CHAPITRE III
Obstruction du foie 3 de la rate , etc. , etc.
Boerrhaave disait que sur cent maladies chroniques il y en avait à peine une seule dans laquelle le foie ne fût pas affecté. Si ce calcul est, sans contredit, exagéré, il faut convenir que ce viscère a , dans l'économie animale, des usages si multipliés , si importans , quoique moins nombreux que les anciens le croyaient , qu'il souffre dans plusieurs maladies aiguës, ce qui ne contribue pas peu à donner naissance aux dérangemens fréquens qu'il éprouve.
On ne sera pas surpris que le foie soit trèssujet aux obstructions , si l'on considère qu'il est, de tous les viscères, celui dont la substance est la plus compacte ; qu'il est pourvu de beaucoup moins d'artères que de veines relativement à son volume; qu'il a beaucoup de glandes et de vaisseaux lymphatiques, et des canaux biliaires qui sont innombrables, petits, contournés , entrelacés d'un million de manières , dans lesquels doivent circuler des humeurs , des liquides différens, en des directions différentes ; qu'il est pourvu d'une grande quantité de tissu cellulaire , qui entre dans la formation de ses vaisseaux , qui les entoure et qui remplit leurs interstices ; qu'enfin cet organe est un des moins irritables et des moins sensibles , ayant très-peu de nerfs proportionnellement à sa masse.
Toutes ces considérations suffisent pour convaincre que les embarras , les empâtemens, les obstructions doivent être fort communs dans le foie. Ces divers dérangemens le seraient , sans doute, bien davantage , si la nature n'avait pas donné aux troncs et aux rameaux de la veine porte , qui parcourent ce viscère, une tunique musculaire à-peu-près semblable à celle dont les artères sont pourvues, et si le foie n'était pas continuellement en mouvement par l'action du
35o diaphragme auquel il adhère, descendant avec lui dans la cavité abdominale pendant l'inspiration, et montant aussi avec lui dans la poitrine pendant l'expiration.
Sous les noms d'embarras ., d! 'empâtement 3 d'engorgement , on désigne une intumescence contre nature d'un organe , et l'on connaît , sous le nom d'obstruction , une intumescence plus considérable , plus ou moins dure , et qui paraît circonscrite.
Les engorgemens et les obstructions peuvent résider dans les glandes et dans leurs canaux excréteurs, dans les vaisseaux lymphatiques et sanguins, et sur-tout dans le tissu cellulaire.
On sait qu'on ne peut pas toujours bien juger les obstructions des viscères du bas-ventre ; elles sont néanmoins mieux connues que celles renfermées dans les autres cavités. Le toucher peut bien donner quelques lumières sur les premières, quand elles sont un peu considérables et que leurs symptômes sont mieux prononcés. Combien de fois cependant n'en existe-t-il pas dans lu bas-ventre , dans le mésentère , et dans le foie en particulier, sans qu'on puisse bien reconnaître leur existence, par le toucher sur-tout 1 Etenim vitium sœpè in i.psis xisceribus hœret, quodtactu , nec visupercipitur. Ballonius , Consil, med. , t. II , p. 56; et plus bas, ce
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grand médecin ajoute : Hepar non desinit rnali haberi, ctsi nihil foras apparent.
Nous l'avons déjà dit , il y a peu de maladies rhroniques, de fièvres, de troubles dans les digestions , de coliques, de flatuosités , de jaunisses, de vomissemens , de diarrhées , de mœléna , d'œdématies et d'hydropisies , qu'il n'y ait des engorgemens dans les viscères du basventre en général, et dans le foie en particulier.