‹ Recherches sur les propriétés thérapeutiques du seigleChapitre 3 sur 19 · ORIGINE DE CES RECHERCHES. — MARCHE SUIVIE DANS CETTE ÉTUDE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE CES RECHERCHES. — MARCHE SUIVIE DANS CETTE ÉTUDE

§ 1. — De la non-spécificité thérapeutique des divers agents médicamenteux.

La saine et rigoureuse observation clinique, qui se méfie sans cesse des écarts trompeurs de notre imagination, ne doit pas exclure cependant l'intervention du raisonnement, à la condition expresse que ce dernier repose sur l'expérience déjà acquise, sur les faits qui passent pour être le plus solidement établis. C'est ainsi que le raisonnement peut confirmer certains jugements reçus, qu'il peut en rectifier d'autres et servir de guide à l'observation ultérieure. L'enchaînement des faits et des explications

qui les éclairent nous conduit parfois bien loin du point de départ de nos recherches spéciales; mais, quel que soit le chemin parcouru, on ne saurait s'égarer, si on s'attache à ne résoudre que des questions parfaitement simples, si on a le soin de les résoudre, une par une et dans leur ordre logique, et si on soumet toute idée nouvelle au contrôle direct de l'expérience, prudemment dirigée.

Ce court préambule n'a pour but que de montrer la parenté des diverses questions thérapeutiques , fort disparates en apparence , qui nous ont guidé, dans nos recherches, sur le seigle ergoté.

Le point de départ do ces recherches remonte à nos études sur les fièvres palustres et n'a pu être nettement établi, comme il sera facile de le voir, qu'après la solution d'une série de questions intermédiaires, se rattachant les unes aux autres, par un lien des plus étroits. Avant d'exposer les tentatives que nous avons cru devoir faire, pour éclairer l'étude de ce médicament, il nous paraît donc indispensable de résumer, en quelques mots, la filiation naturelle des faits et des raisonnements qui nous y ont conduit, pas à pas, et presque à notre insu.

Une croyance généralement admise, parmi les médecins, croyance que, pour notre part, nous avons acceptée sans réserve, voulait que la quinine jouit d'une action spécifique contre les diverses formes de l'infection palustre. D'où il devait résulter, en

renversant les termes de cette proposition, que toute affection grave ou rebelle qui avait résisté à divers traitements énergiques, pour céder rapidement à l'administration de la quinine, devait être une affection palustre. Si un certain nombre de médecins avaieni su instinctivement se soustraire à cette sorte d'entraînement général, leur avis ne devait pas prévaloir ; car ils n'avaient donné, à ce que nous sachions du moins, aucune preuve suffisante, à l'appui de leur opinion.

En partant de cette conviction si accréditée, nous avions donc été conduit à ranger, dans l'infection palustre, un nouveau groupe de cas, lesquels n'offraient ni fièvre ni périodicité et cédaient pourtant au sulfate de quinine, avec une rapidité et une sûreté tout aussi merveilleuses que s'il se fût agi des affections palustres les mieux caractérisées. Nous croyons encore aujourd'hui, jusqu'à preuve du contraire, que .ce groupe doit être maintenu. Mais, il serait facile, à défaut d'une attention scrupuleuse, d'y laisser glisser un certain nombre de faits qui doivent en être distraits; telles sont, par exemple, les hémorrhagies capillaires, nasales, intestinales, utérines ou autres, etc., etc., sans quelques symptômes antécédents ou actuels d'infection paludéenne.

A l'appui de notre assertion, nous invoquerons un fait que nous rapportons en détails. (Obs. I). Bornons-nous à dire ici, qu'ayant été conduit à adminis-

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trer de la quinine à un malade atteint d'un type rare de congestion pulmonaire considérable, nous avions vu cette congestion céder, avec une rapidité tellement merveilleuse, à l'administration de la quinine, que, sur la foi des opinions reçues, nous aurions pu en attribuer l'origine à une intoxication palustre. Or, deux ans et demi plus tard environ, ce malade nous est revenu, avec une phthisie pulmonaire confirmée et nous a ainsi- donné la preuve de l'erreur d'interprétation que l'on aurait pu commettre de la sorte.

Il est de toute évidence aujourd'hui que nous ne pouvions avoir affaire, dans ce cas, qu'à une congestion prémonitoire d'un travail de tuberculose, congestion qui s'était rapidement et merveilleusement dissipée, sous l'influence de la quinine.

Il suffirait d'une seule observation probante de ce genre pour détruire, de fond en comble, le dogme de la spécificité des médicaments; car, si celui-ci ne peut pas tenir devant la quinine, le premier des soi-disant spécifiques, à fortiori, doit-il s'effacer devant les autres médicaments, sans en excepter le mercure ou l'iodure de potassium. Ceci ne veut pas dire assurément que le champ d'application des agents thérapeutiques puisse être illimité, et qu'on doive faire de chacun d'eux une sorte de panacée universelle. Non; mais la quinine, le mercure, l'iode, etc., peuvent être utilisés, à un degré d'efficacité variable, sans doute, mais enfin peuvent être

utilisés, dans d'autres entités morbides que l'infection palustre, la syphilis, la scrofule, etc.

C'est là, du reste, une notion implicitement admise par tous les médecins qui, une fois ou autre, dans leur pratique, détournent ces divers médicaments de leur application habituelle. La croyance à la spécificité thérapeutique n'en persiste pas moins à leurs yeux; mais leur pratique devient parfois, comme une sorte de protestation muette, contre l'idée de cette prétendue spécificité. Chacun de ces agents a, pour ainsi dire, une dominante thérapeutique, qui consiste à être plus particulièrement anti-périodique, anti-syphilitique ou anti-scrofuleuse, pour la quinine, le mercure ou l'iode; mais il peut avoir, et il a, en réalité, d'autres applications thérapeutiques.

De là résulte, ce nous semble, une façon plus large et plus vraie, plus conforme à l'expérience, d'envisager les divers modes d'application des agents que nous fournit l'hygiène ou la matière médicale, ou toute autre branche de la médecine. L'emploi de la force, par exemple, ne sert-il pas, en chirurgie, à réduire les luxations et les hernies, et en obstétrique, à favoriser l'expulsion du fœtus, pendant l'accouchement? Et, si les chirurgiens se servent souvent de ce spécifique, pourquoi les accoucheurs devraient-ils s'en priver plus qu'eux? D'une manière générale, on peut dire qu'il n'existe pas, à proprement parler, de médicament contre tel et tel

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