ADDITIONS
LE BCANUSGRIT 766
Ce manuscrit (ancien 7183) contient le Maugis (fAigremont et une version de l'histoire des Fils Aymon. Le Maugis, qui n'est pas suivi du Vivieriy est complet, sauf une lacune considérable (v. 278-444 du texte de Montpellier), et contient environ 8,000 vers. Le texte de Montpellier est écourté en nombre d'endroits, mais me paraît en général donner une leçon plus ancienne. Les circonstances m'ont empêché de consulter à temps le texte de Paris. Je cite l'endroit où est raconté comment Esclarmonde adopte Vivien [P« 3, r® ô] :
Ele reçut Tenfant dedenz sa geronnée.
La dame Fesgarda qui fu preuz et senée,
Onques si bêle rien el mont ne fu trouvée.
« Par Mahommet, dist ele, qui mainte ame a sauvée,
» 11 vivra longuement, n'i a mestier celée.
» Or ait non Vivien par bone destinée. »
Ainsi li a mis non, c'est vérité provée.
Vivien fu clamé tant com il ot durée.
Tant vescu longuement que il Tôt espousée.
Quant Maugis ot la teste à Sorgalant coupée
le brant acerin, soz Mêlant en la prée,
Fu la dame et l'anor à Vivien donnée,
La généalogie donnée par Oriande contient seulement les noms suivants : Beuves, Girard de Roussillon, Aymes de Dordonne, Guion de Nanteuil (sic), Otes de Polise, Hernaut de Monder; mais j'y relève une bonne leçon:
vous passa le Far sans nef et sanz dromon.
Le texte de Montpellier donne la mer, et a supprimé plus
haut l'itinéraire qu'a suivi Fesclave en se dirigeant vers la Sicile : Milan, Rome, Aspremont. De même, il abrège par trop la fin du discours d'Oriande :
M Si vous oï plorer tôt sol sans compaignon » El maillolet petit qui fu de grant renon, » Et je vous emportai sor le mul arragon.
» Soavet vous norri aval en ma meson » Tant qu'estes chevalier et as armez preudon . » Mon cors et mon avoir vous ai mis à bandon, » Et or vous ai perdu, n'i ai recouvroison. »
Dans le ms.766, Ton a, si je ne me trompe, un essai de conciliation de la version du Beuves d'Aigremont de Montpellier et des versions plus anciennes. Voici le résumé de la partie la plus importante.
Après la mort d'Enguerrand et de Lohier a lieu une longjie guerre ; puis la paix est accordée à Beuves et à ses frères. Les traîtres, dont aucun n'est désigné par son nom, conseillent à Tempereur de se venger de celui qui a tué son fils. Il ne répond rien ; seulement, « tant ont prié le roi qu'il font otroiison.» A cet endroit, le trouvère interrompt sa narration pour parler des quatre fils Aymon. Ils étaient à Dordonne. Leur mère leur dit que la paix est faite entre leur père et l'empereur, et leur conseille d'aller à la cour servir Charlemagne. Ils prennent de beaux vêtements et se présentent à Charles, qui leurofire de les fairo chevaliers.
Le jour suivant a lieu l'adoubement de Renaud et de ses frères. Après une quintaine où Renaud se distingue entre tous» on rentre à Paris, et le vaillant chevalier distribue de riches présents.
Cependant les traîtres sont allés à la rencontre du duc d'Aigremont. Le combat a lieu dans les prés sous Bordeaux. Ganelon n'y joue aucun rôle : Grifi'es de Hautefeuille est seul responsable du meurtre.
Pendant que Ton tuait son époux, la duchesse racontait à ses fils Maugis et Vivien un songe qui l'avait efi'rayée.Maugis promet que, s'il arrive malheur à son père, il saura le venger. Arrive le corps. La duchesse s'évanouit. Les messagers disent ce qui s'est passé et ajoutent ce détail, emprunté à la version ancienne, que les traîtres ont coupé la tête à leur victime.
On rend les derniers honneurs au duc, et Tévêque tâche de consoler la duchesse; mais ses deux fils avertissent Girard de Roussillon. Tout à la fois, on apprend à Paris la nouvelle de la mort de Beuves, et Charles reçoit un messager de Girard qui lui déclare une guerre implacable. Cette guerre néanmoins est à peine indiquée, et la paix est conclue. Puis Charles tient sa cour à Paris. Les fils Aymon y viennent, tout en se promettant de venger leur oncle. On joue aux échecs. Bertelès et Renaud jouent ensemble. Le premier s'irrite, insulte Renaud dans les termes que Ton sait et le frappe. Mal reçu par Charlemagne, Renaud proteste et rappelle la mort de Beuves: ^ntre lui et Charles il n'y a pas eu d'accord. L'empereur le frappe au visage. Renaud s'éloigne, rencontre Bertelès et le tue. Un combat violent s'engage, et les fils Aymon peuvent fuir. On les poursuit: Alard, Guichard, Richard sont pris et seraient pendus, si Aymes n'obtenait qu'ils soient enfermés dans une chartre où, mal nourris, ils ne pourront vivre longtemps. Cependant Renaud a rencontré Maugis, et celui-ci, par un enchantement, tire ses cousins de prison.
Ce remaniement dérive de celui de Montpellier, mais ne le vaut pas, bien que l'auteur du Rinaldo s'en soit inspiré.
ORIANDE
Ce nom me paraît emprunté à celui que porte, dans le jtfame^, la belle Sarrasine qui deviendra Tépouse de Charlemagne: Orionde Galie. La fille de Galafre connaît les arts, sait prédire l'avenir et consulte le ciel dans un miroir magique. Plus tard, le nom de Galienne sera attribué à une fée, dans Galien le Rhétoré. Peut-être le miroir que Galienne consulte pour connaître le passé et l'avenir, est-il l'origine du procédé que Marsile emploie, dans V Entrée de Spagne, pour savoir de quel côté Charlemagne va conduire son armée. V. Romania, IV, l'article de M. G. Paris sur Mainet, p. 311, 312, et Tarticle de M. Rajna sur Ogier le Danois, p. 416. Ce nom d'Orionde serait-il la marque de l'application aux Enfances de Charlemagne d'une variante des légendes germaniques sur (Erwandil et Orendel?V. Simrock, Deutsche Mythologie, 4eédit., 245-247.
Dans le Karlmeinet ce personnage se dédouble en Galienne et Orie (v. HisU poét. p. 489).