‹ Recherches sur les rapports réciproques des poids atomiquesChapitre 17 sur 17 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Eu partant de la loi de Prout, on a les poids atomiques suivants pour les sept corps simples que j*ai soumis à Texpérience :

chlore 35.5

Soufre 10.0

Ajole 14.0

Argent 108.0

Potassium 39.0

Sodium 23.0

Plomb 103.5

Afin de mettre chacun à même de juger si Thypothèse du docteur Prout est conforme ou non à Texpérience, je vais mettre en parallèle les rapports proportionnels résultant de mes déterminations avec ceux qui dérivent des valeurs calculées d'après celte hypothèse :

D^aprèâ l'expérience, le rapport proportionnel

D'après V hypothèse du docteur Prout, le rapport proportionnel

Entre l'argent et le cMore

Est au minimum = 100,000 : 32.841 — au maximum = 100,000 : 32.850 ~ en moyenne == 100,000 : 32.6445

est comme 100,000 : 32.870

Entre l'argent et le soufre

>- au minimum =: 100,000 : 14,840 -— au maximum = 100,000 : 14.854 — en moyenne = 100,000 : 14.852

est comme 100,000 : 14.814

Entre l'argent et Vazotate d'argent — au minimum = 100,000 : 157.403 i

— au maximum = 100,000 . 157.481

— en moyenne = 100,000 : 157.473

est comme 100,000 : 157.404

Esc au

— au

— en

au au en

au au en

au au en

— au

— au

— en

an au en

au au en

au au en

est comme 100,000 : 68.98 J

est comme 100,000 : 54.166

est comme 100,000 : 49.537

Entre l'argent et le chlorure de potasiium

minimum = 100,000 : 60 099 maximum = 100,000 : 69.107 moyenne = 100,000 : 69.105

Entre V argent et le chlorure de sodium

minimum = 100,000 : 54.206 maximum = 100,000 : 54.209 moyenne = 100,000 : 54.â078

Entre l'argent et le chlorure d'ammonium

minimum = 100,000 : 49.590 maximum ss 190,000 : 49.600 moyenne == 100,000 : 49.5944

Entre l'azotate d'argent et le chlorure de potassium

minimum == 100,000 : 43.864 maximum = 100,000 : 43.885 moyenne = 100,000 : 43.878

Entre l'aiotate d^argent et le chlorure d'ammonium

minimum = 100,000 : 31.486 maximum = 100,000 : 31.490 moyenne = 100,000 : 31.488

Entre le plomb et l'azotate de plomb

minimum = lt)0,000 : 159.959 maximum = 100,000 : 159.989 moyenne = 100,000 : 159 969

Entre le plomb et le sulfate de plomb

minimum = 100,000 : 146.419 i

maximum = 100,000 : 146.443 est comme 100,000 : 146.376

mpyenne = 100,000 : 156.427 j

Entre le cklorate de potasse et le chlorure de potassium minimum = 100,000 : 60.838

est comme 100,000 : 43.823

est comme 100,000 : 31.470

est comme 100,000 : 150.903

maximum = 100,000 : 60.853 moyenne = 100,000 : 60.846

est comme 100,000 : 60.8165

Entre le sulfate d'argent et l'argent

au minimum = 100,000 : 69.197 an maximum = 100,000 : 69.209 en moyenne = 100,000 : 69.203

est comme 100,000 : 69.230

On observe donc que, si Ton en excepte les rapports proportionnels entre l'argent et le chlore, l'argent et le sulfate d'argent, il y a partout une différence en plus entre l'expérience et les chiffres calculés d'après l'hypothèse du docteur Prout.

Cette différence en plus est en moyenne :

Pour le sulfure d'argent -^Un* ^^ ^^^^ ^^^^ P'^^ ^^^^^ 4"^ celle qui existe entre le minimum et le maximum;

Pour Vazotate d'argent tj^ïôi» o" quatre fois plus forte que celle qui existe entre le minimum et le maximum;

Pour Yargent et le chlorure de potassium ëiffr» ou treize fois et demie plus forte que celle qui existe entre le minimum et le maximum;

Pour V argent et le chlorure de sodium j^y ou quatorze fois plus forte que celle qui existe entre le minimum et le maximum ;

Pour Vargent et le chlorure d'ammonium j/^, ou six fois plus forte que celle qui existe entre le minimum et le maximum ;

Pour Yazotate d'argent et le chlorure de potassium 4^3 , ou trois fois plus forte que celle qui existe entre le minimum et le maximum;

Pour Yazotate d'argent et le chlorure d'ammonium 57^0» ou six fois plus forte que celle qui existe entre le minimum et le maximum;

Pour Yazotate de plomb Tsffôi, ou trois fois plus forte que celle qui existe entre le minimum et le maximum des deux expériences;

Pour le sulfate de plomb ^^|s76 > ou deux fois plus forte que celle qui existe entre le minimum et le maximum.

Il m'est impossible de faire ressortir, dans ce résumé, l'importance ou la valeur de toutes ces différences, qui

sont fortes dans certains cas, mais paraissent minimes dans d'autres.

Je vais discuter le résultat de la détermination de cinq corps. A la vérité, il suffirait de démontrer que la loi de Prout ne s'applique pas à deux éléments pour renverser rhypotbèse. Ces cinq corps sont l'argent, l'azotate d'argent, le chlorure de potassium, le chlorure de sodium et le chlorure d'ammonium.

D'après l'hypothèse du docteur Prout , le rapport proportionnel entre l'argent et le chlorure de potassium est comme

J'ai trouvé qu*il est comme

M. de Marignac a fait cette détermination avant moi (1). En réduisant ses résultats au vide, il a trouvé que

100,000 d'argent = 69,105 de chlorure de potassium.

MoTENiTE = 69,098 de chlorure de potassium.

Si j'élimine la deuxième expérience, qui est évidemment affectée d'une erreur accidentelle, on a pour moyenne des cinq expériences 69,102, qui ne diffère que d'un cent millième du résultat de mes vingt-cinq déterminations.

Examinons maintenant quelles sont les causes qui peu-

(1> Bibliothèque universelle de Genève ^U XLYl, p. 35i.

venl fausser rexactUode de ce résultat? D*ud côté, c*est le moyen de procéder à la détermination; et, de l'autre côté, ce sont les impuretés des matières mises en expérience. La méthode de Gay-Lussac peut renfermer une cause constante d'erreur; cependant, convenablement appliquée, elle permet de constater, dans un litre de liquide, la présence d'un vingtième de milligramme d'argent, qui n'est que la quatre-vingt millième partie du poids de l'argent que j'ai employé dans une expérience. Après l'emploi que les ateliers d'essai des hôtels des Monnaies font de cette méthode, depuis plus d'un quart de siècle, on peut, me semble- t-il, être complètement rassuré sur les résultats qu'elle Tournit. Si donc il y a cause d'erreur, on doit la chercher dans Texistence constante d'impuretés dans les matières. Les détails dans lesquels je suis entré pour exposer les procédés à l'aide desquels je me suis procuré les matériaux, permettent de juger des efforts considérables que j*ai faits pour garantir leur pureté. Pour obtenir du chlorure de potassium, j*ai mis en œuvre toutes les forces que l'état actuel de la science nous permet d'appliquer à la préparation des matières dans leur plus grand état de pureté.

La concordance si extraordinairement grande entre les résultats fournis par des chlorures d*origines très-différentes et produits à l'aide de moyens diamétralement opposés, cette concordance, dis-je, témoigne mieux que tous les raisonnements possibles de leur pureté, si difficile, du reste, à garantir. D'ailleurs, l'accord que Ton observe entre mes déterminations et celles de M. de Marignac en est une preuve nouvelle.

Ce que je viens de dire du chlorure de potassium est applicable au chlorure de sodium.

Les imparetés qui, contre toute probabilité, pourraient se trouver clans ces deux chlorures, élèveraient le rapport proportionnel. Mais, en ne niant pas la possibilité de l'existence, dans ces corps, d*une matière étrangère ineonnm, il n'y a pas de chimiste qui , après avoir examiné avec attention tous les moyens que j'ai employés pour me les procurer, oserait prétendre que la différence énorme et constante observée par M. de Marignac et par moi, entre le calcul et l'expérience, puisse être attribuée à la présence d'une matière étrangère connue.

D'après les procédés employés pour me procurer le chlorure d'ammonium , il est impossible qu'il se soit trouvé dans certains échantillons de ce corps , mis en expérience, des matières étrangères à la composition do sél ammoniac lui-même. Quoique j'aie tout fait pour éviter un excès d'acide chiorhydrique ou d'ammoniaque, il se peut que certains échantillons aient contenu un très- petit excès d'acide; mais la présence de ce dernier corps doit diminuer le rapport proportionnel, et toutes mes expériences conduisent à un nombre proportionnel plus élevé pour le chlorure d'ammonium.

J'ajouterai que si l'existence de matières étrangères inconnues doit augmenter le nombre proportionnel des chlorures de potassium et de sodium, la présence possible et même probable de corps étrangers dans l'argent doit diminuer ce rapport : les effets se produisent en sens inverse , et les chances de l'augmentation sont au moins réduites de moitié.

Examinons maintenant s'il y a moyen de concilier mes synthèses de l'azotate d'argent avec la loi de Proul. J'ai démontré que 100,000 de ce métal produisent en moyenne 187,473 de ce sel au Heu de 157,404. Il y a donc —m de

plus que ne Texige le principe de Proul. Ou pourrait prétendre que cel excès de poids esl dû à de Tacide azotique ou à de Teau retenue par Tazolate fondu. Je rappellerai d*abord que j'ai constaté la neutralité du sel obtenu dans mes expériences, et l'absence de tension, lorsque je Taî fondu dans le vide. Cette objection tombe d'ailleurs devant le contrôle direct auquel j'ai soumis l'azotate d'argent luimême, en déterminant son rapport proportionnel en fonction du chlorure de potassium. D'après la loi de Prout, ce rapport est comme 100,000 : 43,823.

Or, j'ai trouvé pour moyenne de trois séries d'expériences, que ce rapport est comme 100,000 : 43,878. M. de Marignac (1) avait déjà obtenu le même rapport pour une moyenne de deux séries de déterminations. Mais en combinant le résultat de mes synthèses de l'azotate d'argent avec le résultat de mes déterminations du nombre proportionnel entre l'argent et le chlorure de potassium, j'arrive à cette conséquence que 100,000 d'azotate d'argent équivalent à 43,883 de chlorure alcalin, chiffre qui se confond avec celui que j'ai trouvé par l'expérience. Il 7 a donc accord parfait entre les synthèses de l'azotate d'argent et les déterminations du rapport proportionnel entre ce sel et le chlorure de potassium, et désaccord complet avec les chiffres calculés pour les trois corps d'après le principe de Prout. La composition de l'azotate d'argent, soit qu'on la détermine par la synthèse, soit qu'on l'établisse d'après son rapport proportionnel en fonction d'un chlorure connu , est donc incompatible a\ec le principe de Prout. Il en résulte, de toute nécessité, que

(1) Bibliothèque universelle de Genève, t. XLYI, p. 565.

parmi les éléments coostituiifs de ce corps, deux au Dl^ins, l'azote et Targent, n'obéissent pas à ce principe.

S'il est radicalement impossible de concilier l'hypothèse da docteur Prout avec les rapports de poids que l'azote, l'argent, les chlorures de potassium, de sodium et d'ammonium présentent entre eux, il n'y a pas de raison pour l'admettre, en ce qui concerne le chlore, le soufre, le plomb, lors même que les nombreuses déterminations consignées dans ce travail ne prouveraient pas d'une manière évidente, certaine, que ces corps n'obéissent pas davantage à la loi de Prout.

Pour finir cette exposition , si longue déjà, il me reste à faire connaître la valeur des poids atomiques qui dérivent de mes recherches :

Par la calcination du chlorate de potasse, j^ai trouvé que

100,000 de sel fournissent en moyenne : oxygène 39.157

Par Taction de Tacide chlorbydrique, j*ai trouvé le contenu en

moyenne 39.151

La moyenne des deux résultats est 39.154

Berzelius a trouvé , en moyenne 39.150

M. Pelouze a obtenu , en moyenne 39.150

M. de Marignac a obtenu , en moyenne 39.161

L*oxygène étant représenté par 8

Le chlorure de potassium devient 74.50

Et le poids atomique de Targent ^ . . . . 107.943

— du chlore, d*après mes expériences . . 35.46

— — diaprés celles de H. de Marignac. 35.468

— du potassium 39.13

— du sodium 23.05

— de Tammonium 18.06

— de Tazote (déduit de la synthèse de Tazo-

Ute d'argent) 14.041

— du soufre 16.0371

— du plomb (synthèse du sulfate de plomb). 103.453

— du plomb (synthèse de Pazotate dessé-

ché dans le vide à 155*) 103.460

Ea jetant les yeux sor les poids atomiques de rammonium et de l*azote, on s^aperçoit qu'ils diffèrent de 4,03 au lieu de 4,00. Il en résulte indubitablement, ou que mes synthèses de Tazotate d'argent sont inexactes, et que la quantité de ce sel produit par l'argent métallique est un peu plus élevée que je ne l'ai trouvée, ce qui m'éloigne encore davantage de la loi de Prout, ou bien que le poids atomique de l'hydrogène lui-même est en erreur de 7^">e ou î~me de sa valeur.

L'ensemble de mes recherches me porte à croire que Terreur existe plutôt sur le poids atomique de l'hydrogène que sur celui de l'azote.

Si ce fait, sur lequel j'attire, sous toute réserve , l'attention des chimistes, est exact, ce que je compte rechercher bientôt, en reprenant la synthèse de l'eau par une méthode nouvelle, il en résultera que la base sur laquelle le docteur Prout avait établi sa loi, manque elle-même de fondement.

Quoi qu*il en soit du doute que je soulève à Tégard de l'exactitude du poids atomique de l'hydrogène représenté par 1» Foxygène étant 8, il ne peut rester aucun doute concernant le principe lui-même. Je termine donc en disant: aussi longtemps que, pour l'établissement des lois qui régissent la matière, on veut s'en tenir h Texpérience, on doit considérer la loi de Prout comme une pu)*e illusion, et regarder les corps indécomposables de notre globe comme des êtres distincts n'ayant aucun rapport simple de poids entre eux. L'analogie incontestable de propriétés, qu'on observe dans certains des éléments, doit être cherchée dans d'autres causes que celles qui dérivent du rapport de poids de leurs masses agissantes.

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