‹ Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales, des eaux minérales de Bagnères de BigorreChapitre 90 sur 103 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Ictère ou jaunisse.

Cette maladie, qu'on la considère comme primitive ou secondaire, est encore une de celles qui se traitent avec le plus de succès par les eaux thermales de Bagnères. Après être convenu, avec Arétée, qu'il existe une grande variété dans la couleur de la peau qui caractérise cette sorte d'affection : Innumerce possunt esse colorum varietates in variis icteri speciebus, nous ajouterons qu'elle est, en général, produite par les mêmes causes qui donnent naissance aux

4o6 obstructions du foie ou à celles de tout autreviscère de l'abdomen. Ainsi, la pléthore sanguine , la pléthore bilieuse , les maladies des organes voisins du foie, la diminution ou la suppression des évacuations naturelles ou morbifiques, les vives ou trop longues douleurs, les chagrins profonds , les poisons acres , la morsure des animaux venimeux, les vives affections de l'âme 5 les fièvres, los chutes , les contusions, les fortes compressions du bas-ventre peuvent la produire.

Cettemaladie n'est pas seulement, comme l'on croit, l'effet des altérations du foie, elle l'est encore souvent des engorgemens de la rate ; elle peut être aussi produite par des dilatations excessives de l'estomac ou par des tumeurs de ce viscère , par des engorgemens de l'épipîoon, graisseux , stéotomateux , etc. , par de pareils engorgemens du mésentère, du duodénum ou des autres intestins, par ceux du pancréas, des reins, qui peuvent être très-considérables et produire le même effet sur le foie; enfin, par des épanchemens divers dans le bas-ventre, qui , non -seulement déterminent des dérangemens, des congestions dans ce viscère , mais qui, de plus, produisent ia congestion de cet organe ou celle de ses canaux excréteurs.

Elle peut aussi provenir de quelques affec-

4o7 lions convulsives des organes avec lesquels le foie a des correspondances , par les nerfs ou autrement. Ces causes étant très-multipliées , de plus grands détails deviendraient superflus ; il nous suffit d'observer que l'ictère qui survient après les chutes , les coups , les contusions sur la région du foie ou sur des parties plus ou moins éloignées, est un des plus faciles à guérir avec les eaux minérales.

La connaissance de cette variété de causes devient nécessaire pour déterminer le régime et le traitement qui lui conviennent, à part même l'usage et le choix des eaux minérales conseillées, dans la plupart des cas dans lesquels l'ictère se présente. Sans entrer ici dans des détails inutiles à notre objet sur la manière dont celte maladie se manifeste, sur son histoire générale, nous observerons seulement qu'on ne peut jamais bien obtenir sa guérison , si l'on ne commence pas par se convaincre ou s'assurer de la cause qui lui a donné naissance ; c'est peut-être ici l'occasion, assez commune d'ailleurs en pathologie, d'appliquer l'adage vulgaire : Sublatâ causa tollitur èffectus. En effet , si la jaunisse était produite, par exemple, par la suppression des évacuations naturelles chez une femme, avant tout il faudrait, sans doute, chercher à rappeler le flux périodique.

La diversité des causes de la jaunisse et les différens âges et dispositions des malades qui (ii sont atteints, tout en prouvant que son traitement doit varier et être approprié aux diverses circonstances qui se présentent , permet aussi d'admettre l'efficacité des eaux minérales, tantôt salines., tantôt ferrugineuses, pour combattre la plus grande partie des espèces d'ictère, lorsque leur cause n'est pas esssentiellement incurable.

L'énumération de ces diverses causes de la jaunisse nous a paru nécessaire pour prouver que nous ne nous sommes pas laissés imposer sur la guérison de celte maladie par les eaux de Bagnèrcs. ISous n'ignorons pas que si elles la guérissent souvent , il est aussi une foule de cas où ces causes occasionelles ne pouvant être détruites, son incui abililé est dès-lors démontrée , dans des circonstances données. Après les remèdes généraux ou particuliers employés pour le traitement de chaque espèce ou variété d'ic- 1ère, lorsque cette maladie est opiniâtre, nous pouvons, sans craindre de contradiction , proclamer les eaux minérales salines comme le remède le plus efficace pour sa guérison ; ce que prouvent chaque année les cures nombreuses qu'elles opèrent dans ce genre d'affection. Nous sommes loin, cependant, de présenter celles de

4oo Bagnères comme préférables à celles de Vichy , de Barèges , de Bonnes , de Cauterets , d'Aix en Savoie , d'Aix-la-Chapelle, et autres. Elles ont toutes des propriétés qui leur appartiennent ; mais ce qui nous paraît devoir militer en faveur du séjourà Bagnères, c'est que les eaux ferrugineuse» , c'est que les eaux sulfureuses dont cette contrée est, en outre , dotée, ont aussi , dans certains cas d'ictère, une efficacité bien prononcée. Après l'usage des eaux salines qui ont servi à relâcher les organes, il est facile de concevoir que les légers toniques produisent à la fin du traitement les meilleurs effets. Aussi, est-ce pour remplir ces diverses indications salutaires que Bagnères offre des variétés de moyens curatifs que l'on ne trouve pas ailleurs. Ce n'est donc pas sans fondement que le docteur Boin , inspecteur - général des eaux minérales de France , qualifie cette ville de métropole du royaume , sous le rapport de la multiplicité de ses eaux thermales.

On ne saurait donc trop préconiser le précieux avantage de trouver sous sa main, comme cela a lieu à Bagnères, des sources salines , ferrugineuses et sulfureuses , sources variées quoique leur degré de composition ne soit pas aussi différent que celui de température. Nous allons maintenant citer quelques observations de gué-

lisons de l'ictère par les eaux minérales de Bagnères-Bigorre.

Ie,e. Observation. — Madame de M. , âgée de quarante ans, était née au Mexique. Sa constitution était fort bonne , et ses règles ne lui avaient jamais manqué. Mère de plusieurs enfans , elle habitait la France depuis plusieurs années. A Londres , elle fut soignée par le docteur Holand , et à Paris par le premier médecin du Roi, M. le baron Portai, qui avaient fort bien reconnu l'un et l'autre l'embarras du foie dont elle était affligée depuis plus d'un an. A son arrivée à Bagnères où elle fut envoyée , nous apprîmes que la douleur du côté du viscère malade était permanente, qu'elle se propageait jusques sur l'épaule droite. La couleur de la peau était jaune sur toute la surface du corps. Il existait une constipation opiniâtre que rien n'avait pu vaincre. Durant tout l'hiver qui précéda l'arrivée de la malade à Bagnères, les déjections alvines n'avaient jamais eu lieu qu'à la faveur des lavemens. Les urines étaient peu abondantes et l'appétit nul.

Après s'être reposée deux jours , la malade prit, le matin à jeun, trois verres d'eau de la fontaine de Salut.

Elle en continua l'usage pendant quatre jours

consécutifs, deux bains lurent pris dans le même établissement : le cours des urines en fut bientôt augmenté, mais point de selles encore. Le cinquième jour, l'eau de S;ilut fut remplacée par celle de Lasserre. Dès le second jour de l'usage des eaux minérales, deux selles eurent lieu dans la matinée. La même eau fut continuée pendant dix jours et produisit une ou deux selles. Les bains tous les deux jours. Les règles , qui depuis l'invasion de la maladie avaient soulFert diverses altérations , parurent alors sans le moindre accident. Les boissons et les bains furent suspendus durant cinq jours, et repris le sixième, de même que les bains tous les deux jours. Nous ne pouvons omettre de dire queles sellesn'eurentpaslieu pendantl'intervaH** que durèrent les menstrues; elles ne se rétablirent que le jour où la malade reprit encore les eaux minérales. Durant vingt- huit jours ce traitement fut continué. Suivant la disposition des premières voies et les effets que les eaux produisaient , nous augmentâmes ou diminuâmes les doses. Les règles ayant reparu pour la seconde fois, la malade ne reprit son Iraitement qu'après leur parfaite cessation. Alors l'appétit commença à s'ouvrir : il s'améliora de jour en jour. La douleur latérale et celle de l'épaule avaient disparu peu - à - peu.

Les déjections alvines commencèrent à se régulariser chaque matin , même pendant la durée des règles. A cette époque, la malade, entrant en convalescence, prit alternativement deux verres d'eau saline et deux verres de la fontaine d'Angoulême , ce qui dura huit jours. Durant ce temps , l'appétit était décidé , les {onctions digestives s'exécutèrent à merveille; le ventre devint libre et les urines abondantes. La douleur de l'hypochondre droit avait aussi disparu , et la peau avait repris sa couleur naturelle. Trois jours de repos s'étant écoulés, madame de M. se remit à l'usage de l'eau ferrugineuse. Je fis remplacer les bains par la douche d'aspersion avec l'eau de la Guttière dirigée sur l'abdomen. Le troisième et le cinquième jour, une douche fut donnée durant trois minutes dans l'intestin rectum. Je crus devoir recourir à ces derniers moyens pour soutenir et fortifier le mouvement péristaltique du tube intestinal.

Madame de M. prit de l'exercice à pied et à cheval, durant sur-tout le dernier mois de son séjour à Bagnères , et se sépara de nous ayant ^ibien récupéré sa santé, qu'elle revint l'an dernier pour profiter encore de l'avantage de nos eaux minérales.

Iî9. Observation. — M. M, , âgé de trentcr deux ans , d'un tempérament bilioso-sanguin , était affligé d'un ictère partiel , effet d'un empâtement du foie, lorsqu'il nous fut envoyé par les médecins de Barèges, le 5o juin 1825. A son arrivée, nous observâmes que le malade avait la conjonctive injectée d'une teinte jaune assez intense. L'oppression était habituelle. L'hypocondre droit était douloureux au toucher et rénitent. L'inappétence et la constipation tourmentaient depuis long- temps le malade. Le 8 août , nous lui fîmes prendre quatre verres d'eau de Salut. Dès ce premier jour les urines furent beaucoup augmentées. Après avoir continué la même dose durant cinq jours, le sixième nous ajoutâmes deux verres de la fontaine Lasserre. Le second jour de ce nouveau traitement , trois évacuations bilieuses eurent lieu dans la matinée. Cette évacuation se soutint quelque temps et sans colique ; les urines devinrent aussi, chaque jour, plus abondantes. Les bains de Pinac toutes les quarante-huit heures. Les hémorroïdes s'étant manifestées , nous ordonnâmes l'application des sangsues à l'anus. Le traitement ayant été suspendu pendant quarante-huit heures , fut repris et continué jusqu'au moment où vers la fin du second mois, nous ajoutâmes la boisson d'eau de

Lasserre à la dose de deux verres. La couleur jaune disparaissait peu-à-peu. L'estomac reprit ses fonctions , les selles se régularisèrent. Les mêmes bains , mais plus tempérés, furent administrés. Le malade , qui avait été quelque temps privé de l'exercice à pied et à cheval , s'y livra de nouveau, avec d'autant plus de satisfaction, qu'il sentait son étai s'améliorer sensiblement. Deux mois environ de séjour à Bagnères suffirent pour rétablir entièrement la santé du malade.

IIIe. Observation. — Mademoiselle de ***, âgée de trente-quatre ans, avait une constitution lympatique sanguine. Son caractère était vif. Depuis environ deux ans elle avait éprouvé une céphalalgie fort douloureuse , accompagnée d'une fluxion des glandes maxillaires et cervicales. A la même époque, elle avait eu la fièvre sans type régulier, et un engorgement sanguin aux gencives. Ces divers phénomènes,, quoique combattus par des moyens appropriés , ne se dissipèrent pas totalement. Des douleurs sourdes dans le bas-ventre et dans la région hypocondriaque droite se manifestèrent. A ce malaise général se joignirent une fièvre continue , des lassitudes, des crampes fréquentes aux extrémités inférieures, un plus grand mal de tét«-

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qu'autrefois , une fluxion vague, tantôt aux gencives , tantôt aux joues , un désordre habituel dans les fonctions digeslives. A ces symptômes se joignirent encore la jaunisse , l'accablement et la prostration des forces. L'insomnie vint aggraver l'état pénible de la malade. Sa sensibilité générale s'était si fortement accrue, qu'elle ne pouvait supporter la lumière du jour. Ce qui alarmait davantage sa famille, c'est que des spasmes , des convulsions., dont la durée avait lieu pendant environ une demi-heure , la tourmentaient fréquemment. Malgré tout ce désordre , l'évacuation menstruelle ne s'était jamais troublée. Envoyée dans cet état à Bagnères , le 25 juin 1826, l'examen du ventre nous fit reconnaître un engorgement du foie et de la rate. Le surlendemain de son arrivée, je lui fis prendre un bain chaud à la Guttiëre. A peine vingt-cinq minutes se furent écoulées que la figure se couvrit de sueurs. La malade sortit du bain avec un léger mal de tête et la peau froncée aux mains et à l'extrémité des doigts. Bientôt elles devinrent plus souples et le mal de tête se dissipa. Dès le septième jour nous lui fîmes prendre trois verres de l'eau de Salut. En ayant continué l'usage durant quelques semaines , nous augmentâmes jusqu'à cinq verres par jour. Dès le cinquième , les urines devin-

rent plus abondantes que de coutume et se chargèrent d'un limon épais. Les selles eurent lieu tous les malins. On y observait beaucoup de matières bilieuses. Ce traitement fut suspendu, parfois, durant vingt-quatre heures. L'état de la malade s'améliorait à mesure que celui-ci s'avançait. Plus de crampes, plus de convulsions. Les douleurs de l'hypocondre se dissipaient, de jour en jour, avec îa jaunisse.

Les sucs amers à la dose de quatre onces; une heure après, deux verres d'eau de Salut. Les bains furent continués toutes les quarante-huit heures.

Les règles ayant paru, tout remède fut suspendu pendant cinq jours. Les sucs amers furent continués. L'eau de Lasserre, à la dose de quatre verres , remplaça celle de Salut. Les bains de celte première source furent aussi administrés durant douze jours. Les urines continuèrent à être toujours fort abondantes. Deux selles chargées de bile soulagèrent la malade dans l'intervalle de vingt-quatre heures et pendant plus de quinze jours.

L'époque des menstrues fit encore supendre toute prescription. Le lendemain de leur cessation, les eaux, les bains ferrugineux de Pinac et les aspersions de même nature, dirigées du côté de l'hypocondre droit , achevèrent de cou-

suffirent pour obtenir cet heureux résultat.

solider la guérison de la malade. Trois mois

IVe. Observation. — AI. N*** , âgé de quarante-huit ans, avait habité les colonies durant plusieurs années. Son tempérament était bilieux et mélancolique. Atteint tout-à-coup d'un iclère général, depuis celte époque, tous les cinq jours , il éprouva des mouvemens fébriles ; la langue devint saburrale; le ventre se resserra; l'appétit se perdit. Cet état ayant duré quelque temps, le malade fut envoyé aux eaux de Bagnères. Apre* deux jours de repos il but deux verres d'eau de Lasserre, que l'estomac ne put supporter; le lendemain, un gros d'extrait de pissenlit ; une heure après, un seul verre d'eau de la même source que la veille. Le vomissement n'eut pas lieu ; l'extrait amer fut continué durant seize jours; \u dose de l'eau de Lasserre, fut élevée peuà-peu jusqu'à quatre verres, tous les matins à jeun. Le ventre devint plus libre, les urines plus abondantes. Dès le dix -septième jour l'appétit s'améliora; le malade, prit plusieurs bains tempérés àPinac. Ce traitement, qui dura vingtsix jours, fut remplacé par celui des eaux ferrugineuses, dont deux verres furent pris tous les matins à jeun. La jaunisse s'était peu-à-peu dissipée. Quinze jours de convalescence ayant suffi

pour nous assurer de la disparition de tous les symptômes, M. N*** quitta Bagnères plein de santé.

Ve. Observation. — M. D***, ancien lieuienanl-colonel , âgé de cinquante-deux ans , d'un tempérament bilieux , était, depuis quatre ans, atteint d'un ictère assez intense. Envoyé à Bagnères après divers traitemens infructueux , nous trouvâmes l'hypocondre droit douloureux au toucher et renitenl ; l'appétit éiait nul ; les alimens les plus légers fatiguaient le malade. Nous fîmes d'abord usage de deux verres de l'eau du Grand Pré ; les jours suivans, la dose fut augmentéejusqu a quatre verres. Ce traitement détermina des selles et des urines abondantes. Les bains tempérés furent employés tous les dix jours. Pour modérer les effets des eaux salines, nous fîmes prendre par fois, et durant plusieurs jours , les eaux ferrugineuses. Après environ deux mois de traitement tous les symptômes de cette affection se trouvèrent dissipés. Les facullés digestives furent rétablies, et M. D. quitta Bagnères en se félicitant du séjour heureux qu'il y avait fait.

VIe. Observation. M. T., âgé d'environ trenle ans, maigre et sec, sain d'ailleurs, fut peu-à-

4*9 j eu atteint d'une jaunisse qui fui la suite de profonds chagrins. Divers traitemens qui lui furent faits assez inutilement , déterminèrent son médecin à lui conseiller le voyage et les eaux de Bagnères. A son arrivée, nous lui reconnûmes un certain dégoût pour toute espèce d'aiimens ; l'hypocondre droit était tuméfié et le ventre fort paresseux. Les eaux de la fontaine de Salut, qu'il but le matin et même dans le courant de la journée, lui rendirent l'appétit , régularisèrent les selles, augmentèrent le cours des urines , dissipèrent peu-à-peu la jaunisse. Deux bains de la Gutière par semaine , ajoutés au traitement , suffirent , après quarante jours , pour rétablir les fonctions du foie et pour rendre la santé.

VIIe. Observation — M. 0., mélancolique, était âgé de quarante ans lorsqu'il nous fut envoyé de Marseille avec une jaunisse assez intense. Sa constitution était robuste. 11 était sujet à des hémorrhoïdes depuis environ douze ans ; leur suppression lui avait causé l'ictère pour lequel on l'avait décidé à venir prendre les eaux de Bagnères. Depuis plus d'un an il éprouvait tous les symptômes décrits lorsqu'il existe un embarras , des obstructions du foie, Les eaux de

la fontaine Lasserre et les bains de la Gutièrc lui procurèrent des selles noires et abondantes qui débarrassèrent le foie et les intestins, et régularisèrent l'harmonie des fonctions hépatiques. Ce travail réparateur ne se passa pas sans qu'il éprouvât parfois des coliques fatigantes , même de l'abattement. Il eut encore durant dix jours quelques accès defièvre ;mais les hérnorrhoïdes reparurent dès le vingtième jour du traitement , et le malade guérit.

VIII'. Observation. — M. J*** , âgé d'environ trente-six ans, d'un tempérament bilieux , fut atteint d'une jaunisse presque noire à la suite d'excès de débauche. Le foie devint douloureux, la rate s'enfla, et tout l'abdomen se tuméfia; le sommeil se perdit ; les selles devinrent parfois rares , et le plus ordinairement le dévoiement tourmenta le malade. Attristé sur son état de mal-aise continuel , il se décida, après divers modes de traitement , à se rendre à Bagnères. Les eaux de la fontaine de Salut et les bains du Grand Pré, dont il fit usage durant environ quarante jours, le rendirent à la santé.

Réflexions. — Le petit nombre d'observations que nous venons de présenter n'offre, il est vrai, que fort peu de variétés dans les causes de

la jaunisse , tandis que nous savons qu'elles sont si nombreuses. Mais convaincu que le plus grand nombre des ictères est dû à des dérangemens dans le système digestif, quelle que en soit la cause, nous nous sommes fait un devoir de nous borner à ne relater que celles de ces causes qui, chaque année, sont le plus ordinairement traitées à Bagnères. Rien de plus commun , en effet, que de reconnaître des engorgemens ou des obstructions dans les viscères abdominaux de ceux qui ont la jaunisse, soit que celîe-ci ait paru avant qu'on les ait reconnus , soit qu'elle soit survenue secondairement. Mais les organes qui sont alors le plus souvent affectés , sont ceux qui appartiennent au système de la veine porte. Le foie particulièrement, quelquefois seul , est malade avec d'autres organes. 11 l'est tantôt primitivement, tantôt secondairement. Or, les altérations du foie, comme nous avons déjà eu occasion de l'observer, sont presque toujours suivies de jaunisse. On a vu aussi que le traitement était peu varié. Les eaux minérales salines, les bains, les sucs amers, la terre foliée de tartre , le régime végétal , l'exercice à pied et à cheval, ont suffi et suffiront, chaque jour, pour obtenir des succès. Nous n'ignorons cependant pas que si la jaunisse est due uniquement à la diminution ou à la sup-

pression de quelque évacuation, telle serait la suppression ou diminution du flux hémorrhoïdal , elle neguérit que lorsque le cours des évacuations est rétabli. Or, chaque évacuation a sa manière d'être rappelée. Ici la variété des moyens curatifs est relative à la diversité des causes : si l'ensemble des moyens hygiéniques; si les boissons adoucissantes, relâchantes , les bains , les eaux minérales thermales salines sont utiles , lorsque l'ictère est déterminé par des affections morales ou par un état spasmodique, il ne peut pas en être de même lorsque la jaunisse est causée par un état de langueur, par un commencement d'oedème général , par la suppression des règles accompagnées d'écoulemens plus ou moins abondans en blanc. On doit alors avoir recours à un régime fortifiant et aux eaux minérales ferrugineuses, etc.

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