractères distinctifs des <liffércntes divisions que j’avais établies précédemment. C'est ce qui explique les additions et les modifications que j’ai été dans le cas d<faire successivement à des chapitres déjà traités antérieurement. Si par cela même la première partie de ce volume qui est consacrée exclusivement à l'hisloire de la famille des Lépidoïdes, peut praitre indigeste à certains égards , elle est, d’un autre ix>té , l’expression fidèle des progrès que l’étude de ces fossiles a faits dejniis la publication des premières livraisons jiisip'a ce jour ; et j’aime à me persuader ipie quelques naturalistes me sauront gré de lui avoir conservé sa forme primitive.

J’aur.xLs désiré pouvoir traiter avec autant de détail la .seconde prtie de ce volume, qui comprend les familles des Saurdides , des Célacanthes , des Pyenodontes , des Sclérodermes ,

ilc-s Lophobranchcs et des Acipenserides. Mais ici aussi les matériaux se sont accnis dans une proportion si inattendue , que pour ne pas retarder indéfiniment la clôture de cet ouvrage , j’ai dû souvent me borner à ne décrire que quelques espèces de tel ou tel genre très-nombreux. Il y a même une foule de genres nouveaux qui sont simplement mentionnés, et dont j'ai été obligé de renvoyer la publication à une autre époque. Ces indications ne seront pas sans utilité , parce qu’elles donnent par anticipation une sorte de sanction aux citations qui pourraient être faites de ces espèces par les géologues dans les collections desquels je les ai observées. D’un autre côté , je n’ai pas voulu m’en attribuer dès h présent la propriété scientifique par la publication de simples diagnoses , qui seraient insuffisantes pour les faire recoiiiiaitre , afin de ne détourner personne d'une étude qui réclame le concours d'un plus grand nombre de cultivateurs. Malgré ces lacunes, j’ai cependant la conviction que, tel qu’il est, ce volume suffira pour donner une idé-e du caractère propre du type des Ganoïdes aux dilTérentes époques , et des modifications qu’il a subies dans le cours des âges géologiques.

Les mêmes considérations s’appliquent aux trois autres volumes de cet ouvrage , en particulier au troisième volume qui renferme l’histoire de l'ordre des Placoïdcs. '

Il me reste encore à faire une remarque sur la manière de compter les vertèbres , que j’ai suivie dans cet ouvrage. Toutes les fois que les exemplaires étaient assez bien conservés pour le permettre , j’ai appelé première vertèbre la vertèbre nucbale qui s’articule avec le crâne, et j’ai continué l’énumération en marchant vers l’extrémité postérieure de la colonne vertébrale ; mais lorsque la portion caudale était seule bien conservé** , j’ai suivi un ordre inverse , en appelant première vertèbre celle qui porte la caudale; enfin lnrs<|uc le milieu du tronc était seul bien conservé, j’ai dû partir de la réunion de la queue au tronc et compter les vertèbres caudales en allant d’avant en arriére , et les vertèbres abdominales en allant d’arrière en avant. En faisant attention aux figures il sera toujours facile de s’y reconnaître.

Neuchâtel , en Novembre I8(i5.

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