‹ Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales, des eaux minérales de Bagnères de BigorreChapitre 82 sur 103 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Symptômes généraux des affections chroniques du foie.

Les obstructions du foie s'annoncent ordinairement par une douleur dans la région épigastrique, d'abord très-légère; plutôt quelquefois par une simple gêne , par un sentiment de rétraction., de poids, avec une légère difficulté de respirer et un peu de faiblesse, que par une véritable douleur. Dans la suite, elle devient plus vive, et finit par être presque constante, augmentant avant le repas, et quelquefois diminuant lorsque le malade a commencé à manger; mais revenant encore pendant le travail de la digestion , sur-tout si la quantité d'alimens que le malade a pris a été considérable, ou s'ils sont de difficile digestion.

Cette douleur augmente facilement par la plus légère pression de la région épigastrique , et elle se propage plus ou moins dans l'hypocondre droit; elle paraît souvent d'abord résider sous la peau, et devenir ensuite plus ou moins profonde , comme si l'on touchait une meurtrissure : ce serait à tort que ces douleurs se rapporteraient à l'estomac, qui, dans ces cas, ne souffre que d'une manière consécutive.

Souvent , lorsqu'il y a des obstructions dans le foie, en touchant les malades sous la dernière fausse côte droite, latéralement et un peu postérieurement, on excite une douleur qui se propage jusque dans la région épigastrique. Quelquefois , cependant , cette douleur ne se fait point ressentir au toucher, le siège delà maladie étant plus profond, et, malgré cela , le malade souffre dès qu'il a pris quelque alimens , ou pendant le repas , ou peu de temps après , ce qui doit être pris en grande considération. Ce n'est donc pas au toucher seulement qu'il faut s'en rapporter , mais aux symptômes les mieux reconnus des obstructions.

En général, la douleur dans la région épigastrique augmente pendant l'inspiration , ce qui fait, quelquefois, que le malade tâche, pour l'éviter ou la diminuer , de retenir son haleine ,

et ne fait que de très-petites inspirations. Il se plaint souvent que cette douleur se propage du milieu de la région épigastrique vers l'hypocondre droit, sous les vraies côtes. Cependant elle cesse quelquefois , lorsque la digestion est avancée ou finie , sans doute parce que l'estomac est alors moins plein d'alimens, ou parce que son action pour la digestion est diminuée ou suspendue. Mais cette douleur a des récidives , revenant quelquefois après les repas, soit que le malade marche , soit qu'il monte un escalier, ou qu'il fasse quelque mouvement pour se baisser, se relever, ou pour soulever un fardeau , quelque léger qu'il soit.

Il est des circonstances où les malades se plaignent d'une douleur gravative , comme s'ils avaient un poids sur l'estomac , raison encore qui les porte à croire que la lésion a son siège dans ce viscère ; ce qui les détourne de la pensée qu'ils devraient avoir , que le mal réside dans le foie.

Ordinairement ces malades éprouvent une soif plus ou moins importune, et ils aiment à prendre de légères boissons acidulés , en même temps qu'ils ont une grande inappétence, du dégoût, sur -tout pour les alimens solides, et une aversion pour ceux qui sont ou gras ou préparés au beurre. Leur langue est plus ou moins chargée , et souvent recouverte d'une

5f>7 raie blanchâtre ou jaunâtre qui règne le long de la ligne médiane , quoique ses bords et sa pointe soient assez rouges ; la voûte du palais est quelquefois très-jaune.

11 n'y a point de fièvre dans les premiers temps des obstructions du foie , et dans quelques-unes d'elles elle ne survient que lorsque le mal est devenu grave. Cependant il y a quelquefois une fièvre lente, si peu prononcée, qu'on pourrait la méconnaître. Souvent, avant que le médecin l'ait reconnue, le malade éprouve , pendant quelque temps , de la chaleur aux paumes des mains, à la tête, aux pieds, aux joues, avec rougeur remarquable aux pommettes ; cette chaleur augmente après le repas et pendant la nuit; elle devient à la fin habituelle, constante et sans aucune interruption, acre, avec une grande sécheresse dans la peau et avec redoublement de la fièvre dans 3a journée , et sur-tout dans les soirées et pendant la nuit.

La couleur du visage change quelquefois dès le commencement de la maladie. On y voit des taches d'un jaune plus ou moins foncé , plus ou moins étendues, d'abord autour des paupières et des lèvres, souvent bornées à leurs commissures ; quelquefois , cependant , la décoloration de la peau en jaune s'observe au commencement de la maladie, soit au cou et à

la paume des mains, soit à la partie antérieure et supérieure de la poitrine ; enfin elle a lieu dans toute l'habitude de la peau , au point qu'en plus ou moins de temps , selon l'intensité de la maladie, il y a chez divers sujets une jaunisse plus ou moins intense, telle, quelquefois , que la peau est plutôt verte ou noire que jaune.

Il y a néanmoins des obstructions du foie, et de très-considérables, sans qu'il y ait aucune apparence de jaunisse ; mais, sans doute, qu'il n'y a alors ni compression, ni resserrement des vaisseaux biliaires, que la bile n'est pas troublée dans son cours du foie dans l'intestin duodénum , ou du moins que sa nature n'est pas altérée. Cependant, rarement alors, le visage conserve-t-il sa couleur naturelle ; et si quelques maladies ont précédé, qui puissent faire craindre que le foie ne soit affecté, on a la certitude qu'il l'est réellement par ce seul changement de teint. C'est ce qui avait fait dire à Fernel (Pathol., lib. V, cap. V , p. 494» édft. in-fol. ) JZx faciei, autem , colore 3 habita corporis et morbis antegressis , obstructionis causam agnoveris. Les urines , qui avaient d'abord paru plus claires que dans l'état naturel , deviennent d'un rouge plus ou moins foncé, au point d'être noires. 11 s'y fait en peu de temps un dépôt bri-

35$ quelé ; leur couleur devient d'un jaune foncé à proportion que les selles sont grisâtres et que la jaunisse prend plus d'intensité.

La transpiration est diminuée, la peau devient sèche, et il transsude des aisselles, des aines , des paumes des mains et de la plante des pieds , une matière visqueuse et d'un jaune plus ou moins intense , souvent même avant que la jaunisse survienne ou sans qu'elle se manifeste sur l'habitude du corps.

Les malades, en outre, ressentent quelquefois des démangeaisons à la peau , démangeaisons qui les incommodent plus ou moins. Souvent la peau se couvre d'éruptions dartreuses ou d'autre nature; caries maladies de la peau ont fréquemment pour cause l'engorgement du foie, ce qui est démontré par les ouvertures des corps et par le succès des traitemens prescrits par les praticiens , d'après cette indication ; je veux dire quand on a ordonné, contre les ma ladies de la peau, les remèdes propres à rétablir le cours de la bile.

Les vents, et quelquefois la colique, tourmentent ceux qui ont quelque obstruction du foie. 11 est des malades dont le ventre , dans ce cas, se distend comme une outre après le plus léger repas, et s'affaisse quelques heures après. Une évacuation bilieuse les a quelquefois gué-

ris. D'autres fois, le bas-ventre devient momentanément très -dur par la collection de l'air dans quelques réduits des intestins ; quelquefois même ces tumeurs aériennes sont si dures, qu'on les a prises pour des obstructions de toute autre nature. Leur prompte disparition , sans aucune évacuation notable, a bien prouvé que cette intumescence était seulement aérienne , provenant quelquefois de la simple contraction convulsive d'une portion du canal intestinal.

Ceux qui ont des engorgemens dans le foie éprouvent souvent une constipation opiniâtre, et vont aussi quelquefois subitement et fréquemment à la garde-robe.

Les hémorroïdes sont une suite fréquente des embarras du foie ; elles deviennent quelquefois si considérables, qu'elles ne se bornent pas à la marge de l'anus , mais qu'elles occupent une grande partie de l'intestin rectum ; elles se prolongent même souvent plus haut dans le colon. Il suffît de connaître la circulation du sang dans la veine-porte , et de considérer la situation de cette veine dans le foie , pour comprendre combien doivent être fréquentes les hémorroïdes chez ceux qui ont des obstructions dans ce viscère. C'est à cette même cause qu'il faut rapporter les matières noires fuligi-

36 1 neuses ou sanguinolentes que rendent, quelquefois par la bouche et par les selles les malades qui ont de pareilles hémorroïdes , ou même qui n'en ont pas , mais qui ont des obstructions au foie. Cette même cause fait que les veines des parties extérieures des jambes et des pieds se gonflent et deviennent quelquefois variqueuses,

Galien comptait, parmi les signes de l'engorgement du foie, le saignement du nez, et particulièrement celui de la narine droite ; il disait, de plus, avoir remarqué que ces malades avaient assez habituellement de la rougeur sur la peau qui revêt la partie droite du dos du nez.

Souvent ceux qui ont quelque embarras du foie éprouvent une toux sèche et fréquente dès qu'ils prennent quelques alimens, ou lorsque la digestion est complètement finie ; fréquemment , le matin , lorsqu'ils s'éveillent , la toux augmente en intensité et en fréquence, à proportion que la maladie fait des progrès.

11 survient aussi, et fréquemment, une difficulté de respirer. Plusieurs asthmes ont été attribués à cette cause , avec douleur à la poitrine , sur-tout pendant l'inspiration , douleur qui pourrait donner lieu à des erreurs sur le siège de cette maladie, au point de le faire croire dans les poumons quoiqu'il réside essentiellement dans le foie.

La respiration est sur-tout laborieuse lorsque îe malade se couche sur le côté gauche.

Soit par le dérangement des digestions , soit par d'autres causes , le malade maigrit de jour en jour , et sa maigreur augmente enfin tellement, qu'il tombe dans une espèce d'atrophie ; l'amaigrissement paraîtrait même quelquefois davantage , s'il ne survenait de l'œdématie.

En même temps que les urines diminuent, ainsi que la transpiration , l'anasarque se forme dans le scrotum et dans les extrémités, et finit très-souvent par un épanchement mortel dans l'une des cavités. Fréquemment cet épanchement se fait dans le bas-ventre . quelquefois dans la poitrine seulement ou dans la tête. 11 est des cas où il a lieu dans les trois cavités.

La nature de l'engorgement du foie étant diverse , il est des malades chez lesquels l'inflammation survient avec des symptômes si obscurs, qu'on ne la reconnaît bien qu'après la mort , par l'ouverture du corps.

La cessation des douleurs avec diminution delà fièvre, des faiblesses , des syncopes, annoncent la gangrène.

Chez d'autres malades, la matière de l'engorgement n'étant nullement disposée à tourner à la suppuration, l'induration du foie augmente de plus en plus . et ce viscère devient squir-

rheux : souvent on peut reconnaître cette altération au toucher du bas-ventre , sous le bord même de l'hypoeondre droit , le foie faisant alors , en cet endroit , une saillie plus ou moins dure , rénitente et étendue , qui se propage parfois dans les régions épigastrique , ombilicale et rénale droite. De tels malades peuvent vivre long-temps sans que la suppuration ou la gangrène surviennent , sur-tout lorsqu'il y a un vice scrophuleux.

Les symptômes des obstructions du foie, ou des abcès qui en sont la suite, n'étant pas toujours assez prononcés pour fixer les médecins sur le vrai siège de ces lésions , ils ont cru utile de chercher à ce sujet des lumières par le toucher du bas-ventre.

La vésicule du fiel , pour peu qu'elle soit dilatée , peut aussi lui être soumise, au point même de faire quelquefois couler la bile dans les intestins par la plus légère compression.

Si nous sommes entrés dans des détatls un peu étendus , sous le rapport des symptômes qui caractérisent les affections chroniques du foie , c'est que ces maladies sont les principales pour lesquelles les eaux salines de Bagnères sont employées, et qu'elles ne peuvent les guérir que lorsqu'il est encore temps. Ce que nous avions à faire connaître.

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