ET LE CHLORURE DU POTASSIUM
Je vais exposer le plus brièvement possible tous les moyens que j'ai employés pour me procurer du chlorure de potassium. Cette exposition est fastidieuse; mais elle me parait tout à fait indispensable, parce que j'attache une haute importance à la détermination du rapport proportionnel entre Targent et le chlorure du potassium.
I. Chlorure de potassium du chlorate de potasse. — Le chlorale de polasse le plus pur qu'on puisse obtenir à Faide de la voie de la cristallisation répétée contient toujours du fer, du manganèse, de la silice et parfois de l'alumine et du cuivre. M. de Marignac a déjà constaté la difficulté de séparer le fer du chlorate et du perchlorate.
Pour arriver à l'élimination de ces matières étrangères, j'ajoute à une solution filtrée et bouillante de chlorate, rendue alcaline par la potasse pure, quelques gouttes de solution de sulfure de potassium. Après un quart d'heure d'ébullition, je filtre le liquide bouillant et j'y ajoute, tout en le maintenant en ébullition, une nouvelle quantité de sulfure de potassium. Si , à la première addition .du sulfure alcalin, j'ai maintenu le liquide assez longtemps en ébullition, il ne se produit plus la moindre coloration à l'addition suivante. Arrivé à ce résultat, je refroidis brusquement la solution, afin d'obtenir le sel sous forme de poussière cristalline. La bouillie est introduite dans un appareil à déplacement, dont le bas est bouché par un tampon de linge, lavé à l'eau alcaline d'abord et ensuite k l'eau acide. Cet appareil est appliqué, à l'aide d'un tube de caoutchouc, sur un réservoir mis en communication avec une pompe pneumatique. Quelques coups de pompe éliminent à l'instant l'eau mère, et le sel parait sec. Je l'arrose ensuite d'eau pure, petit à petit, tout en faisant agir la pompe, jusqu'à ce que le liquide qui s'échappe par le bas ne présente plus de réaction alcaline, ne précipite plus et ne se colore plus par l'azotate d'argent. La purification ainsi faite exige très-peu d'eau de lavage. Deux kilogrammes de chlorate du commerce donnent, du premier coup, de sept à huit cents grammes de sel complètement dépouillé de fer, de cuivre et de chlorure, mais
il retient toujours de la silice et parfois de l'aluinine. Je le redissous ensuite, à trois reprises différentes, dans de Teau pure, en ayant chaque fois la précaution de refroidir brusquement la solution et d'éliminer Teau mère dans Tappareil à déplacement, sous l'influence de quelque^ coups de pompe.
Le chlorate ainsi obtenu et desséché, je le décompose dans une cornue de platine, par une chaleur ménagée. 11 se dégage des traces de chlore, et il se produit un chlorure sans la moindre réaction alcaline. En employant le chlorate obtenu par la voie de la cristallisation seule, qui , par conséquent, retient au moins du manganèse, du fer et de la silice, on obtient un dégagement de chlore plus prononcé et un chlorure à réaction alcaline. Le chlorate le plus pur, en se décomposant, produit d'ailleurs un dégagement trèfr-notable de chlore, lorsqu'on ne ménage pas assez la chaleur.
Comme le chlorure ainsi obtenu renferme encore des traces de silice et parfois de Talumine, il s'agit de les séparer. Voici les différents moyens auxquels j*ai eu recours pour atteindre ce résultat.
Je fonds le chlorure dans un creuset de platine renfermé dans un second creuset. Je promène ensuite dans le liquide un (il de platine recourbé, autour de la courbure duquel j'ai attaché une pelote en fil fin de platine. Je ramasse ainsi toutes les matières eu suspension* Lorsqu'il n'y a plus de points brillants, car c'est sous cette forme que se présentent la silice et l'alumine dans les chlorures fondus, je laisse refroidir lentement les creu*sets. Une partie du chlorure étant solidifiée, je décante et je fais passer au travers de la masse solide ce qui est resté liquide. J'opère donc une véritable filtration du chlo-
rure foodu aa travers des cristaux de cette même matière.
Le chlorure reçu dans un vase de platine et solidifie se présente sons forme d'une masse vitreuse, incolore, parraitement homogène, ou sous la forme d'une masse cristal- Hne offrant une texture cubique, suivant que le refroidis-^ sèment s'est opéré rapidement ou lentement. Sous ces deux formes, il possède une pesanteur spécifique sensiblement différente.
Je ne me suis servi de ce chlorure pour les détermina-» lions que lorsqu'une partie reprise par de Tean produisait un liquide neutre au tournesol eid^une limpidité absolue , ce qui , je l'avoue , est très-rare.
Les résultats inscrits sous les n** I et II {V" série) pro« viennent de dmx échantillons différents de chlorure obtenu de cette manière.
Ce chlorure ainsi purifié a été dissous dans l'eau pure contenue dans une capsule de platine. Après un long repos, la solution, tout à fait limpide, a ét^ décantée dans une cornue de platine et additionnée de chlorure d'ammonium obtenu par la combinaison directe de l'ammoniaque et de l'acide chlorhydrique purs à l'état de gaz. Le mélange a été évaporé jusqu'à siccitéé Le résidu, bien séché, a été introduit par petites parties à la fois dans un creuset de platine, contenu dans un second, et a été fondu. Après un refroidissement , la partie du chlorure qui était restée liquide a été filtrée au travers de la masse cristalline produite.
Le chlorure de potassium ainsi préparé a toujours été parfoitement incolore, homogène. Dissous dans Teau, sa solution a été d'une limpidité absolue et tout à fait neutre au tournesol .
Les n~ fil, IV et IX dont la pesée a été faite dans le vide,
se rapportent à deux échantillons diflërents de ce chlorure.
Quoique ces chlorures aient fourni des résultats si concordants, ils pouvaient néanmoins contenir des chlorures différents. J'ai essayé de m'en assurer par deux voies distinctes : premièrement , en ramenant une partie de ces chlorures par la voie de la cristallisation de sa solution dans l'eau pure en quatre parties successivement décroissantes; et, secondement, en faisant agir sur le chlorure une force chimique, c'est-à-dire en l'engageant dans une combinaison parfaitement définie, susceptible d'être bien purifiée.
A cet effet, j'ai saturé environ deux cents centimètres cubes d'eau pure et bouillante, contenue dans un vase de platine, par le chlorure de potassium de la détermination ^0 [X (2°*° série), et j'ai déterminé rapidement la cristallisation du chlorure. L'eau mère décantée, additionnée de l'eau de lavage, a été évaporée jusqu'à pellicule et a fourni une deuxième eau mère, qui a été évaporée après l'addition des eaux de lavage jusqu'à pellicule, et a donné une troisième quantité de chlorure. L'eau mère, d'où ce chlorure s'était déposé, a été évaporée jusqu'à siccité. Les quatre échantillons de chlorure, qui étaient en quantités décroissantes, ont été mêlés avec le dixième de leur .poids de chlorure d'ammonium pur et soumis ainsi à la fusion.
Tous les chlorures obtenus étaient incolores, et se dissolvaient dans l'eau en produisant un liquide neutre d'une limpidité complète. Les résultats inscrits sous les n*"" \Xa, 1X6, IXc, IXd se rapportent à la détermination de ces quatre échantillons du chlorure.
IL Chlorure de potassium du chloro-platinate de potassium, — J'ai uni le chlorure de potassium du chlorate au bichlorure de platine, pour le séparer des chlorures qu'il
pourrait contenir et que la voie de la cristallisation ne se* parerait pas. Dans ce but, je me suis procuré du platine pur en assez grande quantité. J'ai suivi pour cela la méthode décrite par Berzelius, qui est dispendieuse, puisqu'elle a entraîné avec elle la détérioration complète d'un grand creuset de platine dans lequel j'ai exécuté l'opération. J'ai répété trois fois la purification au lieu de deux , comme l'a prescrit l'illustre chimiste suédois. Le platine ainsi purifié, est beaucoup plus blanc que le métal du commerce. Fondu, il est excessivement ductile et malléable, comme M. Henri Sainte-Glaire-Deville Ta constaté tout récemmenU
J'ai dissous ensuite ce platine dans de l'eau régale faible, en employant, à cet effet, un ballon de verre de Bohême. Le chlorure, évaporé jusqu'à siccité, a été repris par de l'alcool. J'y ai ajouté ensuite une solution aqueuse de chlo* rure de potassium du chlorate, en prenant la précaution de laisser beaucoup de platine non précipité. Le chloroplatinate de potassium a été lavé d'abord avec de Talcool faible contenant du chlorure de platine en solution, et ensuite à l'aide de l'alcool faible et pur. Le chloro-platinate de potassium a été mêlé avec le quart de son poids de chlorure d'ammonium tout à fait pur, et on a calciné au rouge vif dans un creuset de platine. Le résidu a été repris par de l'eau froide et pure, et la solution a été filtrée au travers de la mousse de platine pure assez fortement chauffée et placée dans un entonnoir effilé. J'ai pris la mousse de pla« tine comme moyen de filtra tion, parce que j'ai remarqué que la solution des chlorures alcalins qu'on fait passer par le papier lui enlève toujours des traces de silice.
Afin de me mettre à l'abri de parcelles métalliques qui pourraient être entraînées, j'ai abandonné, pendant vingtquatre heures au moins, la solution dans un vase de platine au repos absolu. Au bout de ce temps, le liquide a été
décanté avec précaution, mêlé avec du sel ammoniac pur, et évaporé jasqu*à siccité dans un vase de platioe. Le mé* lange est, enfin, fondu dans un double creuset de platine. Le chlorure fondu n*a jamais présenté de traces de points brillants. On peut le décanter jusqu'à la dernière goutte sans y apercevoir un corps étranger quelconque. Solidifié, il est tout à fait incolore; repris par de Teau, il produit une solution neutre d'une limpidité absolue.
Les n"^ y et VI (2^ série) du tableau se rapportent au chlorure de potassium extrait du cbloro-platinate de potas^ sium, et le n"" Vil au même chlorure, qui a été combiné deux foie et séparé deux fois par 4e moyen que je viens d'indiquer.
IIL Chlorure depota$êium du nitre. — Deux échantillons difl'érents de nitre, du poids de deui^ cent cinquante grammes environ, qui avaient cristallisé au moins une dizaine de fois chacun, et qui étaient privés complètement de fer , de manganèse et de cuivre , etc. , ont été mêlés avec une fois et demie leur poidsde chlorure d*ammonium pur. Chacun de ces mélanges a été projeté petit à petit dans une grande capsule de platine chaufl'ée au rouge bien décidé. La première partie du mélange attaque assez fortement le vase de platine , mais une fois le fond de la capsule couvert de chlorure alcalin , j*ai pu continuer les additions de mélange sans altérer sensiblement le métal. Â chaque addition, il se produit une déflagration. Le chlorure de potassium obtenu est pulvérisé et mêlé à un dixième de son poids de sel ammoniac pur, et de cft/oroplatinate d'ammonium. Le tout est fondu dans un double creuset de platine. Le platine provenant de la décomposition du chloro-platinate d'ammonium entraîne avec lui, au fond du vase, la silice que le nitre le plm pur coniienl toujours. Après un certain temps de repos, on décante le
liquide dans ud vase de plati&e. Le chlorure de potassium obleau aiosi présente une teinte violacée très-proDoncée, due à du platine très-divisé interposé.
Pour séparer ce platine^ j'ai repris le chlorure par de Teau froide et pure , et j'ai filtré la solution au travers de la mousse de platine assez fortement chauffée. Le liquide filtré , après vingt-quatre heures de repos, est traité comme je l'ai dit pour le chlorure de potassium extrait du chloro" piatinale de potassium.
Les deux chlorures ainsi produits étaient l'un et l'antre tout à fait incolores , neutres au tournesol , et ont produit un liquide absolument limpide avec l'eau froide.
Les déterminations des n""* YIII et X (2°*'' série) se rapportent à ces deux échantillons de chlorure.
Cinquante grammes au moins du chlorure du n^ X furent dissous dans l'eau pure^ et ramenés par la cristallisar tion en quatre parties successivement décroissantes» comme je l'ai dit pour le chlorure préparé à l'aide du chlorate. J'ai déterminé le rapport proportionnel des quatre échaur tillons ainsi obtenus; le résultat se trouve aux n"" Xa, X6, X<î,Xd(2»* série).
lY. Chlorure de potassium préparé à l'aide du tartre. — De la crème de tartre cristallisée dix fois fut carbonisée dans un creuset d'argent, et le charbon épuisé par de l'eau pure. Le carbonate de potasse fat additionné d'acide chlorhydrique pur en excès, et la liqueur évaporée jusqu'à siccité. Le résidu fut chauffé au rouge sombre et repris, après le refroidissement , par de l'eau froide. La solution fut abandonnée au repos jusqu'à ce qu'elle fut devenue complètement limpide par le dépôt de silice. Décantée ensuite et sursaturée d'ammoniaque pure, elle laissa déposer des traces de peroxyde de fer et d'alumine. Après que la liqueur fut devenue de nouveau limpide, je l'évaporai dans
(62) UD vase de platine, e( je mêlai le résidu d'un dixième de son poids de sel ammoniac pur , et de chloro-platinate d'ammonium. Le mélange fut fondu , et le chlorure produit fut traité comme je Tai dit pour le chlorure de potassium préparé à l'aide du nitre.
Ce chlorure était absolument incolore, neutre, et se dissolvait dans l'eau en donnant naissance à un liquide tout à fait limpide.
Les données inscrites sous le n^ XI se rapportent au cbl rurepréparéde cette manière.
MODE DE DÉTERMINATION DU RAPPORT PROPORTIONNEL ENTRE l'argent ET LES CHLORURES.
Je vais indiquer maintenant comment j'ai procédé à la détermination du rapport proportionnel entre l'argentet les chlorures. J'ai suivi à cet égard le procédé de Gay-Lussac pour l'essai de l'argent par la voie humide. Ce moyen a été appliqué déjà par M. de Marignac et par M. Pelouze. Presque tout le dernier travail de M. Dumas sur les équivalents repose d'ailleurs sur la méthode de la voie humide.
Pour l'exécuter, /atpe^^, $oit dam l'air, soit dans le tnde, une certaine quantité de chlorure, et fax calctUé et pesé ensuite, en partant de la loi de Prout, la quantité d'argent nécessaire pour précipiter le chlore renfermé dans le chlorure. J'admettais pour l'argent 108, pour le chlorure de potassium 39 + 35,5 =^ 74,5; pour le chlorure de sodium 23 + 35,5 = 58,5 ; et pour le chlorure d'ammonium 4 -H 14 -^ 35,5 = 53,5. L'excédant d'argent dans le liquide, après la double décomposition, et la valeur de cet excédant me fournissaient le rapport du nombre proportionnel de l'argent et des chlorures.
Voici comment j'ai procédé à l'opération. L'argent, après
avoir été rougi dans ud creuset du même métal , et convenablemeot refroidi dans l'air, est pesé et introduit dans un flacon de verre blanc bouché è l'émeri , è parois trèsépaisses, pouvant résister à dix atmosphères au moins de pression intérieure. Je verse ensuite sur le métal dix fois son poids d'acide azotique pur à 25® Baume. J'adapte le bouchon, et je le fixe solidement à l'aide de fortes ficelles. J'entoure ensuite le flacon d'une toile métallique, et je le place daus un bain où sa température s'élève jusqu'à 45® à 50®. Au bout de vingt-quatre à trente-six heures, tout l'argent est dissous, sans qu'une trace de gaz se soit développée, et, par conséquent, sans que rien soit sorti du flacon. En eflet , le deutoxyde d'azote, à mesure qu'il se produit , réduit Tacide azotique à l'état d'acide azoteux ou d'acide hypoazotique, qui, à celte température, reste parfaitement dissous dans le grand excès d'acide azotique employé. Si la température du bain ne dépasse pas 50®, il n'y a absolument rien à craindre. J'ai fait dans ces conditions, et sans qu'il m'arrivât un accident, au delà de cent dissolutions d'argent en vase clos, en employant de trois jusqu'à cinquante grammes d'argent à la fois.^ulement , deux fois la température du bain s'étant élevée beaucoup plus haut, deux flacons qui y étaient plongés ont cédé à la pression interne, et ont produit une assez forte explosion. J'ai eu recours à la dissolution de l'argent en vase clos, parce que j'ai acquis la certitude que le procédé de dissolution à vase ouvert, tel qu'il est pratiqué dans les ateliers d'essai des Monnaies, expose à de petites pertes d'argent. J'ai vu des essayeurs d'une habileté éprouvée obtenir, dans trois essais d'un même argeqt, des résultats présentant des différences plus grandes que les erreurs que comporte l'admirable méthode de Gay-Lussac. Le même fait s'est présenté chez moi lorsque j'ai voulu me familiariser avec cette mé-
ihode , pour me préparer à mes délerminalions. D*ail leurs» la présence constante de l'argent dans l'eau de lavage do gaz provenaDt de la dissoIuUon du métal , lors des ayothèses de l'azotate et du chlorure d'argent, montre suffisamment la nécessité d'opérer cette dissolution soit en vase clos^ soit dans des appareils dans lesquels les gaz qui s'échappent peuvent venir se laver. Je dois ajouter toutefoist que la perte éprouvée sur on gramme d'argent n'atteint jamais l'exactitude de l'essai de l'argent dans les MoU'naies, eu égard à la limite si large dans laquelle on se renferme.
La dissolution du métal étant opérée ^ et le flacon bien refroidi , j'introduis une quantité d'eau pure telle , qu'avec l'acide ajouté, le poids total du liquide s'élève au minimum à trente-cinq et au maximum h cinquante fois le poids de l'argent employé. Dans cet état, je porte le flacon^ans une chambre obscure et éclairée à l'aide de la lumière du gaz. Après avoir incliné convenablement le flacon , j'y fais pénétrer un tube bouché, fixé à une tige de platine, et coote-^ nant le chlorure pesé avec la précision que me donnent les balances employées^Je fais tomber ensuite le chlorure dans la solution d'argent, je lave à plusieurs reprises le tube à l'eau, pour ne pas perdre les traces de chlorure qui pourraient y être restées adhérentes. Après avoir solidement bouché le flacon et l'avoir enveloppé de caoutchouc, je le fais secouer jusqu'à ce que le liquide , trouble d'abord, se soit parfaitement'éclairci. Je procède alors à l'essai de l'argent non précipité. A cet effet, j'ai préparé avec les plus grands soins des liqueurs décimes de sel marin et d'argent, telles qu'on les emploie dans les^ateliers dressai dés Monnaies.
D'un autre c6té, j'ai confectionné moi-même des pipettes, des tubes qot, étant vidés dans une position verticak, me
(65) foornisseoi dix, cinq, quatre, trois, deux, un, un demi-^
centimètre cube de solution décime. J'ai construit en Oflire des compteurs qui , placés dans une position verticale, débitent des gouttes présentant exactement un vingtième de centimètre cube. Le compteur lui-même et les tub^ c|e un demi*-, un et deux centimètres sont subdivisés en ving^^ tièmes de centimètre cube. Le petit compteur se compose d'un tube gradué de quatre à cinq millimètres de dia* mètre intérieur, effilé au point de présenter une ouvertture d'un millimètre à peu près de diamètre, et soudé i un plus large tube ouvert, mais dont l'ouverture est cou^ verte par une feuille de caoutchouc vulcanisé, repliée sur la paroi du tube et plus ou moins fortement attachée sur celui-ci, suivant qu'on veut avoir un débit plus ou moins rapide de gouttes : mes compteurs n'en donnaient que cinq ou six par minute.
Il est de toute nécessité de tenir les compteurs dans une position verticale; car le même instrument qui four*nit avec la plus grande précision vingt gouttes par centimètre cube, en débite dix-sept ou dix-huit, lorsqu'il est incliné vers 45 degrés; dans une position de 10° à 15'', il ne faut plus que seize ou dix-sept gouttes pour avoir un centimètre.
Pour faire l'essai , j'ai pris en outre les dispositions suivantes : Dans une caisse longue et étroite, dont la partie antérieure était mupie de verre jaune, et la partie postérieure éclairée par une lampe à gaz, je fi^ai un ballon parfaitement sphérique, et contenant une solution saturée de chromate double de potasse et de soude, da manière à concentrer la lumière et à obtenir un cône de lumière jaune. Je disposai ensuite le flacon contenant l'essai dans une position telle, que la surface du liquide était traversée par le faisceau de lumière jaune. Pour l'observation, je me
plaçai de manière à faire un angle de 60" avec le rayon lumineux traversant le flacon. Lorsqu'on se sert de cet artifice, un liquide renfermant deux milligrammes d'ai^ent par litre produit un précipité de chlorure d'argent jaune oLjJi opaque et terne , par un demi-centimitre de liqueur décime qu'on laisse tomber avec précaution à sa surface. La quantité d'argent étant ramenée à un milligrammey le précipité de chlorure est jaune opaque et BRiLLAirr; le liquide étant appauvri au point de ne plus contenir au delà d'un vingtième de milligramme d'argent par litre, il se produit encore un trouble appréciable par l'addition d'une quantité correspondante de liqueur décime. Il suffit d^aitendre assez longtemps, sans toucher au flacon, pour en acquérir la certitude. Cependant, dans mes essais, je n'ai inscrit que les dùviémes de milligramme.
Dans toutes mes expériences, j'ai continué les additions de liqueur décime saline tant que j'ai vu apparaître du trouble à la surface du liquide, après un repos de quinze minutes. Lorsque j'étais arrivé à la limite extrême, et qu'enfin je l'avais dépassée, j'ajoutais cinq centimètres de liqueur décime d'argent; Après l'agitation , je détruisais les trois quarts de l'argent mis en excès, de manière è obtenir immédiatement, par l'agitation, un liquide limpide et approchant de très-près de la limite extrême. Lorsqu'il y avait une différence dans le résultat de deux essais, différence qui n'a jamais dépassé deux à trois dixièmes de milligramme, j'ai toujours pris le résultat mtmtnum.
Ceux qui ont fait beaucoup d'essais par la voie humide» ont observé que la paroi interne d'un flacon dans lequel ils ont agité pendant longtemps du chlorure d'argent, produit pat précipitation successive, se couvre d'une espèce de vernis de chlorure, se graisse et perd ainsi sa transparence. Pour me mettre à l'abri de cet inconvé-
( 67 ) nient, lorsqu'il s'est présenté, j'enlevais, à l'aide d'une pij[^lte propre, une partie du liquide agile et devenu lim^ pide par un repos suffisant, je le versais dans un flacon de cristal à parois plates, et recherchais dans ce second flacon même la présence de l'argent ou du sel marin en excès. Le liquide du flacon était toujours ajouté au premier, lors* qu'il fallait continuer l'opération.
L'essai présente une autre difficulté, qui peut induire sin^ gulièrement en erreur quand on n'en est pas prévenu. Un liquide dont on a précipité, à l' aide d'une lîqug.t»r sajjnj?^ à peu près tout l'argent , mais contenant encore entre un éi deuoD mini gramm es d' argen t par litre, p récipite égale menl par l'addition d'une solution décime d'argent et de sel mafin. Mais dans ce cas, il existe une différence très-notable entre le trouble produit. Le précipité résultant de l'addition de la liqueur décime saline, dans l'essai contenant d'un à deux milligrammes d'argent à l'état d'azotate, est toujours jaune opaque et brillant^ tandis que le précipité formé par l'addition de l'azotate d'argent, dans le même liquide, est blanchâtre et translucide. Je m'explique cette anomalie par la faible solubilité du chlorure d'argent dans l'azotate alcalin qui est en dissolution, et qui se précipite en présence d'une solution argentifère plus riche qu'elle.
Quoi qu'il en soit de cette difficulté, j'ai toujours ajouté de la liqueur décime saline jusqu'à la cessation de tout précipité.
Tel est le mojen d'essai que j'ai employé pour toutes mes déterminations par doubles décompositions.
Je reviens maintenant au chlorure de potassium.
J'ai fait deux séries de déterminations; la première a été exécutée près de trois années avant la deuxième; j'en sépare les résultats, parce que trois des cinq expériences
composanl la première série ont été faites avec de Targent préparé par le procédé de Gay-Liissac. L'argent du n° I avait subi un traitement; celui du n<* II, deux traitements; et celui du n® III, trois traitements. Cet argent n'est pas pur, ainsi que je Tai dit; mais comme j*ai déterminé avec soin Je titre de celui que j'ai employé en le comparant au métal obtenu par Télectrolyse ou par le procédé de M. Lie^ big , j'ai pu faire subir aux poids la correction nécessaire. Ces trois déterminations montrent mieux que tous les raisonnements jusqu'où l'impureté du métal peut affecter le résultat. Ce n'est que pour ce motif que je les publie. Les dix-neuf expériences, composant la deuxième série, sont plus que suffisantes pour établir le véritable rapport proportionnel entre l'argent et le chlorure de potassium.
Les deux dernières déterminations de la première série ont été faites avec de l'argent obtenu , le n^ IV par le phos^ phore divisé et l'azotate d'argent pur et en excès, et le n** V par la décomposition de l'acétate d'argent cristallisé un grand nombre de fois, et préparé d'ailleurs avec de l'argent déjà purifié.
Le chlorure de potassium employé dans les cinq déterminations de la première série était le même, et provenait des analyses de chlorate de potasse que je décris plus loin. J'en avais séparé les traces de silice et d'alumine par les moyens indiqués plus haut. La dissolution était neutre, et fournissait un liquide d'une limpidité absolue. .
L'argent employé pour les déterminations de la deuxième série a été préparé soit par l'électrolyse, soit par le procédé de M. Liebig, ou par la décomposition du chlorure pur à l'aide du carbonate de soude. Tout l'argent avait été comparé au plus pur que j'aie pu me procurer par le moyen indiqué plus haut. Le métal qui a servi à l'expérience n"" VII a été préparé par M. Liebig.
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