‹ Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales, des eaux minérales de Bagnères de BigorreChapitre 101 sur 103 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Chlorose ou pâles couleurs.

Quel vaste champ déconsidérations générales ne se présente-t-il pas ici relativement à cette affection qui, plus que toute autre, appartenant au sexe sensible, nous paraît devoir être traitée plus spécialement par l'usage des eaux minérales, et par celui de tous les moyens hygiéniques qui l'accompagnent. Cependant , à Dieu ne plaise qu'on nous croie assez partisan de ces dernières, pour les considérer comme un remède unique pour dissipercette maladie ! Cette prétention insensée, d'après mes opinions précédentes, ne pourrait pas m'être faite. Je ne saurais trop le répéter, je ne crois à l'efficacité exclusive d'aucun remède.

La stagnation , l'altération des fluides est seule cause de la sorte de cachexie qui se manifeste dans cette maladie. Si elle attaque spécialement les filles qui ne sont pas réglées ou qui éprouvent de la difficulté à l'être , elle existe aussi très-souvent après la menstruation. Tous les symptômes qui la caractérisent attestent le défaut d'action vitale, le mauvais état des solides, celui des fluides, et la faiblesse générale, ou souvent un excès, une surabondance d'humeur, une pléthore relative aux vaisseaux.

Quoique persuadé de l'identité de curation entre la chlorose qui a lieu avant l'apparition des menstrues, et celle qui succède aux retours périodiques de cette évacuation, il est néanmoins une considération essentielle à faire , c'est que la rapidité de la marche de cette dernière espèce étant plus susceptible de donner naissance à un plus grand nombre d'affections secondaires, mérite , dès-lors, un traitement plus complet et beaucoup plus méthodique.

Dans le traitement de la chlorose par l'emploi des eaux minérales , il est impossible de ne pas faire entrer en considération soit le vice des solides, soit celui des liquides. Ces deux causes, qui finissent par produire la langueur de la circulation, la stagnation des liquides, la cachexie, et à la fin l'infiltration du tissu cellu-

ïaire en quelques parties., exigent un choix différent d'eaux minérales et de moyens diététiques. Comme nous venons de l'observer, quoique le traitement de la chlorose compliquée de défaut de menstruation soit à-peu-près le même que celui que l'on emploie lorsque cette maladie est réunie à l'existence de cette évacuation, nous croyons devoir faire remarquer qu'elle devient beaucoup plus facile à guérir chez les filles réglées. Dans les considérations du traitement de cette maladie par le moyen des eaux minérales, sans doute qu'il faut avoir aussi égard à l'état des viscères , mais nous ne pouvons entrer dans cet examen, qui ne peut pas être ici de notre ressort. En considérant les différens phénomènes morbifiques qui se développent à la suite du défaut de menstruation ou à celle de sa suppression chronique, on se rendra facilement compte de la raison qui fait que les fluides et les solides s'altèrent de manière à produire le plus grand désordre dans tous les systèmes, par l'effet de l'action vasculaire affaiblie , jointe au vice des liquides. Si de tous côtés les obstacles se multiplient pour l'intégrité des fonctions, la langueur générale doit en être l'effet nécessaire. Si au défaut d'action des solides se réunit la viscosité du sang, un caractère catarrhal et pituiteux, la circulation devient encore plus difficile.

Pendant la durée de cette dégénérescence des solides et des fluides, les viscères éprouvent des congestions de toute espèce. Ils donnent naissance à cette foule de phénomènes physiques et moraux qui caractérisent les pâles couleurs, phénomènes dont l'énumération serait, ici, aussi superflue qu'inutile.

Pendant la stase des fluides et lors de l'atonie des solides, la vie languit, la sérosité augmente, le sang se décolore, la chaleur se dissipe, le sang se décompose , la peau change de couleur, et la dégénérescence des fluides augmentant , la cachexie finit par se manifester. Si j'ai cru devoir présenter ce tableau raccourci des accidens qui accompagnent les fleurs blanches , c'est que leur considération sert puissamment à prouver l'avantage qu'il y a de les combattre par le secours des eaux minérales.

Qu'importe, au surplus, pour le traitement par ces dernières , que la chlorose soit sans menstruation, ou que cette dernière soit peu abondante, séreuse, jaunâtre, au lieu d'être rouge ? le choix des eaux est indiqué par la nature du mal. Mais ce qui doit être pris en grande considération, c'est la cause qui a pu donner naissance à cette maladie, cause dont l'influence permanente peut quelquefois eu entretenir la durée; cause qu'il faut dissiper, s'il est possible,

avant de pouvoir espérer la guérison par quelque moyen que ce soit. Quand on arrive à l'époque de la vie qui exige le développement de certains viscères, et que les stimulans qui pourraient les jeter dans l'orgasme ne sont point appliqués, toute la constitution est dérangée par le trouble qui a lieu dans la balance organique. C'est ce qui arrive dans la chlorose.

Le chagrin, chez les femmes, fait ordinairement des ravages plus grands que chez les hommes, autant par défaut de courage et de philosophie que par faiblesse de constitution. Cette affection de l'âme rend languissante les forces nerveuses, diminue les mouvemens vitaux, relâche fe ton des organes; de-là les mauvaises digestions, le défaut de nutrition, les obstructions , les épanchemens ; de là la chlorose , etc.

Ces considérations générales ont dû être présentées , pour fournir la preuve que les médecins des eaux qui ont la chlorose à traiter, ont, aussi, à établir leur diagnostic sur sa cause, comme sur celle des autres affections qu'ils ont à soigner, et sur la nécessité de diriger leur thérapeutique par leur connaissance.

INous n'entrerons dans aucun détail relatif aux différentes indications à suivre dans la curalion de cet le affection par l'emploi des boissons,

des bains , des douches , ou par tout autre moyen adjuvant. Sous ce rapport, l'état des forces , l'âge, et la simplicité ou la complication des accidens , servent de guide. On concevra aisément que lorsque les fluides résistent trop à l'action des solides , l'immersion dans l'eau thermale diminue la roideur de ces derniers , et leur permet de prendre une nouvelle exten sion , dont ils n'auraient pas été susceptibles sans ce secours. S'il est des cas où il peut être utile , dans la chlorose, de faire usage des fumigations , des bains de vapeurs, des embrocations , on trouve à Bagnères tous ces secours, avec autant de facilité et d'avantage que dans les plus grandes villes.

S'agit-il d'employer les toniques , Bagnèrcs offre ses eaux ferrugineuses, elles sont alors encore fondantes; cette seconde vertu est au moins aussi utile que la première dans la curation de la chlorose. On sait qu'elles divisent les molécules du sang en les faisant circuler avec plus de vitesse. Nos observations ont dû prouver que nous sommes fréquemment dans l'usage d'unir les sucs amers à celui de telle ou telle eau minérale. En ne les considérant que comme toniques, ils facilitent la digestion , et c'est dans ce sens qu'ils sont souvent, fort salutaires dans le traitement de la chlorose , lorsqu'ils sont unis

5<P aux eaux minérales. Ils contribuent aussi à améliorer la qualité du sang.

Les mouvemens convulsifs qui surviennent, parfois, chez les chlorotiques, en indiquant l'emploi des antispasmodiques, proclament, par là même, la nécessité des bains thermaux. Cette nécessité se fera sentir bien plus, lorsque nous ajouterons, qu'ils deviennent bien plus efficaces encore toutes les fois qu'il existe un spasme des viscères, ce qui a fréquemment lieu dans cette maladie. En effet, la délicatesse originaire d'organisation des malades, la sensibilité qui leur est particulière , la facilité avec laquelle certaines femmes reçoivent les impressions vives d'amour, d'amitié ou de tristesse, les étouffemens , les resserremens spasmodiques qu'elles éprouvent , le gonflement spontané de la région épigastrique, surtout après les repas, ont besoin des bains , des adoucissans, des relâchans pour se dissiper.

Quand le plaisir accompagne les différens exercices à pied et à cheval , en suivant son goût dans le choix des moyens hygiéniques, on est presque assuré d'avance d'accélérer le rétablissement de la chlorose. Nous ne ferons point ici valoir la tranquillité d'âme, si nécessaire pour le rétablissement de la santé des chlorotiques , ni les distractions de tout genre que l'on trouve, en

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général , aux eaux minérales. Ce sont autant de moyens qui concourent, pour leur part, à dissiper la tristesse qui accable trop souvent les femmes qui éprouvent cette maladie (mm).

Il n'est pas douteux que si le cœur , occupé d'une passion naissante, est cause de la chlorose, par suite de l'état général de langueur dans lequel est plongée la femme qui en est tourmentée , rien n'est plus capable de détourner de cette passion , de la vaincre, d'en combattre les funestes effets , que l'envoi aux eaux minérales de celles qui en sont atteintes. Certes , parmi les sujets de distraction qui peuvent efficacement détourner de l'amour, le voyage aux eaux , le changement d'air, de localités, de sociétés , etc. , sont sans contredit les plus puissans (nn).

Il suit de ces considérations générales que la chlorose, qui peut être traitée avec avantage par les eaux minérales, mérite, néanmoins, comme la plupart des autres maladies , même dans son état de simplicité , une étude toute particulière relativement aux causes qui l'ont produite. Cette recherche, qui sert à faire connaître les obstacles qui s'opposent à l'apparition des menstrues , de la part du viscère qui devait faire la sécrétion du fluide dont elles sont composées , sert aussi à fixer sur le choix des eaux

minérales dont il convient de faire usage, et sur celui de tous les auxiliaires auxquels on doit avoir recours.

Ici , comme à l'occasion de la plupart des maladies qui sont traitées par les eaux de Bagnères , nous pourrions présenter un grand nombre d'histoires de traitemens heureux; mais pour abréger notre travail, nous nous contenterons d'offrir les deux suivantes.

I". Observation. — Madame de St.-G .,

âgée de vingt ans, avait joui d'une santé constante, jusqu'au moment où, devenue veuve, accablée sous le poids des chagrins, elle fit une fausse couche, au cinquième mois de sa grossesse. Dès-lors sa santé devint de plus en plus languissante ; les règles ne se rétablirent qu'imparfaitement, les forces digestives s'affaiblirent, La couleur de la peau devint verdâtre, une foule d'accidens nerveux se développèrent successivement.

Madame de St.-G... vint à Bagnères en 1817. Elle était dans un état de maigreur alarmant. La prostration des forces était générale. Dès les premiers jours elle prit, à jeun, un verre d'eau de la fontaine ferrugineuse d'Angoulème. Les jours suivans , la dose fut augmentée jusques à quatre verres. Elle prit un bain par jour ,

5g6 à la source de Salut , pendant une heure. Après le quatrième, madame reprit le traitement précédent. Elle se reposa. A peine une semaine se fut-elle écoulée, que les règles parurent avec beaucoup plus d'abondance que la dernière fois. Après cinq jours d'intervalle, madame recommença l'usage intérieur et extérieur des mêmes eaux. Un jour, par semaine, était consacré au repos. Les règles reparurent à leur époque ordinaire et dans le meilleur état possible. Déjà depuis long-temps l'appétit s'était rétabli, les forces s'étaient améliorées, et la peau, de jour en jour, avait repris son ton et sa couleur naturels. Aucun moyen hygiénique et diététique ne fut épargné pour concourir à cette guérison. Cette seconde époque de menstruation passée , madame de St. -G... continua encore quelque temps les bains, et elle se retira parfaitement rétablie.

IIe. Observation. — Mademoiselle D. vint à Bagnères en 1818; elle était alors âgée de dixhuit ans. A quinze, elle avait eu une légère apparition de règles, et depuis cette époque cette fonction , cet écoulement ne furent jamais réguliers. Une langueur générale s'empara de mademoiselle. La perte d'appétit , la constipation, l'ennui et d'autres désordres vinrent aggra-

ver le mal. Après la perte de la fraîcheur de mademoiselle succéda la décoloration de la peau , et la chlorose prit la piace du beau coloris dont jouissait, naguères, l'intéressante malade. Dès les premiers jours de son arrivée , elle fut mise à l'usage des boissons de l'eau de la source de Salut, et, deux heures après, elle entrait dans un bain de celle de Santé. La seconde semaine , la boisson des eaux ferrugineuses d'Angoulème remplaça celle des eaux salines. Le bain de même nature fut continué. Les règles parurent, enfin, avec plus de régularité qu'auparavant. Après leur cessation, la curation fut reprise avec les variations convenables à l'état journalier delà malade. Peu-à-peu les forces digestives se rétablirent et ramenèrent la vigueur du système entier. Un teint naturel , même de lis et de roses, ranima l'heureuse physionomie de mademoiselle D. Les menstrues parurent , pour la seconde fois , avec une régularité et une abondance qui présageaient un retour périodique de plus en plus satisfaisant, ce qui eut effectivement lieu. Mademoiselle jouissant, depuis sa sortie de Bagnères, d'une fort bonne santé , se maria, environ dix-huit mois après avoir pris les eaux. Aucun des accidens qui l'avaient attirée à Bagnères ne s'était plus manifesté. Elle était déjà mère de deux enfans bien portans, lorsque

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j'eus la satisfaction de la voir entourée de tous les élémens du bonheur et de la félicité.

Réflexions. — Pour traiter efficacement la chlorose, qui peut devenir mortelle par ses suites, il ne faut pas attendre qu'elle ait fait de trop grands ravages. Si elle se guérit parfois par de simples moyens diététiques et hygiéniques , la curation devient plus difficile en raison de la gravité des accidens. Elle augmente avec leur accroissement, et quand la dégénérescence ou la décomposition du sang, quand l'atonie des solides est extrême, etc., les remèdes deviennent inutiles. Contra vim mortis, non est medicamen in Iwrtis. Ecole de Salerne , § 85.

Les deux observations précédentes prouvent que l'espérance de la guérison , qui conduit les chlorotiques à Bagnères, quelle que soit la cause de leur pénible état , est déjà un puissant acheminement et pour favoriser l'action des eaux minérales, et pour obtenir l'heureux résultat que le malade et le médecin attendent de leur administration. Dans le traitement de cette maladie, il est rare que les bains thermaux ne produisent pas un effet salutaire. Si , parfois , la saignée doit en précéder l'usage, celle-ci n'est praticable que dans un court espace de temps ; car quand les liquides sont décomposés, elle

^99 devient nuisible; les bains, au contraire, comme tendant au ramollissement des vaisseaux de la matrice, sont toujours avantageux.

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