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CHAPITRÉ XIII

DU GENRE LEPIDOTUS.

Nous voici arrives à l’un des genres les plus intéressans de la famille des Lépidoïdes , à un genre dont les nombreuses especes caractérisent surtout la formation jurassique , et dont les débris sont faciles à reconnaître et h caractériser ; ensortc que leur connaissance sera d’une haute importance pour les géologues. Il renferme de très-grands poissons , que l'on trouve , il est vrai , rarement entiers , mais dont différentes parties, surtout les écailles et les dents , sont généralement très-bien conservées et assez communes. Ce sont des poissons oblongs , épais et corpulens. Dans les exemplaires entiers que j’ai pu observer , j’ai généralement trouvé que leur largeur est k leur longueur comme t est k 4 ou à 5 . Leur forme générale rappelle celle des grands Cyprins, dont ils n’ont cependant aucun des caractères anatomiques. La tète est de moyenne grandeur, mais large ; la pins grande épaisseur du eorps est en arrière des branches de la ceinture thoracique, environ à la hauteur de la colonne vertébrale. Le dos et le ventre sont légèrement bombés. La queue se rétrécit insensiblement ; mais au point d’insertion de la caudale, elle a encore au moins le tiers de la plus grande largeur du trône. Les nageoires sont de moyenne grandeur ; la dorsale est placée en arrière du fort de la courbure du dos , vis-à-vis de l’espace compris entre les ventrales et l’anale ; elle s’étend même quelquefois un peu plus loin que le bord antérieur de celte dernière. La caudale, coupée plus on moins carrément, mais échancrée dans sou milieu, a son lobe supérieur un peu plus long que l’inférieur; cependant ses deux bords ont de gros rayons simples, auxquels sont aecolés jusqu’à leur extrémité des fuleres vigoureux. Les rayons du milieu de la nageoire sont bifurqués profondément et k plusieurs reprises, et articulés de très-près. L’anale a ordinairement la même forme que la dorsale; elle est cependant souvent plus faible et plus allongée k son bord antérieur. Ces deux nageoires ont de très-gros fuleres à leur bord antérieur. Tous les rayons, d’ailleurs, sont articulés et bifurqués. Les ventrales et les pectorales sont proportionnellement les nageoires les plus petites; les fuleres de leur bord extérieur, surtout, sont sensiblement plus courts. Tout le corps est recouvert de grandes écailles rhomboïdales, très-épaisses, dont la partie visible est couverte d’une forte couche d’émail. La ligne ' To*. Il 31

latérale, peu arquée, va presque directement de l’opercule au milieu de l’insertion de la caudale , le long de laquelle elle se relève jusqu’à son bord supérieur. Les écailles s’avancent plus loin sur la base des rayons, au lobe supérieur de la caudale qu’à son lobe inférieur; ce qui augmente l’obliquité naturelle de l’insertion de cette nageoire, sans cependant qu’elle ait le caractère ostéologique de celle des liétérocerques.

I.a ceinture thoracique est forte ; l’angle de l’humérus, quoiqu’arrondi , est cependant assez saillant. En arrière de cet os , et au dessus de l’insertion des pectorales , il y a quelques plaques écailleuses. Toute la tête , même la face, est cuirassée de pièces osseuses et émaillées. Les sous-orbitaires forment un large cercle autour de l’orbite; et les plaques buccales , plus larges encore , recouvrent l’espace compris entre ces os, le préoperculc et les mâchoires. Les pièces operculaires sont de moycnnne grandeur; le subopercule et l’interopcrcule sont cependant proportionnellement plus grands que dans les antres Lépidoïdes. Les os de la surface du crâne sont très-larges et réunis par des sutures sinueuses. Les mâchoires sont courtes et arrondies , et la gueule proportionnellement peu fendue ; le bord de la mâchoire supérieure est formé dans le milieu par les intcrmaxillaires , et sur les côtés par les maxillaires supérieurs ; le bord de ces os est armé de petites dents en cônes obtus , que l’on voit seules lorsque les mâchoires sont rapprochées; mais leur face intérieure est garnie en outre de plusieurs rangées de dents hémisphériques sessilcs , plus ou moins étranglées à leur base , ou portées sur un pédicule très-court qui fait corps avec l’os.

Ün point qu’il ne m’a pas encore été possible d’éclaircir complètement, c’est jusqu’à quel point les Sphœrodus devront être réunis aux Lepidolus , à raison des grosses dents arrondies que les deux genres ont à l’intérieur de leurs mâchoires. Déjà je me suis convaincu qu’une partie de celles que j’ai indiquées dans mon Tableau synoptique sous le nom de Sphœrodus , appartiennent au genre Lepidotus , dont je ne connaissais alors qu’imparfaitement la dentition. D’un autre côté cependant , j’ai vu des fragmens de mâchoires portant aussi des dents arrondies, mais dont les caractères ostéologiques n’étaient point d’ailleurs ceux des Lepidotus. C’est sur ces pièces que j’avais établi mon genre Sphœrodus , qui devra donc être conservé, mais purgé de quelques espèces qui lui avaient été réunies à tort.

Le seul caractère distinctif que je puisse indiquer maintenant, entre les dents arrondies des Lepidotus,ct celles des Sphœrodus , c’est que les premières ont un étranglement à la base de l’émail. Mais la forme des mâchoires des Lépidotes présentant d’ailleurs des caractères particuliers, il n’y aura que les dents isolées que l’on pourra être embarrassé de classer.

Une connaissance approfondie des caractères du genre Lepidotus me fait ainsi entrevoir de nouvelles diilicultés dans la détermination des espèces de l’ordre des

Ganoïdes. A moins de trouver des mâchoires presque entières, il deviendra peutêtre impossible de rapporter certaines dents à leur véritable place, soit dans la famille des Lépidoïdes, soit dans celle des Pycnodontcs; et pourtant, les exemplaires complets que j’ai vu de ces derniers, m’ont prouvé qu’ils difleraient considérablement des premiers dans leur ensemble. On tirera probablement aussi de ce fait quelques nouvelles inductions contre la méthode établie par Cuvier et généralement adoptée aujourd’hui, de rapprocher des fragmens et de les réunir, suivant leur analogie avec d’autres trouvés réunis ; mais je pense que loin de nous porter à abandonner cette voie , ces faits épars doivent au contraire nous exciter de plus en plus à rechercher leurs lois particulières. Car je ne puis me ranger à l’avis de ceux qui pensent qu’il y a des combinaisons déréglées dans la nature ; elles ne nous paraissent telles, qu’autant que nous n’avons pas bien saisi tous leurs rapports.

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