‹ Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales, des eaux minérales de Bagnères de BigorreChapitre 100 sur 103 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Suppression des règles.

Pour atteindre le but de nos recherches sur les propriétés des eaux de Bagnères, nous ne considérerons ce dernier genre d'affection que lorsqu'elle a acquis le caractère chronique. Or elle le devient dans une foule de circonstances, même dans le plus grand nombre. Sans nous arrêter aux cas de suppressions des règles, qui tiennent à des vices dans les humeurs, à des obstructions étrangères à la matrice , nous ne

58i nous occuperons que de ceux qui sont la suite de longues maladies, des pertes abondantes, des fièvres rebelles, de celles des maladies aiguës ou graves de l'utérus , tels que le catarrhe de cet organe. Car dans tous ces cas l'énergie de sa fibre élémentaire est déjà , pour ainsi dire, anéantie. Ce simple exposé nous fait concevoir pourquoi toutes les causes de faiblesse organique et générale peuvent devenir cause de suppression., et pourquoi, dans ces circonstances, les eaux minérales sont communément avantageuses. La seule inertie, la seule mollesse, l'oisiveté de quelques filles ou femmes, qui fuient tout exercice, suffit quelquefois pour occasioner cette maladie. Quelle que soit, au surplus, la cause externe ou interne qui l'ait produite , lorsque l'évacuation qui avait commencé à se manifester cesse toul-à-coup par une impression morale , et il en est beaucoup de ce genre, les eaux minérales sont encore, parfois, utiles. Un petit événement, des chagrins, des surprises , ce qui causerait tout au plus une faible, une médiocre sensation à l'habitante robustedeschamps, cause un désordre durable dans les fonctions d'une femme sensible et délicate d'une grande cité.

De quelque manière qu'on conçoive les causes de la suppression des menstrues dans une femme qui jouit d'ailleurs d'une bonne santé.

ou qui l'a perdue d'une manière quelconque, il en résulte toujours une pléthore plus ou moins excessive, qui se manifeste par tous les accidens auxquels elle a coutume de donner naissance, et dans le détail desquels nous ne pouvons ici descendre. Si ces accidens sont aigus, accidentels, passagers , nos eaux n'y ont que faire. S'ils persistent plusieurs mois , des années , c'est alors que les eaux minérales peuvent devenir efficaces.

Mais encore, en désignant la suppression des règles comme susceptible, dans certains cas, d'être victorieusement combattue par les eaux minérales, nous n'entendons parler que d'une affection simple. Nous supposons, alors, les fluides dans un bon état ; nous ne supposons pas moins que les solides ne sont pas viciés, et qu il n'existe aucune autre maladiegrave dont elle soit l'effet. Dans cette dernière hypothèse, nous ne ferions que présenter un tableau compliqué de plusieurs affections qui exigent des combinaisons différentes dans la curation, comme la multiplicité des symptômes de diverse nature qui se trouvent alors réunis, ce qui ne peut plus entrer dans notre plan. Puisque les femmes qui ont les organes très-mobiles et très-irritables sont plus exposées aux accidens de la suppression des menstrues, il en résulte qu'en

les traitant par les eaux minérales, on doit avoir beaucoup d'égards à la mobilité des nerfs. Dans les sujets plus vigoureux, la nature des eaux doit être différente.

Les indications à suivre dans le traitement de la suppression nncienne des menstrues , méritent encore, sous d'autres rapports , des considérations puissantes. C'est toujours à la cause du mal qu'il faut, en général , remonter, et c'est elle qu'il faut éloigner ou détruire. Toutefois, si la suppression dont il s'agit n'a été causée , comme nous venons de l'observer , que par suite de maladies graves , il ne s'agit alors que d'une atonie générale, le traitement ne peut qu'être le même. Il est encore une méthode relative à la durée des accidens.

Nous croyons inutile d'observer que les médecins attachés à l'administration des eaux minérales se font, partout, un devoir de suivre et de remplir les indications qui se présentent. Us sont loin de se laisser égarer par aucune espèce d'illusion ou de prévention. Us savent, quand il le faut, faire, comme ailleurs, une médecine aussi éclairée que peu vent leur permettre leurs lumières et leur expérience. L'usage des eaux minérales, le séjour aux eaux n'excluent aucun autre traitement. Nous acquérons, au

contraire, chaque jour, la preuve que tout, aux eaux, contribue à favoriser ce dernier.

I" Observation. Madame la baronne de T. L., âgée de vingt-deux ans , a un tempérament bilioso- nerveux. Dix -huit mois après avoir eu un enfant quelle n'avait pas nourri, ses règles n'avaient pas encore reparu. Toutefois, à toutes les époques où elles devaient arriver, elle éprouva un violent mal de tête, qui devint opiniâtre. Il était souvent accompagné d'une inflammation au bras, qui prenait, parfois, un caractère érésypélateux. A ces symptômes se joignirent une langueur générale , de la fièvre et une constipation opiniâtre. Ce fut dans cet état qu'eliearrivaàBagnèresen 1 82 1. Les eaux salines, prises en boissons , rétablirent d'abord la liberté du ventre. Remplacées, au bout de seize jours, par les eaux ferrugineuses de la fontaine d'Angoulème, nous en ordonnâmes quatre verres le matin à jeun et plusieurs mêlés avec le vin dans les repas. Les bains chauds, les fumigations dirigés vers les parties de la génération , rappelèrent les règles dès le vingtième jour. Celte excrétion avai t étéprécédée par des douleurs assez fortes de la région lombaire et sacrée. Elle dura trois jours , mais avec moins d'abondance qu'a^

vant la suppression. Après une semaine de repos, madame la baronne reprit le traitement dont elle avail éprouvé de si bons effets. L'ayant continué durant vingt-quatre jours, les menstrues reparurent avec la même abondance qu'autrefois et sans le moindre accident. Madame la baronne quitta Bagnères jouissant de la meilleure santé,

II0. Observation. — Madame la marquise de G. D..., âgée de vingt-neuf ans, a un tempérament nerveux lymphatique et une constitution un peu rachitique. Mère de deux enfans qu'elle n'a pas nourris, dix mois après sa seconde couche, sans cause connue , ses règles n'avaient pas encore reparu. Son médecin ayant acquis l'assurance que madame la marquise n'était pas enceinte, après avoir employé , sans succès , divers moyens pour rappeler le flux périodique, finit par lui prescrire les eaux de Cautereîs , dont elle fit usage en boissons et en bains, avec aussi peu d'avantage que des remèdes pris antérieurement. Ayant consulté M. Andral, médecin consultant du Roi, qui se trouvait alors à Cauterets , ce praticien éclairé lui conseilla de se rendre à Bagnères , où elle arriva le 16 août 1818. Souffrant alors d'une migraine cà laquelle elle était fort sujette, surtout depuis la suppression de ses règles, l'ap-

petit était nul, le ventre resserré. Nous la laissâmes remettre de cet état durant trois jours. Les boissons et les bainsd'eau de Salut lui furent administrés cinq jours consécutifs. Le Ventre devint libre, l'appétit s'améliora. Repos le sixième jour. Le septième, madame repritlebain de Salut et but deux verres d'eau de la fontaine d'Angoulême , ce dont elle continua l'usage; durant un demi-mois. A cette époque du traitement, des douches de l'eau de la Gutière furent dirigées pendant six minutes sur les lombes. Dès la sixième, la malade ressentit un tiraillement dans la direction desligamens de la matrice, et un sentiment de pesanteur dans cet organe. Les règles se manifestèrent la nuit suivante, et leur émission, assez abondante, eut lieu l'espace de quatre jours. Cet intervalle étant passé, madame la marquise se remit à son traitement, qui rétablit si bien sa santé que , quinze mois après son départ de liagnères, j'appris que les règles avaient toujours continué à reparaître régulièrement et sans le moindre accident.

Reflexions. — Ab uno disce omnes. Combien ne pourrions-nous pas citer encore, ici, d'observations qui attesteraient le bon effet des eaux minérales, soit en boissons, soit en bains, soit

en douches, pour rappeler les règles lorsqu'elles ont été supprimées, soit par des causes inconnues et permanentes, soit par des maladies antérieures qui ont amené l'atonie générale et celle de la matrice ! Nous laissons aux praticiens éclairés le soin d'apprécier leur avantage, leur utilité dans des circonstances analogues à celles que nous avons simplement indiquées ; nous nous hâtons d'arriver à la chlorose.

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