CHAPITRE X
Influence des alimens et des boissons ordinaires.
Si partout pays l'influence des alimens sur la nature d'un traitement peut être la même , on conviendra, sans peine, que leur qualité, dans ces circonstances, est encore de la plus haute importance. Personne n'ignore que les viandes de boucherie, qur-le veau et le mouton sur-tout
sont excellons dans les contrées méridionales. Le poisson d'eau douce que l'on sert sur les tables de Bagnères,tels que la truite, ne le cède en rien aux poissons les plus recherchés ou les plus délicats. Nous ne parlerons pas du gibier nourri sur les montagnes , qui , ayant toujours été considéré comme le plus exquis de tous 3 ne pourrait être qu'un mets précieux , si les médecins n'étaient pas forcés de l'interdire, en général , aux malades.
Ce serait faire injure aux connaissances usuelles des personnes qui fréquentent nos eaux, que de vouloir leur apprendre que le jardinage, les légumes sur-tout, et les fruits, acquièrent dans le midi de la France une maturité , une saveur que la nature ne leur donne pas dans les contrées septentrionales. Sous ce rapport , comme sous celui des vins délicieux et de toute qualité, Bagnères-Bigorre est également bien pourvu. Les vins du midi de la France sont sans contredit les plus sains qu'il soit possible d'avoir. On peut facilement prescrire aux malades , aux convalescens , ceux qui peuvent leur convenir. Dans un traité d'eaux minérales qui n'intéresse que les personnes qui désirent se maintenir en bonne santé ou la réparer , il ne peut pas être permis de mentionner les esprits distillés , qui, comme le dit Haller avec
3og lanl de justesse , devraient être considérés comme des poisons plutôt que comme des breuvages.
Le thé et le café, boissons stimulantes qui empêchent le sommeil chez les personnes qui n'en font pas un usage habituel , ne peuvent pas convenir aux buveurs d'eaux minérales. Chacun sait que ces dernières passent d'autant plus facilement dansles voies digestives, qu'elles se trouvent dans un état plus favorable à la digestion (v). Or , plus les alimens sont succulens et de bonne qualité , moins il en faut pour la nutrition , mieux ils se digèrent, plus ils concourent au rétablissement de la santé. Un heureux climat , une saison favorable, un air salubre, un choix convenable de boissons, un exercice modéré, des distractions sagement ménagées suffisent le plus ordinairement, sans le secours d'aucun remède , pour obtenir la guérison de la plupart des maladies chroniques. Mais que ne doit pas obtenir l'influence de tous ces moyens hygiéniques, lorsqu'ils sont secondés par celle des eaux minérales réparatrices ! Sans doute que les alimens dont nous faisons usage, sont, en général, également sains, pourvu qu'ils soient digérés et qu'on ne les prenne pas avec excès. Néanmoins , il y i une différence matérielle entre eux dans leuï
relation avec l'estomac affaibli ou malade. Les facultés digcstives , clans l'état de santé, admettent une grande latitude. Plus le caractère d'une maladie est grave ou aigu , plus la nourriture doit être simple et prise en petite quantité.
En général, les substances solides., par la résistance qu'elles opposent aux facultés vitales , excitent de grandes angoisses , tandis que les mêmes matériaux, étendus dans l'eau et trèsdélayés, peuvent être employés avantageusement. L'attention la plus scrupuleuse sur la qualité et sur la quantité des aïimens, dans les buveurs d'eau minérale, est un devoir bien essentiel pour le médecin. Le manque de prudence, sur ce point, a trop souvent nui aux buveurs d'eau. La nature du régime est toujours fixée par celle de la maladie. Ce qui est commun à tout traitement est la tempérance. L'abtinence des mets recherchés et de haut goût , ceux qui sont les plus simples , le moins assaisonnés, conviennent à tous, (/est ici qu'il est nécessaire d'interdire les ragoûts , les épices , souvent les crudités, et plus souvent encore la trop grande variété des mets. Nous déplorerions le sort du malade qui, en venant aux eaux minérales, de quelque espèce qu'elles soient, ne serait pas convaincu que , sans la confinence la
plus absolue, il ne peut espérer aucun adoucissement à sa maladie. En proie à mille déairs immodérés, incertains sur ce qu'il faut faire et rechercher, n Dus sommes à chaque instant, et sur-tout dans les aberrations de nos organes , les tristes victimes de notre intempérance et de nos erreurs.
Observons néanmoins que ies appétits de l'homme malade sont quelquefois des guides infaillibles qui nous éclairent sur le choix des substances propres à nous nourrir, quand nous savons leur être fidèles. Ils peuvent fournir des indications curatives, et, sous ce rapport, ils deviennent pour un médecin observateur un sujet inépuisable d'étude et de méditation.
Hippocrate avait remarqué que si l'homme avait moins de penchant ci abuser de ses facultés, les moyens naturels suffiraient pour sa conservation et le dispenseraient de recourir à une médecine artificielle. Dans le cas où il serait nécessaire de prendre quelque conseil , chacun le recevrait des lumières de sa raison ou d'une expérience facile. .Mais la dépravation des mœurs, mais les erreurs, les préjugés répandus dans la société d'une manière si humiliante, en altérant les sentimens de l'homme , ont aussi perverti l'ordre des mouvemens naturels, et compliqué les maladies,
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