CHAPITRE XI
Obstructions séreuses.
Des observations nombreuses consignées dans les ouvrages de Bonnet , de Morgagni, de Haller, de Lieutaud, attestent que lesengorgemens du foie peuvent provenir de la stagnation de la matière muqueuse ou séreuse dans les membranes ou dans la propre substance de ce viscère , qu'il est quelquefois très-grossidans toutr son étendue, tandis que, dans d'autres circons-
>99 tances, il ne l'est que clans quelques-unes de ces parties ; et puisque , d'autre part, on a souvent trouvé des hydatides , des tumeurs enkystées dans le foie , on ne peut pas nier l'existence de ce genre d'obstruction.
Des douleurs dans la région du foie, des nausées, des vomissemens , des diarrhées, parfois la jaunisse , un certain tempérament lymphatique, peuvent signaler ce genre d'obstruction. Nous avons pu le soupçonner dans plusieurs malades qui nous ont été adressés. Deux d'entre eux ont succombé quelques mois après leur retour dans leur pays natal. Un troisième, dont nous citerons l'observation, fut guéri dans l'espace de trois mois de traitement, d'abord par les eaux salines, puis par celui des eaux ferrugineuses. Comme on va s'en convaincre , les moyens hygiéniques ne contribuèrent sans doute pas peu «à la guérison du sujet.
Observation. — Une demoiselle de Paris , âgée de trente-six ans , éprouva une suspension de règles qui dura plusieurs mois ; elle avait un tempérament phlegmatique , lâche et disposé à l'œdème. Diverses incommodités se succédèrent : les digestions se dérangèrent , le dévoiementla fatiguait souvent ; des lassitudes, des douleurs vagues, parfois des vomissemensla tour-
méritèrent long-temps. Son teint devint jaune. Les douleurs parurent se fixer dans l'hypocondre droitet se prolonger du côté de l'estomac. La malade maigrit et fut presque habituellement privée du sommeil. Un état de langueur générale s'était emparé d'elle depuis plusieurs mois; la respiration était devenue difficile. La malade, après avoir subi plusieurs traitemens peu efficaces , nous fut adressée à Bagnères l'année 1824. A son arrivée , nous lui trouvâmes les extrémités inférieures légèrement œdématiées , la respiration difficile , la douleur de l'hypocondre droit constante. La diarrhée avait cessé durant le voyage. En explorant le ventre, je tâchai de découvrir le siège delà maladie. La matrice ne m'offrit aucun phénomène remarquable , la région épigastrique était très-tuméfiée et inégale , l'hypocondre droit paraissait soulevé par l'épaisseur., ou mieux par l'intumescence du foie , la sensibilité de ses parties n'était pas grande ; le pouls de la malade était dur , serré et fréquent. Elle me raconta qu'on avait essayé en vain de faire revenir ses règles., qu'on lui avait appliqué plusieurs fois des sangsues au fondement , qu'elle avait fait usage des apéritifs savonneux , des cataplasmes émoiliens sur l'estomac, de l'emplâtre de ciguë, etc. Dès le lendemain de son arrivée , elle prit deux
/|Oi Verres de l'eau de Salut. L'estomac les ayantbien digérés , nous lui eu fîmes prendre trois le lendemain. La dose fut ensuite portée jusqu'à six verres durant un mois ; seulement nous y ajoutâmes, une fois par semaine, deux gros de magnésie. Les bains tempérés tous les deux jours , l'exercice à pied et à cheval furent mis en usage , de même que les douches , durant six minutes, dirigées sur l'hypocondre droit. Dès le dixième jour les digestions devinrent meilleures, l'appétit se manifesta, on ne vit plus reparaître le dévoiemeut. Des hémorroïdes se manifestèrent le vingt- quatrième jour du traitement; les selles devinrent aussi très-fréquentes , la malade en comptait deux et trois par jour; les urines sur-tout devinrent abondantes ; la douleur diminua peu-à-peu avec l'intumescence du foie, que nous explorions de temps en temps , et dont le gonflement nous paraissait diminuer à vue d'œil et au toucher. Enfin , après avoir continué cette méthode de traitement durant deux mois , après avoir fait appliquer six autres sangsues pour soulager les vaisseaux hémorroïdaux , convaincu que la malade avait récupéré une grande partie de ses forces , que le foie était rentré dans sa sphère ordinaire, que les fonctions digestives s'étaient toutes régularisées ; le teint s'étant élairci , les
forces étant réparées , l'œdème des extrémités inférieures ayant aussi disparu , nous la mîmes à l'usage des eaux ferrugineuses à la dose de six verres par jour. Les bains chauds furent continués tous les deux jours. Trois semaines suffirent pour raffermir si bien les organes souffrans de cette intéressante malade , qu'elle fut à même de retourner dans la capitale pour faire jouir sa famille de son parfait retour à la santé. Nous eûmes la satisfaction de la revoir Tannée suivante pour se soumettre encore au régime des eaux dont elle avait éprouvé un si grand avantage. Sa santé ne fit que se raffermir de plus en plus.
Réflexions. Pour peu que l'on fasse des rapprochemens sur l'ensemble de cette observation et sur les phénomènes qui accompagnent les engorgemens muqueux ou séreux du foie , on se convaincra facilement que la demoiselle qui en est le sujet, avait un engorgement de cette dernière nature , engorgement qui fut guéri par l'usage des eaux de Bagnères : certes, ce n'est pas l'obstruction la plus facile à détruire.