‹ Recherches sur les rapports des chansons de geste et de l'épopéeChapitre 28 sur 29 · LA PRISE DE PAMPELUNE · texte numérisé non relu

LA PRISE DE PAMPELUNE

Au commencement de Gui de Bourgogne, Charlemagne est à Nobles, dont il a fait la conquête ; il énumère les villes qu'il a prises : Bordele, le Groing, TEstoile, Quarion ; Richard de Normandie nomme encore: Estorges, Navarre, Pampelune. Charles regrette de n'avoir pu prendre encore Cordes. Sur le conseil de Richard, il décide d'attaquer d'abord: Montorgueil, Montesclair, Luiserne, Augorie, Carsaude. Dans la Prise de Pampelune, l'auteur semble se donner la tâche de compléter le récit de son devancier. La prise de Nobles ayant été contée dans V Entrée de Spagne, il commence par la prise de Pampelune, puis il continue par la Stoille (l'Estoile, Estella), le Groing (Logrono),Toletèle, Cordes (Cordoue), Charion (Car^rion), Saint-Fagon (Sanctus Facundus), Masele(?), Lion (Léon), Storges (Estorges, Astorga). Sauf le siège de Toletèle et la reddition de Saint-Fagon, Masele et Lion, il suit le plan tracé dans Gui de Bourgogne, Il n'est rien dit de Navarre, et avec raison, car ou bien ce n'est qu'une confusion avec Nagera (Nazare, P, de P,, v. 2993), et la guerre de Nagera est déjà dans V Entrée de Spagne, ou il s'agit de la contrée et l'indication n'a plus d'intérêt.

L'auteur de la Prise de Pampelune avait remarqué dans Turpin deux chefs sarrasins, l'Altumajor de Cordoue et Ebrahim, roi de Séville. Tous deux figurent dans l'armée d'Aigolant (c. ix), et survivent seuls à là prise de Pampelune (c.xiv). Après la prise de Mont-Garzim et de Nagera, ils rassemblent sous Cordoue les forces de l'Andalousie, et, malgré le stratagème des masques, sont vaincus. Ebrahim est tué, Altumajor rend Cordoue aux chrétiens et se convertit. Charlemagne partage l'Espagne à ses soldats, sauf la Galice (c. xvin). Dans la Prise de Pampelune, le chef des rois sarrasins est Marsile, et Aigolant disparaît d'une narration où il n'avait que faire; Maoceris est roi de Pampelune (Dans le Roland, Margariz de Séville est le plus vaillant et le plus beau des Sarrasins, v. éd.

Gautier, V. 955, s., il blesse Olivier, v. 1311; sa fuite, cxxiv, s.); Marsile lui donne Séville en échange (P. de P., y. 1538). Dans l'action, il remplace TAigolant et TEbrahim de Turpin. L'auteur, afin de rendre plus intéressant le caractère d'Altumajor, imagine qu'héritier légitime de Cordoue, il en a été banni par son tuteur Jonas et, qu'un ami de son père lui a légué la Stoille. Puis il emprunte à Gui de Bourgogne l'idée de l'attaque de cette ville (qui figure d'ailleurs au catalogue de Turpin) et suppose qu'Altumajor, fait prisonnier sous la Stoille, se convertit et donne dès lors son aide aux chrétiens. Charlemagne lui rend Cordoue.

M. G. Paris {Hist. poét. d. Ch,, p. 176) avait déjà remarqué que la conquête de l'Estoile (ou la Stoille) n'est indiquée que dans Gui de Bourgogne et la Prise de Pampelune.

Dans la Spagna en vers, l'on retrouve Maoceris et Ysorés, devenus Mazzarigi et Isoliere, mais Al tumajor est supprimé, sans doute à cause de son nom qu'il était difficile d'italianiser, et Carpent qui prend sa place (Serpentine délia Stella), après un brillant combat avec Roland, préfère mourir plutôt que de renier sa foi.

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