DE L’ORDRE
DES GANOIDES
xn xlsnixüi.
L'élablissemont de l'ordre des Gano'ides est à mes yeux le progn^ le plus iai|>urtanf ipie j’ai Tait faire à l'Ichlhyologie. Dés IcS premières recherches aux(|uelles je me suis livré sur les poissons fossiles , j’avais remarqué que tous les types dont les débris sont ensevelis dans des couches de l'écorce de notre globe antérieures à la déposition des terrains crétacés, différaient trop généralement des genres de la création actuelle pour pouvoir leur être associés. J'avais en même temps reconnu qu'ils avaient tous des caractères communs qui permettaient de les grouper dans une même division. Je fus ainsi amené à les considérer dans leur ensemble comme formant une grande famille, à laquelle je n’ai pendant longtemps rapporté que deu.x genres de notre épo<pie , le I<épidostée et le Polyptère. Mais en cherebant à me rendre compte des afiinités de ce groupe, j'ai bientèt senti qu’il se rattacluiit d'iisscz prés à d'autres familles de la création actuelle dont la classification a de tout temps offert de grandes difficultés aux auteurs systématiques ; je veux parler des Sclérodeniies , des Gymnodontes , des Lophobranrhes et surtout des Esturgeons, dont les caractères bizarres cadrent aussi mal avec la forme régulière des (Kiissons os.seux ordinaires qu’avec les particularités distinctives des poissons cartilagineux. Déjà bien longtemps avant d’avoir trouvé un caractère qui leur fut propre à tous, j'avais acquis la conviction que tous ces |K>issuns formaient un ordre tn^-naturel, lorsqu'on poursuivant les études que j'avais commencées sur la structure des écailles, à l’oroasiou de la publication des poissons du Brésil de Spix, jedéeouvris enfin que, chez tous, les léguiiiens différaient notablement , par la nature de leurs productions , de ce que l’on observait tant chez les Chondroptérygiens que chez les |>oissons osseux. Il n'en fallut pas davantage pour me démontirr i|ue la base fondamentale de toutes les classifications proposées jusqu'à ce jour pour les poissons ne pouvait pas être maintenue dans sa généralité, car les Esturgeons , qui ont un squelette véritablement cartilagineux , devaient , d’après cela , être détachés des vrais Chondroptérygiens pour être associés à des poissons osseux. J’avais en effet
lrou»é !<■ inojcii de rdiinir dans une mùme grande divismi li-ois ramilles, les Scléroderuies , les (îvmnodonles e{ li-s [yophobranches , que Cuvier lui-tnéme s'élait Irorné à cluigner dt^s |Hiissons osseux ordinaires, sans leur assigner un caraelèix' commun, et je leur avais associé un IK’lil grou|H- de (loissons cartilagineux, li-s Esturgeons, qui n’ont d’autre rapport avec les vrais cartilagineux que la mollesse de leur s()uclette , mais qui en diffèrent complètement par l’ensenible de leur organisation et en particulier par la cuni|>osition de la tète, par la conronnaüon des mâchoires, |>ar rarraugement di'S branchies, par le développement de l’opercule et par les larges plaques écailleiLsr-s dont leur corps est ganii. la» comparaison des lairicaires avec les Esturgeons et les Silures m’avait de pins conduit k envisager ces trois familles comme intimement liées entrt! elles, malgré la différence ipii existe dans la consistance <le leur s(|iielette. A mesure que j'étendais ainsi mes rapproehemens entre les poissons v ivons, je fus conduit par une étude plus approfondie des fossiles de celte même grande division à les distinguer en plusieurs familles auxquelles j’ai donné les noms de Lépidoïdes. de Sauroïdcs, de Cclacanlhes et de Pyenodonles. Dés-lors, celte division s’agrandit au )>oinl lie me paraître équivaloir à celles que j’avais établies , d'apn's des considérations semblables parmi les poissons osseux, et je divisai définitivement la classe di>s poissons en quatre ordres : les Plaeoïdes, qui comsipondent aux Chondroptérygiens des auteurs, à l'exclusion des Esturgeons ; les Gmioïdes , dont a* volume renferme l'histoire ; les Cléniiiilt» , comprenant les poissons osseux à écaillisi pectinées au bord postérieur, qui correspondent en grande partie aux Acantboptérvgicns d' Artedi, à l'exclusion cependant de la grande famille des SconibéroTdes, de ivlle des laibroïdes et de quelques auti-es petits groupes, et qui embrassent en outre les Pleiironectes; enfin les Cv c/oïdcj, qui embrassent tous les Malacopté'rygiens , à l’exception des Pleiiixinectcs, des, Acantboptérygiens (|ue je viens de citer, qui ne rentrent pas dans l’ordre des Clénoïdes et de deux familbsi i|ui ne sont proprement ni des Acantboptérygiens, ni <b-s Malacoplérygiens, les Blennio'ides et les Lopbioïdes.
Ia‘ caractère essentiel des Uanoides est tiré de leurs écailles ipii sont toujours formées de deux substances différentes et bien distinctes , savoir de lames osseuses superposées comme relies de toutes les évcailles des poissons ordinaires, et d’émail (|ui recouvre lu |>artie de réc.aille qui est visible à l’extérieur, fav forme des écailles est généralement rhomboïdale ; cependant il existe de nombreuses variations dans leur dis|)osition . C’est ainsi que diez les l,épidoïd<s, chez les Sauroïdcs et chez les Pyenodonles, les bords antérieur cl postérieur des écailles sont parallèles aux contours du dos cl du ventre ou du moins dirigés dans le même sens ; tandis que chez les Scléroderuies, les écailles furment desi osanges transversales aux flancs; ou bien elles sont polygunales. ou enfin elles affectent, comme ebez IcsGymnodonles, la forme de piquans.
Le s<|uelette des Ganoïdes i>st moins complètement osseux que celui des poissons ordinaires. Il est cartilagineux chez les Esturgeons, on la colonne vertébrale offre une dis|iosilion analogue à celle qu’on trouve chez les embryons des poissons osseux , et qui consiste dans la présence d'une corde dorsale, aiilonr de laquelle il ne se forme pas de corps de ver-
lébrcs ; les apophyses seules se solitlilieiit , mais elles restent cartilagineuses. Cher, la plupart des Lépidoïdes, des Célarantlies et des Pyciiodoril<?s, il n'y a pas non plus de corps de vertèbres ossifiés ; ces poissons qui sont tous fossiles paraissent avoir conserve la corde dorsale pendant toute leur vie, tandis <|ue It* reste du squelette qui était osseux (*st souvent très-bien conservé. Dans quelques genres di>nt les corps de vertèbres se solidifiaient , ils offrent la structure <li*s vertèbres de Squales. Cher, les Sauroïdes, où le squelette est complèternenl osseux, les apopliyses restent séparées des corps de vertèbres. Chez les Sclérodermcs , les Gyninodontes cl Itîs Ix>pbobranehes enfin, où les apophyses font cor|>s avec le centre de la vertèbre, rossificatioii est généralement moins complète.
Les familles que je range dans Tordre des Gaooïdes ne sont pas apparentées entre elles au même degré. Los rapports d'organisation qui tient les Lépidoïdes , les Saiiroîd&s et Urs donlcs, sont plus étroits que les relations <|ui existent entre ces mêmes familles et les Sclérodermes, les Gymnodontes cl les Lophobranches. Ce fait, qui coïncide avec l'épo<{ue de Tapparition de tous ces ly|>es est trés-signilicalif pour Tètiide du dèvel<»ppcmeril de la classe entière. Keinarquons d'abord que l'existence de la souche principale (h^Ganoldes remonte à tiiie époque bien antérieure à la création des reptiles, et que les familles qui conqiosent cette pri*miére .souche sont justement celles qui ont les atÜnitcs les plus nombreuses avec les reptiles. Ces affinités, surtout sensibles chez les Sauroïdes, ne sont cependant pas limitées à celte seule famille ; les Mpidoides et les Pyenodontes en offrent aussi des traces plus ou moins nombreuses. Mais elles sVfîueeiit successiveuRml à mesure que les reptiles acquièrent une plus gramle importance dans I» série des cnVatioiis. A cet égard, il n'est juis sans intérêt de ra|>peler que c'est parmi les reptiles les plus anciens que Ton a reconnu les types qui offrent le plu.s de caractén‘s coimmins avec la classt» des |>oissons. La famille des Célacanlhes , encore im|>arfaiteiiicnl connue, semble se rattacher plus direcleinent aux ICsUirgeons. Un autre fait digne de rcmar<|iie , c’t^l que tous ces poissons anciens ont des formes très-régiilién\s ; la classe entière parait ne pas avoir encore assez de consistance en elhî-mème pour se jouer dans les extrêmes les plus discordans, comme on le remarque plus lard. I^urs membres pairs sont espacés sur les cétés de la cavité abdominale , comme c'est toujours le cas chez les reptiles ; on dirait que, précurscui*s d’un développement qui doit se terminer avec l’apparilioti de Tlioinmc auquel il a été donné d’élever la face au ciel, ces animaux, encore étroitement liés à Téléinent dans lequel ils vivent, annoncent déjà une tendance vers cet oixlre de choses , en nous montrant un arhemiiiemciU vers l'organisation des quadrupèdes. Ce n'est que b<'.aiicoup plus tard , à une époque où tes poisson.s ne particip<ml ]>our ainsi dire plus direcleiiieiit aux progrès qui doivent se réaliser dans Tenibranchement des vertébrés, lorsque la classe clev repült*s a acquis son plus grand développement et prt'parc la venue des oiseaux et des man»miféres, que nous voyons les pois.sons se diversifier à Tinlini, et même feproduire dans des limiU's três-rcstreinles des formes qui rappellent par leur régularilé, et même jusqu'à un ceriaiii point par leurs caractères, les ty|M;s primitifs de la classe. C’est alors aii^i qu'apparais-
■icilt les souches collatérales de l’ordre des Ganoïdes, les Sclérodcrmcs , les Gymnodonles et les Lopbobranches qui nous présentent dans leurs formes autant de diversité que les ordres des Clénoïdes et des Cycloïdes leurs contemporains. C'est alors aussi que s’éteignent les derniers représentans des familles qui ont précédé toutes les autres dans leur apparition.
Tous les poissons osseux antérieurs à la craie appartiennent sans exception à l'ordre des Ganoïdes , et même on ne rencontre dans ces formations anciennes que des genres et des faniillcs qui n’ont plus ou trés-pcii de représentans de nos jours. Dans les terrains crétacés et tertiaires, au contraire, ces types disparaissent presque entièrement pour faire place à des genres de familles qui sont encore amplement représentées dans la création actuelle, bien qu’elles y figurent en petit nombre comparativement à la prépondérance que les Cténoidcs et les Cycloïdes y acquiérent. On peut donc dire que les Ganoïdes pri'scnlent dans leur développement une gradation trés-marquée à partir des Ix-pidoïdes , des Sauroïdes, des Célacapthes et des Pyeiimlontes qui caractérisent les formations antérieures à la craie jusqu’aux Esturgeons , aux Sclérodermes , aux Gymncxlontes et aux l.ophobranclies qui leur succ«'-dent dans les formations plus récentes, pour se perpétuer dans l’éjKxiue actuelle, tandis que les Loricaires et les Silures qui sont Irés-abondans dans les eaux douces des régions tropicales n’ont pas de représentans fossiles. I>es motifs qui m'ont engagé à associer les Loricaires et les Silures aux Ganoïdes sont faciles à saisir. I>es Loricaires se lient trop étroitement aux Esturgeons par le genre Scaphirhynehua , pour qu'il soit possible de ranger ces poissons dans des ordres différons. Les Loricaires ont en effet des écailles conformées de la même manière que celles des Ganoïdes ordinaires , et nous avons virque le squelette des Esturgeons offre tous les caractères des Ganoïdes. On pourrait même dire que les Esturgeons sont des Lépidoïdes cartilagineux , nsumverts d' écailles semblables à celles des Gymnodoutes ; tandis que les Silures sont des Loricaires qui n’ont plus d’écailles, cl chez lesquels on ne rencontre plus que par-ci par-là quelques écussons semblables à ceux des Esturgeons.
Pour donner une idée plus complète de ces familles éteintes , dont je n’ai souvent étudié les M|)('ccs (|ue sur des fragmens Irès-imiKirfaits, j’ai reproduit , tom. I, Tab. A-G, les contours restaurés de la plupart des genres que j'ai pu rétablir. Ces ligures ne sont donc pas des représentations d’exemplaires trouvés entiers , mais bien des reproductions idéales des caractères distinctifs de ces tyjtes, comparables aux dessins que Cuvier a ilonnés d<!s formes des Paléothériums et des Anoplotbériums de Monlmartre , et qui ont peut-être cet avantage sur celles du fondateur de la paléontologie , que le corps des poissons ébnt entoure de parties s<ilidcs sur toute sa surface, j’ai pu préciser bien plas nettement les contours de mes poissons, que .si j’avais été ré<Uiil à les reconstruire d'après leur charpente osseuse seulement.