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CHAPITRE VI

DU GEMIE CÉPHALASPIS.

Si je l’avais conno plus t6t, j’aurais placé ce genre en tète de la famille des Lépidoidcs, tant il diffère de tous les poissons connus. Il comprend les animaux les plus curieux que j’aie jamais observés ; leors caractères sont même si extraordinaires , qu’il m’a fallu l’examen le plus attentif et le plus scrupuleux-, et les preuves les plus évidentes, pour me convaincre que ces êtres mystérieux étaient réellement des poissons. En jetant un coup-d’œil sur la Tab. i b, quel est en effet le naturaliste qui penserait que ces écussons en forme de croissant sont réellement des têtes de poissons, et qui n’aurait pas bien plutôt l’idée que ce sont des boucliers de Trilobites ? Ils ont même généralement été pris pour tels. Cependant, dans la Tab. i a, nous voyons ces mêmes lioucliers terminer la partie anterieure d’un corps couvert d’écaillcs et portant des nageoires. 11 est donc évident que ces fossiles appartiennent à le classe des Poissons ; et ce qui paraîtrait incroyable aussi long-temps qu’on ne verrait que les figures de la Tab. t b, devient tout-à-coup certain lorsque l’on jette les yeux sur la Tab. i a. Convaincu alors par l’évidence, on se familiarise bientôt avec l’idée que les fig. i , 2,3, 4 et 5 sont réellement des jMirties de poisson; on entrevoit peut-être aussi la possibilité que les fig. 6 et 7 soient également des têtes de poissons. Mais en regardant de près les fig. 8, 9, 10 et 1 1 , il paraît cependant moins vraisemblable que cette détermination leur soit aussi applicable, tant la nature de ces dernières pièces s’éloigne de rechef de celle des premières. Pour résoudre ces énigmes, je vais d’abord chercher à déterminer exactement les caractères du genre Cephalaspis , d’après les exemplaires sur la nature desquels il ne peut rester aucun doute ; puis il sera plus facile de décider jusqu’à quel point tous ces fossiles appartiennent au même genre. Dans tons les cas il ressortira de cet examen, que même les fig. 8, 9 et lo ne sont point des coquilles, comme elles en ont l’air, ni des écailles de la queue d’un crustacé, comme on pourrait aussi le supposer; mais que ce sont réellement des parties de têtes de poissons, qu’il faudra probablement séparer génériquement des Cephalaspis, quand on les connaîtra plus complètement.

La tête est la partie la plus extraordinaire du corps des Cephalaspis. C’est un écusson plus ou moins large, dont les côtés sc prolongent en arrière comme les cornes d’un croissant. La fig. i de la Tab. i a fait voir évidemment que la tête est bcau-

coup plus large que haute, et que ses prolongemeus latéraux débordaient considérablement les côtés du tronc. Toute la tète paraît être formée d’une seule pièce, tant scs os sont iulimémcnt soudés les uns aux autres. Dans aucun des exemplaires que j’ai e.xaminés , je n’ai pu découvrir la moindre trace de suture ; en sorte qu’il m’est impossible de déterminer quels sont les os qui forment la partie dilatée de l’écusson et ses prolongemens latéraux. 11 est probable que ce sont les pièces operculaires, soudées aux sous-orbitaires, comme dans les Triglcs, et notamment dans le genre Dactjloptenisj ou comme dans les Loricaires et les Hypostomcs, et que la bouche était placée en dessous de cet écusson ; du moins je n’ai rien remarqué autour de ce croissant, qui rappelât l’ouverture d’une bouche et qui pût faire supposer que les os maxillaires soient compris dans cette dilatation de la tête. Toutes les pièces que j’ai en mains présentent la tôtc par sa surface supérieure ; dans aucune je n’ai pu mettre à découvert sa surface inférieure. Il reste donc ici bien des caractères à déterminer, et qu’il est réservé à des recherches nlléi icures de faire connaître. Les yeux sont placés vers le milieu du disque de la tête, et très-rapproebés l’un de l’autre ; ils sont très-petits, et tournés en haut, comme dans les Cranoscopes. Les os du crâne proprement dit paraissent très-peu développés, et n’occuper que l’espace compris entre les yeux jusqu’à l’occiput, qui est plus ou moins saillant. S’il en est ainsi, ce sont les os de la face seulement qui forment tout le disque de la tête; à moins que l’etlimoïde ne s’étende jusqu’à rextréinilé du museau ; ce qu’il m’est absolument impossible de déterminer. En décrivant les diverses espèces de ce genre, j’aurai occasion d’ajouter encore quelques détails sur la structure de la tête et sur scs tégiimens, qui sont dans les unes de véritables écailles juxta-posées, et dans les autres une cuirasse uniforme d’émail finement strié. Je discuterai alors aussi la position générique de chacune d’elles.

Le corps est proportionnellement beaucoup moins gros que la tête. Le dos est voûté et plus élevé h la nuque que sur tout le reste de son étendue; la queue est consKlérablement rétrécie et se prolonge, comme dans tous les Ganoïdes hétérocerques, en un long pédicule qui porte la caudale. Celle-ci a la forme ordinaire de la caudale des poissons antérieurs aux terrains jurassiques, c’est-à-dire, que le lobe inférieur est formé par la partie antérieure de cette nageoire qui est plus allongée que celle qui forme le lobe supérieur et qui s’étend jusqu’à l’extrémité du pédicule. 11 y a évidemment deux dorsales, dont on ne voit distinctement que la base de leurs rayons antérieurs; cependant la fig, I de la Tab. i a ne laisse aucun doute sur leur existence. La première est placée immédiatement en arriéré de la nuque, où l’on distingue quelques traces du gros ray'on de son bord antérieur; elle s’étend presque jusqu’au milieu du dos. La seconde est placée sur le pédicule de la queue ; son gros rayon antérieur indique exactement sa position . L’anale est plus reculée que la seconde dorsale ; son bord an térieur est

opposé au milieu de cette nageoire. Toutes ces nageoires paraissent n’avoir eu de rayons vraiment osseux qu'a leur bord antérieur, tandis que le reste de la nageoire était plutôt fibrcuit, comme dans les genres Acanthodes et Cheirefcanthus , que composé de rayons distincts , articulés et bifurqués. Dans aucun des exemplaires que j’ai examinés, l’on n’aperçoit la moindre trace de ventrales ni de pectorales. Tout le corps est couvert d’écailles disposées en séries verticales sur le milieu des flancs, et obliques au bord du dos et de rabdomen, et qui sont réunies de manière à faire ressortir plutôt leur bord postérieur que leurs bords supérieur et inférieur; tellement qu'il ne ]>arait y avoir de chaque côté que trois rangées d'écailles beaucoup plus hautes que longues, et qui donnent à ce poisson un aspect cuirassé comme au genre Callichthjs. En effet, en examinant de près celte cuirasse écailleuse, on reconnaît qu’il y a au bord du dos une première rangée d’écailles très-élevées, beaucoup plus hautes que longues , et qui s’étend obliquement d’avant en arrière jusqu’au tiers supérieur du poisson; puis sur le milieu des flancs une seconde rangée beaucoup plus large encore et verticale, qui s’étend jusque vers le bord inférieur de l’abdomen ; enfin sur les côtés de l’abdomen une troisième rangée moins élevée, et qui se dirige obliquement en arrière depuis l’extrémité iuférieure de la rangée transversale. Cependant il parait que ces rangées ne sont pas uniformément composées de pièces simples; car, du moins dans la rangée du bord du dos, on remarque que chaque lame oblique se compose de plusieurs écailles. Il en est de môme de la série oblique du bord du ventre, où, dans chaque lame, on découvre au moins deux écailles. Mais la rangée latérale parait être composée de pièces simples , quelque hautes qu’elles soient. Les côtés du pédicule de la queue sont complètement couverts de petites écailles en forme de losanges allongées, qui s’étendent jusque vers le milieu de la seconde dorsale. Au bord supérieur du prolongement de ce pédicule, il y a de plus grosses écailles, imbriquées, qui s'étendent jusqu’à son extrémité.

Les caractères bizarres de ce genre me fournissent une nouvelle occasion de faire remaixjuer combien les parties du corps des animaux des époques les plus anciennes présentent d’uniformité dans leur structure, en môme temps que les types du règne animal y sont moins diflerenciés. Ici, par exemple, les os de la tôte sont tous confondus, les écailles sont réunies en bandes très-élevées, et les rayons des nageoires demeurent encore immergés dans la membrane qui les entoure ailleurs ; tandis que l’animal entier rappelle de la manière la plus étonnante les Trilobitcs, qui ont précédé de peu les Cephalasph dans la série des créations. Cet exemple seul sulhrait pour rappeler les luis constantes qui régissent la succession des ôtres et leur développement progressif, si la classe des poissons tout entière n’en était pas une continuelle démonstration.

Toutes les espèces du genre Cephalaspis ont ët^ trouvées dans le vieux grès-rouge (Uld-Red Sandstone) d’Angleterre et d’Ecosse. Ce n’est donc point dans le calcaire carbonifère (Mountain Limestone), et par conséquent encore moins dans le Zechstein, que l’on trouve les vestiges des poissons les plus anciens qui aient existé , comme on l’a prétendu. Leur présence remonte à une époque plus reculée; car il est maintenant certain que l’on en trouve un assez grand nombre dans le vieux grès-rouge. Cependant cette formation même n’est pas la plus ancienne dans laquelle on ait découvert des poissons fossiles. Mais comme les Cephalaspis appartiennent déjà à une époque si reculée, et qu’il est de la plus haute importance pour la Paléontologie de préciser exactement la formation dans laquelle se trouvent les premières traces de poissons, je crois utile d’entrer ici déjà dans quelques details sur toutes les espèces de poissons fossiles dont on a découvert des débris dans les couches les plus anciennes de l’écorce de notre globe , quand bien même leur organisation m’oblige à en renvoyer en partie la description au 3« volume de cet ouvrage.

Afin de pouvoir mieux préciser mes indications sur les couches dans lesquelles se trouvent les poissons les plus anciens, et afin qu’il ne puisse rester aucune incertitude sur l’âge géologique de ces localités, je crois utile de transcrire sommairement ici les résultats des recherches de M. Murchison sur les roches stratifiées fossilifères, inférieures à la formation houillère. Ces indications seront d’autant plus exactes , que c’est à M. Miu-chison lui-même que je suis redevable de la plupart des exemplaires de poissons fossiles que j’ai examinés , provenant des formations inférieures à la houille, et que ce sont également ses communications obligeantes qui m’ont mis en état de rédiger cette notice. Dans le tableau synoptique que M. Murchison a publié de ces terrains, il part du calcaire carbonifère et descend successivement jusqu’au système schisteux de la partie méridionale du Pays de Galles. Le vieux grès-rouge, Old- Red des Anglais, est la formation la plus récente dont les couches soient examinées en détail dans ce tableau. L’étage supérieur de cette formation est entièrement dépourvu de débris organiques; l’ensemble de ses couches, formé d’un conglomérat rouge et de différens grès, a une épaisseur de plusieurs mille pieds, comme on peut s’en assurer en visitant les escarpemens des comtés de Brecknock et de Caermarthen ; elles supportent la formation houillère dans le sud du Pays de Galles. L’étage moyen de l’Old-Red se compose de marnes rouges et vertes, avec de nombreux lits d'un calcaire concrétionné appelé Comstone et quelques couches d’un grès très-dur; c’est celte partie de la formation qui contient les débris de Cephalaspis. On n’a pas découvert la moindre trace d’aucune autre espèce de corps organisés dans cet étage de la foiTiiation, à l’exception de ces fragmens de ]>oissons, qui la caractérisent d'une manière toute particulière. Ils ont été trouvés par M. Murchison lui-même, sur

difîërens points de cet ^tage, dans les comtés de Salop, Hereford, Worcester, Monmouth et Brecknock , sur une étendue d’environ 3ooo milles carrés, occupant toujours le même horizon géologique. Ce groupe des Comstones a aussi une épaisseur considérable , égalant probablement celle des grès de l’étage supérieur. Cependant M. Murchison pense que les débris de poissons sont surtout abondans dans la partie inférieure de cet étage moyen. Dans l’étage inférieur de l’Old-Red , en dessous de l’horizon des Cephalaspis, M. Murchison n’a trouvé à Downton-llall près de Ludlow , qu’un fragment de tète avec une portion de cuirasse écaillée, appartenant évidemment au Dipterus macrolepidotus, et à Tinmill près du château de Dow'ton, que de petits Ichthyodorulithes , aecompagnés d’une nouvelle espèce de Pileopsis et d’une nouvelle espèce d’vivicule. Dans ce dernier endroit, l’on voit très-bien le passage du vieux grès-rouge au roc gris de Ludlow, qu’il recouvre. Les localités o!i les fossiles de cette formation sont les plus communs, sont: Whitbach près de Ludlow, The \\ hylc, la route de Bromyard, Sutton-Hill, Downton-llall, Menaibridge et Abergavenny. M. Murchison pense que la nature concrétionnée des calcaires de l’Old-Red, et leur désaggrégation en petits morceaux qui quelquefois ressemblent à une roche conglomératique, a empêché jusqu’ici d’y trouver des poissons entiers; mais il ne désespère point d’en découvrir dans lés grès compacts. Il n’en a jamais trouvé non plus dans les grands amas de concrétions ayant la structure sous-cristalline et une épaisseur quelquefois de ao pieds. En Ecosse cependant, entr’antres à Clammis dans le Forfarshire, on a déjà découvert quelques exemplaires de Cephalaspis très-bien conservés et presque entiers, qui m’ont été communiqués par M. Lyell et par M. le professeur Jameson. EnOn , les écailles du vieux grès-rouge de Fifeshire, décrites par M. le D' Fleming, appartiennent à une espèce gigantesque de Gyrolepis. — Ainsi le vieux grès-rouge renferme des débris de plusieurs espèces de Cephalaspis , d’une espèce de Dipterus et d’une espèce de Gyrolepis, (trois genres par conséquent qui appartiennent à l’ordre des Ganoïdes), et plusieurs espèces d’ Jchthyodorulithes , qui sont des rayons osseux de dilTérens poissons de l’ordre des Placoïdes. Ces rayons présentent des différences telles, qu’il est impossible de supposer qu’ils aient appartenu au même genre, ni à quelqu’un des genres dont il se trouve des rayons dans les formations géologiques supérieures. Je décrirai les nns sous la dénomination de Ctenacanthus omatus, et les autres sous celle d’Onchus Murchisoni et d’O. erectus.

En descendant dans le groupe de la Grauwacke , on trouve encore à dilTérentes hauteurs des débris de poissons fossiles; mais comme les recherches de M. Murchison l’ont conduit à subdiviser de nouveau cette série de dépêts en plusieurs formations, je crois encore devoir indiquer ici les limites de ces subdivisions, afin de pouvoir préciser l’étage qui renferme les premières traces de la présence des poissons sur la terre.

Immédiatement au-dessous du vieux grès-rouge se trouve la partie supérieure de la série de la Crauwacke, dont M. 31urchison fait sa première formation, et qu’il appelle Rocs de Ludlow, Ce système est caractérisé dans sa partie supérieure, que M. Murcliison appelle Rocs de Ludlow supérieurs, par une nouvelle espèce dî Aviculc , et par XAricula retrojlexa His. , par une nouvelle espèce d’ Atrj-pa, une nouvelle espèce de Cypricardia, V Homonolotus Knightii (nouveau genre de M. Knigt), le Leptæna lata de Buch, plusieurs espèces nouvelles A'Orthis, deux nouvelles espèces d'Orbicida, différentes nouvelles espèces d’Orthocera, deux de Pleurotomaria , une nouvelle espèce de Turbo, et des corps semblables à des Serpules gigantesques. Ces fossiles, qui seront décrits et figurés dans l’ouvrage que prépare M. Murchison , sont contenus dans un grès gris peu micacé, déposé en couches minces. Les environs du château de Ludlow, en Shropshirc, ceux du château de Croft en Herefordshire, les flancs ouest des collines de Malvem et d’Abbcrlcy en Worcesterslûre , le versant occidental des collines de May, le château de Pain en Radnorshire, et les collines de Treweme, appartiennent à cet étage. Dans sa partie moyenne, la formation des Rocs de Ludlow comprend les Calcaires d Aymestrj et de Sedglejr, calcaires cristallins ou argileux gris et bleus, caractérises par le Pentamerus Knigthii Sow., le Pilcopsis vetusta Sow., une nouvelle espèce de Bellerophon, une de Unguia, une d'Atrjpa, le Terebratula JVilsoni Sow., le Calamopora ^érosa Goldf. , et quelques autres coraux. Cet étage est surtout développé près d’Aymestry en Herefordshire, dans quelques localités de Shropshire , et à Sedgiey en Staffordshirc. Le troisième étage est celui des Rocs de Ludlow inférieurs : ce sont des calcaires concrétionnés ou terreux, et des schistes arénacés de couleur très-foncée, développés surtout dans les cscarpemens de Mocktree et de Brindgwood, dans la vallée de Woolliope en Herefordshire, et dans les escarpemens de Montgomery et de la forêt de Radnor, et caractérisés par trois espèces de Phragrnoceras (nouveau genre de M. Broderip), par VAsaphus caudatus Brong., deux espèces de Cardiola (nouveau genre de M. Broderip), une nouvelle espèce de Nautile, deux de Spindilhe , un Penianiems , l’Atrypa galeata Daim., une nouvelle espèce de ce même genre, une de Pleurotomaria , l'Orthocera pyriformis et plusieurs autres fossiles. Dans cette formation on a aussi ti-ouvé des défenses de poissons, mais en petit nombre; elles sont plus communes dans les Rocs de Ludlow supérieurs. On n’y avait jamais trouve la moindre portion du corps d’un poisson jusqu’à cette année, où les couches suj)éricures ayant été enlevées à Ludford, en creusant les fondemens de quelques maisons, on a découvert une masse d’écailles, de rayons de nageoires et de dents toutes fracturées, gisant pêle-mêle et formant un lit entre les couches de grès qui sont profusément chargées de grandes Serpules , de Leptæna lata et d'autres fossiles caractéristiques de cette formation.

Ces fragmens sont trop incomplets pour qu’il soit déjà possible de les enregistrer dans le cadre d’une classification systématique; ce qu’il y a cependant de certain, c’est qu’ils ne présentent aucune analogie spécifique arec les poissons du vieux grès-rouge. Les débris de nageoires appartiennent à différentes espèces d’Ichthyodorulitbes; les écailles paraissent provenir de divers poissons de la famille des Lépidoïdes, car leur aspect est très-varié; les dents sont moins nombreuses, et nulle part entières. La nature de ces couches, leur état fragmentaire, et les fossiles qu elles renferment, tout cela fait supposer à M. Murebisou qu'elles ont été déposées dans des eaux peu profondes. On n’a trouvé qu’un très-petit nombre d'Icbtbyodorulitbcs dans les Rocs de Ludlow inférieurs; cependant M. Murcliison ne les ayant pas recueillis lui-même, il pense que leur présence dans cet étage doit être admis avec d’autant plus de circonspection, qu'il n’en a point trouvé dans le Calcaire d'Aymestry, qui renferme une si grande quantité de déliris organiques et enlr'autres de Pentamerus.

La seconde formation, née du démembrement de la Crauwacke, se compose des liocs de Dudley et de TVenlock, qui fourmillent de Coraux , de Coquilles et de Trilobites. M. Murcliison la divise en deux étages : le supérieur comprend le Calcaire de Wenlock et de Dudley, qui est sous-cristallin, trcs-concrétionné et d’une couleur grise et bleue ; il contient une immense quantité de coraux et de crinoïdes, le Bellerophon tenuifascia Sow., Y Eeomphalus rugosus et discors Sow., le Conidaria quadrisulcataSow . , une nouvelle espèce de Pentamerus, une de Nat ica, les Nalica spirata Sow., Leptœna eu gl y plia Daim. , Spirifer Uneatus Sow., et une nouvelle espece de ce dernier genre , le Terebratula cuneata Daim. , le Producta depressa Sow., plusieurs e.spèccs d’Orlhocères , Y Asaphus ca«f/a/us Brong., le Calymene Blumenbachii Brong., et autres Trilobites. Cet étage s’étend surtout dans les environs de Wenlock en Sliropsbire, dans le Caermartben, à Dudley et en Glouccstershire. Le second étage comprend les Schistes argileux de Wenlock et de Dudley , qui ont une couleur d'un gris foncé brunâtre, sont rarement micacés, renferment des nodules d’un calcaire terreux, et dans lesquels on trouve surtout une variété à’ Asaphus caudatus, le Calymene Blumenbachii , une nouvelle espèce de Unguia, une nouvelle espèce A'Oiihis , le Cyrtia trapezoidalis Daim., une nouvelle espèce de Deltliyris, une d' Ortlwcera, rOrtliucera annulata Sow., des Crinoides, etc. M. Murcliison n’a pas trouvé la moindre trace de poisson dans celte formation; cependant, à York, 31. Allis m’a communiqué un bel Icblhyodorulithe, différent de tous ceux que je connaissais, et qu’il m’a assuré provenir des Rocs de Dudley.

La troisième formation de 31. 31urchison est celle des Rocs (V Ilorderley et des Collines de May, qui descend jusqu’aux Rocs noirs de LIandeilo et de Biiilth ; elle est entièrement dépourvue de débris de jioissons, et surtout caractérisée |iar le Penta-

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inentslœt’tsSow., le P. oblongiis Mtircli., une nouvelle espèce de une de Pileopsis, une nouvelle Térébratule, beaucoup de Criuoïdes, quelques Coraux, des Trilobites inédites, le genre Ciyptolilhus , qui a été découvert dans l'Amérique septentrionale, et quatorze espèces à'Orthis, différentes de celles qu’on a trouvées dans les formations supérieures, y compris VOrthis callaclis de Daim, et son O. aperluratus. l’Aaaphm Duchii firong., son genre Agnostus , et d'autres espèces inédites de Trilobitcs, caractérisent les Rocs de Builtli et de LIandeilo.

Eu descendant encore plus bas, on arrive au système schisteux de la partie méridionale du Pays de Galles, que M. le professeur Sedgwick a également analysé en détail, mais dans lequel on n’a jamais rencontré la moindre trace de poisson. Ainsi nous avons au dessous du vieux grès-rouge une échelle géologique de plusieurs mille pieds, dont les degrés ont été examinés avec soin |>ar les géologues les plus distingués, et sur laquelle le commencement de l'histoire des Poissons peut être inscrit avec certitude à la hauteur de la formation des Rocs de Lndlow , et peut-être même déjà h celle de la formation de Dudley. Mais, dans tous les cas, c’est dans la série de la Granwacke que commencent les poissons.

Ces faits ne sont pas de nature à accréditer les idées les plus généralement reçues sur la succession des êtres organisés et sur l’apparition consécutive des animaux rayonnés , des Mollusques, des .Articulés et des V crtébrés, puisque nous les trouvons ici ensemble. Leur développement progressif présente au contraire des |)bases particulières dans chacun de ces embranchemens, et est cxjn imé par les métamorphoses qu’ils subissent chacun dans leurs caractères et dans leurs relations mutuelles.

.4 près cette digression, je reviens aux espèces du genre Cepltalaspis.

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