CHAPITRE YI
Pronostic des maladies chroniques du foie.
Les obstructions du foie, selon leur diverse nature, leur ancienneté, leur volume, leur dureté, leur indolence et leur sensibilité, ont des terminaisons plus ou moins salutaires ou fâcheuses.
On conçoit que des obstructions légères, peu anciennes, se guérissent, en général, beaucoup plus facilement par les eaux minérales que celles qui sont dans un cas contraire. Encore convient-il d'avoir égard à la nature des humeurs qui les constituent ou qui les forment.
Les bilieuses simples sont les moins dangereuses et sont plus susceptibles d être guéries que les autres; comme elles se compliquent souvent avec des engorgemens sanguins ou lymphatiques , elles sont alors plus dangereuses, pouvant finir plus ou moins vite par la suppuration ou par l'hydropisie , par la fièvre lente, le marasme, par une véritable phthisie du foie.
Les obstructions lymphatiques de cet organe étant formées de diverses substances, sont susceptibles de terminaisons plus ou moins dange
reuses. 11 faut donc se hâter d'avoir recours à un traitement par les eaux minérales avant que les symptômes fâcheux se soient développés.
C'est en vain qu'on y aurait recours s'il y a des glandes lymphatiques tuméfiées au cou ou aux aisselles; les scrophules trop anciennes ne sont pas guéries par les eauxdeBagnères. Si le malade est dans un état d'amaigrissement; s'il aune fébricule, sur-tout avec redoublement le soir ; si le dévoiement , la jaunisse sont intenses ; s'il y a de la diminution dans la quantité journalière des urines, de la disposition à l'œdématie, à la tympanite ; si la respiration est difficile ; s'il y a de la toux, de la douleur à la poitrine, aux hypocondres; si la maladie est consécutive à quelques congestions scrophuleuses externes; si l'inflammation du foie existe , alors il peut survenir dans ces viscères des suppurations ou des indurations plus ou moins fortes , de la nature des squirrhes , ou des endurcissemens plus ou moins considérables dans les membranes, endurcissemens qui peuvent donner lieu dans la suite à des ramollissemens, à des suppurations, ou bien à un excès de dureté permanente du foie, d'où résultent d'autres maux consécutifs.
Comme les obstructions du foie sont une cause fréquente des fièvres , elles peuvent aussi en être un effet. Ainsi, l'on voit à la suite de
celles qui sont continues, rémittentes ou intermittentes , se former des embarras dans le foie, qui ramènent ou produisent des fièvres de la même nature , ou d'autres plus graves. Souvent, quand on croit des fièvres intermittentes guéries , elles peuvent finir par la fièvre lente annonçant la suppuration de l'organe malade. C'est alors que les eaux minérales, de quelque nature qu'elles soient, ne seraient d'aucune utilité , pour ne pas dire qu'elles seraient au contraire nuisibles.
L'état du pouls, dans le pronostic, ne doit pas être négligé. Dans les affections du foie, il est, en général, dur, fréquent, serré, irrégulier, lorsqu'il y a de la douleur; dans le cas contraire , il est souvent plus lent, plus mou que dans l'état de nature ou de santé. Il l'^st encore bien davantage lorsque la suppuration est formée , à moins que d'autres foyers venant à se produire, le pouls ne reprenne encore une partie de sa dureté et de sa fréquence pendant le temps de leur suppuration.
Comme il ne peut pas entrer dans notre plan de traiter à fond des nombreuses maladies chroniques du foie, de celles de la vésicule du fiel et du canal cholédoque, nous n'entrerons pas dans de plus grands détails sur leur pronostic.