‹ Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales, des eaux minérales de Bagnères de BigorreChapitre 20 sur 103 · IN VICTO · texte numérisé non relu

IN VICTO

C AIVS

MIN VCIVS

POTITVS

Nous ferons ici remarquer que la plupart de ces inscriptions qui présentent les mêmes der-

nières lettres initiales, attestent qu'elles ont toutes été consacrées par des cœurs reconnaissans du bienfait qu'ils avaient reçu par l'usage des eaux thermales de Bagnères.

Le Président d'Orbessan , dans une dissertation du Tome II de ses Mélanges historiques , pag. 295 , en rapporte une, qui fut trouvée à Baudéan , et qui énonce clairement la consécration d'un ancien autel aux montagnes d'où jaillissent les eaux thermales. L'idée de la divinité , chez les premiers hommes , n'a eu pour type et pour modèle que celle des puissances physiques , des êtres matériels agissant en bien ou en mal , c'est-à-dire en impressions de plaisir ou de douleur, sur l'être sentant : ce culte de la reconnaissance atteste que , dans des temps si éloignés , les paisibles habitans de nos contrées avaient trouvé le bien dans nos eaux et un asile impénétrable au milieu des monts élevés ; ce qui les détermina , dans la simplicité de leurs mœurs, à rendre un hommage religieux aux rochers qui les mettaient «à l'abri des incursions de leurs voisins. Voici cette inscription , telle qu'on la lit :

NOS FECVNDA IMANVS VIDVO MORTALIBVS ORBE

PROGENERAT , NOS ABRVPT,E TVNC MONTIBVS ALTIS

DEVCALION>E CAVTES DEPERERE.

Ces divers témoignages, qui onl survécu au ravage des siècles , prouvent suffisamment l'ancienneté de la ville de Bagnères ; mais elle ne commença probablement à être connue au loin , sous le rapport de ses eaux thermales , qu'à l'époque où le jeune Crassus , lieutenant de César , eut soumis l'Aquitaine et tout le pays situé entre la Garonne et les Pyrénées. Cependant il paraîtrait que la conquête de la Bigorre ne fut faite que par Messala ; ce que l'on peut induire de la VIIIe Élégie de Tibulle , Liv. Ier, adressée à ce capitaine :

Non sine me pars us honos : Tabella Pyrene Testis , et Oceani littora Santonici.

Des nouvelles découvertes faites dans ces derniers temps, en confirmant la vérité des conjectures établies par les historiens sur l'antiquité de Bagnères et sur la renommée de ses eaux, fixent toute incertitude à cet égard.

Il est , en effet , hors de doute aujourd'hui que les Romains , qui savaient si bien tirer parti des avantages des pays conquis , s'établirent dans un lieu que la nature avait enrichi de tant de manières , et qu'ils y élevèrent plusieurs monumens pour faciliter l'usage des eaux.

Les fouilles pratiquées pour fixer les fondemens du bel établissement thermal qu'on construit en ce moment , et qui doit porter le nom de Thermes de Marie-Thérèse, ont fait découvrir, à la profondeur d'un mètre et demi environ , des revêtemens de marbre artistement travaillés , qui attestent que des thermes romains avaient existé dans ces lieux. En creusant plus avant, à trois mètres de profondeur , sous plusieurs couches de sédiment, on a trouvé une première piscine , de forme carrée , revêtue de marbre d'un travail soigné : le fond de ce réservoir est formé de dalles ; des banquettes régnent dans son pourtour. Près de là , on a mis à jour d'autres revêtemens de marbre , appartenant à deux autres piscines également carrées, dont la construction ressemble à la première, à l'exception que leur fond est établi avec un ciment rouge.

En poursuivant les recherches , on a reconnu que ces trois piscines reposaient sur des massifs de béton d'un mètre et demi d'épaisseur. Cette matière paraît n'avoir été employée que pour donner plus de solidité aux constructions.

Des fouilles ultérieures ont encore fait découvrir une quatrième piscine près des premières, éè forme circulaire ou elliptique, dont la dimension . par l'are déjà connu , paraît être

d'environ neuf métrés. Elle offre, dans son ensemble , un travail analogue à celui des précédentes.

Lorsqu'on reprendra les travaux de construction du nouvel établissement , on espère parvenir à de plus amples découvertes , dont MM. les Membres de la Commission , présidée par M. le chevalier Dnfourc-d'Antist, maire de Bagnères , s'empresseront de publier les détails.

Aucune inscription n'a encore fait juger de la date de ces constructions ; mais leur nature , celle du ciment, celle des briques, d'une grande dimension , et des médailles d'Auguste, de Trajan , de Marc-Aurcle et de plusieurs autres empereurs, trouvées dansées décombres, prouvent évidemment qu'elles furent l'ouvrage des Romains.

Dans le nombre de ces médailles, que l'on placera, avec les débris les plus précieux recueillis, dans une des salles du nouvel établissement, on en voit une, formée d«?deux plaques de enivre-, elle est vide dans son intérieur , et paraît avoir servi à renfermer les cendres de quelque Romain : d'un côté, elle représente la tête d'une jeune fille • dont le dessin est parfait ; et de l'autre, le squelette d'un guerrier tenant une lance de la main gauche. On lit dans son pourtour ces mots : Chispina Augiïsta,.

Mais par quelle cause désastreuse ces utiles monumens de la grandeur, de la munificence des Romains, se trouvent- ils ensevelis? Par quelle fatalité des piscines salutaires ne sontelles aujourd'hui que des ruines et des décombres? Quelle main barbare en a privé l'homme souffrant qui venait y puiser du soulagement? N'accusons, sans doute , que la fureur insensée du vandalisme qui ne sut jamais rien respecter; car Bagnèrcs ayant toujours été habitée depuis leur construction, aurait conservé religieusement ces édifices, ces ressources précieuses , si des barbares n'avaient plus d'une fois ravagé les Gaules.

Les cieux n'ont jamais changé leurs lois , ni la terre sa marche : le soleil n'a jamais cessé de répandre ses feux dans l'espace et de consoler et vivifier notre globe par sa présence ; la mer a toujours donné naissance à des nuages; les pluies et les rosées ont toujours rafraîchi nos campagnes ; les montagnes n'ont jamais tari leurs sources ; les plantes , sans culture , ont de tout temps embelli notre demeure par l'éclat de leurs fleurs et la beauté de leurs fruits : la nature est immuable dans ses lois : il n'en est pas de même de l'ouvrage de l'homme ; dans l'abîme des temps tout se perd comme une ombre, tout péril Ce n'est pas que ces mo-

numens n'eussent pu être ensevelis par suite des tremblemens de terre que l'on n'a que trop souvent éprouvés sur les montagnes; mais encore ne connaît-on aucun historien qui ait fait mention de pareils désastres survenus dans nos contrées.

Si nous ne craignions pas de nous écarter de notre sujet, nous prouverions au contraire que ces grands événemens n'ont eu lieu que dans des régions plus éloignées , telles que le Portugal, la Galabre , la Grèce, l'Asie Mineure, etc., et cela pour des raisons physiques dont le développement n'est pas de notre ressort.

Nous avouerons néanmoins que la température des eaux thermales , s'il faut en croire quelques historiens , a éprouvé des variations par l'effet de quelques secousses qui se sont fait sentir dans nos montagnes. Le père Kircher, auteur fort crédule, en rapporte plusieurs , mais sur la foi d'autrui , comme le prouve le passage suivant : : Hoc loco omittere » non possum, quae dum haeescribo, mihi re- » feruntur anno 1660, mense junio, quo ingens » terrœ motus inlestavit omnem illam Galliae » regionem , qua? se a Burdigalensi urbe ad » INarbonam extendit ; erat prope Bigornium » ingens et praecelsus nions , qui ferocientis » naturae vi ità absorptus dicitur, ut praeter

» lacum ingentem quem post se reliquit, nul- » lum ejus amplius. vestigium apparuerit; ad- > dunt districtum illum circa Pyraeneos montes » coinpluribus thermis fuisse refertissimum ; » in quibus unius post moritis ruinam , aqua- » priùs fervidissimae tantum frigus contraxerunl » ut proindè nemo amplius illis uti possit. » Kirçher, Mundus subterran. , tom. 1 , pag. 278.

On ne peut pas disconvenir que la nature opère ces grands bouleversemens dans le sein des montagnes les plus élevées. C'est dans leurs abîmes, en effet, qu'elle a caché ses grands ateliers. Les nombreux matériaux qu'elle emploie pour produire ses prodigieux effets, nécessitant un concours multiplié de circonstances , on conçoit qu'ils ne peuvent avoir lieu qu'à de grands intervalles. Le calorique l'attend en expansion , se communique à l'eau qui , elle-même, s'empreint de diverses substances peut-être en évaporation, ou que ces mêmes eaux, devenues thermales , dissolvent en les traversant. 11 doit même arriver parfois que la décomposition et l'expansion des élémens de l'eau sont une des causes puissantes qui donnent naissance aux phénomènes souterrains qui produisent des secousses ou des volcans. Les matériaux qui les alimentent en établissent la durée. D'ailleurs, si l'encombrement des anciens

thermes était dû à des éboulemens , à des ehutes de rochers, on aurait nécessairement trouvé ces pierres énormes, qui auraient déposé sur la cause des ruines. La nature des décombres déblayées jusqu'à ce jour ne permet d'accuser que le temps, et plus probablement encore le désastre des guerres qui précédèrent la chute de l'Empire d'Occident.

On sait que Crocus et ses Vandales, en /po , attirés par les richesses que renfermaient l'Auvergne et tous les pays depuis la Loire jusqu'aux Pyrénées , les couvrirent de décombres. Ces peuples sauvages, dont l'exemple fut bientôt suivi en 475 par Evarix et ses Goths, détruisirent avec une sorte de fureur tout ce qui pouvait être de quelque utilité.

Toutes les contrées, dit Sidoine Apollinaire, contemporain de la dernière irruption , qui furent le théâtre de leur invasion , éprouvèrent l'effet de leurs mœurs barbares. Partout les édifices remarquables furent détruits de fond en comble. La révolte de Gaifre, duc d'Aquitaine, contre Pépin, désola de nouveau, dans le huitième siècle , celte malheureuse contrée. Ces désastres furent suivis , dans le douzième siècle, par la guerre de Clovis , par celle de ses fils Thierri et Childebert, qui, tour à tour vaincus et vainqueurs , semblaient bien moins occupés,

dans cette guerre impie, de se mettre en possession des pays conquis , que de surpasser en fureur celle des barbares qui les avaient précédés.

Pour peu qu'on lise dans les historiens l'affreux détail qu'ils ont donné du délire des peuples dans ces siècles de profonde ignorance et de barbarie, on se convaincra aisément que ces temps d'horreurs et de destructions furent ceux où tous les monumens romains disparurent. Une sorte de frénésie s'était alors emparée, comme du temps des Croisades , de l'opinion des peuples. Ils éprouvaient un plaisir tout particulier de ne laisser subsister aucune trace de ce qui avait pu appartenir à leurs devanciers. Aussi est-ce à ces époques malheureuses que l'on peut appliquer, avec plus de vérité , ces expressions d'un célèbre écrivain du dernier siècle : les annales de chaque empire sont les annales des forfaits.

Il ne nous serait pas difficile de prouver que ce ne fut que pendant ces siècles d'horreurs , où l'humanité eut tant à gémir, que les monumens thermaux construits par les Romains dans les Gaules, furent détruits; mais cette discussion nous écarterait trop de notre sujet : nous ne devons pas y attacher plus d'importance qu'à celle dans laquelle nous chercherions à prouver

que d'anciens auteurs, historiensou naturalistes, en parlant d'eaux minérales chaudes , ont voulu désigner celle des Pyrénées. Les faits avérés déposent assez en faveur de la connaissance qu'avaient les Anciens, des eaux thermales dont nous traitons , ce qui suffit à notre objet.

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