‹ Recherches sur les propriétés thérapeutiques du seigleChapitre 2 sur 19 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

A. GOGGOZ, LIBRAIRE-ÉDITEUR

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11 y a de ces hardiesses qui font peur , même à ceux qui les commettent, après mûre réflexion et selon toutes les règles de la prudence la plus vigilante. La publication de ce petit livre en est une qui ne nous donne aucun remords, mais qui nous fait redouter, avec une certaine anxiété, le jugement de nos confrères.

Si ce petit livre est vrai, en effet, il contient en germe tant de choses utiles que, de la meilleure foi du monde , nous craignons de nous tromper, quoique nous ayons tout fait pour l'éviter. S'il est vrai, cependant, tout l'honneur doit en revenir à la physiologie française et à son principal initiateur, M. Claude Bernard, dont les travaux ont déjà jeté et sont encore appelés à jeter une si vive lumière, sur les problèmes les plus obscurs de la pathologie.

S'il est faux", nous ne tromperons personne, en disant que ce sera pour nous une grande déception, et la chose n'aura pas une grande portée, tant est commune et connue la fragilité des jugements humains.

Vrai ou faux, nous croyons cependant que ce travail sera utile, et cette seule considération nous décide à le faire connaître. Il sera utile, en appelant l'attention des médecins, sur des questions de

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pathologie et surtout de thérapeutique générales que nous croyons inexplorées. Il sera utile, en faisant réfléchir ceux qui seront tentés de l'approuver ou de le critiquer. Or, un travail qui fait réfléchir, n'est pas un travail absolument dénué d'utilité.

Le plus sage eût été sans doute d'attendre la sanction d'une plus longue expérience, et c'est le parti que nous aurions certainement pris, si la chose nous eût été possible.

Mais, d'une part, les recherches de ce genre demandent à ne pas être troublées par des regards indiscrets, et il n'est pas facile, quand on est obligé de tout faire, dans sa clientèle privée, de les dérober longtemps à la connaissance du public. D'autre part, les résultats obtenus jusqu'à ce jour nous paraissent assez variés et assez concluants, pour qu'il nous soit permis, sans témérité, d'étayer sur eux, sinon une opinion définitive, du moins des espérances légitimes.

Il y a longtemps, d'ailleurs, qu'un illustre médecin, Morgagni, nous a appris qu'il fallait surtout peser les observations, avant de les compter. Le nombre n'est pas tout dans une statistique , et s'il fallait opter entre deux conditions essentielles, nous croyons que la qualité ou le choix des observations devrait passer avant le nombre. La constance des phénomènes observés, dans les mêmes circonstances , est un de ces axiomes sans lesquels il serait impossible de se livrer, avec fruit, à n'importe quelle recherche scientifique. Si on a bien observé une bonne fois, qu'en faisant passer un courant

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électrique, dans de l'eau distillée, on obtient une décomposition du liquide en oxygène et en hydrogène, le même phénomène se produira, non par cent ni mille fois, mais constamment, chaque fois qu'on se placera dans les mêmes conditions expérimentales.

Pourquoi n'en serait-il pas de même des phéno mènes médicaux?

Nous n'ignorons pas sans doute que , lorsqu'il s'agit d'apprécier l'efficacité d'un traitement nouveau, une foule de causes étrangères peuvent faire varier les résultats obtenus, et par là même troubler le jugement qu'il convient d'en dégager. En tête de ces causes, nous ne craignons pas de placer la complaisance de l'expérimentateur qui cherche trop souvent à confirmer et non à contrôler simplement lajustesse d'une idée préconçue. Nous ne croyons pas, pour notre part, que nous soyons passible d'un pareil reproche, après les précautions sans nombre dont nous nous sommes entouré.

Au reste, en débutant dans ces recherches, nous ne nous sommes pas dit que nous voulions poursuivre telle ou telle découverte. Préoccupé de certaines difficultés qui ne se présentent que trop souvent dans la pratique médicale, nous avons cherché à résoudre ces difficultés , une par une et dans l'ordre où elles se présentaient à notre esprit. Or, il nous est arrivé ce qui arrive parfois à un voyageur aventureux qui s'engage seul dans un pays inconnu; après quelques étapes parcourues, nous nous sommes trouvé dans un pays tout nouveau où

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notre curiosité nous a poussé à explorer avec soin tout ce qui s'offrait à nos regards. Nous n'avons donc pas agi, en vue de telle ou telle idée préconçue; nous n'avons fait qu'enregistrer ce que nous observions, en nous guidant, bien entendu, pour observer et apprécier, sur notre jugement, le seul guide connu des impressions intellectuelles.

Si, en dépit de nos précautions, nous avons encore mal vu et mal jugé, nous ne désespérons pas pourtant de mériter et d'obtenir 1 indulgence de nos lecteurs. Nous n'avons rien négligé, en effet, pour leur être agréable ; nous osons compter que, de leur côté, sans rien abdiquer de leur droit de critique, ils nous sauront gré de nos efforts. A tous ceux qui voudront nous suivre dans cette étude difficile, nous ne saurions assurément garantir le succès. Nous pouvons leur promettre, du moins, de grandes satisfactions morales et intellectuelles ; car , de tous les mobiles qui puissent tenir en éveil notre curiosité, il n'en est pas de plus noble ni de plus attrayant que celui qui se propose de rendre à l'bomme la santé, le premier de tous les biens.

Il n'appartient à personne de juger ses propres œuvres : nous ignorons donc le sort qui sera fait à celle-ci. Ce que nous pouvons affirmer du moins (et pourquoi ne le dirions-nous pas au moment où quelques Français, abattus par nos récents désastres, semblent désespérer de leur pays?), c'est que cette œuvre, petite ou grande, nous a été inspirée par une idée patriotique.

Nous avons entendu autrefois, dans le cours si

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bien fait du regrettable professeur Denonvilliers, nous avons entendu exprimer cette idée , que le corps humain nous offre le modèle inimitable de toutes les industries humaines. On pourrait pousser l'analogie plus loin et trouver pour les nations ellesmêmes un modèle d'organisation dans la structure du corps humain. Or, si on veut un instant poursuivre cette comparaison, avec ce que nous avons été conduit à dire, au point de vue médical exclusif, pages 107 et suivantes, on verra que c'est de la somme de nos efforts individuels que nous devons attendre la réorganisation et la grandeur éclipsée de notre beau pays.

Si chaque Français, qui est un élément de la nation , fait des efforts pour se perfectionner luimême, au lieu de critiquer amèrement tout ce qui se fait en dehors de lui, s'il sait faire taire ses rancunes d'opinion et de parti, pour travailler en silence à l'œuvre commune, s'il apprend à supporter dignement les grands malheurs qui l'ont frappé. s'L se retrempe à la pratique de ses devoirs privés et publies, les affaires de la France ne s'en trouveront sûrement que mieux. Pour continuer la comparaison, nous dirons, qu'avec de bons citoyens on fait de bonnes familles, avec de bonnes familles on fait des cités prospères , et avec des cités prospères on fait ou on refait de grandes nations. C'est donc par {"individu qu'on peut régénérerun grand peuple, et c'est l'individu lui-même qui doit à son pays de faire tous ses efforts, sans attendre tout de l'impulsion d'un gouvernement

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quelconque. A quoi bon récriminer contre un vainqueur impitoyable? Quel est le Français qui voudrait de sa pitié, sauf cependant celui qu'on a arracné violemment à ses foyers ! Hélas ! Que de ruines et de désastres ne pourrait pas accumuler, pour l'avenir de deux grands peuples, cette violence sacrilège ! Fasse le ciel qu'un génie bienfaisant inspire ,à nos vainqueurs, encore enivrés de leur triomphe, cette noble pensée que nous avons connue, au temps de nos victoires, qu'entre toutes les libertés, celle de choisir ou de garder son pays, doit être la plus respectée! Et, si la France retrouve jamais sa force et sa suprématie, puisse-t-elle ne jamais oublier que la grandeur d'âme est une vertu toute française, qui ne saurait se perdre entre ses mains !

Telles sont les réflexions qui nous ont poussé, depuis deux ans, au travail de science pure, trop négligé de nos jours, travail sans lequel la pratique végéterait dans la routine, sans lequel du moins nous n'aurions pas fait un pas de plus dans la question qui nous occupe.

Aux temps prospères, on oublie vite ou plutôt on ne sait guère tout ce qu'on doit à son pays ; à l'heure de l'adversité, petits et grands, faibles et forts, tous se souviennent qu'ils lui doivent parfois les plus grands sacritices et qu'ils lui doivent sans cesse, dans la mesure de leurs forces, le travail de chaque jour.

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