‹ Recherches sur les rapports des chansons de geste et de l'épopéeChapitre 3 sur 29 · RENAUD DE MONTAUBAN · texte numérisé non relu

RENAUD DE MONTAUBAN

Le texte du Renaud de Montauban a été publié pour la première fois par M. Michelant, en 1862, dans la Bibliothèque de l'Association littéraire de Stuttgart, d'après le manuscrit 39 du fonds La Vallière (Bibliothèque nationale), corrigé d'après divers manuscrits et complété vers la fin à l'aide du ms. 775 de la Bibliothèque nationale, 11 contient plus de dix-sept mille vers. Cette édition, tirée «à peu d'exemplaires, ne saurait être considérée comme définitive. L'auteur a eu le soin d'expliquer que, dans le choix du texte, il avait été guidé surtout par la pensée de reproduire la version de la célèbre chanson de geste qui s'éloignerait le moins du roman en prose des Qualité Fils Aimon, tel qu'il fut donné jadis dans là Bibliothèque bleue et que nos pères Font lu et goûté *. Dans la seconde partie de l'appendice, il décrit les principaux manuscrits, et c'est là qu'en parlant de celui de Montpellier il fait la remarque qu'il est incomplet et s'arrête à l'endroit où Renaud engage un combat singulier avec l'amiral de Perse, « épisode», dit M. Michelant, « qui est raconté tout autrement que dans les autres » versions. »

Le manuscrit de Montpellier dont il s'agit est très-connu : il se trouve à la bibliothèque de la Faculté de médecine, provient, comme beaucoup d'autres de cette série, de la collection du président Bouhier, et figure au catalogue avec la cote

H. 247 *. Le Renaud de Montauban y est précédé immédiatement des romans de Maugis d'Atgremoni et de Vivien de Monbranc. C'est en étudiant ces compléments de la légende des fils d'Aimon que j'ai été amené à comparer le texte donné par M. Michelant et celui du manuscrit de Montpellier, là où précisémentle second, au lieu de resterla reproduction souvent abrégée et incorrecte du premier, affecte une allure indépendante. Il est malheureux que le manuscrit soit incomplet et que les feuillets de la fin soient en mauvais état : la dernière page est absolument illisible. Mais la partie conservée permet suffisamment de reconnaître que Fauteur avait donné au récit des aventures de Renaud en Palestine un développement considérable et que la chanson de geste y devenait un vrai roman.

Le Renaud de Montauban est un livre très-rare. Pour que la comparaison des deux versions soit possible, je suis donc obligé de donner d'abord un sommaire traduit du résumé général que l'on trouve à la fin de l'édition de Michelant.

Charlemagne a fait précipiterle cheval Baiart dans laMeuse, avec une meule au cou. Mais Baiart brise la pierre, se dégage et s'enfuit dans la forêt des Ardennes, où on l'aperçoit encore souvent.

Renaud arrive à Constantinople et rencontre dans l'hôtel lerie où il loge un pèlerin, dans lequel il reconnaît Maugis. Les deux cousins se saluent tendrement et décident de continuer ensemble leur pèlerinage. Ils se remettent en route et arrivent à Jérusalem. Ils s'étonnent à la vue de la ville, qu'ils trouvent entourée par une nombreuse armée. Un homme du pays leur apprend que les Sarrasins ont envahi la ville, s'en sont emparés et ont massacré les chrétiens. Les princes du pays se sont réunis pour assiéger la ville et l'arracher aux

' Ce manuscrit du XIV» siècle contient la plupart des poèmes de la geste de Doon de Mayence, c'est-à-dire : Doon de Mayence, Gaufrey, Ogier de Dannemarche. Gui de Nanteuil, Maugis d'Aigremont, Vivien VAmachoiir de Monbranc, les Quatre Fils Aymon. (Voy. pour plus de détails, le Catalogue général des manuscrit^ des bibliothèques publiques des départements, t. I . p. 377, et la préface de l'édition de Doon de Maience, par M. Pey.)

mécréants. Renaud et Maugis se rendent au camp et s'y construisent une cabane. Sur ces entrefaites, les Turcs font une sortie. Joflfroi de Nazareth se bat avec l'amiral de Perse, qu'il renverse de cheval. Quand Renaud voit la bataille se développer, il veut y prendre part, lui aussi. Maugis lui donne le conseil de se reposer encore ici pour ce jour, et lui promet de combattre avec lui le lendemain. Cependant les chrétiens mettent les Sarrasins en déroute. Ceux-ci, en fuyant, renversent la cabane des deux chevaliers sur eux. Renaud, furieux, saisit une perche qui soutenait le toit, monte sur un mulet et poursuit les païens en les abattant, tandis que Maugis lance contre eux une grêle de pierres. Les chrétiens sont tout étonnés de voir deux hommes faire de tels ravages dans les rangs des ennemis. Ceux-ci réussissent enfin à rentrer dans la ville. L'amiral, vaincu, rassemble son conseil ; il se propose de renouveler la partie, mais il craint les deux Français* dont chaque coup abat tant de guerriers. Ses chevaliers le réconfortent. Les chrétiens, de leur côté, questionnent Renaud, qui se fait connaître, ainsi que Maugis. On lui offre le commandement en chef, mais il le refuse. Les princes insistent ; Maugis lui-même l'engage à accepter. Il cède enfin aux prières de Joffroi et des autres chefs, qui lui promettent obéissance et fidélité. Pour les préparer au combat, il adresse un discours à ses chevaliers et leur recommande de n'épargner ni l'ennemi, ni leur propre vie.

Qui perd la vie, dit-il, en combattant pour Dieu, gagne le ciel.

Au matin, les Sarrasins font une sortie et attaquent le camp. Les chrétiens leur opposent une vigoureuse résistance et se battent avec le plus grand courage. Les païens sont mis en fuite. En vain l'amiral invoque ses dieux, il doit céder. Il se retire et s'échappe par ruse avec un petit nombre de chevaliers, pendant que les chrétiens, conduits par Renaud, entrent dans la ville sainte. Aussitôt ils se rendent au Saint Sépulcre pour y faire leurs dévotions. Quand ils en sont revenus, ils délibèrent pour savoir qui l'on proclamera roi. Renaud refuse la couronne qui lui est offerte ; de même Maugis, à qui on veut également la remettre. C'est Joffroi de Nazareth qui accepte la royauté. Malgré toutes les prières, les deux che-

valiers font connaître leur intention de repartir pour la Gascogne. Ils prennent congé du roi, s'embarquent à Acre et arrivent à Brindisi.

Ce résumé répond à un développement de 528 vers, de la p. 401, V. 36, àlap. 418, V. 37.

Ainsi conté, le pèlerinage de Renaud est une continuation toute naturelle de la chanson de geste, et garde certainement quelque chose de la gravité et de la sobriété des récits qui précèdent. L'idée première de faire de Renaud le défenseur en tous pays de la chrétienté y est en germe, mais elle n'apparaît que discrètement et sans chercher à frapper l'imagination. Renaud se comporte, non en chevalier errant, mais en robuste et courageux guerrier, que le hasard a jeté au milieu de batailles auxquelles il ne songeait point, et qui donne modestement à la bonne cause le secours de son bras et de son expérience. Il est venu à Jérusalem pour s'acquitter de son vœu, et, une fois ce devoir religieux accompli, il refuse la couronne et revient le plus tôt qu'il peut en son pays auprès des siens. Le voyage d'Acre à Brindisi est conté en dix vers. D'autre part, l'ennemi, qu'il bat et chasse de la ville sainte, est indiqué d'une façon vague, sans aucun détail caractéristique : c'est l'amiral de Perse. Aucun prince de l'Asie ou de l'Afrique ne figure à sa cour. Lors de la scène, d'ailleurs si courte, où il consulte ses barons, aucun n'est désigné par son nom, ne se détache du groupe indécis dont il fait partie. L'auteur ne paraît nulle part désireux de faire preuve d'esprit inventif. Il effleure le monde oriental sans essayer de le décrire. Que lui importent tous ces chefs sarrasins qui entourent l'amiral, comme jadis les princes païens s'étaient réunis autour du roi Marsile? Il a hâte, comme son héros, de revenir en France, où la famille deRenaud aura encore des trahisons à déjouer et des luttes à soutenir. Cette manière d'entendre le sujet est conforme à l'idée que l'on devait garder • en France du personnage du plus vaillant des fils d'Aimon, et, si l'on jette un coup d'oeil sur la version de la Bibliothèque bleue, on remarquera qu'elle développe peu cet endroit de la narration que les variantes de la chanson de geste auraient permis sûrement d'allonger et d'enrichir outre mesure ^

^ Dans réditioQ en 95 pages que j'ai sous les yeux (Carpentras, chez Gaudi-

Le texte de Montpellier, au contraire, qnand il arrive à cet endroit de l'histoire de Renaud, tourne décidément au romanesque, et, tout incomplet qu'il est, montre clairement quel parti Ton pouvait tirer de la présence d'un champion tel que Renaud, dans la contrée où chrétiens et Sarrasins se disputaient avec tant d'acharnement la possession de la ville sainte.

Malgré le mauvais état de cette partie du manuscrit, et bien que les incorrections y soient nombreuses, la reproduire ne semblera peut-être pas un travail inutile *. La version du Renaud qui la précède n'aura probablement jamais et ne mérite guère l'honneur d'une publication intégrale ; or ce fragment, si mutilé qu'il soit, est un des documents que devra consulter l'auteur de l'histoire encore à rédiger des destinées de l'intéressante légende des Quatre Fils Aimon et de leurs cousins .

bert-Penne, sans date) ce chapitre contient moins de quatre pages ; mais il est aisé de reconnaître que certaines parties ne sont que des sommaires de développements très-étendus. La bataille entre les chrétiens et les Turcs commandés par Margaris est contée en six lignes ; le siège, dans les formes, de Jérusalem ne prend que deux lignes . Le retour des pèlerins en France ne se fait pas si simplement que dans le texte de M. Michelant. Partis de Jaffa, ils restent six mois sur mer et relâchent enfin à Palerme, où le roi Simon profite de leur aide pour se délivrer des Sarrasins. Dans la bataille qui a lieu, c'est Maugis qui a le commandement. De Païenne, les deux cousins vont à Rome, où le pape leur donne l'absolution de leurs fautes, et c'est après cette odyssée qu'ils arrivent à Dordonne.

.1 Ce texte, comme tous ceux que contient le ms. 247, est écrit en dialecte picard ; je le donne sans songer à le corriger. Beaucoup de vers sont faux ; à certains endroits, l'écriture est complètement illisible. On ne peut rien déchiffrer au verso du dernier folio. Çà et là on trouvera entre crochets quelques lettres ou quelques mots que j'ai cru devoir suppléer sans inconvénient. Entre les vers 127 et 128, il y a une lacune. Dans le résumé donné plus haut, on a vu que les deux pèlerins, arrivés près de Jérusalem, apprennent d'un homme du pays les derniers succès des Sarrasins. Le copiste, trompé par la ressemblance des rimes, a passé un ou deux couplets. Les vers 128-133 ne peuvent être placés dans la bouche de Renaud ou de Maugis. J'ai reproduit en not« le passage du texte imprimé qui comble cette lacune.

Woir au sujet des origines de cette légende le travail de M. A. Longnon, les Quatre Fils Aymo?i, dans la Revue des questions historiques, 1879, janvier, p. 173-196. Cf. Romanla, VIll, 648, et M. Rajna, le Origini delV Epo^ pea francese, p. 228-233.

Poi. 221, yo a. La pes est greantée, si com povez entendre. Kalles départ son ost et fet son tref destendre, Et lez .III. fix Aymon vont lor voiage prendre ; En Montauben en vont que Kalles lor fist rendre. 5 Kalles en vint o Liège qui plus n'i vout atendre, Droit au pont de Muese qui rade est o descendre. Là ôst Baiart venir que Renaus li ûst rendre : (( Baiart, dist Kallemaines, ta valor m'as fet vendre; » Maint jour m'as fait courout, maint povre disner

[prendre; 10 » Mèz par cheli seignor qu'en crois se laissa pendre, » Ne leiroi pour nul home qui me seiist défendre, D Que le votre forfet ne vous fâche chier vendre. D Jamez ne mangerez, tel saut vous feroi prendre. »

Le roi fist Baiart prendre iluec demaintenant, 15 Une muele li pent à son col maintenant. Baiars fu sus le pont : Kalles le boute avant, Ens en Muese Fembat qui esi rade et courant.

Il va au fons de Teve trestout demaintenant.

Quant le voit Kallemaines, si en ot joie grant : 20 « Baiart, ce dist le roi, or ai quanque demant. » Je ne t'ai pas menti, tenu t'ai couvenant:

(( S'or ne povez tout boire, jà morrez, piez estant, o Quant François l'entendirent, si en ont mautalent : n Ogier, dist l'archevesques, par Dieu le roi amant, 25 » Moult est Kalles cruel, moult m'en vois merveillant » Qu'à une beste mue a mené tel content. »

« Fox est», dist Oliviers. «Voire », chen dist RoUant. N'i ot prinche ne per, pour voir le vous gréant, Ne plorast pour Baiart, le bon cheval courant.

30 Or est Baiars en Muese que trestout le mont loe.

Kalles garda aval par dejouste une nbe,

Voit Baiart dessus l'eve qui par grant vertu noe ;

La muele fiert du pié, faite en a mainte escroc ;

Si la fiert et debrise com s'ele fust de boe. 35 D'autre part s'en issi par dejouste une noe ;

Adonc s'en va poingnant, plus tost ne vole aloe ;

En la forest entra d'Ardenne que grant roe.

Quant chen voit Kallemaines, de mautalent esbloe. Et si home eu sunt lié, chascun Ihesus en loe, 40 Tait en font à Kallon par deriere la moe.

Escapez est Baiars de si grant aventure ; Encor dit on ou règne, si corn dit Tescripture, Qu'il vit en la forest, si i prent sa pasture. Quant voit home ne famé, d'aler à lui n'a cure, 45 Ains s'en refuit ou bois moult trez grant aleiire. Or vous lairai de lui, ne sai se il plus dure, Si diron de roi Kalle qui en fist chiere oscure. Touz sez barons départ dont il tenoit la cure.

Départis sunt lez os, s'est la guerre aflSnée, 50 Et Renaus s'en ala à la chiere hardie.

Lui et son escuier que Ihesus berieïe.

Il vit Costentinnoble, la chité seignorie, Ou bourc se heberga delez une abeïe, « . 221, vo b. Lg^ ^g^jj^g jj ^ ^||.^ q^j ^g|. ^^ bonne vie :

55 « Amis, entrez là sus en la chambre voutie. » Il n'i a fors .i. home que ne connoisson mie, )) Mèz moult par est malade, la color a noirchie. » Pèlerin est com vous, s'a sa voie acueillie. » Se mal vous fet de rien, gesez d'autre partie. »

60 Renaus entre en la chambre, qu'il ne demore pas ;

Si a gardé amont et en jus et en bas,

Si vit Maugis jesir, couvert de .ii. blans dras.

Renaus le connut bien, à lui en vint le pas;

Le chief li descouvri trestout isnele pas.

65 « Amis, comment vous est, por le cors saint Thomas ? »

Maugis connut Renaut, si saut sus a itas ;

Puis lui dist maintenant, il ne lui chela pas :

« Amis, où alez vous?0 — « sépulcre elas. »

« — As tu fet pes au roi? Comment en escapas ? » 70 « Oïl, chen dist Renaus, issi com tu orras,

)) Car je vois au sepucre aussi com tu i vas.

» Rien n'en ai amené, ne mèz .i. cheval cras,

» Et mon vallet à pié, bien le connoisteuras. » Mez frerez ont lor terrez que tu tant amé as. » 75 Quant Maugis ot Renaut, ne fut pas lié par gas, Adonc saut de son lit là où il j ut en bas.

Maugis saut de son lit, si acole Renaut.

« Sire, chen dist Maugis, pour le dieu qui ne faut, )) Tout sui sain et heitié, aiiis mes ne fut si baut ;

80 » Or en iron ensemble, de poverte qu'en chaut ? » Tant trouveron vitaille, de porter serez caut. » Je sai bien demander, je suis jà bon ribaut. » )> Et je, chen dist li dus, se mon argent me faut.D La dame oï parler sez estez si trez haut,

85 Lor corout en la chambre, n'i a fait que .i. saut.

L'ostesse vint corant en la chambre pavée, Là où li dui baron ont fet lor demorée.

Quant Maugis voit s'ostesse, si Ta bien saluée. Quant Ta veû lever, tantost sans demorée 90 El demande: « Estez sain? ne m'en feitez chelée. » Et il dist: «Oïl, dame, comme pomme parée.

)) Moult m'avez fet de bien. Chil qui fist la rousée, » Le vous rende à Tame, quant serez trespassée. o Et la dame respont qui ot bonne pensée :

95 « Se je vous ai bien fet, la roine henorée

» Me rende la mérite, quant seroi trespassée. » Adonc parla Renaut à la chiere membrée :

(( Avon nous que mengier ? est la chose aprestée ? » « Oïl», chen dist la dame. Or tost, sans demorée,

100 La table est toute mise, s'ont l'eve demandée. Et Renaus et Maugis n'i ont fet arrestée.

Au mengier sunt assis, s'ont l'ostesse appelée, Puis meuglèrent et burent tant comme il lor agrée. Lors font ester la table qui fu et grant et lée.

105 Atant se vont couchier, que l'eure fu passée. Li baron s'endormirent de si à l'ajornée, Que il se sunt levé quand l'aube fu crevée.

Il s'en vont lor quemin, lor voie ont trespassée. Et si ont tant erré toute jour ajournée

110 Qu'il vindrent à Maroeille qui siet sus mer salée. Iluec trouvèrent nef qui estoit aprestée, Renaus paria o mestre, la nef a alouée Pour lui et pour Maugis ; il laissa en soudée .mi. livres d'argent: il Ta bien enerée.

PoL 222, ro a. Et puis entrèrent ens sans nule demorée, 116 Et il ont tant siglé et jour et matinée

Qu'en .II. mois et demi ont la mer trespassée : A Acre pristrent port à une matinée.

A Acre pristrent port chil qui sunt arrivé.

120 Tant com furent en Teve il n'orent point doté, De bon cœur et de vrai en ont Dieu aoré.

Et Renaus et Maugis s'en sunt ensemble aie, Moult demainent grant joie li vassal aduré ; Il le doivent bien fere, tous jors se sunt amé.

125 « E Dex», chen dist Maugis, «vous soiez aoré ! » Or iron au sepucre où Ihesus fu posé. »

(.( Sire », chen dist Renaus, « vous avez bien parlé. »

' Le texte imprimé me paraît présenter une lacune à partir du moment où Renaud et Maugis se séparent de leur hôtesse. Par contre, le passage qui suit immédiatement comble (a lacune que j'ai notée déjà dans le ms.de Montpellier, entre les vers 127-128. Je le reproduis jusqu'à l'endroit où les deux récits, malgré leurs différences, se rejoignent :

Mult sont lié li ami, si s'entrefirent joie ; Lendemain par matin ont acoilli lor voie, Et oit tant esploitié, ge voil bien que Tan Toie, Vindrent à Iherusalem qui mult de loing bien voie Et la grant tor David qui contremont baloie.

D'autre part lo sépulcre où il tinrent lor voie. Quant li baron lo voient, si en orent grant joie, A terre descendirent enmi la sablonoie ; La sainte vile aorent et cascuns por lui proie. Âtant sont levé sus de la grant sablonoie.

Si vont en la cité qui tant est beneoie.

Or s'en vont li baron qui furent esjoï ; Il n'ont gaires aie qu'un grant ost ont cboissi Ëntor Iherusalem, la cité signorie.

« Le roi de lerusalem si est deserité,

» Le roi sodant de Perse Ta de guerre enuié ;

130 » Plus de .X M. caitis en a o lui mené.

)) Sachiez es plains de Remez a son ost atravé, » De crestienne gent i a poi aiiné, » Quant contre Famiral ont poi de poosté. »

« Ne me caut, dist Maugis, que j'ai à Dieu voé

135 )) Ne porterai mes armez en trestout mon aé, » Ne ne vous aideroi vaillant .i. oef pelë.

» Or, se vous estez pris en bataille campel, » Jà n'i serez par moi aidié ne délivré, )) Que tant ai fet pour vous, malement sui mené.

140 » Jà vers notre seignor ne seroi acordé. » Quant Renaus Ta oï s'a tendrement plouré :

« Ahi, cousin Maugis, aiez de moi pité ; )) Cousin, secorez moi, se je sui destorbé ; » J'en iroi en bataille à tout .i. branc letré,

145 » Et se je muir de bonne volenté,

» Là sus avec les angrez en seroi coronné :

» Icel louier atent qui muert pour s'amisté. »

xVIaint treif virent drecié et maint chastel basti, Tant- pavillon de soie, tant destrier arrabi. « Maugis, ce dist Renaus, or sui ge esbahi.

> Ha Dex ! quex gens est ce que nos veomes ci? » Ne sont pas Crestien de Iherusalem saisi. » « Ne sai, ce dit Maugis, par Dex qui ne menti . » G' en ai si grant merveille, toz en sui esbahi. »

Esbahi sont li prince, si s'en vont lor chemin ; Il n'ont gaires erré lo chemin enterin Qu'ont rencontré .1. homesor .1. gaste roncin. Cil repaire de l'ost, vendu ot pain et vio .

Renaus vint devant lui, si cria à cler tin :

« Amis, cil te conduie qui confondi Cayn.

» Car me dites noveles, par lo ber saint Martin, » Quel gent sont ce logié, se ce sont Sarrazin ? » « Nenil, ce dist. icil, leaument lo vo dis . »

a Paumiers, vels tu oïr verte de celé gent ? » « Oïl, amis, biax frère, mult en ai bon talant. » « Et ge lo te dirai », etc. . . .

(Ëdit. Michelant, pp. 404-405.) .

« Renaut, chen dist Maugis, [u]ne rien vous diroi.

» Je vous di loialment, ne soiez en esmai, 150 )) Feitez quanque voudrez, que jà ne vous faudroi,

» Et je meïsme en la bataille iroi ;

B Se puis, au branc d'acier cez païen ochirroi,

)) Que jà Turc ne Persant pour voir n'espargneroi,

» Et se vous estez pris [je] vous délivrerai. 155 » Assez avez vitaille ; s'ele faut, j'en querroi. »

Quand Renaus Ta oï, il n'i a fet délai ;

Doucement le merchie de bon cuer et de vrai :

« Quant vous m'i aiderez, nulepaor je n'ai.

» Se je vieng en Testeur, durement i ferrai, 160 » De sanc et de chervele la terre joncheroi,

)) Sachiez, à haute vois Montauben crieroi.

)) Cousin, à haute vois Montauben crieroi;

» Cousin, a mon pooir, la mort Dieuvengeroi,

)) Qu'il fu mis en la crois qu'il trouvèrent ou tai, 165 » Ety se je muir pour lui, couronnez en seroi

» Devant la fâche Dieu, que je trez bien le sai. »

Amaugis le bon lerre son cousin confortait, Renaut le fix Aymon, que durement amoit.

La nuit jurent aeise et chacun s'endormoit,

170 Et quant vint o matin que le soleil levoit, Amaugis ne Renaus, nul jus ne se targoit.

Vers lerusalem vont où Ihesus fu destroit, Vindrent es plains de Remez où chascun s'aiinoit. Li prince de la terre chascun s'i assembloit,

175 Quanqu'il porent de gent chascun à Tost menoit. Que la bataille atendent ; or en soit Dex au droit. Pol. 2223 ro b. Le riche roi David bien lez reconfortoit.

Et Renaus et Maugis chascun par là venoit

Et par dehors les tentez duc Renaus se couchoit.

180 Segnors frans chevaliers, oez une merveille. Maugis tet une loge et moult bien s'appareille

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