RÉSUMÉ
L'origine de ces recherches remonte à nos études sur les fièvres; nous allons exposer brièvement la filiation des raisonnements et des faits qui nous ont conduit, pas à pas, dans cette étude.
L'observation de certains faits nous ayant permis de constater l'efficacité très-grande du sulfate de quinine, dans des affections d'une nature toute différente de celle des affections palustres, nous avons dû rejeter la spécificité thérapeutique de cet agent, dans l'infection paludéenne. Cette spécificité n'existant pas pour le sulfate de quinine, le premier des soi-disant spécifiques, il était rationnel de la rejeter, pour les autres agents thérapeutiques, tels que le mercure, l'iode, etc.
A la place de spécifiques, nous aurions simplement des agents physiologiques, exerçant sur l'organisme, telle ou telle propriété qu'il serait possible d'utiliser, avec des chances diverses de succès, dans plusieurs entités morbides. Un agent thérapeutique pourrait s'appliquer plus spécialement à tel
état morbide, avoir une dominante thérapeutique, ce qui ne l'empêcherait nullement de pouvoir être appliqué à d' autres' états morbides.
La quinine agissant, dans les fièvres palustres, par son action excito-motrice et sédative, devait agir de la même façon sur l'organisme sain, ou sur l'organisme affecté différemment qu'il ne l'est dans les fièvres. Dès lors, il était naturel de supposer qu'elle agirait, en vertu de sa même propriété excito-motrice, dans les hémorrhagies capillaires, et notamment dans les hémoptysies liées à la tuberculose pulmonaire.
L'expérience a justifié cette première prévision, et a démontré l'utilité de la quinine, dans tous les cas d'hémorrhagies capillaires ou d'hémoptysies, que nous avons observés jusqu'à ce jour.
A l'appui de notre opinion, nous citons les observations concordantes de M. N. (meneau de Mussy. Nous cherchons à donner, en outre, l'explication d'un fait clinique, observé par M, Nélaton, et qui démontre l'utilité de l'emploi de la quinine, chez les opérés de la pierre.
Partant de ces données, nous nous sommes demandé s'il n'y aurait pas d'autres agents doués de la même action physiologique que la quinine, et ces agents, s'ils existaient, nous semblaient devoir, à priori, posséder les mêmes propriétés thérapeutiques. Nous avions songé d'abord à l'association de la strychnine et de la morphine, ces deux corps
réunis nous paraissant offrir les deux propriétés caractéristiques de la quinine.
Mais, les expériences récentes de M. le D r Monteverdi (de Crémone) nous ayant révélé une analogie remarquable de la quinine avec l'ergot de seigle, à savoir une action excitante exercée, par le premier agent, sur l'utérus gravide, nous avons été conduit à comparer l'action de ces deux substances sur l'organisme sain. Or, cette comparaison nous a précisément montré une très-grande ressemblance d'action physiologique, entre ces deux corps.
Cette donnée théorique nous a porté à comparer également leurs propriétés thérapeutiques, dans toutes les affections où l'une de ces substances aurait été reconnue utile. De là, le projet d'essayer l'ergot de seigle, dans le rhumatisme articulaire, les fièvres palustres, les névralgies, certaines névroses tributaires de la quinine, dans les congestions pulmonaires ou autres et dans les hèmoptysies, dans la maladie de Graves ou de Basedow, etc. Or, dans toutes ces affections, à l'exception du rhumatisme dont nous n'avons pas vu de cas, nous avons observé constamment les bons effets du seigle ergoté.
Les essais sur les fièvres, qui sont les plus nombreux et les plus importants, ont été, de notre part, l'objet de précautions minutieuses. C'est ainsi que nous avons choisi des cas types de fièvres intermittentes et des formes rebelles, mais non pernicieuses. Or, sur 15 cas de fièvres de différents
types, nous avons obtenu 14 guérisons, et, dans le 15 e cas (obs. 9), le traitement n'ayant pas pu être continué, après une première amélioration, une rechute a eu lieu et a duré deux mois.
D'autre part, nous avons soumis les malades atteints de ces fièvres à une série de traitements successifs et interrompus, et nous avons pu voir de la sorte que l'amélioration obtenue suivait toujours de très-près, le premier emploi ou la reprise du traitement. Nous avons passé en revue les avantages et les inconvénients du sulfate de quinine et de l'ergot de seigle, et nous sommes parvenu à démontrer la parfaite innocuité des doses thérapeutiques de ce dernier agent; nous avons exposé le mode d'emploi et le mode d'administration, etc., etc. Pour ce qui concerne la maladie de Graves ou de Basedow, dont nous rapportons une observation qui nous est personnelle, nous avons découvert la relation d'un cas tout à fait comparable au nôtre et ayant été observé par M. de Willenbrand.
Ces données expérimentales nous ont permis d'arriver à une application plus générale des cas particuliers où nous nous sommes trouvé nousmême. Nous avons été amené de la sorte, par.analogie, à formuler la proposition suivante, que nous croyons être l'expresssion de la vérité, à savoir que les substances douées de la même action physiologique jouissent des mêmes propriétés thérapeutiques .
HM
Puis, étudiant les rôles respectifs de la physiologie et de la pathologie, dans la recherche de l'action physiologique des agents de la matière médicale d'une part, et de celle des agents morbides d'autre part, nous avons cherché à montrer que ces deux sciences poursuivaient le même problème, par des moyens variés et dans une voie différente. Ces considérations nous ont paru propres à guider le clinicien, dans des recherches semblables à celles que nous avons exposées dans ce travail : elles nous montrent, en môme temps, que l'étude des éléments anatomiques, à l'état normal et à l'état morbide, doit servir de base à toute recherche physiologique ou thérapeutique. A l'appui de ces propositions théoriques, nous avons invoqué un exemple, pris dans la pratique chirurgicale, l'application du curare au traitement du tétanos.
Après être descendu de l'action physiologique aux propriétés thérapeutiques des différents corps, nous avons cherché à démontrer qu'on pouvait remonter de celles-ci à la connaissance de l'action physiologique, à la condition toutefois de multiplier les points de comparaison, au point de vue thérapeutique. Puis, nous livrant à l'étude comparée des propriétés thérapeutiques diverses do l'arsenic, de Veau froide, du sulfate de quinine et du seigle ergoté, nous avons fait voir, malgré quelques lacunes inévitables, la parenté des propriétés thérapeutiques