OBSERVATION XXIV
Maladie de Basedow. — Accidents cérébraux graves. — Traitement par l'ergot de seigle.
Il y a trois ans environ, j'ai été consulté dans mon cabinet, par un homme alors âgé de 51 ans, lequel était atteint, depuis près de deux ans, d'une maladie de Basedow peu avancée, mais cependant suffisamment caractérisée. L'exophthalmie seule faisait défaut; il y avait un commencement de goitre et des palpitations du cœur assez violentes.
J'avais prescrit à cette époque, un traitement par l'iodure de potassium et n'avais plus entendu parler de notre malade qui était d'ailleurs fort éloigné de Pau, lorsqu'on me mande près de lui, le 5 décembre 1872, pour des accidents excessivement graves qui s'étaient développés, quelques jours auparavant. Son affection n'avait fait que progresser dans ces trois dernières années, et le goitre avait pris un tel accroissement que la trachée artère avait été comme aplatie et déviée, sur la partie latérale gauche du cou, d'où il était survenu, depuis trois mois, une dyspnée qui n'a fait que s'accroître, de jour en jour. L'appétit, qui avait toujours été languissant, dans tout le cours de sa maladie, était presque entièrement perdu, depuis trois mois; aussi, l'amaigrissement général avait-il pris des porportions considérables. Notre malade auquel plusieurs médecins avaient conseillé l'usage
OBSERVATIONS. 495
interne de l'iodure de potassium et de l'iodure de fer s'était soumis, pendant longtemps à cette médication, sans en obtenir le moindre bénéfice. En désespoir de cause, il avait fini par renoncer à toute médecine active et par confier son mal a la nature.
Huit jours avant mon arrivée, il s'était développé des accidents cérébraux de la plus haute gravité : outre l'insomnie presque complète à laquelle notre malade était sujet depuis longtemps, il était survenu de l'orthopnée, des hallucinations et un délire furieux. Ayant mis la main sur un revolver qui n'était pas heureusement chargé, il menaçait de cette arme, ses parentales plus chers, et l'on eut toute là peine du monde à là lui arracher. Ces accidents se sont néanmoins calmés, vers le sixième jour, et déjà, notre malade avait recouvré toutes ses facultés intellectuelles, lorsque ie 1 ai vu, pour la première fois.
Mais, je le trouve dans un état de prostation extrême en proie à mie dyspnée des plus violentes : on me dit qu'il ne pouvait rester qu'assis sur son lit, avec le dos soutenu par trois ou quatre oreillers. Le pouls est petit, vif, concentré bat 128 fois par minute ; notre malade ne peut supporter que quelques bouillons légers. La face antérieure du cou démesurément développée, contraste par sou volume, avec'l'émaciation de la face et des parties latérales du cou. La tumeur qu'on observe dans cette région, siège manifestement dans le corps thyroïde, et se déplace en masse, dans les mouvements de déglutition que je fais accomplir au malade. En outre, cette tumeur est résistante et n'offre, en aucun point, des parties dépressibles ou fluctuantes qui indiquent la présence d'un ou de plusieurs kystes. On voit, à sa surface, ramper de grosses veines distendues par du sang, et si on applique la main, sur un point quelconque de cette surface, on perçoit un très-fort frémissement que mon ami et ancien collègue, M. Bail, a comparé authrill observé dans les anévrysmes artérioso-veineux ; on y distingue également des battements artériels, siégeant sur des branches émanées des thyroïdiennes supérieures et inférieures. Je ne songe pas
OBSERVATIONS
malheureusement, ce premier jour, à pratiquer la mensuration du cou et des diamètres de la tumeur. L'auscultation de la région précordiale me fait encore retrouver, à un degré très-exagéré, les battements du cœur intenses que j'avais déjà constatés, trois ans auparavant. L'hypertrophie du cœur, qu'on jugerait considérable, ne se révèle pourtant qu'à un degré peu développé, lorsqu'on vient à percuter la région précordiale avec soin. Les yeux ne fout aucune saillie anormale; pas plus qu'il y a trois ans, je ne constate le plus léger degré d'exorbitisme.
Malgré l'absence de ce dernier symptôme, je n'en crois pas moins devoir persister, dans mon premier diagnostic, de maladie de Graves ou de Basedow, diagnostic auquel s'était d'ailleurs arrêté mon excellent confrère, M. le D r Massy, qui prodiguait à notre malade les soins les plus dévoués] avec non moins de prudence que d'habileté. De concert avec mon estimable confrère et pour les raisons indiquées, pages 89 et suivantes, je prescris donc une dose quotidienne de
2 gr. de seigle ergoté, pendant trois ou quatre jours, puis de
3 gr. par jour, si les premières doses sont bien supportées. Je recommande de faire pulvériser, chaque jour, la dose de médicament à ingérer, et de faire -prendre celle-ci, en quatre prises, dont deux le matin, à une heure d'intervalle l'une de Vautre, et les deux autres, le soir, au même intervalle de temps.
Le 11 décembre, je vais revoir notre malade qui se trouve infiniment mieux. L'appétit et le sommeil sont revenus ; la dyspnée a tellement diminué que le décubitus dorsal est devenu possible, avec un seul oreiller. Le malade qui, sept jours auparavant, avait la plus grande peine à descendre de son lit, va et vient dans la maison, avec une grande agilité, soutient une longue conversation, sans être ni paraître fatigué. Le 6 et le 7 décembre, il a pris chaque jour, 2 gr. de seigle ergoté, sans en ressentir le plus petit malaise ; aussi M. le D' Massy, a-t-il porté la dose à3 gr.àparlir du S, et a-t-il fait continuer cette même dose, jusqu'à ce jour. L'administration du médicament n'a pas causé une seule fois, soit de la gastralgie, ou des nausées, soit le plus petit trouble. Un
OBSERVATIONS
des premiers effets qui se sont produits, c'est le retour de l'appétit et du sommeil ; d'autre part, l'amaigrissement a diminué, depuis ma dernière visite. Or, je ne suis pas le seul à être frappé de ce changement qui a également surpris le malade lui-même et tous les membres de sa famille.
Voulant nous rendre compte, M. Massy et moi, de l'influence que la nouvelle médication peut exercer directement sur la tumeur, nous procédons à une mensuration aussi exacte que possible, de cette dernière. Nous prenons trois mesures distinctes, après avoir déterminé des points de repère fixes et faciles à retrouver.
La première mesure (A), représentant le diamètre transversal de la tumeur, passe sur la partie la plus saillante du goitre et va aboutir, de chaque côté, au point de rencontre du bord postérieur du sterno-cléido-mastoïdien avec la veine jugulaire externe, dans ce cas très-nettement appréciable. Or cette mesure s'élève à 0,23 centim.
La seconde mesure (B), représentanc le diamètre vertical de la tumeur, est prise, pendant que nous avons fixé la tête, dans un mouvement d'extension forcée. Dans cette situation, en effet, la trachée et le larynx, moins déviés d'ailleurs qu'au moment de ma première visite, sont ramenés exactement sur la ligne médiane, et notre lien dé mensuration passe ainsi sur la ligne médiane, à la droite duquel se trouve pourtant le lobe le plus développé du corps thyroïde. Or, ce diamètre vertical, qui part du sommet de l'angle saillant formé par le cartilage thyroïde et va aboutir à la fourchette du sternum, ce diamètre s'élève à 0,135 millim.
La troisième mesure (C) représente la circonférence du cou, prise au niveau du point le plus saillant de la tumeur. Elle s'élève à 0,45 centim.
Nous prescrivons la même dose quotidienne de 5 gr. de seigle ergoté, M. Massy devant en surveiller journellement les effets et pouvant la modifier, si besoin était. Toutefois, lors même que le malade n'en éprouverait aucun inconvénient appréciable , nous sommes convenus d'avance qu'à partir du 15, la même dose ne sera administrée que tous les deux jours.
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OBSERVATIONS
Le 19 décembre, je reviens près de notre malade aui a encore subi une amélioration des plus frappants depuis ma dernière visite. Il a repris des forces et Sl'eSoS et d a un appétit vorace ; il crie famine, pour cinq m nu tes de retard qu'on peut mettre à lui servir l'un ou llutre des repas. Le médicament a été strictement administré dWe
Z17ZT^ t0US l eS *""*»**« " incluslVeme, puis les 16 et 18 décembre, toujours à la dose de 3 gr Notre
jnahde nen a pas éprouvé, une seule fois, le pfus^
Mesures prises avec le soin le plus minutieux, et en prenant la précaution de ne pas regarder les chiffres sur pla e de varier les mesures et même de les prendre, par Z\ S ratton de soustraction, entre deux chiffres pr s au hasard sur un mètre gradué • uasaia,
^^ ml - ail Cent ' ~ diminUti0n °> 01 c -tim. I r tni t 0,005 millim.
W« M5 cent. — mesure égale Cette dernière mesure seule n'a pas varié, ce que nous attribuons a l'embonpoint qu'a repris notr makde La partie postérieure du cou a dû, en effet, gagner en graissée]
D'autre part, le thrill, dont la tumeur goitreuse est le siège a diminué d'intensité, et les pulsations du cL so , ^otablement moins fortes que le 11 et surtout que le 8 dl
Cette fois et uniquement par mesure de prudence nous suspendons la médication par le seigle ergoté et nousT remplaçons par la prescription suivante •
Pr. Arséniate de soude. ,05 centigr
Eau distillée. q™ „
Ma ■ , •'OO grammes. '
. A prendre une cuillerée^ chaauï im» > tL -j- ■ avant le principal repas Ç J ' mmedlate ™nt
7 janvier 1873. Je revois notre malade dont l'état général
m se! tell T' ""^ ^ in ^»™ qu' a" com-
mises, telles que de monter à cheval, de sortir par un temps
HHH
OBSERVATIONS. 199
de vent ou de rentrer tard le soir. L'appétit et le sommeil se sont maintenus; ni les forces ni l'embonpoint n'ont diminué.
Au premier aspect, le goitre semble avoir augmenté ; mais, ne voulant pas nous en tenir à une appréciation aussi vague, nous constatons avec les précautions les plus rigoureuses, les mesures suivantes :
(A) =0,24 cent. Augmentation, depuis ladernièro visite 0,02 c. (B)=0,Ucent. — — — 0,01c.
(C)=0,47o rara . — - — 0,02om.
Le goitre a donc manifestement augmenté, depuis la cessation de l'emploi du seigle, et devant un résultat aussi précis, nous prescrivons de nouveau ce dernier médicament, à la dose de 3 grammes par jour.
21 janvier. Etat général toujours excellent; les forces se maintiennent, ainsi que l'appétit et le sommeil. Le pouls est à 80 au lieu de 128, chiffre qu'il atteignait, le S décembre dernier. Malheureusement je n'ai pas inscrit le chiffre des pulsations, les trois dernières fois; je suis sûr que, déjà le 1 i décembre, le pouls avait notablement diminué de fréquence. Pas plus que les fois précédentes, le seigle ergoté n'a jamais provoqué le moindre malaise.
Mesures :
(A) = 0,22o mm . Diminution, depuis le 7 janvier. 0,015 m.
(B) = 0,13o mm . — — — O.OOo»-.
(C) = 0,4.7o n " B . Mesure égale.
Le médicament ne produisant aucun trouble appréciable, nous sommes d'accord, M. Massyetmoi, pour en prolonger l'emploi pendant quinze jours encore, puis de suspendre, pendant dix ou quinze jours, pour recommencer une nouvelle série. Il est bieu entendu d'ailleurs que M. Massy, qui peut voir souvent le malade, modifierait cette prescription, s'il le jugeait utile. Pour ce qui me concerne, vu l'état satisfaisant du malade, je ne renouvellerai plus mes visites, à partir de ce jour, à moins de quelque incident imprévu. Le malade doit venir me voir, de temps en temps. Or, jusqu'à ce jour (27 février), je ne l'ai pas encore revu; mais, j'ai
2 ^ OBSERVATIONS
appris avant-Hier, par un de ses proches parents qui l'a vu la semaine dernière, que notre malade se trouve en bon état et qu il se dispose à faire sa provision de seigle ergoté pour la continuation du traitement. '
31 mars. Notre malade vient me voir à Pau, et se trouve dans d excellentes conditions de santé générale. Il me dit que du 21 janvier au 3 février, il a continué à prendre du seigle ergoté à la dose de 2 gr. par jour ; puis il s'est reposé tout le mois de février et a repris le même traitement, à la dose de 3 gr. par jour, du l« au 25 mars. Il a interrompu il y a six jours, parce qu'il éprouvait quelques maux d'estomac ; mais notre malade ajoute qu'il n'attribue pas ceux-ci a 1 emploi du remède et que ces maux d'estomac lui revenaient, chaque année, vers la même époque.
Mesures prises :
M = 0,22 cent.
)% =0,13 cent.
' tj / =r 17 cent
Notre malade croit avoir remarqué que'le volume du cou diminue, pendant qu'il fait usage du médicament; mais il ne peut pas me donner de renseignements bien précis, à cet égard, attendu qu'il ne saurait pas lui-même prendre les mesures exactes. Je ne puis donc m'en rapporter qu'aux mesures ci-dessus qui n'indiquent, à la vérité, qu'un progrès tres-lent et une amélioration presque insignifiante. Je 1 engage a ne laisser que des interruptions de quinze jours entre deux séries successives de traitement, puis à prendre! pendant un mois, des doses quotidiennes de 3 gr., sauf à consulter souvent notre confrère M. Massy, qui pourrait diminuer ou modifier les doses, suivant les indications nouvelles qui pourraient survenir.
Je ne puis ni ne saurais compter sur une guérison définitive ; mais, lors même que le traitement ne devrait agir qu a titre de palliatif je n'en persisterais pas moins, dans la continuation de ce médicament, le seul qui ait procuré au malade quelque soulagement.
BIHHI
OBSERVATIONS
OBSERVATION XXV
Fièvre pernicieuse ancienne. — Fièvres intermittentes, consécutives et fréquentes. — Traitement par le sulfate de quinine. — Nouvelle fièvre pernicieuse à forme congestive cérébrale et pulmonaire. — Traitement, par l'ergot de se : glo, au début e t à la (in. — Traitement par le sulfate de quinine, dans la période la plus grave de la maladie.
Le malade, dont je rapporte ici l'observation, est âgé de 62 ans : c'est un de ces sujets voués, pour ainsi dire, à tout jamais, à la diathèse palustre. C'est ainsi qu'il a eu, il y a une vingtaine d'années, une fièvre pernicieuse, à type tierce, à laquelle il avait failli succomber. Depuis cette époque, il a eu, à diverses reprises, des fièvres intermittentes simples, mais rebelles, qui ont toujours exigé l'emploi du sulfate de quinine. Depuis dix ans environ que je lui donne des soins, je l'ai traité, à sept ou huit reprises différentes, tantôt pour des fièvres tierces, quotidiennes ou rémittentes, ou bien pour des épistaxis fréquentes et abondantes qui ont toujours • cédé au sel fébrifuge.
Il y après de quatre ans, je l'ai traité, pour une pneumonie à allures très-singulières qui m'ont fait suspecter une origine paludéenne ; je veux dire par là que les signes stéthoscopiques, au lieu d'être constants et de suivre un accroissement régulier, étaient soumis à des oscillations rémittentes brusques et non motivées. Mon excellent ami, le D r Robert, qui avait vu le malade, en mon absence, pendant quelques jours, fut frappé comme moi, de ces revirements inexplicables et nous tombâmes d'accord, pour lui administrer de la quinine, à hautes doses, laquelle fit promptement justice des accidents observés.
Tels étaient les antécédents de ce malade, qui m'étaient parfaitemenUconnus, lorsque j'ai été appelé, près de lui, le 8 mars dernier (1873).
Or, voici les nouveaux renseignements que je recueille, sur son compte :
Depuis les premiers jours de décembre dernier, il y a trois
OBSERVATIONS
Z LsTh ' ?♦ e r^ 6 " fré( ï uemm ^t éprouvé des ver 1 ' , tr ^-léger S , puis graduellement plus forts,
de a M li -r 11 U ° Sait PIUS s ' aven turer ; dans le» rues Il avak n-;-!? 1 T"' PU Se ^ éCraSer P ar une "***■ chrclnte ri S l^^ ^"^ ainsi ^ Ue 1» démarche J7Ï ? mme 1Vre > aUtre circo ^tauce qui l'aurait a elle seule, empêché de sortir. Au moment où ces troubles cérébraux ont paru redoubler, il y a q^l jour
doÏaTei: ' éfê ^^ ^ Saigneme;tS de -S
dan rlTZT 7 été aSSGZ ab ° ndants et notamment uans les quatre derniers jours
Au moment de notre première visite, le 8 mars, nous trouvons notre ma]ade couchéi en . œs , ou
s'oi slanf 'iTr 11 ' T PlUS de f0rC6 ' dès ^ se -^ s°ur son séant. La face est rouge et vultueuse, le regard indécis
et sansexpression; nous observons, en un mot sur le S tout le cachetde l'ivresse la moins douteuse, etnous n'iv ns pas besoin d ajouter que, connaissant depuis longues années le rare sobriété de notre client, nous n'avons pas pu avoir un seul instant, la pensée de rattacher cette ivresse apparente a une cause alcoolique.
Dès la première apparition de ces vertiges, le sommeil d abord agité, s'est insensiblement perdu, e depuis une dizaine de jours environ, ou bien, il y avait une insommie complète, ou un sommeil lourd et de courte durée fréquemment interrompu par des rêves pénibles. Le pouls est dur, plein, bat 92 fois par minute. J'oubliais de dire gue depuis quatre ou cinq jours, le malade avait un peu de flevre par intervalles irréguliers, tantôt des frissons, tantôt mie chaleur générale, sans frissons ; il éprouvait également de fréquents battements de cœur.
Le retour des épis taxis et de la fièvre était pour lui et les siens, tellement caractérisée, l'indication curative était si claire pour eux qu'ils furent tous fort étonnés de ne pas me voir prescrire de la quinine. Je prétexte une autre mdicahonàl'emploide ce remède, dans l'existence des "rou-
Hfl
OBSERVATIONS
Mes vertigineux, si accusés, et je dis que nous y reviendrions un peu plus tard, dans le cas où la fièvre persisterait, ou, à plus forte raison, augmenterait. Je prescris en conséquence 10 gr. de seigle ergoté, en dix paquets. A prendre, à partir de ce soir, deux paquets matin et soir, à une heure, d'intervalle l'un de l'autre, c'est-à-dire quatre paquets ou 4 gr. par jour.
Le 10 au matin, je revois notre malade qui va un peu mieux ; il a pris régulièrement ses paquets de seigle ergoté dont il lui reste encore deux. Il n'a pas eu une seule épistaxis, durant ces deux derniers jours ; la face est moins rouge et le regard moins indécis. Les vertiges persistent encore, quoiqu'à un moindre degré, la somnolence a diminué. Le pouls est à 80 pulsations, la fièvre n'a pas reparu. Même prescription : 10 gr. de seigle ergoté, en dix paquets. A prendre deux paquets, matin et soir.
Le 13. Amélioration très-sensible. Expression naturelle de la physionomie. Il reste encore des vertiges, mais infiniment moindres ; c'est au point que, durant tout notre entretien qui a duré assez longtemps, le malade s'est constamment tenu debout, sans avoir le moindre vertige. Pouls à 76. A pris ses derniers paquets ce matin. Sommeil tranquille et naturel.
Le 14, au matin, on me fait appeler, près de notre malade qui, après avoir passé une excellente journée hier, a été pris, à 6 heures du soir, d'un frisson qui a duré trois heures. A ce frisson, a succédé une chaleur fébrile très-accusée ; la nuit a été agitée et sans sommeil. Notre malade n'a pas commis la moindre imprudence hier ; il n'est pas sorti à cause du mauvais temps, et il était occupé, au coin du feu, à lire son journal, lorsque le frisson est survenu. Ce matin, la chaleur fébrile persiste, le pouls est à 100. Quoiqu'il n'ait accusé aucun point de côté et qu'il ne tousse pas., je pratique l'auscultation, avec le plus grand soin, en raison des antécédents de pneumonie que je connaissais, et je découvre, dans un point très-limité, et tout à fait à la partie postéro-inférieure droite de la poitrine, l'existence de
OBSERVATIONS
£ r *f® de ràle «ous-crépitant fln, sans souffle tuiere ni retentissement particulier de la voix. Je fais reprendre la médication a V ergot de seigle, qui nW é [ é ^
prmdredmc paquets, matin et soir, à partir de ce malin
Le 14, au soir à 8 heures. Même état stéthoscopique sauf cependant que le râle sous-crépitant fin est à peme un peu plus étendu, à la base du poumon droit. Pas de souffle m de bronchophonie, ni de toux ; pouls à 92. Chaleur de la peau moins forte. Le malade a pris aujourd'hui les 4 gr. d'ergot de seigle; que j'avais prescrits. h
L'état ne me paraît donc nullement aggravé, et en son-
Sîe d /v PKlte aVeC kqUelIe ces ^gestions passives s étendent d ordinaire, en songeant surtout à la filiation des symptômes dans ce cas, lesquels avaient débuté par une congestion cérébrale à laquelle venait de succéder une congestion pulmonaire, je trouve que le défaut d'aggravation sensible constitue uue véritable amélioration. Toutefois en songeant à la possibilité d'une invasion d'accidents brusques que j avais, bien des fois, notés dans des cas semblables, maigre 1 emploi soutenu de la quinine, je me fais un devoir de conscience de ne pas poursuivre plus longtemps l'expérience par le seigle ergoté. Si l'état de ce malade venait à s'aggraver, d une manière notable, je me le reprocherais plus tard amèrement, et je n'hésite pas à sacrifier un intérêt scientifique, si coûteux qu'il soit, à l'intérêt du malade. Je prescris en conséquence, un vèsicatoire volant à appliquer sur le point correspondantau siège de lacongestion, et j'ordonne, pour demain matin, une potion avec 1 gr.23 de quinine. A prendre la moitié a b heures et l autre moitié à 7 heures.
Le 15, à 9 heures du matin. Nuit dernière beaucoup moins agitée que la précédente. Etat de la respiration légèrement amélioré, bulles moins nombreuses de râle souscrépitant ; pouls à 100. L'amélioration observée ne me semble pas devoir être attribuée à la quinine, du moins en totalité ; car, il n'y a que deux heures que la dernière moitié de la potion a été administrée, et d'ailleurs le mieux s'était
OBSERVATIONS
déjà fait sentir, dans la nuit, avant l'administration du ce dernier remède.
Le 15, au soir, à 5 heures. Etat général assez satisfaisant, quoique la respiration paraisse obscure, dans une plus grande étendue que ce matin; je constate également des bulles plus nombreuses de râle sous-crépitant. Pouls à 100, chaleur fébrile modérée. Ce soir, cxpectation. Je prescris, pour demain matin, aux mêmes heures, une nouvelle potion avec 1 gr. 25 de sulfate de quinine.
Le 16 à 10 heures du matin. — Nuit dernière très- agitée. A eu deux vomissements bilieux et six fois de la diarrhée, daus le courant de la nuit. Selles jaunâtres et tout à fait liquides, non fétides. Chaleur vive de la peau, pouls à 108. Etat local notablement aggravé : murmure vésiculaire obscur, dans les deux tiers inférieurs du poumon droit et dans le quart inférieur du poumon gauche. Des râles sous-crépitants fins, nombreux et quelques-uns à plus grosses bulles s'étendent dans toute la fosse sous-épineuse droite; quelques râles disséminés à grosses bulles sont perçus à la partie inférieure du poumon gauche. Nulle part du souffle ni de la bronchophonie. Submatité aux points correspondants, plus prononcée à droite. Le malade n'a pas encore pris sa potion de quinine à l'heure de ma visite ; mais, malgré la grande répugnance que lui inspire l'amertume de ce remède, j'en administre la moitié moi-même, et je recommande instamment de faire prendre la seconde moitié dans une heure.
Je prescris, pour ce soir, une seconde potion contenant 50 centigr. de sulfate de quinine et 20 gr.de sirop d'opium; mais cette potion ne doit pas être prise, avant ma visite du soir.
Le 16 au soir, à cinq heures. Même état. Pas de nouvelle garde-robe. Je fais prendre en deux fois la potion prescrite ce matin et j'ordonne, pour demain matin, une autre potion avec 1 gr. 50 c. de quinine et 10 gr. de sirop d'opium.
Le 17, à M heures du matin. Je vois notre malade en consultation avec mon honorable confrère, M. le D r Bagnell,qui constate les mêmes phénomènes stéthoscopiques que j'avais
OBSERVATIONS
déjà i observés, les jours précédents. Il trouve seulement que les râles sous-crepitants sont plus abondants à gauche one je ne le lui avais dit, dans notre entretien, et, en eZ ils oui
• 2T l r ent aUgme,lté ' d6 P Uis hiei> et s »t dev.ru pu Ans. Apres avoir reconnu l'extrême gravité du caTil ert dav ls de continuer la médication quinique déjà StttaéT
ment Vn H ^ ? 'f ^ Praidre Ia moitié immédiatement. \ u la grande répugnance qu'il a toujours à prendre la quimne en potion, nous décidons de l'admini trer dTsor
«£££££ ' "r ^ Pahl aZyme ' 6t de don^tmlcrée d , P1 ' eS ^Ç prise duremède.deux ou trois cuil- 1 s de limonade snlfurique. mm prescrivons en consé-
Z , „ h miU t ^ 73 Cmtigr - Ckacun ' à ^nére un paquet Z cZ ' " l SeCmd PaqU£t - Ce SOir - No ™ Gainons
1"" T- C1 Ml ° 0mmmSC aVeC addiUon de 30 centigr. dp arc d >P eca ; a prendre m cuillerée à bouche, toutes les qua e heures. Enfin, nous conseillons d'appliquer, mt la partie fostei lmrc gauche de la poitrine, des compresses trempées dans de eau chaude, puis fortement exprimées et imbibées d'essence ae térébenthine.
&èfJl "ï SOi ' acin 1 heures - Même état. Prescription: oOcenUgr. de sulfate de quinine, à prendre ce soir. Demain ma, m prendre i gr S c. endeux fois et à une heure ^intervalle.
dp„r ^. aU , matm - mes ™ Peu moins nombreux, des deux cotes ; toujours pas de souffle. Pouls à 96
H* ir?' f oulsà88 - MÔ ™état. Je fais prendre 75 centigr. de sulfate de quinine.
reiettpL" 11 mt t U ; Etat „ l0Cal améH0ré ' î^ique lo malade ^je te des crachats rouilles et même tout à fait sanglants. Nuit dernière moms agitée, quoique sans sommeil. Pouls a 84. A pns ce matin, 1 gr . 50 c. de rumine
d'aillP,î, 9 / U S( T' GraUde P rostration - Etat stationnaire d aiUeurs ; prend ce soir 75 centigr. de sulfate de quinine. . Le .Mau matin. Nuit dernière meilleure que la précé*
A ™L vTiT* PCTS f 6 ; maiS " ** a ? as eu d'agitation, A peine y a-t-il eu quelques moments de sommeil fréquem-
OBSERVATIONS. 207
ment interrompus. Pouls ci 76. Le malade commence à s'alimenter, prend du bouillon, du lait et des œufs.
Le 20 au soir. L'amélioration se soutient. Etat local sensiblement amélioré ; crachats moins colorés et moins abondants. A eu, cette après-midi, nue garde-robe liquide ut trèsfétide. Légère moiteur de la peau. Je ne fais prendre ce soir que 50 ctntitjr.de sulfate de quinine; le malade en a pris i gr. 50 c. ce matin.
Le 21 au matin. Nuit dernière très-agitée; chaleur vive, insomnie complète; râles plus abondants dus deux côtés; 80 pulsations, J'attribue cette aggravation des symptômes à la diminution de quinine d'hier soir.
Le 21 au soir. Même état. Je fais prendre ce soir 75 centigr. de sulfate de quinine. Je prescris pour demain 5 gr. de seigle ergoté, en quatre paquets.
Le 22 au matin. Nuit dernière bien meilleure que la précédente, quoiqu'il y ait eu de l'insomnie. Etat stéthoscopique bien meilleur. Râles plus limités, retour marqué du murmure vésiculaire. Le malale a pris, ce matin, les deux premiers paquets do seigle ergoté, le premier à sept heures et le second à huit heures. Or, il est près de neuf heures, quand nous voyons le malade ; ce u'est donc pas à l'emploi de ces paquets que nous pouvons attribuer ce mieux ; l'amélioration nous paraît duu à l'augmentation de la dose de quinine, administrée hier au soir. Lu malade a eu ce matin une bonne garde-robe, bien formée et non fétide.
Le 22 au soir. Vers midi, a eu un peu de malaise qui n'a duré qu'une demi-heure environ. Les deux derniers paquets ont été pris, ce soir, à cinq et à six heures. Le malade n'a éprouvé ni nausées ni de la douleur d'estomac, après les avoir pris, pas plus ce soir que ce matin. Pouls à 70. Etat local un peu moins satisfaisant, quoique non inquiétant} les râles souscrépitants sont un peu plus nombreux des deux côtés, surtout du côté gauche, le dernier côté envahi par la congestion pulmonaire.
Même prescription pour demain : seigle ergoté, 5 gi'., en quatre paquets.
208 OBSERVATIONS
Le 23 au matin. Le malade a passé une très-bonne nuit, sans contredit la meilleure depuis qu'il est malade ; il a dormi cinq heures, durant toute la nuit, et le sommeil le plus long a été de trois heures. Pouls à 72. Pour la première fois, les crachats ne sont ni rouilles ni sanguinolents. Etat local bien meilleur qu'hier au soir; râles sous-crépitants moins abondants, des deux côtés. A pris les deux paquets, ce matin.
Le 23 au soir. Même état, sauf que le malade se sent faible et a moins d'appétit; il a pris cependant, un peu de bœuf rôti, du lait, du bouillon et du vin. Mais, il avait pris hier une tranche de gigot de mouton, avec plus de plaisir.
Le 24, au matin. Nuit excellente, a été calme et a dormi, environ sept heures, en se réveillant toutes les deux heures, pour se rendormir tout aussitôt; pouls à 72; ne crache pas ; râles sous-crépitants persistant avec opiniâtreté, des deux côtés, sans s'étendre ; a pris les 2 paquets d'ergot de seigle, à sept et à huit heures.
Le 24, au soir. Même état ; beaucoup de calme et un peu de somnolence et d'accablement, dans la journée; état de faiblesse persistant; a eu une bonne garde-robe, dans l'aprèsmidi. A pris cependant du bouillon, deux œufs, et une aile de poulet, ainsi qu'un peu de vin de Porto, qui a semblé ranimer ses forces ; un peu moins de râles, du côté de la poitrine, surtout à droite ; pouls à 76 ; a pris ce soir, les deux derniers paquets d'ergot de seigle.
Je prescris, pour demain, 6 gr. du même médicament, en 4 paquets; à prendre 2 paquets, matin et soir.
Le 25, au matin. Nuit dernière tranquille ; sommeil interrompu, plus calme ce matin et continu, de cinq à huit heures ; a déjà pris, au moment de ma visite, les deux premiers paquets de seigle ergoté ; état local beaucoup plus satisfaisant, surtout à droite, où la respiration est presqu'entièrement revenue à l'état normal ; pouls à 72.
Le 25, au soir. Même état, si ce n'est qu'il y a eu un peu plus de râles bullaires,des deux côtés. L'appétit est tou-
■JKSbl
OBSERVATIONS
jours lent à revenir ; notre malade prend avec plaisir du lait, du bouillon et des œufs; il a pris également un peu de vin de Porto et n'a pas encore de l'appétence, pour la viande; pouls à 68; même prescription, pour demain: 6 gr. en 4 paquets.
Le 26, au matin. Même état local et général. Ce qui nous frappe le plus, c'est une sorte de langueur générale due à de l'inanition. Si nous n'avions vu ce même état persister, pendant des semaines entières, après l'administration pleinement justifiée de la quinine à haute dose, nous serions tenté de l'attribuer à l'ergot de seigle.. Cependant, notre malade a pris ceniatin, un peu de café au lait et une brioche avec plaisir; pouls à 60. Comme le malade me dit avoir eu et avoir encore froid aux pieds, j'examine ceux-ci avec soin et je m'assure qu'il n'y a rien d'anormal, du côté de la sensibilité ni de la circulation. Battements normaux de la tibiale postérieure et de la pédieuse. Le seigle ergoté ne produit d'ailleurs aucun trouble, du côté de l'estomac ni dans d'autres organes. — Je prescris la solution suivante : Pr. Arseniate de soude 0,10 centigr.
Eau distillée 300 gram.
M. A prendre une cuillerée par jour , avant le principal repas, à une heure de l'après-midi; il commencera aujourd'hui.
Le 26, au soir. Respiration meilleure des deux côtés : moins de râle. Notre malade a pris aujourd'hui avec plaisir une petite tranche de bifteck et quelques pommes de terre. Il prendra encore demain, 6 gr. de seigle ergoté.
Le 27. Amélioration sensible, tant au point de vue local que de l'état général. Le côté gauche de la poitrine est presqu'entièrement dégagé ; à droite, on entend encore quelques râles bullaires, dans une très-faible étendue. L'appétit semble revenir ; c'est ainsi que notre malade a pris, ce matin, du café au lait avec plaisir, et dans le milieu du jour, du bifteck et des pommes de terre, avec un vrai appétit : il commence à trouver du goût aux aliments et ne se sent plus découragé. Le matin, pouls à 60, le soir à 68. Hier au soir
OBSERVATIONS
et ce matin, au moment de notre visite, le malade nous dit avoir éprouvé du froid aux pieds. On comprend que ce' symptôme, qui peut trè»-bien s'expliquer, à la suite d'une anémie consécutive à une fièvre des plus graves, éveille pourtant toute notre sollicitude, en raison de la médication suivie. — Or, je me livre à une exploration minutieuse et je trouve la température normale au toucher, la coloration rosée des téguments, l'intégrité des battements artériels partout où ceux-ci peuvent être explorés, ainsi que la conservation parfaite de la sensibilité de la peau : celle-ci est explorée, dans tous 1rs points, par de légères piqûres d'épingle. Quoiqu'il n'y ait donc rien d'inquiétant de ce côté, le malade étant d'ailleurs notablement amélioré, je diminue la dose de seigle ergoté, pour demain, par simple mesure de prudence, et aussi dans le but d'explorer la maladie. — Je prescris donc, pour demain, 5 gr. de seigle ergoté, au lieu de 6 gr. — Continuation de l'arseniate de soude.
Le 28, au matin. Etat de la respiration bien plus satisfaisant que les jours précédents ; à gauche, respiration à peu près, normale ; à droite, quelques râles bullaires peu étendus. Pouls à 72, avant l'administration du seigle ergoté. — Etat général stationnaire. En voyant cette amélioration de l'état local, je retranche environ 1 gr. de la totalité des pa-' quets, ce qui réduit à 4 gr. la dose à administrer, dans la journée.
Le 28, au soir. Journée relativement mauvaise, affaissement, manque d'appétit, un peu de découragement, ce que je n'attribue pas à la diminution de la dose du médicament, mais plutôt au temps orageux que nous avons eu aujourd'hui. J'ai bien des fois remarqué, en effet, l'influence fâcheuse qu'exerçait sur ces malades, l'état électrique de l'atmosphère. Ce soir, côté droit de la poitrine dégagé et apparition de râles sous crépitants peu étendus, du côté gauche. Pouls à 60, après l'administration du remède. — Pour demain, je recommande l'expectation. — Prendre seulement une cuillerée à bouche de la solution d'arseniatc de soude. Le 29, au matin. Nuit dernière moins bonne que les pré-
cédentes ; il a bien dormi, de cinq à huit heures du matin. A l'heure de ma visite, je le trouve dans un état satisfaisant. A l'auscultation, jo ne constate que quelques râles à la base du poumon droit. — A pris, ce matin, du café au lait, avec plaisir. — Pouls à 72.
Le 29, à quatre heures de l'après-midi. On me fait appeler, vers trois heures, en me disant que le malade est triste, abattu, qu'il verse des larmes, etc. Je me rends donc près de lui et ne découvre autre chose que cette tristesse si commune après ces graves maladies. Il a bien mangé, à une heure, du poulet et du riz, et a bu un peu de vin de Porto. — Pouls à 84 ; pas de chaleur fébrile. — Je me borne à l'expeclalion, pour ce soir, et je prescris, pour demain, 5 gr. de seigle ergoté, en quatre paquets.
Le 30. Sommeil léger, mais tranquille ; nuit assez bonne ; moins d'abattement, ce matin. — Pouls à 68; quelques râles des deux côtés de la poitrine, plus nombreux à droite ; excellente garde-robe hier.
Le 31. Journée d'hier excellente; a pris les 4 paquets d'ergot de seigle et n'a éprouvé que fort peu d'abattement hier au soir, après les deux derniers paquets. Nuit excellente; hier a mangé de bon appétit, du mouton, des pommes de terre, du riz, etc., etc. ; ce matin a également pris son café au lait, avec grand plaisir. — Pouls à 68 ; la gaîté et le courage renaissent; respiration presque entièrement normale des deux côtés ; c'est à peine si on entend à droite, quelques bulles disséminées de râle sous-crépitant. — Aujourd'hui expeclation. Demain, prendra encore S gr. de seigle ergoté, en quatre paquets.
1 er avril. — Nuit dernière excellente ; bon sommeil; respiration presque normale des deux côtés ; une bonne garderobe, hier; l'appétit revient. — Le malade a déjà pris ses deux premiers paquets d'ergot de seigle, au moment de ma visite ; aussi, je trouve le pouls à 56. Depuis qu'il a pris ces paquets, il éprouve une assez grande prostration.
A trois heures de l'après-midi , on vient me dire que l'accablement a augmenté et quele pouls est tombé à 48. On
*** , OBSERVATIONS
veut savoir s'il faut donner les deux autres paquets, ce soir je conseille de ne donner qu'un demi-paquet, de sorte que la dose totale de la journée sera d'environ 3 gr. Demain, expectation.
Le 2. — On avait oublié de me mentionner hier un trouble assez inquiétant, évidemment dû à l'ergot de seigle; ce trouble a consisté en une abolition presque complète de la vision, qui a duré environ deux heures (de midi à deux heures). —Le soir même, après l'administration du demipaquet, le pouls était revenu à 72. — Il y a eu aussi des nausées qui ont empêché le malade de manger, hier, dans la journée; mais, le soir, il a pu s'alimenter convenablement, et la nuit dernière a été excellente. — Ce matin, bonne respiration ; à peine, quelques râles à grosses bulles.' — pouls à 76. — Cette intolérance du seigle ergoté, que j'ai si souvent notée, après l'administration de la quinine, dans les mêmes circonstances, me paraît être d'un très-bon augure. — Aujourd'hui, expectation. — Demain prendra 2 gr. 50 cent, en quatre paquets, dont deux paquets, matin et soir.
Le 3. — Je le vois, ce matin, avant qu'il n'ait pris le seigle ergoté. — Se trouve très-bien, a parfaitement dormi, la nuit dernière. — Hier, garde-robe tout à fait normale. — Ce matin, pour la première fois, respiration entièrement normale, des deux côtés, sans mélange de râles. Pouls à 76. — s'est bien alimenté, hier et ce mâtin.
Le 4. — La dose de seigle ergoté, qui a été prise, hier, n'a causé aucun trouble. Notre malade a parfaitement mangé, et même avec plaisir, ce qui ne lui était pas encore arrivé, depuis sa maladie. Le minimum des pulsations a été de 64, vers une heure de l'après-midi. — Nuit dernière excellente. Ce matin, notre malade cause avec beaucoup d'entrain. — Respiration tout à fait normale; pas de bruits anormaux à l'auscultation. — Pouls à 71.
Aujourd'hui expectation, — Je fais encore préparer 5 gr. de seigle ergoté, en huit paquets. — A prendre quatre paquets, demain.
OBSERVATIONS. 213
Je ferai garder les quatre autres paquets, pendant trois jours, pour voir s'ils conservent bien leur action sur le cœur et par suite, leur action thérapeutique.
Le 5. — Convalescence franche. Excellente journée hier, sommeil tranquille et prolongé durant toute la nuit dernière. Murmure vésiculaire normal. Les forces et la gaîté reviennent, l'appétit renaît. Pouls à 64, ce matin, une heure après les deux premières doses d'ergot de seigle. — Ce soir prendra les deux autres paquets.
Il n'y a pas eu de prostration, après les deux premières doses. — Dose totale : 2 gr. 50 cent. — Demain et après-demain, expectation.
Le 6. — Même état, retour des forces et de l'appétit. — Bon sommeil. Pouls à 72.
Le 7. — Journée d'hier excellente, sommeil bon, dans la nuit; mais, il y a eu quelques rêves. — Même état d'ailleurs, respiration parfaitement normale. — Pouls à 72. — Demain, prendra 2 gr. 50 d'ergot de seigle en quatre paquets.
Le 8. — Je vois notre malade, à onze heure, une heure après qu'ila pris son secondpaquet d'ergot de seigle; le premier paquet a été administré à neuf heures. — L'ergot de seigle qui a servi à faire ces paquets, a été pulvérisé, le 5 avril, au matin; il y a par conséquent trois jours entièrement révolus. — Or, à l'heure de ma visite, je trouve 56 pulsations etj'ai comptéàsix reprises différentes, pour trouver constamment le même chiffre. Le fils de notre malade, jeune homme fort intelligent, avait, sur ma demande, compté le pouls, une heure avant l'administration du premier paquet, c'est-à-dire à huit heures et il avait noté 76 pulsations. — Ce simple fait nous donne donc la preuve delà conservation des paquets, trois jours après la pulvérisation du médicament; car, tous les matins précédents, j'avais trouvé 72 pulsations.
Quoique l'observation soit encore incomplète, je crois qu'elle nous a déjà démontré la propriété fébrifuge bien évidente de l'ergot de seigle, et il me paraît inutile de retarder l'envoi de ce travail, déjà terminé depuis plusieurs
OBSERVATIONS
ours. — Je me propose d'éloigner, de plus eu plus, les jours d'administration du médicament, comme je l'ai fait pour la malade de l'observation XI, comme j'avais l'habitude de le faire pour les malades atteints de fièvres graves ou anciennes, auxquels je prescrivais de la quinine, pendant for*
ongtemps, ne faisant que suivre, en cela, la pratique si salutaire, préconisée par Trousseau.