ACTION DU TITANE SUK LES IODURES DES RADICAUX
ALCOOLIQUES
Les analogies si manifestes qu'on observe entre certains
composés de Fétain et du titane m'avaient fait espérer qu'il
serait facile de réaliser, avec ce dernier métal, une série de
combinaisons comparables à celles que forme le premier.
Dans ce but, j'ai fait agir dans des tubes scellés à la lampe,
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à des températures comprises entre 210 et aao°, du titane en poudre fine, qui m'avait été remis par M. Debray, sur les iodures d'éthyle et de méthyle. Le contact de ces corps ne m'ayant pas fourni, dans ces circonstances, le moyen d'unir le titane au* radicaux alcooliques, ainsi qu'on pouvait le prévoir, j'ai supposé qu'on pourrait peut-être arriver à ce résultat en faisant agir son chlorure sur le zincéthyle.
J'ai donc introduit une dizaine de grammes de ce dernier corps dans un tube préalablement rempli d'acide carbonique, et j'y ai fait tomber du chlorure de titane goutte à goutte. Une action très»-vioIente s'est manifestée, le mélange s'est échauffé fortement, et j'ai vu se former une matière solide de couleur brunâtre qui, soumise à la distillation, ne m'a rien donné de net. Supposant que l'insuccès de cette expérience pouvait tenir à l'action trop intense qui s'était développée, j'ai placé le zinc-éthyle dans une cornue que j'ai pris soin de refroidir, et j'ai fait arriver lentement le chlorure de titane sous forme de vapeur; mais dans ce cas, comme dans le précédent, la production de la matière noire, dont j'ai parlé tout à l'heure, s'est manifestée. J'ai pensé qu'en opérant au milieu de l'éther anhydre refroidi , l'action se trouvant encore modérée, j'obtiendrais de meilleurs résultats.
A peine le contact des deux liquides a-t-il lieu, qu'on observe la formation de la combinaison cristallisée de chlorure de titane et d'éthcr signalée par M. Kuhlmann, puis bientôt après on voit apparaître la substance noire dont j'ai parlé plus haut. .Dans ce cas, comme dans les précédents, je n'ai pu déterminer la production d'un éthylure de titane. J'ai donc dû renoncer, malgré l'espérance quo pouvaient raisonnablement me faire concevoir les analogies, à produire des combinaisons éthylées et méthylées du titane, alors que celles de lé ta in se réalisent avec une si merveilleuse facilité.
Cette différence que nous présentent le titane et l'étain relativement â leurs aptitudes, à s'unir aux radicaux alcooliques, n'a rien qui doive nous surprendre; car si ces deux métaux nous présentent, 60us certains rapports, des rapprochements très-manifestes et notamment en ce qui concerne Jeurs combinaisons avec l'oxygène et le chlore , il est beaucoup de points sur lesquels ils s'éloignent manifestement l'un de l'autre et notamment relativement à leur manière d'être avec l'azote. Sous ce rapport le titane se rapproche beaucoup du silicium et diffère entièrement de l'étain. Peut-être devrait-on, comme je l'ai proposé depuis longtemps, modifier la formule de la silice et du chlorure de silicium, que je proposais il y a plus de douze ans de représenter par des formules analogues à celles de l'acide stan- :»ique et de la liqueur fumante de Libavius.
L'étude des combinaisons de l'étain m' ayant conduit à doubler les formules qui servaient à les représenter autrefois, peut-être devrait-on exprimer aussi celles qui représentent les composés correspondants du silicium et du titaue de la manière suivante :
Ti'O 1 . Acide titanique.
Ti» Cl* = 4 vol. va P* Chlorure de litanc.
Si'O 1 . Acide silicique,
Si 3 CI 4 = 4 vol. vap. Chlorure de silicium.
ÉTHYLURES ET MÉTHYLURES DE I'LOMB.
Le plomb, de même que l'étain, forme avec 1 etbyle et le méthyle des composés nettement définis. On ne connaît jusqu'à présent que le terme à saturation qui correspond à l'oxyde puce.
Le plombo-diéthyle
Pb(C»H»)'
peut s'obtenir soit par le procédé de M. Lowig, qui con-
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siste à faire agir Féther iodhydrique sur des alliages de plomb et de sodium riches en métal alcalin, soit par l'action réciproque du chlorure de plomb et du zinc-éth} le, méthode beaucoup plus simple qu'ont employée MM. Franklaud et Buckton, et qui permet de préparer ce composé dans un état de pureté parfaite. On n'obtient pas dans cette circonstance d'éthylure de plomb correspondant au protoxyde, ainsi qu'on devait s'y attendre -, il y a séparation de la moitié du métal et production d'un composé dont la formule est analogue à celle du peroxyde de plomb.
La réaction s'explique facilement au moyen de l'équation
2 PbCl -h Zn s (C«H 4 ) a = Pb + Pb(C < fl i ) î + 2 ZnCl.
Le plombo-diéthyle représentant la limite de saturation des composés que le plomb est susceptible de former, on ne sera nullement surpris d'apprendre que ce produit à la manière du distannéthyle est incapable de s'unir à l'oxygène, au chlore, à l'iode, et que, de même que-ce dernier, il peut, sous l'influence de ces corps, perdre del'élhyle à l'état de chlorure ou d'iodure, en engendrant des produits du même type. C'est ainsi qu'avec l'iode on obtient un composé représenté par la formule
Ph'tC'H 4 ) 3 !.
Ce qui conduit à doubler la formule par laquelle nous avons représenté précédemment la composition du plombodiéthyle, dont la constitution mécanique serait alors en* tièrement analogue à celle du distannéthyle.
Chauffe- t-on pareillement le plombo-diéthyle avec une dissolution concentrée d'acide chlorhydrique, ce produit est attaqué beaucoup plus facilement que le distannéthyle; un gaz inflammable se dégage, et parle refroidissement on voit se déposer de belles aiguilles dont la composition csfc
représentée par la formule
Pb'(C 4 H») 3 Cl.
Il faut éviter de trop prolonger l'ébullition, sans quoi Ton obtiendrait en même temps du chlorure de plomb.
La réaction qui donne naissance à ce produit, entièrement calquée sur celle que présente le distannéthyle, peut s'exprimer au moyen de l'équation
Pb'tC'H 1 ) 4 -h H Cl = C 4 H 5 H -h Pb' (C 4 H s ) 3 Cl.
Plombo- Hydrure Chlorure de
diclhyle. d'élhyle. sesquiplombélhyle.
En distillant ce chlorure sur des fragments de potasse caustique, on obtient un liquide huileux, fortement alcalin et doué d'une odeur très-forte. Ce produit, dont la vapeur irrite la muqueuse, et dont l'odeur rappelle à un plus faible degré celle du chlorure, possède une composition analogue à celle de l'oxyde de sesquistannéthyle. Celle-ci est en elTet représentée par la formule
Pb 2 (C 4 H J )0, HO.
Ce produit se concrète par le refroidissement en une masse formée d'aiguilles entre-croisées, qui se dissolvent avec facilité dans l'alcool.
Cet oxyde, qui ramène au bleu la teinture rouge de tournesol et sature les acides les plus énergiques, forme avec eux des sels qui cristallisent en général très-nettement, et qui possèdent, quoique à un moindre degré, l'odeur qui le caractérise. Je n'entrerai pas dans de plus grands détails sur ces produits, dont on trouvera la description dans les. travaux de MM. Bucklon et Franckland.
PlombO'dimêthyle.
Je me suis assuré, de mon côté, qu'en remplaçant le zinc-éihyle par son homologue le zinc-méthyle, on obtenait un composé correspondant le plombo-cfitnéthyle, auquel on peut encore donner naissance en faisant agir l'iodure de méthyle sur un alliage formé de 5 parties de plomb pour i de sodium, épuisant le résidu par l'éther et distillant au bain-marie la solution élhérée dans un courant d'hydrogène ou d'acide carbonique. Mais la première méthode, outre qu'elle est plus simple, est encore de beaucoup préférable en ce qu'elle donne un produit plus pur et plus abondant.
Quel que soit le procédé dont on fasse usage, on obtient un liquide incolore et très-mobile, dont l'odeur forte et toute spéciale rappelle à la fois le camphre et le moisi. Il bout vers i6o° et distille sans altération dans un gaz inerte. A une température un peu supérieure à celle de sou point d'ébullition, il éprouve une légère altération; c'est ce qui m'a empêché de déterminer la densité de sa vapeur.
Insoluble dans l'eau pure, il se dissout facilement dans l'alcool et dans l'éther. Incapable de s'unir à l'oxygène, au chlore, à l'iode, etc., pour former avec ces corps des combinaisons définies, ce composé se dédouble sous leur influence à la manière de son homologue éthylé, pour former des composés du même type dans lesquels une portion de la substance réagissante remplace une quantité proportionnelle de méthyle. Des résultats semblables s'observent lorsqu'on fait agir sur ce corps, à l'aide d'une douce chaleur, les acides chlorhydrique, bromhydriquc, sulfurique; etc., de l'hydrure de méthyle (gaz des marais) se dégage, et l'on obtient finalement un chlorure, un bromure, ou bien un sulfate, qui cristallisent avec la plus grande facilité. Ces réactions fort simples peuvent s'exprimer à l'aide d'équa-
lions analogues à celles que nous avons établies précédemment. Dans le cas particulier de l'acide cblorhydrique, on a
Pb'fC'H 3 )* + HCI =: C'^H + Pb'fC'H^Cl.
Plotubo- Gaz des Chlorure de
dinaélhyle. marais. plombo-
sesquimélbyle.
L'analyse du plombo-diméthyle m'a fourni les résultats suivants :
I. o sr > 4°° ^e matière m'ont donné par leur combustion avec l'oxydé de'cuivre, o gr ,i65 d'eau et o« r , 259 d'acide carbonique.
II. o« r , 5oo du même produit m'ont donné o« r , 204 d'eau et 0*% 327 d'acide carbonique.
III. o gr ,468 d'un second échantillon m'ont donné o gr , 193 d'eau et o |r ,3o5 d'acide carbonique.
Ces résultats, traduits en centièmes, conduisent aux nombres suivants :
Carbone 17*66 17 ,83 17,77
Hydrogène.... 4>°9 4?^2 4>58
et s'accordent avec la formule
C<H«Pb = Pb(C J H s ) J .
En effet, on a
Pb
Chlorure de sesqui-plombo-méthyle.
Ce produit, qui s'obtient facilement par l'action de l'acide
chlorhydrique sur le plombo-diméthyle, se sépare de sa dissolution par un refroidissement gradué sous la forme de longues aiguilles satinées qui présentent la plus grande ressemblance avec le chlorure de plomb. L'eau bouillante le dissout en assez foYte proportion, et l'abandonne en se refroidissant à l'état de prismes incolores très-déliés. L'alcool le dissout assez bien à la température de l'ébullition. Chauffé dans un petit tube de verre, il se sublime en aiguilles brillantes.
Soumis à l'analyse, ce composé m'a donné les résultais suivants :
I. o ,r , 482 de matière m'ont donné les résultats suivants :
IL o gr ,582 du même produit m'ont donné o |r , 289 de chlorure d'argent.
Résultats qui, traduits en centièmes, donnent
Carbone.... 12,59
Hydrogène.. 3,24 »
Chlore..... » 12,28
et conduisent à la formule
Pb'fC'rPj'Cl.
En effet, on a
Pb». .