‹ Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales, des eaux minérales de Bagnères de BigorreChapitre 8 sur 103 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Température de Bagnères.

On sait que dans les contrées de montagnes la température est bien différente de celle des pays de plaines : la latitude ne saurait être d'un secours absolu pour en fixer le climat ; il tient presque toujours à des circonstances locales

qu'il faut connaître et apprécier. Ainsi, les montagnes arrêtent les vents , en changent la direction, les rendent en général plus froids, et souvent les chargent d'une plus ou moins grande quantité de neige et de grêle , qui vient fondre sur les campagnes voisines.

La physique moderne nous apprend que la pesanteur de l'air peut varier suivant qu'il est humide ou sec, chaud ou froid , mu vers tel ou tel point de l'horizon ; et cette variation dans le poids que notre corps soutient dans un temps plus que dans un autre, peut aller jusqu'à quatre mille livres. Cette énorme surcharge l'écraserait infailliblement , si l'air contenu dans la capacité du corps ne réagissait pas en raison de la pression opérée sur la surface par l'air extérieur. Cependant, malgré cette réaction , la diminution ou l'augmentation du poids de ce dernier doit entraîner des désordres bien sensibles, toutes les fois qu'elle arrive brusquement et sans observer aucune gradation.

Puisqu'il est prouvé aujourd'hui que le fluide atmosphérique est un composé de différens gaz, et qu'il ne contient qu'une petite portion qui puisse servir à la respiration, et par conséquent à la conservation de la vie des animaux , on conçoit aisément que la portion d'air vital , qui est le premier et le véritable aliment de la vie,

pabulum vitœ d'Hippocrate, peut être plus ou moins considérable dans une quantité donnée d'air atmosphérique , selon que celui-ci est plus ou moins pesant, plus ou moins souvent renouvelé par le mouvement, ou qu'il contracte des qualités malfaisantes, par le repos ou par des émanations qui s'élèvent des corps environnans. De -là la différence qui doit résulter des divers climats, celle des différentes dispositions , ainsi que celle des différentes saisons de l'année , relativement à l'air que nous respirons et qui vivifie sans cesse notre machine , en y réparant la chaleur animale et en la modifiant d'une foule de manières. On voit dès-lors que l'air atmosphérique peut être plus ou moins propre à notre conservation , à la prolongation de notre vie , au dérangement de notre santé à son rétablissement , non-seulement par la portion plus ou moins grande d'air vital qu'il contient , mais encore par la quantité de gaz étrangers ou délétères qui entre dans sa composition. Quant aux vents , qui ne sont que les différens mouvemens de l'air, il n'est pas inoins intéressant pour l'entretien de la vie et pour la guérison des maladies d'exister dans des climats où la nature des vents est la plus salubre. Or > nous ne tarderons pas à démontrer que ceux qui régnent le plus communément à Bagnères,

dans le cours de la saison des eaux, sont dans ce dernier cas.

Élevée d'environ cinq cent soixante -sept mètres au-dessus du niveau de la mer , ainsi que l'annoncent les observations barométriques; entourée de tous côtés, excepté du côté du nord , par de très-hautes collines , Bagnères doit avoir une température plus basse qu'une plaine qui reçoit de toutes parts les rayons du soleil.

L'été y est très-modéré. C'est un véritable printemps que la constance des lois de la nature paraît nous avoir assuré. A cette époque de l'année , on ne voit point les feuilles jaunir, l'herbe se dessécher; des fleurs, sans cessé renaissantes , ornent les prairies entrecoupées par une foule de ruisseaux limpides qui , sortant des montagnes , serpentent çà et là , et répandent dans l'atmosphère 3 durant la belle saison , une douce fraîcheur, alors si favorable à la santé. Leurs eaux salutaires déposent dans les campagnes une terre vierge , qui ne contribue pas peu à rendre cette belle contrée l'une des plus fertiles de toute la terre ; ce qui a donné lieu à Ramond d'appeler la belle vallée de Campan , la Tempe des Pyrénées. Le domaine de l'automne s'y prolonge fort tard , et ce n'est que vers la fin de décembre que commence l'hiver. 11 est ordinairement pluvieux , ainsi que la plus

grande partie du printemps. La plus belle saison commence vers la fin de mai et se continue très-avant dans l'automne. C'est aussi celle que l'on a choisie pour faire usage des eaux , et celle sur laquelle nous nous appesantirons davantage. Comme la campagne qui l'entoure , Bagnères est traversé , dans chacune de ses rues , par un ruisseau limpide qui entretient sa propreté et répand autour de cette ville une température agréable. L'humidité qui doit en résulter durant la saison d'été, modère la chaleur lorsqu'elle devient trop forte. S'il y pleut assez souvent , un rayon de soleil suffit pour ramener la sécheresse dans les champs comme dans la ville. Ces alternatives de temps, en empêchant les effets d'une chaleur parfois trop prolongée ailleurs , contribuent à l'entretien d'une continuelle végétation. On les voit souvent varier dans un même jour jusques à douze ou quinze degrés. Elles seraient beaucoup plus funestes que l'humidité, surtout au sortir des bains thermaux , si les médecins de Bagnères , toujours attentifs à ces changemens , ne faisaient pas conduire les malades dans des chaises bien fermées , en leur permettant , toutefois , un exercice salutaire , lorsque la température extérieure n'offre pas un aussi grand contraste avec celle des bains , et lorsque le soleil , qui vivifie tous les objets , rend à l'imagination tout son essor , en même

temps qu'il pénètre le corps d'une chaleur bienfaisante.

La saison des bains s'ouvre au commencement de juin , -et les malades séjournent ordinairement à Bagnères jusque vers la moitié d'octobre.

Dans les observations météorologiques , on pourra remarquer aisément que le mois de juin offre de grandes variations , et dans la température et dans la direction des vents. Cependant ce sont ceux de nord-ouest et de sud-est qui dominent. Ce dernier est sec. Le vent de nord-ouest , au contraire , n'arrive à Bagnères que chargé des vapeurs de l'Océan , et y cause des pluies assez abondantes; il en est de même du sud-ouest , qui , bien qu'il ait épuisé sa violence sur les pies élevés des Pyrénées , qu'il a dépouillés , avec le temps , de la terre végétale qui les revêtait , ne laisse pas d'être encore redoutable dans la fertile vallée de Campan. Dans ce mois, il gèle quelquefois pendant la nuit , ensorte qu'il peut être comparé au mois de mars dans les parties centrales de la France; ce qui tient à ce que l'hiver ayant commencé lort tard , le printemps est aussi fort retardé.

Le mois de juillet se présente avec une température plus constante , un ciel plus pur ; et à l'exception de quelques orages, ce mois est ici

\c plus beau de l'année. Toute la nature y est enrichie de sa plus belle parure. Les vents de sud-est et de nord-est qui régnent alors , y entretiennent une chaleur moyenne de 17 à 18 degrés, la plus favorable peut-être à la santé, en même temps qu'elle est la plus agréable.

Le mois d'août est le plus chaud de toute la belle saison. Cependant le thermomètre ne marque jamais plus de vingt-six à vingt-sept degrés , ce qui est bien loin d'être une température aussi forte que celle des plaines.

Des orages assez fréquens annoncent, au mois de septembre, que le soleil s'éloigne déjà de nos climats ; les vents de sud-ouest et de nord-ouest commencent à dominer , et nous avons vu que c'étaient eux qui amenaient les brouillards et les orages; cependant il existe encore des beaux jours qui retiennent le voyageur, comme malgré lui , dans ce lieu de délices.

L'air, exempt d'émanations malfaisantes, offre toujours une pureté remarquable. Le ciel est d'un bleu azur qui réjouit la vue. Il est des semaines entières où sa transparence permet de voir, à travers une bonne lunette , des objets fort éloignés.

S'il devient inutile de rappeler ce que nous avons dit , au commencement de nos observations météorologiques, sur les qualités des deux vents du nord et du sud , par rapport à l'éco-

nomie animale, il no l'est pas moins, sans doute, d'observer qu'Hippocrate et Aristote avaient déjà constaté que les autres vents devaient être considérés comme appartenant à l'un ou à l'autre de ces deux vents principaux , suivant qu'ils participent aux qualités de l'un ou de l'autre.

Par exemple , les vents occidentaux , je veux dire tous ceux inclusivement qui soufflent entre le coucher d'hiver et le coucher d'été du soleil , sont censés appartenir aux vents du Nord; comme les vents orientaux , placés entre le lever d'hiver et celui d'été , sont désignés par le nom générique de vents du Sud.

Comme partout ailleurs, les plus grandes variations de l'atmosphère arrivent à Bagnères pendant les quatre époques qu'on est convenu d'appeler les solstices et les équinoxes; mais surtout pendant le solstice d'été et pendant l'équinoxe d'automne. Il est facile de se convaincre , par nos observations météorologiques , que les changemens qui surviennent à ces deux dernières époques sont moins sensibles dans notre contrée, à cause de sa belle exposition par rapport aux vents et au soleil.

Il sera facile de conclure qu'une température aussi modérée, aussi avantageuse que celle de Bagnères, ne peut être que très-salubre. L'air qu'on respire dans nos montagnes, comme celui

de la Vallée, est d'une pureté rare : aussi, l'homme, eomme nous avons déjà eu occasion de l'observer , y vit-il en général long-temps. Il n'y a jamais de maladies endémiques.

Air suave, air divin, et dont l'heureux pouvoir l'eut calmer tous les maux , tous, hors le désespoir.

Frag. d'un Voyage senlim. et pilt. Tom. Vil.

De toutes les observations météorologiques faites principalement pendant les années 1821, 1822, 1825 , j'ai établi les moyennes suivantes , qui seules peuvent intéresser les buveurs de nos eaux :

Température moyenne. — Variation à 5 heures après midi, dans le même jour.

Juin. . . . i5° 5° . . . 190 Maxima.

Juillet. . . 170 5/6 . . . i3°

Août. . . . 190 12° 1/2.

Septembre. 170 i3°

Température moyenne de

la belle saison 14° 7-

Moyenne de toutes les observations

barométriques. . . 26p 21 3/4, ou 71001111. Hauteur de Bagnères , calculée

d'après cette mesure Sôy™ i8m.

Ces faits , qui établissent la nature du climat de Bagnères , déposent qu'il est , sans contredit , un des plus favorables a la longévité que nous

9° offre la France. Vérité que nous nous plaisons à répéter , tant elle est fondée en raison.

La question de savoir quels sont les climats où l'on jouit d'une plus longue vie, a été de tout temps débattue par les philosophes et par les naturalistes , et les sentimens en ont été fort partagés. Au rapport de Bodin (1), Aristote pensait qu'on vivait plus long-temps dans les pays méridionaux ; Pline , au contraire , attribuait la longévité aux habitans des contrées septentrionales , et Galien , à ceux des régions moyennes , qu'il plaçait dans l'Asie mineure, sa patrie. Bodin , lui-même , quoiqu'il penche pour l'opinion de Pline , qui paraît avoir aussi été celle d'Hippocrate , ajoute cependant que toutes les relations des écrivains anciens et modernes s'accordent à regarder les pays méridionaux comme les plus favorables à la prolongation de l'existence. Hérodote parle des Éthiopiens comme d'un peuple frugal , et qui poussait sa carrière jusqu'à cent-vingt ans (2). Pour résoudre cette question à posteriori , il nous faudrait plus d'observations que nous n'en avons , et qu'il est presque impossible d'avoir , par rapport à certains peuples. Il faudrait que ces observations fussent faites sur

(1) Method. .id facil. hisi . cognit. , cap. 5 , p. iô/j. Arist. , de longitud. cl brevit. vitac, cap. 1 et 5.

(2) Herod. , ]ib. III , cap. 22 et 23.

l'âge commun des individus qui composent une nation , abstraction faite de tous les exemples d'une longévité extraordinaire , et qu'on eût égard à toutes les circonstances qui peuvent influer sur la durée de la vie d'un peuple , telles que sa manière de vivre, ses mœurs, ses passions , le plus ou moins de progrès dans la civilisation , etc. Il est de fait que la plupart de ceux qui ont atteint un âge très-avancé ont aussi été très-sobres , qu'ils ont vécu à la campagne , ou que , s'ils ont habité les villes , ils y ont mené une vie contemplative et exempte de toute espèce de soucis. Il est encore de fait que , dans les grandes villes , où le luxe et les passions qui l'accompagnent agitent sans cesse lame , en même temps qu'ils affaiblissent le corps, où les lumières même des sciences et les plaisirs des beaux-arts contribuent puissamment à énerver le physique de l'homme , on vit beaucoup moins que dans les campagnes. Suivant les calculs de Price , dans les grandes villes, il meurt , année commune, i sur 19 ou 20 habitans , et dans les petites 1 sur 28. Au lieu que , dans la campagne , il n'en meurt que 1 sur 4o ou 5o (1). Cet avantage des cam-

(1) Comment, de rébus in scient, nat. et me die geslis, v. xxm . P.- 4^0.

pagnards sur les habitans des villes tient , sans doute , non-seulement au meilleur air qu'on respire à la campagne , mais encore à la vie plus sobre , plus réglée et moins agitée , qu'on y mène. C'est aux mêmes causes qu'il faut attribuer la longévité des anciens anachorètes.

Quoi qu'il en soit , il semble que , toutes choses égales d'ailleurs , les expositions froides et boréales sont les plus propres à prolonger la vie bien au-delà du terme ordinaire ; et ces expositions peuvent se rencontrer dans toutes les latitudes possibles. Quant à l'Europe , c'est la Suède , le Danemarck , le nord de l'Angleterre , l'Irlande , et les montagnes , ou terres élevées et froides des Pyrénées , de la Suisse , du Montd'Or , qui ont de tout temps fourni le plus grand nombre d'exemples d'une longévité extraordinaire.

Comme il est aisé de s'en convaincre par nos observations météorologiques , la nature des vents qui régnent dans la contrée de Bagnères , et qui en constituent la température ordinaire durant la saison des eaux , y assurent une température moyenne fraîche , qui modère fortement l'excès de chaleur existant dans les étés ordinaires du Midi , et qui contribue puissamment, ainsi que nous l'avons démontré, à favoriser l'efficacité de l'usage des eaux thermales

Observations Météokolociques, Juin 1821,

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Observations Météorologiques, Juillet 1821.

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