CHAPITRE X
Obstructions gélatineuses du Foie.
Parmi les espèces d'obstructions dont le système hépathique peut être atteint , et dont on peut espérer d'obtenir la guérison par l'usage des eaux thermales de Bagnères, nous pouvons , sans contredit , ranger celles qui sont caractérisées par des congestions gélatineuses. Glisson, Bianchi , Lancisi , ont suffisamment établi^ par l'ouverture des cadavres^ l'existence de ces sortes de congestions dans le foie. Quoique nous ne puissions fournir qu'une observation de guérison , que nous sommes fondé à considérer comme produite par cette cause , elle suffira, sans doute, pour admettre que les eaux thermales peuvent parfois avoir des succès sur elle , succès que l'on obtiendrait peut-être difficilement par d'autres remèdes; ce que la raison médicale doit avouer.
Ire. Observation. — M. D. , négociant de Paris, âgé de cinquante-quatre ans, d'un tempérament bilieux sanguin , avait joui d'une fort bonne santé durant toute sa vie. Depuis cinq ans il lui était survenu plusieurs loupes à
la tète ., qui, dans l'espace de trois ans , acquirent nn développement tel, qu'il crut devoir se les faire extirper, sans trop de préparation, parce que toutes ses fondions se faisaient selon ses désirs. Environ un mois après l'opération , il commença à éprouverun mal-aise dans la région du foie. Une douleur gravative le tourmentant, il s'adressa à un médecin qui lui fit appliquer des sangsues et lui fit suivre un régime approprié. La douleur, qui avait d'abord paru se calmer, se renouvela ; l'appétit se perdit , la langue devint parfois épaisse, les digestions furent laborieuses, la constipation opiniâtre, les urines peu colorées. On le fit aller à la campagne et on le mit à un régime végétal. Les eaux minérales artificielles salines furent employées de même que les bains. Le malade ne se trouvant pas mieux, on lui conseilla les eaux de Bagnères plutôt que celles de Vichy, à cause de lalongueur du voyage, dont on espérait tirer un plus grand avantage. Arrivé aux Pyrénées en 182.5, nous reconnûmes au toucher l'intumescence du foie du côté de l'hypocondre droit et tous les autres symptômes qui caractérisent l'existence des embarras hépatiques.
Dès le second jour de son arrivée , nous lui fîmes prendre deux verres d'eau de Salut. La digestion s'en étant bien opérée, nous dou-
^97 blâmes la dose dès le lendemain. Les bains tons les jours et huit onces de sues amers durant deux semaines furent ajoutés ta ce traitement , qui dura près de trois mois. Ce ne fut qu'après quinzaine que le. malade commença à sentir la douleur de côté s'apaiser , puis diminuer chaque jour. L'appétit reparut enfin, les selles devinrent plus fréquentes et finirent par ce régulariser , les urines acquirent leur couleur naturelle, et le malade, après avoir fait un usage convenable de tous les moyens hygiéniques usités , se retira de Bagnères après avoir récupéré sasanté. Pourcomplétercette observation, nous croyons devoir ajouter que le troisième mois nous fîmes usage des eaux ferrugineuses de la fontaine d'Angoulême. Le convalescent en prit le matin à jeun quatre verres, et autant à chaque repas.
Réflexions. — Quoique les symptômes qui caractérisent ce genre d'obstruction soient les mêmes que ceux qui appartiennent aux autres espèces d'engorgement du foie , cependant il est permis de soupçonner la nature de l'obstruction, toutes les fois que les malades qui ont joui d'une fort bonne santé ont un ou plusieurs stéatômes ou, çà et là, des loupes , sans éprouveraucundérangementdansles fonctions,
si ce n'est, vers la fin, des douleurs dans la région du foie , des digestions plus ou moins laborieuses et des selles rares. Le doute même sur la nature du mal peut se changer en certitude lorsque les sujets qui éprouvent ces accidens ont, comme le malade dont nous venons de citer l'observation , fait extirper une ou plusieurs loupes, des stéa tomes, sans ou même avec quelques précautions. Ici , comme dans toute autre espèce d'obstruction, nous conviendrons toujours, avec la même bonne foi, qu'il faut appliquer l'aphorisme de toutes les écoles, c'est dans leur principe que l'on peut espérer de guérir les maladies graves des organes.