‹ Recherches sur les propriétés thérapeutiques du seigleChapitre 9 sur 19 · OBSERVATION XIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIII

Fièvre quarto. Traitement par l'ergot de seigle.

Cette observation pourrait s'intituler: la course à la fièvre quarte. Car, contrairement aux habitudes reçues c'est le médecin qui est allé vers la malade, celle-ci supportant stoïquement son mal, sans ce soucier de consulter. Les premiers succès que j'avais obtenus, par le seigle ergoté m'avaient paru tellement extraordinaires, que j'avais peine à y croire, quoique j'eusse fait choix de fièvres palustres bien caractérisées, et de fièvres rebelles, pour essayer ce médicament.

Il me fallait, à tout prix, au moins une fièvre quarte, la fièvre tenace par excellence et l'écueil des mauvais fébrifuges : c'est cette pierre de touche infaillible que je réclamais, pour bien connaître la valeur de notre nouveau fébrifuge.

Ayant appris, sur ces entrefaites, qu'une paysanne, habitant un village, à quelques kilomètres de Pau, était atteinte de fièvres quartes, depuis deux ou trois mois, sachant en outre qu'elle ne se faisait soigner par personne et qu'elle confiait son mal à la nature, je prends la résolution d'aller la voir. IL est inutile que je raconte ici le subterfuge auquel j'ai eu recours, pour avoir un prétexte plausible de lui donner des soins, et pouf lui inspirer cette confiance

BSERVATIONS.

dont tout médecin a besoin, près de ses malades, et qui m'était, dans cette circonstance, plus nécessaire que jamais. Je me bornerai à dire que, sous prétexte d'un renseignement à demander, je me suis rendu chez elle, avec mon excellent ami, le D r Lacoste, le 29 octobre 1872, et que nous l'avons amenée à nous parler elle-même de ses fièvres, ce qui était le but de nos efforts.

Voici donc la relation médicale de ce fait :

Notre malade, âgé de 35 ans, réside depuis son enfance, dans une habitation construite près d'un véritable marais et a déjà été atteinte, à l'âge de 12 ans, de fièvres quartes qui avaient duré, sans interruption, pendant 18 mois. Elle a été reprise de ces mêmes fièvres quartes, dans les premiers jours d'aoïit dernier (1872) et les a toujours conservées, avec ce type, jusqu'à ce jour. Tous les accès n'ont pas eu la même violence; mais, aucun n'a manqué, jusqu'à ce jour, et tous ont revêtu la périodicité la plus parfaite et ont présenté les trois stades classiques, frissons, chaleur et sueur. Hier, 28 octobre, elle était à Pau où elle a eu son accès, comme de coutume, plus faible cependant que les deux précédents ; mais, elle en a eu d'autres aussi faibles, suivis pourtant d'accès violents. Elle a eu ses règles, le 21 de ce mois et elle nous apprend que, depuis l'invasion de ses accès de fièvre quarte, elle a eu, à chaque époque menstruelle, une véritable métrorrhagie qui lui causait une grande faiblesse générale, pendant plusieurs jours.

Comme nous tenons à examiner la rate, nous trouvons, sur rhypochondre gauche, un emplâtre de poix de Bourgogne, que notre malade y a appliqué, il y a quelques jours, à caused'une douleur qu'elle a éprouvée fréquemment, dans cette région; telle est la seule médication dont elle ait fait usage, depuis trois mois qu'elle est souffrante. Quant à la rate, nous la trouvons modérément hypertrophiée; c'est à peine si elle déborde, d'un ou deux travers de doigts, le rebord des fausses côtes gauches. Il n'est peut-être pas inutile d'ajouter ici, que son mari et ses deux enfants ont eu, à

OBSERVATIONS. 165

diverses reprises, des fièvres palustres de tous les types, des fièvres quotidiennes, tierces et quartes.

Nous prescrivons 15 grammes de seigle ergoté récemment pulvérisé, en cinq paquets: à prendre un paquet par jour, dont la moitié le malin et l'autre moitié, le soir.

Le 4. — Notre malade revient nous voir, et comme elle ne me rencontre pas à la maison, elle va trouver M. Lacoste, auquel elle apprend, avec satisfaction, que ses deux derniers accès, qui sont venus pourtant aux jours habituels, le 31 octobre etle 3 novembre ont été très-faibles. Dans celui d'hier notamment, il n'y a eu que quelques frissons et pas de chaleur. Elle a pris le premier paquet, le 30 octobre, puis deux autres paquets, les 31 octobre et 1 er novembre; mais, voyant que l'accès du 31 octobre avait notablement diminué d'intensité, elle n'a pas pris les deux dernier.-; paquets. M. Lacoste, avec lequel je m'étais concerté d'avance, dans la prévision de toutes les éventualités, lui a recommandé de finir les deux paquets, qui lui restaient; il lui a prescrit, en outre, 20 gr. de seigle ergoté récemment pulvérisé en cinq paquets; à prendre un paquet par jour.

Le 18 novembre suivant, M. Lacoste a eu occasion de revoir cette rnaladeà Pau, et voici les renseignements qu'elle lui a donnés :

Le 5. — Au lieu de suivre sa recommandation, elle a laissé de côté les deux paquets à 3 gr. et a pris le matin, la moitié de l'un des nouveaux paquets (c'est-à-dire, 2 gr.) et le soir, l'autre moitié (encore 2 gr.). Puis, pour aller plus vite, elle a pris, le 6 novembre, un paquet tout entier, 4gr. en une seule foisle matin et un paquet tout entier le soir, de la même manière. Elle s'est donc administré, en une seule journée, la dose de 8 grammes que nous n'aurions jamais osé lui prescrire, et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'elle a pris cette énorme dose, sans ressentir aucune incommodité sérieuse; c'est à peine si elle a éprouvé un peu de répugnance à avaler des poudres, et si elle a eu quelques nausées, après avoir pris ces paquets; mais pas le moindre vomissement ni douleur d'estomac, ni vertiges, etc. La fié-

vre ayant complètement manqué ce même jour, 6 novembre notre malade a cessé de prendre toute médication, et depuis ce jour, aucun autre accès n'a reparu. Il lui restait donc encore, a cette date, quatre paquets qu'elle n'avait pas employés, dont deux paquets à 3 gr. et deux autres à 4 gr chacun.

Le 25 mars suivant 1873, comme nous n'avions plus eu d autres nouvelles, nous allons, M. Lacoste et moi revoir notre malade que nous trouvons très-bien portante ayant repris des forces et de l'embonpoint, ayant en un mot toutes les apparences d'une excellente santé.

Après nous avoir confirmé tous les détails précédents qu'elle avait déjà donnés à M. Lacoste, elle ajoute que depuis le 6 novembre 1872 jusqu'au 15 février 1873 elle s'est très-bien portée. A cette dernière date, elle a été reprise de trois accès violents, à type quarte; une fois le troisième accès passé, elle a pris (le lendemain de l'accès) un paquet de 3 gr. le matin, et le dernier paquet de 3 gr le soir. Le jour suivant, elle a pris l'un des paquets à4gr. de telle sorte qu'elle a pris 10 gr. en deux jours. Elle n'a plus continué la médication et a gardé un paquet de 4 grammes qu'elle nous montre. Or, à partir, de ce jour, elle n'a plus eu le moindre accès d'aucun genre; elle nous dit qu'elle a conservé ce dernier paquet, pour ne pas être prise au dépourvu, dans le cas où un autre accès reviendrait.

Ce qui nous a paru extrêmement remarquable, dans ce cas, c'est la brusque disparition des accès, après 1 emploi de ce seigle ergoté, dont la pulvérisation remontait à environ quatre mois. Nous ne pouvons guère cependant récuser en doute cette efficacité, en entendantle récit que nous faitla malade, de la violence inaccoutumée des derniers accès fébriles Nous l'engageons cependant àne plus se fier à l'action du dernier paquet qui lui reste, dans le cas où elle serait de nouveau prise de fièvre.

OBSERVATIONS

OBSERVATION XIV

Fièvre rémittente grave,- suivie do fièvre quotidienne. Traitement par le sulfate de quinine et le seigle ergoté.

Le nommé Meyer (Léon), de Colmar, âgé de 20 ans, soldat au 18 e de ligne, entre le 29 septembre 1872, salle Saint- Vincent, n° 1, à l'hôpital de Pau, où je faisais le service médical, par intérim.

Le 30 septembre au matin, à l'heure de la visite, nous trouvons ce malade, dans un état grave en apparence, en proie à une stupeur typhoïde des plus marquées. Il résulterait des renseignements forts incomplets du reste, que nous avons pu recueillir sur sou compte, qu'il aurait joui d'une bonne santé, jusqu'il y a une huitaine de jours et qu'il ne serait sérieusement tombé malade que depuis trois jours.

Le 27 septembre au matin, il a été pris d'un frisson, suivi d'une forte chaleur, et la fièvre a duré, sans interruption, jusqu'au 29 septembre au soir, jour où on le fait entrer dans nos salles. Nous n'avons pu recueillir rien do précis sur ses antécédents, et comme notre malade s'exprimait difficilement en français, il n'a pas pu nous donner plus tard les renseignements que nous lui avons demandés, sur son état de santé antérieure.

Notre première pensée, en voyant ce malade, a été qu'il était atteint d'une fièvre typhoïde. La chaleur de la peau est vive, le pouls à 120, la stupeur très-prononcée ; symptômes qui semblent confirmer ce premier diagnostic. Mais', nous ne constatons ni du météorisme abdominal, ni du gargouillement ou de la douleur à la fosse iliaque droite : il n'y a pas eu de diarrhée. Nous ne découvrons, sur l'abdomen ni sur le reste du corps, aucune trace de sudamina ou de taches rosées lenticulaires ; il est vrai qu'à une période encore peu avancée delà maladie, cette éruption peut encore faire défaut. Dans le doute, et pour éclairer le diagnostic, nous ■prescrivons une potion, avec 1 gr. de sulfate de quinine.

Lel"etle2 octobre, mêmes symptômes auxquels s'est joint

lk* r\ ° S " re i, "' éii °''»"°» ta. leta. de notre malade. Chaleur moins acre de la peau oonlvun» «i„„

XÎtof/ ^f/ 8 »"^ ^ côté de l'abdomen. S F! ^ on ' ' #''• ^ * sulfata de quinine.

visite tmaW,, SœU r "^ ap P rend <I ue > h -r, après notre visite le malade aetepns, vers 11 heures, d'un frisson de

vive ae la peau. La fièvre a duré presque toute la journée et na commencé à décliner gue vers 6 heures du soir puis une sueur légère est apparue surtout le corps uZtaZ moins agnée que les précédentes. Au moment d no e

Tar7o d JZ TT' WnS "° téS hiermati «- Prescription i gr. 50 de sulfate de quinine en potion.

ot L< , 5 '~ ? ier ' mêrae accès de flè vi'e qu'avant-hier tout a fait semblables. Le malade ayant un peu de surdité

ïïsssr 1 f^ pius éJeiiié - £ *^«

ceUroT , U Sel fébl ' ifU8e > et mus Prescrivons. pour

cette apres. mi d^un ep oiion avec i ar. 25 de sulfate de quLne.

cutanée H W P Satisfaisailt : Pouls à m, chalem .

cutanée diminuée, un peu de sommeil la nuit dernière

coup plus faible et n'a duré que deux heures environ Le

nated , hm COnlemnt °' m m ^rarn m es d'arsemate de soude, par cuillerée.

, Le 7. - Etat meilleur encore que la veill, ; apyre.xie ,

à peu près complète, le matin. — Béveil de l'appétit. — Hier l'accès a manqué, c'est à peine s'il y a eu uii léger malaise, vers midi, un peu plus tard qu'à l'heure habituelle de l'accès. Je prescris une cuillerée à bouche, matin et soir, d'arseniate de soude, et je recommande à la sœur, s' il survenait dans la journée un nouvel accès de fièvre, d'adminstrer, une fois l'accès passé, une potion contenant I gr. 25 de sulfate de quinine.

Le 8. — Hier la fièvre est revenue un peu avant midi, avec frisson assez violent suivi d'une chaleur, trèsvive de la peau. La fièvre commençant à décliner vers 5 heures du soir, la sœur a donné la moitié de la potion, et une heure plus tard, l'autre moitié ; la seconde cuillerée d'arseniate de soude n'a pas été administrée le soir. Sommeil agité la nuit dernière. — Ce matin, je trouve la peau légèrement fébrile, le pouls est à 104. — Je suspends toute médication par le sulfate de quinine et l'arsenic, et je prescris 2gr. de seigle ergoté récemment pulvérisé, en quatre paquets, à prendre, deux paquets ce matin, à une heure d'intervalle l'un de l'autre, et les deux autres paquets ce soir, de la même manière.

Le 9 — Hier la fièvre est revenue à la même heure, mais a été très-faible et de courte durée ( deux heures environ); le seigle ergoté a et* bien supporté.— Ce matin, l'état général semble meilleur, l'appétit revient et le sommeil a été, la nuit dernière, moins agité qu'il ne l'avait été, la nuit précédente. — Même prescription: 2 gr. de seigle ergoté, en quatre paquets.

Le 10. — N'a pas eu de fièvre hier : l'appétit revient, le sommeil a été calme cette nuit, pouls à 81. peau légèrement sudoraleet d'une température presque normale au toucher : 2 gr. de seigle ergoté.

Le 11. — Même état, sommeil calme la nuit dernière, et plus prolongé que les nuits précédentes. Je constate une légère dilatation des pupilles, en égard à la dilatation des jours précédents, laquelle me paraissait à peu près normale. — 2 gr. d'ergot de seigle.

OBSERVATIONS

Le 12. — N'a pas eu de fièvre hier, mais a éprouvé un

eger malaise, de midi à une heure, heure à laquelle arrivait

l'accès, quand la fièvre existait, a eu moins d'appétit que

les jours précédents; néanmoins, le sommeil a été bon la

nuit dernière. Ce matin, le pouls est à M. - Expectation.

Le 13. —Etat très-satisfaisant, appétit revenu, pouls à 72. Pas de traitement actif.

A partir de ce jour, j'ai gardé le malade à l'hôpital, jusqu au 30 octobre, uniquement pour le tenir en observation.

En raison du malaise observé le 12 octobre, à l'heure habituelle des accès, je m'attendais à un retour imminent de la fièvre, et j'ai été fort heureusement trompé, dans mon attente. Notre malade n'a pas tardé à recouvrer la plénitude de ses forces et s'est rétabli, sans subir la plus légère recrudescence fébrile. Le seul indice de fièvre qu'il ait offert (s'il est possible de l'appeler de ce nom), a été observé, dans la matinée du U. La peau a été, ce jour-là, légèrement sudorale, et le pouls a été à 80, au lieu de 72, chiffre des jours précédents et des jours suivants.

Il ne me paraît pas possible de ne pas attribuer à l'ergot de seigle cette absence de recrudescence fébrile; car, lorsqu'on vient à suspendre tout traitement fébrifuge, après une fièvre rémittente, qui, sans être des plus graves, a été cependant inquiétante ou tout au moins très-rebellè, il est extrêmement rare qu'on n'observe pas promptement dé nouveaux accès fébriles, faibles ou forts, et le plus souvent des accès d'une grande intensité.

OBSERVATION XV

Fièvre*intermittente quotidienne, tendant à devenir rémittente. Traitement par le seigle ergoté.

Le 2 novembre 1872, je suis consulté, pour une jeune fille de 24 ans, d'une forte constitution et ayant toujours joui d'une bonne santé. Il y a près d'un mois que cette jeune fille a été prise d'inappétence et de faiblesse générale et d'une sorte de fièvre lente, apparaissant à des intervalles irré-

OBSERVATIONS

gulicrs; presque toutes les uuits, quand elle s'abandonne un peu au sommeil, elle a des cauchemars et des rêves pénibles. A tous ces symptômes se joint un amaigrissement notable qui inquiète beaucoup ses parents. Il y une semaine environ, la fièvre a semblé se régulariser ; elle s'est montrée tous les jours, vers trois heures de l'après-midi, débutant par un frisson prolongé, quoique peu violent, auquel succédait une chaleur vive de la peau, sans sueurs. Les trois premiers jours, la fièvre semblait se dissiper, vers 9 on 1 heures du soir; mais, depuis quatre jours, elle se prolonge, durant toute la nuit et même pendant une partie de la matinée. En même temps, notre malade éprouvait une grande lassitude générale qui allait chaque jour en croissant, et elle était fréquemment triste sans motifs.

Dès les premiers jours de l'apparition de ces symptômes, c'est-à-dire vers le 8 ou le 10 octobre, j'avais cru à un état de chloro-anémie pour lequel j'avais prescrit quatre pilules de Vallet, par jour. Mais, notre jeune fille n'en retirant aucun profit, sa tante s'était justement inquiétée de ce , dépérissement général qu'elle voyait progresser de jour en ' jour ; c'est alors qu'elle me l'a conduite de nouveau.

Cette persistance ou plutôt cette aggravation graduelle des symptômes ne laissait pas que de me préoccuper moimême. D'après l'observation de cas semblables que j'avais recueillis, depuis plusieurs années, je ne pouvais voir dans ces symptômes, que les signes prodromiques d'une lièvre typhoïde ou plus probablement encore d'une fièvre rémittente, qui pouvait acquérir assez promptement un mauvais caractère. Il n'est pas assurément possible d'établir toujours son pronostic, sur une base parfaitement fixe, et les appréciations les mieux fondées en apparence, peuvent se trouver en défaut. Je dois ajouter cependant que, dans la plupart des cas où des craintes pareilles m'ont assailli, elles ont été le plus souvent justifiées par l'aggravation soudaine des accidents. Or, je me trouvais précisément dans cette situation d'esprit, vis-à-vis de cette malade : en voyant cette longue période prodromique aboutir à uue fièvre quoti-

OBSERVATIONS

dienne, dont les divers accès consécutifs avaient une tendance a emp.éter, déplus enplus, sur le temps del'apyrexie je jugeais que cette fièvre ne tarderait pas sans doute à

rtrVr r te - 0l '' J ' aValS déjà ****> P ar ^ expérience as ez longue, que les fièvres rémittentes, en cette

saison de 1 année surtout, avaient de la tendance à s'aggraver

rapidement, ou tout au moins, à se prolonger et à £e

a une médication énergique. -

JZlt- Tn ^^ t0US CGS détails ' P° m ' bie » mo »fer que étais loin d être rassuré, sur l'issue de cette affection, et je

avant rrn^ 1 ' 011 " 6 ' ï "^ dU Seigle «*»* d ™ ce cas, avant que nous ne fussions arrivés à une période du mal

véritablement dangereux. - Je prescris en conséquence, 8gr. de seigle ergote, récemment pulvérisé , en quatre paquets. - A prendre un demi-paquet, matin et soir, en deux fois et à une heure d intervalle.

Or dès le 4 novembre, second jour du traitement, notre malade a ressenti une amélioration des plus notables, elle a pu prendre quelques potages avec plaisir; la matinée s'est passée dans une apyrexie complète, et la fièvre qui est survenue vers 3 heures de l'après-midi, s'est terminée au bout de trois heures.

L'amélioration a fait des progrès tellement rapides, dans les deux jours suivants, que notre jeune fille n'avait plus de fièvre, qu elle recouvrait l'appétit, le sommeil et la gaieté et se croyait tout à fait guérie, lorsque dans l'après-midi du 6 novembre, elle est prise subitement d'une douleur d'estomac assez violente. Les règles se déclarent, une heure après le début de cette gastralgie, et celle-ci disparaît insensiblement, a mesure que le sang menstruel vient à s'écouler librement. Ordinairement, cette jeune fille arrivait à ses règles, a jour fixe, après 30 jours révolus, et cette fois 1 époque menstruelle était avancée de six jours. Il lui restait encore à prendre un demi-paquet d'ergot de seigle; mais elle 11 a pas osé le prendre, quand elle a eu constaté l'apparition de 1 époque menstruelle.

Notre malade n'a donc pris, dans ce court traitement,

OBSERVATIONS

qu'une dose totale de 7 gr. 50 centigr. de seigle ergoté, en quatre jours, et cette dose a suffi pour dissiper des accidents menaçants, sinon bien graves, et dont le début remontait à plus de trois semaines.

L'amélioration, se soutenant après la disparition des règles , je n'ai pas voulu reprendre le traitement institué, quelques jours auparavant. Or, aucun trouble nouveau n'est survenu depuis ce moment, dans la santé de cette jeune fille. Je rencontre notre ancienne malade assez souvent, et je l'ai toujours vue jouir d'une santé parfaite.

OBSERVATION XVI

Fièvre rémittente, avec gastrorrbagie légère. —Accès consécutifs de fièvre quotidienne. — Traitement par l'ergot de seigle. — Rechute de (lèvre quotidienne, traitée parle sulfate de quinine.

Le 23 octobre 1872, je suis appelé dans, la soirée, près d'une jeune fille de 22 ans, qui se plaint de douleurs trèsvives dans la région hypogastrique. Cette douleur, qui dure depuis deux jours etse calme, de temps en temps, pour subir des exacerbations violentes et irrégulières, cette douleur ne saurait être attribuée à la menstruation ; car notre jeune fille est régulièrement menstruée et a eu sa dernière époque il y a quinze jours. La douleur était continue, depuis plusieurs heures et n'offrait, en aucune façon, ces intermittences régulières qui permettent de soupçonner l'existence d'un avortement ; il n'y avait pas d'ailleurs la plus petite perte de sang. La malade m'apprend qu'elle jouissait habituellement d'une bonne santé, qu'elle aurait eu seulement une fièvre typhoïde à l'âge de 10 ans ; depuis quinze jours, elle se plaint d'avoir perdu l'appétit et le sommeil. Aucune contrariété ne saurait expliquer l'apparition de cette douleur vive. Après ces renseignements, la palpation de l'abdomen ne me révélant d'ailleurs l'existence d'aucune lésion locale, inflammatoire ou autre, je crois a une simple don-

OBSERVATIONS

leur de nature hystérique, et je prescris une potion avec 2 grammes déther.

\ Le 24 octobre, à cinq heures du soir, on me fait appeler de nouveau, en me disant que la malade venait de rejeter par le vomissement un œuf qu'elle venait de prendre et 1 on me montre les matières vomies où se trouve, mélangée a 1 œui, une petite quantité de sang, une cuillerée à café tout au plus. On m'apprend également qu'il y a eu de la fièvre, à partir de deux heures de l'après-midi, fièvre qui aurait débute par un long frisson, auquel aurait succédé une chaleur cutanée assez vive. Au moment de ma visite je trouve en effet la peau brûlante et le pouls est à 132' J'explore avec le plus grand soin tous les organes thoraçiques et abdominaux, et ne trouve nulle part l'explication de cette fièvre. Je constate seulement une douleur splénique très-vive, provoquée par une pression peu forte.

En présence de ces symptômes, je rejette l'idée de troubles hystériques et me rattache à l'hypothèse d'une fièvre rémittente ou intermittente qui me paraît de nature à subir de l'aggravation d'ici à peu de jours, mais qui me laisse cependant le temps de me retourner et de surveiller la marche de la maladie, sans que je doive immédiatement recourir au sulfate de quinine. Je prescris donc, pour ce soir même, 2 grammes de poudre fraîche d'ergot de seigle, en deux paquets. A prendre, à une heure d'intervalle, l'un de l'autre.

Le 23. A pris les deux paquets hier au soir, l'un à six heures et l'autre à sept heures, a vomi une faible partie du second paquet à sopt heures et demie. De neuf heures du soir à deux heures du matin, notre malade a dormi, d'un sommeil agité ; à deux heures, elle a eu un frisson suivi de chaleur, et la fièvre a duré, jusqu'à cinq heures du matin. Au début de l'accès, c'est-à-dire à deux heures et vers le déclin, un peu avant six heures, elle a vomi des mucosités sanguinolentes. Ce matin, à huit heures, à l'heure de ma visite, elle accuse un retour de s'a douleur hypogastrique ; la douleur splénique est beaucoup moins vive qu'hier, à la pression. Chaleur fébrile .presque nulle ; pouls à 88. Je près-

OBSERVATIONS

cris 2 grammes de seigle ergoté, en quatre paquets. A prendre deux paquets, matin et soir.

A 6 heures du soir, je revois notre malade et j'apprends qu'elle a eu un nouveau frisson à 1 heure de l'après-midi et qu'une chaleur vive a succédé à ce frisson et a duré jusqu'à 4 heures. A 3 heures, elle a eu un nouveau vomissement, composé de mucosités et contenant 30 grammes environ de sang délayé, dans ces mucosités. Elle a pris ses quatre paquets de seigle ergoté et n'en a rejeté aucun. Douleur hypogastrique moindre et douleur spléuique un peu plus vive que ce matin. Je prescris, pour ce soir même, une nouvelle dose de 1 gramme d'ergot de seigle, en deux paquets.

Le 26 (8 heures du matin). Hier au soir, après avoir mangé un gâteau avec un peu de lait, elle s'est endormie à 9 heures, jusqu'à 10 heures. Nouveau sommeil, de minuit à 2.heures. A 2 heures, elle a eu un long frisson, suivi de chaleur et de sueur, jusqu'à 3 heures, puis a dormi de 3 à 4 heures. Ce matin, à G heures, elle a vomi les aliments pris hier au soir; elle a rejeté en même temps une trèspetite quantité de sang qu'on retrouve dans les matières expulsées. A la visite du matin, douleur spléuique spontanée très-vive, douleur hypogastrique presque nulle. Je prescris 5 grammes de seigle ergoté, en quatre paquets. A prendre deux paquets, matin et soir.

Visite du soir à 8 heures. Je eoijstate une amélioration vraiment surprenante : pas de fièvre, chaleur douce de la peau, pouls à88, physionomie calme. Notre malade a recouvré l'appétit et a pu dormir, trois heures, dans la journée, d'un sommeil moins agité. Cependant, à son réveil, elle a eu un vomissement, vers 4 heures et a encore rendu quelques mucosités sanguinolentes. Elle a pris deux paquets de seigle, ce matin et le troisième, il y a une heure; elle va prendre son quatrième dans quelques instants. Je prescris encore, pour demain, 3 grammes en quatre paquets.

Le 27 (8 heures du matin). La nuit a été mauvaise, a souffert de la région hypogastrique, pendant la première partie de la nuit. A 1 heure, a eu un long frisson, suivi

OBSERVATIONS

d'une chaleur vive qui a duré jusqu'à 4 heures; une demiheure auparavant, une légère sueur s'est déclarée. De 4 à 6 heures, a dormi d'un sommeil assez calme, et depuis son

unTeu rn un §i r d Men - être - ce matin > eiie * ™™

un peu de douleur a la région hypogastrique ; douleur splénique tres-legere; pouls à 80 pulsations. A déjà pris. le premier paquet d'ergot de seigle, il y a une demi-heure

8 heures du soir. Peu d'instants après notre départ ce matin, elle a vomi le paquet d'ergot de seigle ; elle a, en conséquence, éloigné l'administration du second paquet qu'ellea vomi comme le premier, une demi-heure après l'avoir pris vers 10 heures. Le troisième paquet a eu le même sort, cette après-midi. A part une très-légère douleur spontanée à hypogastre et à la région splénique, elle n'éprouve aucun tremble. Elle a mangé avec plaisir; mais les vomissements qu elle a eus, après avoir pris ses paquets,lui ont fait rejeter une partie des aliments qu'elle avait ingérés. 76 pulsations peau fraîche, gaieté. Expectation.

Le 28, 8 heures du matin. Hier au soir, vers 9 heures a eu un nouveau vomissement, après avoir pris un peu de thé n a eu qu un sommeil d'une heure dans la première partie de la nuit. De 2 à 3 heures, fièvre modérée, avec frisson léger suivi de chaleur et de sueur. Sommeil paisible de 2 à o heures du matin. Depuis 5 heures jusqu'à ce moment, douleur spontanée revenant par élancements, tantôt du côté de la région de la rate, tantôt dans l'hvpogastre. 80 pulsations; pas de chaleur fébrile. Expectation.

8 heures du soir. Pas de vomissements dans la journée A dormi, pendant environ deux heures ; a pris avec plaisir du bouillon et un peu de foie de veau. Ce sou-, douleur splénique spontanée assez vive, pas de douleur hypogastrique N a pas eu de fièvre dans la journée ; ce soir, la peau est un peu chaude ; pouls à 92. Expectation.

Le 59, 8 heures du matin. A dormi à deux reprises, de minuit a 1 heure, puis de 3 à sept heures; a été tourmentée par la douleur, toujours limitée à l'hypochondre gaucheamais, m aujourd'hui ni dans tout le cours de la maladie'

OBSERVATIONS. 177

la percussion ne m'a révélé une augmentation de volume de la rate. Douleur hypogastrique presque nulle. Cette nuit, n'a eu ni fièvre, ni vomissements; pouls à 88. Retour marqué de l'appétit et de l'alimentation. Je suspends encore tout traitement actif.

■ 6 heures du soir. Bonne journée; a dormi de midi à 3 heures ; a mangé de bon appétit des potages et du poulet ; s'est levée à.o heures, et je la trouve encore debout au moment de ma visite ; pas la moindre douleur, du côté de la rate et de l'hypogastre.

■Le 30, 8 heures du matin. Etat des plus satisfaisants. Hier au soir, après mon départ, a mangé, d'un excellent appétit, du bœuf et des pommes de terre, et n'a éprouvé aucune incommodité ; a dormi, presque sans interruption, de H heures du soir à 7 heures du matin; peau fraîche; pouls à 88.

Je suspends mes visites et recommando à la malade de me prévenir, dès qu'elle observera de la fièvre ou un trouble quelconque de la santé générale.

Le 8 novembre suivant, elle méfait appeler dans la soirée et m'apprend que depuis le S, elleacutous les jours la fièvre, à partir de 3 heures de l'après-midi, lièvre qui se prolongeait, une grande partie de la nuit. Elle se plaint en même temps d'une vive douleur dans la grande lèvre du côté droit, douleur qui n'a commencé à paraître que hier matin; je trouve une inflammation localisée tout autour de la glande vulvo-vaginale. Chaleur vive de la peau; pouls à 128. Je prescris 75 centigrammes de sulfate de quinine en cinq pilules. A prendre ce soir trois pilules immédiatement cl les deux autres, une heure après.

Le 9, 8 heures du matin . A eu la fièvre toute la nuit, malgré la quinine. Ce matin encore, je note 108 pulsations. Insomnie presque complète, à cause de la douleur de la région vulvaire ; comme une fluctuation bien nette m'indique, en ce point, la présence d'un abcès, j'ouvre ce dernier largement d'un coup de bistouri.

8 heures du soir L'ouverture de l'abcès a causé un sou-

Page 1