OBSERVATION VIII
Fièvre quotidienne. Traitement par l'ergot de seigle.
Le 10 janvier dernier (1873), j'ai été consulté, pour la jeune P... âgée de 13 ans, fille d'un cantonnier de la voie du chemin de fer. Elle a eu, il y a huit ans, des fièvres tierces qui n'ont jamais récidivé, depuis cette époque. Cette jeune fille n'est pas d'une très-robuste constitution et a été traitée par moi, il y a six semaines pour un chloro-anémie qui a exigé l'emploi de préparations ferrugineuses.
Elle a été prise, il y a trois jours, a midi, d'un accès de fièvre ayant débuté par un violent frisson, et à la suite duquel est venue une chaleur des plus ardentes ; la fièvre s'est
OBSERVATIONS
dissipée, sans sueurs, à l'entrée delà nuit. Le lendemain et le surlendemain, à la même heure, elle a été prise d'accès semblables qui se sont comportés, comme le premier, tout en conservant lamême violence. La fièvre s'est accompagnée, le troisième jour, c'est-à-dire hier, d'une diarrhée dysentérique ; selles glaireuses, fréquentes et peu aboudtmtes et offrant quelques stries sanguinolentes.
Je prescris 10 grain, de seigle ergoté en cinq paquets. A prendre un paquet par jour, en quatre doses, dont deux le matin et deux le soir.
Le 10 janvier, jour où je suis consulté pour cette jeune fille, la fièvre est revenue avec la même intensité. Ce n'est que le 10 au soir, qu'elle peut prendre la moitié du paquet; puis elle a pris régulièrement un paquet par jour, suivant ma prescription.
L'accès du H est encore revenu, mais très-affaibli et beaucoup plus # court. Mais, le 12 et jours suivants, la fièvre n'a plus reparu, et la diarrhée dysentérique a complètement cessé, dès le 12 au soir.
Je signalerai, dans ce cas, un trouble que j'ai observé parfois, après l'administration de l'ergot de seigle. Peu d'instants après l'administration des paquets, notre malade éprouvait, pendant quelques instants, un peu de gastralgie et des nausées ; elle a eu même trois fois des vomissements, après l'ingestion du médicament.
Ce trouble, nullement inquiétant d'ailleurs, n'a pas empêché cette jeune fille de guérir très-rapidement et de revenir à son état de santé ordinaire.
J'ai revu sa mère, il y a quelques jours à peine, le 10 février, et j'ai appris par elle qu'il n'y a pas eu la plus petite rechute jusqu'à ce jour et que la guérison s'est parfaitement maintenue.
OBSERVATIONS
OBSERVATION IX
Fièvre quotidienne. Traitement initial par l'ergot de seigle. Départ de l'enfant, après amélioration. Rechute ayant duré deux mois.
Le jeune L... aujourd'hui âgé de 9 ans, fils d'un cantonnier de la voie du chemin de fer, a été soigné par moi, à diverses reprises, pour des fièvres intermittentes.
Voici ce que je trouve sur mes notes :
28 septembre 1871, fièvre quotidienne. — 2 gr. de sulfate de quinine.
28 septembre 1871, fièvre quarte. — 2 gr. de sulfate de quinine.
6 octobre 1872, fièvre quarte. — 2 gr. de sulfate de quinine.
Or, le 27 octobre suivant, on me conduit l'enfant lequel est atteint de fièvres quotidiennes, ayant succédé aux fièvres quartes.
Je prescris 2 gr. de seigle ergoté en quatre paquets. A prendre un demi-paquet, matin et soir.
J'ai su dernièrement (25 janvier), par un des proches parents de l'enfant que les premiers accès seuls ont été coupés, et que le père ayant reçu son changement, sur ces entrefaites, est parti, pour Bagnères-de-Luchon, où l'enfant a continué à avoir des fièvres. Celui-ci était bien portant, depuis plusieurs jours, au moment où il est parti, le 8 novembre 1872 ; c'est le père lui-même qui aurait donné ce détail à son propre frère duquel je le tiens à mon tour.
Je dois à la vérité d'ajouter que j'ai écrit au père le 18 février dernier et que celui-ci, dans sa réponse du 23 février sans me parler de l'amélioration passagère obtenue par le seigle ergoté, se borne à me dire que « l'enfant n'a pas été guéri par les poudres, qu'il a été traité pendant deux mois et que les fièvres ont toujours continué, jusqu'au 15 ou au 16 janvier 1873. Je lui avais cependant demandé si l'amélioration du début s'était réellement produite ; mais il ne répond pas à ma question.
OBSERVATIONS
OBSERVATION X
Fièvre rémittente antérieure, suivie d'accès à type tierce. Traitement par le sulfate de quinine. Fièvre quotidienne, dix-nuit mois plus tard, avec tendance à la rémittence ; épistaxis. Traitement par l'ergot de seigle.
Vers les premiers jours de septembre J 871, j'avais déjà donné des soins à cette malade, aujourd'hui âgée de 58 ans, pour une fièvre rémittente, sinon bien grave, du moins trèsrebelle. J'avais le souvenir bien précis de lui avoir donné, pendant longtemps, du sulfate de quinine, avant de pouvoir triompher de cette fièvre, et la malade, plus précise encore dans ses souvenirs, me rappelle qu'elle a pris cinq pilules (0,75 ceutigr.) par jour, sans interruption pendant quinze jours, et qu'elle a suivi le même traitement, pendant près de trois mois, le médicament étant administré à des intervalles de temps de plus en plus éloignés. Il me souvient encore (et la malade se rappelle ce fait comme moij qu'à la suite de sa fièvre rémittente, et pendant qu'elle était encore en traitement, elle a eu des accès tierces parfaitement caractérises.
Or, cette malade me fait appeler de nouveau, le 18 février 1873, et m'apprend qu'elle est souffrante, depuis une quinzaine de jours et que cette seconde atteinte suivant exactement la même marche que la première, elle n'a pas voulu laisser son mal s'aggraver plus longtemps, sans me faire appeler. Elle ajoute qu'elle aurait eu recours plus tôt à mes conseils, si elle n'avait été retenue par une de ces rares et fausses discrétions dont peu de malades sont capables, pour épargner des fatigues à leur médecin.
Après douze jours de malaise, d'inappétence et de faiblesse, elle a été prise de fièvre, le 15 février à midi, fièvre débutant par un très-léger frisson, après lequel s'est déclarée une vive chaleur qui a duré une partie de la nuit. Sommeil agité dans la nuit, interrompu par des cauchemars. Insommies fréquentes, depuis douze jours et rêves pénibles.
La matinée du 16 se passe dans l'apyrexie, mais, elle est
OBSERVATIONS
reprise de la fièvre à midi, débutant cette fois par une chaleur vive, sans frissons ; au moment où la chaleur fébrile est bien marquée, elle est prise d'une épistaxis modérée. Toux fréquente, chaleur persistant toute la nuit, laquelle se passe dans l'insomnie. La fièvre so prolonge même jusqu'à 8 heures dans la matinée du 17 et recommence à 11 heures après une courte apyrexie de trois heures. Nouveau saignement de nez dans l'après-midi, plus faible que celui de la veille. Persistance de la toux et de la fièvre dans la nuit. — Insomnie.
Enfin, aujourd'hui, 18 février, il n'y a presque pas eu d'apyrexie jusqu'à l'heure de ma visite (10 heures du matin), et une nouvelle épistaxis, plus abondante que les deux premières, s'est montrée ce matin, vers 6 heures.
Retrouvant, dans ces symptômes, une ressemblance frappante avec ceux que j'ai observés, chez la même malade, dix-huit mois auparavant , je me dispose cette fois, le cas n'offrant aucune gravité, à essayer le seigle ergoté. Je m'assure auparavant, par la percussion et l'auscultation, qu'il n'y a rien d'anormal dans la poitrine. Pour que la malade qui s'attend, à ce que je lui donne de la quinine (elle me l'a fait comprendre par quelques mots glissés, dans notre conversation), pour qu'elle ne soit pas étonnée du changement de traitement que je vais lui proposer, je prends le prétexte de soigner l'épistaxis, avant de couper la fièvre, et je prescris 4 (jr. de seigle ergoté récemment pulvérisé, en deux paquets. A prendre un paquet, par jour, en quatre prises, dont deux le matin et deux le soir.
Le 20 février, je revois notre malade qui a pris très-exactement hier et avant-hier, ses doux paquets de poudre et j'apprends qu'aucune autre épistaxis n'a reparu. En outre, il n'y a plus eu de rêvasseries, durant les deux nuits précédentes, et notre malade a pu dormir, quelques heures chaque nuit, quoique d'un sommeil encore agité. L'apyrexie du matin a reparu ; hier, la fièvre n'est revenue qu'à midi et s'est terminée vers 5" heures du soir, après une légère transpiration cutanée ; c'est la première fois, clans cette dernière
OBSERVATIONS
maladie, qu'elle a eu de la sueur. Ce matin, à l'heure de ma visite (10 heures), apyrexie presque complète, pouls à 92 au lieu de 108, chiffre que j'avais noté, avant-hier. Chaleur de la peau presque normale au toucher. — Je prescris 6 gr. de seigle ergoté, en deux paquets. — A prendre un paquet aujourd'hui, et l 'autre demain.
Le 22. Etat général beaucoup plus satisfaisant. Notre malade est plus gaie, a recouvré un peu d'appétit et dort un peu mieux la nuit, sans avoir encore cependant un sommeil tranquille et non interrompu. Avant-hier, la fièvre est revenue à midi, et hier une demi-heure plus tard ; elle s'est terminée, chaque jour, vers 5 heures de l'après-midi, par un peu de moiteur. Notre malade m'apprend que, depuis deux jours, où les doses de médicament ont été augmentées, elle éprouve quelques maux d'estomac et des nausées, pendant uue demi-heure environ, après qu'elle a pris sa poudre. — Je prescris encore, pour aujourd'hui, 3 gr.de seigle ergoté. Mais, en raison de ces quelques troubles, sans importance d'ailleurs, je laisserai un jour de repos, entre chaque jour d'administration du remède, et je recommande à la malade de ne prendre un paquet qu'aprôs-demain, 24 février.
Le 25. Je constate une grande amélioration ; avant-hier déjà, la fièvre a manqué, il n'y a eu que quelques bâillements et des pandiculations de très-courte durée, à l'heure de l'accès. Hier, pas le moindre indice de fièvre. Appétit et sommeil revenus, pouls à 84. Les paquets ont été administrés, d'après mes prescriptions, et n'ont causé ni des nausées ni des maux d'estomac. Je recommande l' expeclation pure et simple, dans le cas où aucun trouble nouveau ne surviendrait : mais, dans la prévision d'un retour possible de fièvre, je prescris encore 6 gr. d'ergot de seigle en deux paquets. — A prendre un paquet, tous les deux jours, jusqu 'à ma prochaine visite.
1 er mars. Je revois notre malade qui a recouvré presque entièrement ses forces et est rentrée dans son état de santé habituel. Aucun accès fébrile n'ayant paru, depuis le 25, elle n'a pas repris du seigle ergoté. Appétit et som-
OBSERVATIONS
meil excellents, pouls à 84, et chaleur normale de la peau. Je lui recommande de prendre, matin et soir, un petit verre à liqueur de vin de quinquina, pendant une quinzaine de jours, et je cesse mes visites, en lui recommandant de ne pas manquer de me faire prévenir, dès l'apparition du moindre malaise. Or, notre malade ne m'a rien fait dire, depuis cette époque et j'ai su d'ailleurs, vers les derniers jours de mars, qu'elle a continué à se bien porter.
OBSERVATION XI
Fièvre rémittente au début, avec une double congestion à l'ovaire gauche et au poumon droit. Fièvre quotidienne consécutive. Traitement par le seigle ergoté.
Le 23 janvier dernier (1873), on me fait appeler, près d'une jeune femme, âgée de 23 ans, qui est accouchée de son troisième enfant, dans la nuit du 18 au 19 janvier. Les deux premières couches avaient été fort heureuses, e^ tout semblait devoir se passer pour le mieux, dans les quatre premiers jours qui ont suivi ce dernier accouchement, lorsqu'à la suite sans doute d'une alimentation trop copieuse et de mouvements intempestifs, elle a été prise de fièvre, avec un léger frisson au début dans l'après-midi du 22 janvier.
La fièvre, ayant duré toute la nuit et ne s'étant apaisée que quelque» heures, dans la matinée du 23, reparaît avec une nouvelle intensité, vers midi et débute par un frisson plus violent, suivi d'une chaleur très-vive. C'est dans cette circonstance que je suis appelé, dans l'après-midi.
Après avoir connu les renseignements qui précèdent , j'explore les différentes régions de l'abdomen, avec le plus grand soin et ne découvre pas les signes d'une métro-péritonite, affection sur laquelle je dirige d'abord toute mon attention; il n'y avait eu d'ailleurs aucun vomissement. Mais, je trouve, dans la région de l'ovaire gauche, une sensibilité très-vive à la pression : la douleur est parfaitement localisée et ne s'étend pas à d'autres parties de l'abdomen. Je fais appliquer* immédiatement quinze sangsues, loco dolenti,
OBSERVATIONS
et recommande d'appliquer des cataplasmes émollients , sur les piqûres, de manière à prolonger l'écoulement sanguin.
Le lendemain, de bonne heure, je constate une amélioration locale des plus frappantes ; c'est à peine si une pression un peu forte, quoique exercée avec prudence, développe une très légère sensibilité. Mais, il n'en est pas de même de l'état général. Notre malade, qui n'a pas dormi, durant toute la nuit, est agitée, se plaint d'une chaleur vive, sur tout le corps, et tousse par intervalles L'auscultation ne révèle rien d'anormal, du côté des poumons, le pouls est à 104, et .j'attribue cette agitation à l'insomnie de la nuit. Dans la matinée de ce même jour, 24, elle est prise vers 10 heures du matin, d'un nouveau frisson, moins fort cependant que celui de la veille. Je revois notre malade dans l'après-midi, je constate que la fièvre a redoublé, pouls à 112. Etat local satisfaisant. — Je prescris, pour ce soir, à 9 heures, une pilule contenant 0,023 millig. d'extrait thèbaïque.
Le 25. J'apprends que la nuit a été bien meilleure que la précédente, bien que le sommeil ait été interrompu et agité par des rêves pénibles. Légère moiteur de la peau, pouls à 92.
Un nouveau frisson, plus marqué que celui de la veille, se montre vers 11 heures du matin.
Le soir, je prescris une nouvelle pillule de 0,023 millig. d'extrait thèbaïque et je recommande à la malade de prendre, de main matin, de bonne heure, une bouteille de limonade purgative de Rogé.
Le 26. La malade me dit qu'étant allée à la garderobe hier au soir, et que se trouvant fatiguée, elle n'a pas pris sapurgation, ce matin. Elle se sent mieux d'ailleurs, a dormi à plusieurs reprises dans la nuit ; la peau est moins chaude, le pouls esta 88. Toutefois, le frisson revient encore, de 10 à 11 heures du matin, et est suivi d'une nouvelle exacerbation fébrile.
Je ne puis revoir la malade que le lendemain 27, et je constate le même état que la veille, sauf toutefois que la faiblesse générale est un peu plus grande et qu'il y a un
OBSERVATIONS
peu plus de chaleur fébrile. Pouls à 96. A 11 heures, nouveau frisson, plus violent que celui des jours précédents, chaleur très-vive dans l'après-midi. Au moment où je revois la malade, vers S heures du soir, je trouve le pouls à à 116 et une chaleur brûlante de la peau. Rien de particulier du côté dé l'abdomen, pas le moindre retour de douleur du côté de l'ovaire gauche. La malade se plaignant d'une toux qui revient par intervalles, je constate à la percussion, un peu de submatité en arrière, du côté de la base du poumon droit, et dans ce même point, l'auscultation révèle une obscurité notable du murmure vésiculaire ainsi qu'un souffle tubaire très-léger et très-afï'aibli, dans la partie la plus déclive du poumon. Ces symptômes locaux, qui ne s'accompagnent ni d'une douleur de côté ni encore d'expectoration, me paraissent tenir à une congestion pulmonaire de même nature que la congestion qui avait siégé à l'ovaire, les jours précédents. D'autre part, en rapprochant cette double congestion des symptômes fébriles si marqués qui se reproduisaient chaque jour, à heure fixe, je ne pouvais m'eïnpêcher de voir une relation étroite, entre la fièvre et ces hyperémies ovarienne et pulmonaire.
Ce cas ne laissait pas que de me donner de sérieuses inquiétudes, en présence surtout d'un état puerpéral qui imprime un cachet de gravité particulière à toutes Jes affections intercurrentes. J'avais vu, pour ma part, bien d'autres cas nareils, dans lesquels les symptômes locaux et généraux s'étaient promptement' aggravés, en dépit des traitements les plus énergiques. Cependant, comme je n'observais pas encore les signes d'une gravité immédiate et que j'avais des raisons particulières, pour ne pas compromettre ici la médication quinique qui pouvait être. notre sauvegarde, j'ai saisi le moment opportun qui aurait bien pu ne pas se reproduire; j'ai voulu essayer l'ergot de seigle, avant que l'état pernicieux ou, si on aime mieux, un état plus grave ne se fût franchement déclaré. Je prescris' en conséquence huit grammes de seigle ergoté, récemment puloérisé, en huit paquets. A prendre deux paquets ce soir, puis deux paquets
OBSERVATIONS
matin et soir, à une heure cV intervalle, Vun de Vautre. D'autre part, comme notre malade avait pris, depuis le 24 une pilule d'extrait thébaïque, chaque soir, je recommande de ne l'administrer cette nuit, qu'autaut qu'il n'y aurait pas de sommeil ; je tenais à voir, dans toute sa pureté, si je puis ainsi dire, l'action du médicament mis à l'épreuve.
Le même soir, à 10 heures, la malade me fait appeler, pour me dire qu'elle avait ressenti quelques douleurs d'estomac, après avoir pris son premier paquet de poudre et qu'elle n'osait pas prendre le second, avant de connaître mon avis • le premier paquet avait été administré à 8 heures, seulement. Comme je ne trouve aucun changement appréciable dans l'état de notre malade et que la douleur d'estomac qui avait à peine duré une petite demi-heure, avait complètement disparu, je ne vois rien qui soit de nature à modifier mes impressions, et je fais prendre, immédiatement le second paquet de poudre- Le 28 au matin, je suis extrêmement surpris du changement favorable qui s'est opéré dans l'état de cette jeune femme. J'apprends, en effet, qu'elle a dormi d'un sommeil calme, durant toute la nuit; elle ne s'est éveillée que quelques instantsà 3 heures, pour se rendormirpresqu'aussitôt. Ce matin, après avoir abondamment transpiré elle s'est trouvée très-soulagée; elle n'a pas toussé, une' seule fois dans la nuit, et trouve sa respiration beaucoup plus libre Les lochies enfin, qui n'étaient plus que légèrement sanguinolentes ces jours derniers, sont redevenues sanguines La percussion et l'auscultation me font reconnaître, d'une part une diminution marquée de la submatité et, d'autre part' une intensité plus grande du murmure respiratoire, ainsi que la disparition complète du léger souffle de la veille Lé pouls est à 80, au lieu de 116, chiffre auquel il était hier au soir. Notre malade a pris deux autres paquets de seigle ce matin, sans en être aucunement incommodée; j'omettais de dire qu'elle n'avait pas été obligée de prendre sa pilule d extrait thébaïque i le sommeil réparateur de la nuit ne saurait donc être attribué qu'au seigle ergoté.
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OBSERVATIONS
Toute la journée du 28, la nuit du 28 au 29 et la journée du 29 se passent à merveille. Notre malade, quia suivi trèsrégulièrement toutes mes instructions, a pris ses deux derniers paquets de seigle ergoté, dans la matinée du 29. Il n'y a pas eu, dans ces deux jours, la plus petite recrudescence fébrile, le pouls a oscillé entre 72 et 84, l'appétit et le sommeil sont revenus ; toutefois, la malade se modère, dans son alimentation, d'après les conseils que jo lui ai donnés. Enfin, dans la soirée du 28 et surtout dans la matinée du 29, il eût été très-difficile, sinon impossible, même pour une oreille exercée, de trouver la plus légère différence, dans la percussion et l'auscultation des deux côtés de la poitrine, aux deux bases pulmonaires.
En présence d'une amélioration aussi complète, je suspends toute médication, et voyant le lendemain 30, que cette amélioration se soutenait (je devrais dire cette guérison tout à fait inespérée), je cesse mes visites en recommandant toutefois à la malade et à ses parents de me faire prévenir immédiatement, si quelque nouveau trouble sur- . venait, dans son état de santé.
Une semaine se passe, sans que j'entende parler de cette jeune femme que je croyais entièrement guérie, lorsque, le 7 février au matin, on me fait dire qu'elle est retombée fort malade. Je ne puis me rendre chez ebe qu'à midi, et je la trouve, en effet, en plein accès do fièvre; la peau est brûlante, le pouls est à 112. On m'apprend alors que, sans cause appréciable, la fièvre est revenue le 13 février dernier, vers 10 heures du matin, et que les jours suivants, elle s'est reproduite à la même heure, en devenant de plus en plus forte. Les trois premiers jours, l'apyrexie était bien franche, durant toute la nuit et dans la matinée; dopuis deux jours, la fièvre s'est prolongée bien avant dans la nuit, et voici deux nuits que notre malade a eu soit, de l'insommie, soit un sommeil léger et interrompu par des cauchemars.
L'état me paraît bien moins sérieux cependant qu'il no l'était le 27 janvier : c'est ainsi qu'aucune congestion ne
OBSERVATIONS
£*t produite au côté des ovaires ou des poumons. Quand e demande a la ma l ade pourquoi elle a attendu si Ion -
a7SV ai 1 ?V N P1 ' éVenir àe Sa rechute ' elle me répond que e redoutait une nouvelle application de sangsues et
SÏnîÏÏ? T^?f ^ aravantsile m ne passerait pas outseulJe nai donc pas de peine à lui persuader qu die 11 a plus besoin de sangsues et qu'elle doit reprendre du seigle ergoté, pour lequel elle ne manifeste, du reste aucune répugance. Celte fois seulement, je diminue la dose et je prescris 6 grammes, en huit paquets. A prendre deuxpaquets matin et soir. ' '
Je crois pouvoir me dispenser, cette fois, d'entrer dans tous les détails, sur les changements rapidement favorables qui se sont de nouveau produits, après cette médication Je me bornerai à dire que déjà, après l'administration des deux premiers paquets, la nuit du 7 au 8 a été relativement beaucoup plus calme que les précédentes ; que, le 8 vers midi, il n'y avait plus que 76 pulsations, au lieu deH2 crue j avais notées la veille, à la même heure. Cette fois encore • 1 état gênerai s'est promptement amélioré, et la fièvre n'a pas reparu-, seulement, j'ai un peu plus prolongé l'emploi du ' seigle ergote et j en ai administré jusqu'au 11 février au matin a raison de 5 gr. par jour, dont la moitié le matin et la moitié le soir. Notre malade a donc pris, après cette rechute, 12 grammes en quatre jours, au lieu de 8 grammes qu'elle avait pris en deux jours, après les accidents graves du début
Après cette nouvelle amélioration, je me borne, comme après la première, à Vexpectation pure et simple.
Le 28 février, comme je n'entendais plus parler de notre malade je vais la voir et je la trouve levée; elle vient d'avoir ses règles, pour la première fois, depuis ses couches. Elle n a plus eu d accès, de fièvre proprement dit, depuis le 14 février, jour où je lai vue, pour la dernière fois ; mais elle éprouve encore parfois un peu de chaleur *dans l'aprèsmidi. L'appétit est assez satisfaisant, sans être très-développe; le sommeil est quelquefois interrompu par des rêves Je prescris la solution suivante :
OBSERVATIONS
*Pr. Arseniate de soude, 0,05 centigr.
Eau distiléc, 500 gr.
M. A prendre une cuillerée à bouche, chaque jour, avant le principal repas.
Le 4 mars, on me fait appeler, dans la matinée ; la malade qui, depuis trois ou quatre jours, avait vu reparaître un peu de fièvre, toutes les après-midi, a été prise, la nuit dernière, de coliques intestinales vives, suivies de vomissements alimentaires. Quoiqu'elle ait peu mangé hier au soir, j'attribue ces coliques à une simple indigestion, et je prescris une potion, avec addition de 30 gr. de sirop diacode. Pouls à
Le 5. Traits altérés, diarrhée fréquente, pouls à 132. Affaiblissement général assez notable. La toux qui ne s'était pas montrée, depuis la dernière rechute, a reparu. Je trouve un peu de matité, à la partie postérieure de la base de la poitrine à droite, au même point où je l'avais trouvée aux deux précédentes atteintes, et l'auscultation me révèle, en ce même point, une obscurité notable du murmure respiratoire, ainsi que la présence de quelques râles sous-crépitants. Je prescris 4 gr. de seigle ergoté en huit paquets. A prendre deux paquets, matin et soir.
Le soir, à 5 heures, je trouve notre malade dans le même état, sauf que le pouls est à 120. Elle a pris, ce matin, les deux premiers paquets et avait pris le troisième, un peu avant mon arrivée. Elle va prendre le quatrième, dans une heure, et je recommande d'en donner deux autres, ce soir, dont l'un à 9 heures et l'autre à 10 heures. La dose totale, pour aujourd'hui sera donc de 3 gr.
Le 6, à 8 heures du matin. Nuit agitée, sans sommeil, a eu huit garde-robes dans la nuit, se plaint toujours de coliques, quand elle va à la selle. Néanmoins, l'état général me paraît meilleur, le faciès est moins altéré, le pouls est h 11 2. La matité est moins prononcée à la base du poumon droit, la respiration y est moins obscure ; mais on entend encore quelques râles sonores, mélangés de râles sous-crépitants. La malade a déjà pris deux paquets (1 gr.) de seigle ergoté;
qm
154 OBSERVATIONS
j'en fais prendre un troisième, immédiatement, et j'en prêter/ s trois autres semblables, pour ce soir. Dose totale 3 gr.
À 5 heures du soir. Etat stationnaire, pouls à 112, comme ce matin, légère moiteur de la peau, a eu encore cinq garderobes dans la journée. L'appétit est nul, seul symptôme dont la persistance m'inquiète ; cependant, notre malade prend, deux ou trois fois, du bouillon, dans la journée,
Le 7, à 8 heures du matin. Je trouve en arrivant, toute la maison en émoi, une douzaine de femmes se tiennent au chevet du lit de la malade, on réclame un prêtre, comme si celle-ci étaità l'agonie. J'avoue que je no doute pas de l'existencs d'un danger réel, en voyant tout ce grand apparat, et je me demande, avec une sorte de remords, sijen'aipaseu tort d'insister, sur l'administration d'un remède encore inconnu.. Cependant, comme j'en avais vu les effets si prompts et si décisifs, à deux reprises différentes, chez la même malade, je ne crois avoir rien à me reprocher et j'arrive près de la malade que j'examine avec le soin le plus minutieux. Or, il résulte pour moi de cette examen, que l'état est tout au plus stationnaire, mais nullement aggravé. Il y a eu encore quatre garde-robes dans la nuit, mais moins abondantes que celles de la veille. Cette nuit, il y a eu quelque peu de sommeil, interrompu, à la vérité, par les besoins d'aller à la garde-robe. Il y a eu des sueurs profuses et des coliques assez vives avant les selles; les coliques persistent encore au moment de mon arrivée ; le pouls est à 112. Je prescris un quart de lavement, avec addition de quinze gouttes de laudanum de Sydenham. Je formule., en outre, une potion contenant 0,04 centigr. de chlorhydrate de morphine. A prendre une cuillerée à bouche, toutes les heures, si les coliques persistent.
J'oubliais de dire que l'état du poumon me paraît plutôt amélioré ; dans tous les cas, il n'est certainement pas aggravé. La malade a déjà pris ce matin 1 gr. 50 de seigle ergoté ; elle en prendra une dose égale ce soir, en trois fois, et de demi-heure en demi-heure.
Le soir à six heures, j'apprends que la malade a dormi .presque toute la journée, d'un sommeil très-calme; elle
OBSERVATIONS
vient à peine de se réveiller, au moment ou je me rends près d'elle. Je fais prendre immédiatement le premier paquet, les deux autres seront administrés, suivant ma prescription de ce matin. Il n'a été pris qu'une seule cuillerée de la potion ; je recommande d'en donner, de une à trois cuillerées ce soir, si les coliques reparaissent.
8 mars au matin. — Amélioration notable, a eu deux fois la diarrhée cette nuit. Un peu plus de sommeil que la veille, sueurs très-abondantes, température normale de la peau, pouls à 108, traces à peine sensibles de la congestion pulmonaire, à l'auscultation seulement ; car la sonorité est normale à la percussion.
A pris 1 gr. 30 ce matin et prendra également i gr. 50 d'ergot de seigle, ce soir.
Le soir, à six heures, état toujours satisfaisant, à peu près stationnaire.
Le 9. Il m'est impossible de trouver la plus petite différence dans la respiration, aux deux bases pulmonaires. Nuit relativement calme, pas de diarrhée ni de coliques. Ce matin, a pris un peu de chocolat, avec grand plaisir. — Même prescription.
Le 10. Etat de plus en plus satisfaisant. Nuit calme, n'a plus de diarrhée, pouls à 108, pas de sueurs celte nuit. Je prescris la même dose de seigle ergoté (3 gr.), pour toute la journée, et comme je trouve un peu de muguet sur la langue, je prescris le collutoire suivant .
Miel blanc j __
Borate de soude \ aaj5( J r - M. — Pour badigeonner l'intérieur de la bouche, plusieurs fois par jour.
La malade a pris, hier, plusieurs fois du potage et un œuf à la coque et ce matin du chocolat. Je lui accorde quelques huîtres, qu'elle me demande; pouls à 104, température normale de la peau. — Je prescris encore, pour aujourd'hui, la dose de 3 gr., et je me propose de ne plus donner ce médicament que tous les deux jours, à partir de demain.-
Le 11. Etat satisfaisant, garde-robe normale, le matin;
OBSERVATIONS
la perte Llanche reparaît, pouls à 104. - Expectation aujourd'hui. — Je prescris, pour demain, 4 gr. d'ergot de seigle, en quatre paquets.
Le 12. Quoique la respiration ne fût pas précisément obscure hier, à la base du poumon droit, je remarque cependant, par comparaison, qu'elle est plus libre aujourd'hui, pouls à 96, matin et soir. — A pris les paquets, sans en être incommodée. - Je prescris du vin Aroud au quinquina et a l'extrait de viande. — A prendre un petit verre à liqueur, . matin et soir.
Le 13. Nuit dernière excellente, légère transpiration ; la perte blanche a disparu depuis hier. - Expectation aujourdhui. —Je prescris pour demain, 4 gr. d'ergot de seigle, en quatre paquets.
■ Le 14. Le médicament l'a un peu éprouvée aujourd'hui ; c'est ainsi qu'elle a eu un peu de gastralgie et des coliques intestinales, après l'avoir pris ; la douleur n'a guère duré au-delà d'une demi-heure, après chaque dose. Etat général bon d'ailleurs. Appétit meilleur. En raison du malaise qu'elle a ressenti, après l'emploi du remède', notre malade me demande si je ne puis pas remplacer les poudres par un autre remède. Convaincu que j'étais, depuis longtemps, que le sulfate de quinine aurait été utile, dans ce cas, je prescris 2 gr. de ce sel en 12 pilules. — A prendre 6 pilules par jour. Seulement, je recommande de ne pas donner les pilules demain matin, avant mon arrivée. L'administration de ce remède devait me permettre de mieux juger l'action comparative des deux agents.
Le 15. Nuit dernière excellente, un peu de moiteur. Toute la journée se passe dans d'excellentes conditions l'appétit augmente. Respiration bonne. Ce n'est que dans l'apres-muli que je fais prendre les pilules ; les trois premières, à 4 heures et les trois autres, à 5 heures.
Ls 16. Même état satisfaisant, sommeil calme dans la nuit, n'éprouve ni des bourdonnements d'oreille, ni de la surdité. Les forces reviennent, chaque jour. —Prend les six dernières pilules, dans l'après-midi, aux mêmes heures.
OBSERVATIONS
Lo 1 7 et le 18. Même état, prend chaque jour 1 gr. de sulfate de quinine, en six pilules, sans éprouver le moindre trouble, de cette médication.
Le 19. Amélioration rapide et croissante, surtout du côté des forces et de l'appétit. Aujourd'hui expectation. —Je prescris, pour demain 5 gr. de seigle ergoté, en quatre paquets.— A prendre deux paquets, matin et soir.
Le 20. Quelques phénomènes d'intolérance se montrent, après l'administration des paquets; gastralgie et coliques intestinales qui durent une partie de la journée et se montrent même un peu, dans le courant de la nuit suivante :
Le 21. Etat excellent, l'appétit persiste et les forces augmentent. Expectation aujourd'hui. — Je prescris pour demain 2 gr. de seigle ergoté, en quatre paquets.
Le 22.. Médicament parfaitement toléré, même état satisfaisant. Se lève depuis quatre jours, pendant plusieurs heures, chaque jour.
Le 23. Amélioration croissante. Je permets aujourd'hui, par une très-belle journée de printemps, une promenade d'une heure en voiture.
Le même soir, à 11 heures, on me fait appeler, en toute hâte, pour une perte utérine abondante dont la malade vient d'être prise tout à coup, après une contrariété des plus légères. On m'apprend, d'ailleurs, que la promenade a été très-bien supportée sans fatigue, que l'appétit a été excellent et que depuis bien longtemps, depuis son dernier accouchement du moins, notre malade n'a pas eu une si bonne journée qu'aujourd'hui.
Ma première pensée est que nous avons affaire à un retour des règles. Mais, on me montre les linges qui ont été tachés de sang, et je trouve que la quantité de sang perdu est bien considérable, pour une époque menstruelle ; il y a eu, en effet deux grandes serviettes très-fortement tachées, dans l'espace d'une demi-heure. On me fait savoir, en même temps qu'en dehors du temps de ses grossesses,' cette jeune femme a toujours été sujette à des pertes utérines presque continuelles^ depuis qu'elle est réglée (elle l'a
OBSERVATIONS
été à l'âge de 12 ans). A l'état normal, il lui suffisait de lever les bras en l'air, pour être immédiatement prise d'une perte utérine, peu abondante à la vérité, mais se prolongeant le plus souvent, durant tout l'intervalle qui séparait les périodes menstruelles. On avait dirigé, sans succès, toutes sortes de médications, contre ces hémorrhagies.
Après avoir recueilli ces divers renseignements, je pratique le toucher vaginal, et combinant avec ce dernier le palper abdominal, je constate très-nettement que l'utérus présente une augmentation considérable de volume ; le fond de cet organe remonte à quatre ou cinq travers de doigt audessus de la symphyse pubienne, et il est bien évident que cet accroissement de volume doit être ancien et probablement antérieur à ses dernières couches. Le palper abdominal ne développe pas d'ailleurs de la douleur, dans la région hypogastrique. Indépendamment de ce volume exagéré de la matrice, je trouve en arrière du col, dans le cul-de-sac vaginal postérieur, une tumeur assez consistante, en forme de croissant à concavité antérieure, s'appliquant sur le museau de tanche. A tous ces caractères, je ne puis pas méconnaître l'existence d'une hématocèle l'fetrô-utérine ; mais, je ne suppose pas que cette affection ait pu jouer un rôle quelconque, dans la production de la maladie sérieuse que nous venons de traverser. Cette hématocèle, en entretenant une sorte de congestion chronique, dans le corps de l'utérus, me sembler expliquer suffisamment l'existence de cette métrorrhagie ancienne et persistante.
Pour ce qui concerne la perte utérine récente, pour laquelle on me fait appeler, le 23 mars au soir, je crois que l'hématocèle en question peut expliquer la violence de l'hémorrhagie, mais ne saurait nous rendre compte de cette invasion brusque. Je ne crois pas davantage qu'on puisse attribuer cette métrorrhagie aux secousses d'ailleurs trèsfaibles, de la voiture, pendant une heure de promenade. Je m'arrête donc à l'idée d'un retour de la période menstruelle, avec une exagération de la perte physiologique, par suite de l'affection utérine concomitante.
OBSERVATIONS
Comme j'avais pu me convaincre, par une expérience déjà assez longue.de l'innocuité complète du sulfate de quinine qu'on peut avoir à administrer pendant les rôdes je prescris I gr. de ce sel,' en six pilules ; à prendre, le soir même en deux fois et à une heure d'intervalle.
Si j'avais affaire à une perte physiologique, je savais d'avance que, sans pouvoir arrêter l'hémorrhagie, la quinine aurait bien des chances de la modérer. Dans l'hypothèse au contraire, d'une véritable métrorrhagie de cause pathologique, je ne voyais pas de meilleur médicament à administrer. Bien que l'ergot de seigle me parût devoir agir de la même façon, je n'ai pas voulu l'administrer, faute d'une expérience suffisante.
M mars. Nuit assez bonne, malgré quelques agitations passagères ; la perte utérine a continué, mais est devenue tres-modérée, ce qui me confirme dans l'idée que nous avons affaire à un retour des règles. Etat général d'ailleurs excellent. Je fais prendre, encore le soir, I gr. de sulfate de uinine. Le 25. La perte continue, mais semble diminuer légèrement et n'excède pas d'ailleurs les limites physiologiques Santé toujours satisfaisante, appétit excellent, sommeil bon.' Je fais garder le repos au lit, comme les jours précédents, et j'administre encore, le soir, la mime dose de sel de quinine!
Le 26. Diminution considérable de la perte, pas le moindre trouble de la santé générale. Je recommande à la malade de rester couchée ; mais, elle me dit que, lorsqu'elle est couchée, la perte augmente. Je lui permets en conséquence de se lever. Appétit et sommeil excellents, pouls à 8i. Expcctation.
Le 27. Perte complètement arrêtée, volume* de la matrice paraissant notablement diminué, par le palper abdominal Sommeil et appétit excellents, pouls à 88. - Aujourd'hui expectalion. - Je prescris, pour demain 2 gr. de seigle ergoté, en quatre paquets ; à prendre deux paquets matin et soir, ^ Le 28. Même état, tousse un peu, rien de particulier à l'auscultation, sommeil et appétit excellents, pouls à 76, le matin, après l'administration des deux paquets de seigle ergoté, qui sont d'ailleurs bien supportés.
OBSERVATIONS
Le 29. Etat général excellent. Un peu de toux ; mais rien de particulier à l'auscultation, pouls à 80; les paquets d'ergot de seigle ne l'ont nullement fatiguée, pas de perte utérine. Je pratique le toucher vaginal et je trouve une notable diminution de volume de l'utérus. La même tumeur siège en arrière du col ; seulement, ce dernier paraît plus mobile et n'est pas aussi contigu à la tumeur. Expectation.
Le 30. Même état, sommeil et appétit excellents, pas de perles, les forces reviennent chaque jour, pouls à 72, va faire une promenade en voiture aujourd'hui. — Je prescris, pour demain, 2 gr de seigle ergoté en quatre paquets.
Le 31. A pris, ce matin, ses deux premiers paquets, sans en être incommodée, a fait hier une promenade en voiture et a pu marcher même, pendant une demi-heure, sans éprouver de la fatigue. Convalescence franchement établie. Ce soir, va prendre les deux autres paquets. — Demain et après-demain expectation.
2 avril. Convalescence franche, pas le plus petit trouble, après l'administration du seigle ergoté, le 31 mars. Pouls à 76. Sommeil et appétit excellents. Par prudence, je me^ propose de continuer le traitement, pendant un certain temps, en éloignant de plus en plus l'administration du remède. Je suivrai, en un mot, la même marche- que pour l'administration de la quinine, dans les mêmes circonstances.
Le 8. Retour complet des forces; on peut constater toutes les apparences d'une excellente santé, pas le moindre retour de la perte utérine. A pris 2 gr. de seigle ergoté, le A avril, sans en être aucunement incommodée. Ce matin, a déjà pris 1 gr. de ce même médicament, et ce soir, prendra 1 gr. en deux paquets. — Je lui prescris la même dose, pour chacun des jours suivants : 12, 16, 21 et 26 avril, 2, 8, 15 et 23 mai; je recommande seulement de changer l'un de ces jours, s'il venait à coïncider ,avec l'époque des règles. Je conseille cette prolongation de traitement, pour prévenir les rechutes qui pourraient avoir lieu, dans l'avenir.
J'ai revu la malade, dans les premiers jours de mai ; elle se porte à merveille et n'a plus eu la moindre perte utérine.
I^BMiMur-
OBSERVATIONS
OBSERVATION XII
Fièvres palustres antérieures, à type tierce et rémittent. Traitement parle sulfate de quinine. Récidive de ces fièvres, avec les mêmes types, à deux ans et demi d'intervalle. Traitement par le seigle ergoté. nem
Le 19 novembre 1872, une dame, âgée de 58 ans, me fait appeler, pour des accidents qui l'inquiètent beaucoup en raison de la similitude qu'elle y trouve, avecd autres accidents, réellement sérieux, dont elle avait été atteinte il y a deux ans et demi. '
A cette époque, en effet, elle avait eu des accès fort rebelles de fièvre tierce, accès parfaitement caractérisés et auxquels avait succédé une fièvre rémittente grave qui m'avait, pendant plusieurs jours, vivement préoccupé Gomme cette malade répugnait beaucoup à prendre de la quinine, j'avais aisse marcher ses accès, pendant plus de quinze'jours orsque tout à coup la fièvre changea de caractère, affecta le type rémittent et s'accompagna d'une inappétence complète, d insomnies fréquentes ou d'un sommeil, à chaque instant, interrompu par des rêves pénibles et même par de véritables hallucinations. En outre, la langue était sèche comme rôtie, et cet état, se prolongeant pendant plus dé quinze jours, m'inspirait des craintes sérieuses. Force nous fut de recourir à la quinine, dès l'apparition de ces symptômes inquiétants; mais ce ne fut pas sans peine que la malade, vaincue, pour ainsi dire, par la persistance du mal se décida à accepter cette médication. J'ai été assez heureux, cependant, pour la voir se rétablir-, après avoir employé de fortes doses du sel fébrifuge, de 1 gr à 1 er 50 par jour.
Dans les premiers jours de novembre 1872, elle a été reprise des mêmes fièvres, affectant comme la première fois une périodicité parfaite, avec le type tierce. A partir dû 14 novembre, ce type tierce disparaît et est remplacé par une fièvre lente presque continue, soumise à des exacerbait
OBSERVATIONS
tions irrégulières. Notre malade, conservant toujours pour la quinine une aversion insurmontable, prend de sa propre autorité, le 18 novembre, quatre granules d'arseniate de soude le matin, et quatre autres granules semblables, le soir. Mais, son état de malaise ne faisant que redoubler, se compliquant même de maux d'estomac et de nausées, elle se décide à me faire appeler, le lendemain matin.
Je dois dire qu'en arrivant près d'elle, je crois reconnaître la même marche insidieuse et la même allure grave des accidents qui m'avaient tant inquiété, deux ans et demi auparavant. Je me demande cependant, si les huit-granules d'arseniate de soude, pris d'emblée la veille et sans médication arsenicale antérieure, n'avaient pas contribué à provoquer cette aggravation soudaine, etje crois en effet, que cette dose, peut-être trop forte pour un début de traitement, a dû contribuera amener ce résultat.
Si je n'avais pas été stimulé par le souvenir de la fièvre grave d'autrefois, j'aurais en recours à l'expectation pure et simple qui m'aurait sans doute permis de lever mes doutes, sur ce point. J'ai mieux aimé recourir immédiatement au seigle ergoté dont j'avais obtenu récemment, chez quelques malades, des résultats surprenants. Je prescris donc 4 gr. de seigle ergoté, récemment pulvérisé en 8 paquets. A prendre deux paquets, le soir même, à une heure d'intervalle l'un de l'autre, puis deux paquets, matin el soir. La malade est trèsagréablement surprise que je ne lui administre pas de la quinine.
Le 2!. — Je revois notre malade qui se trouve infiniment mieux et sans fièvre, qui a déjà recouvré un peu d'appétit et a dormi plusieurs heures, la nuit dernière ; elle a fini, ce matin même, les deux derniers paquets d'ergot de seigle. La malade n'hésite pas à attribuer cette amélioration aux granules arsenicaux qu'elle avait pris le 18 novembre ; je lui passe volontiers cette petite satisfaction, à la condition toutefois qu'elle ne recommence jamais à prendre ainsi de l'arsenic, sans recourir à l'avis d'un médecin.
Cette fois, je puis me permettre, après cette amélioration
OBSERVATIONS. j[g3
inespérée, de faire de la médecine oxpectante à laquelle ie n avais pas osé me confier, deux jours auparavant, et je dois avouer que je m'attendais à une rechute très-prochaine que j aurais combattue, de bonne heure, le cas échéant. Or 1 avenir m'a douné tort ; car, cette dame s'est promptement rétablie et n'a plus eu la plus petite rechute, n'a plus eu le moindre indice de fièvre. J'ai eu occasion de la revoir souvent, pour d'autres malades que j'ai eu à soigner et auxquels elle s intéressait, et je l'ai toujours vue jouir, jusqu'à ce jour (12 février 1872), d'un état de santé des plus satisfaisauts.