ANALYSE DU SULFATE D ARGENT
J*ai tenté de faire la synthèse du sulfate d'argent, mais j'ai dû renoncer à ce projet, à cause de Tentrainement de l'argent lorsque j'opérais la dissolution du métal dans un vase de platine, et de l'impossibilité d'achever la dessiccation du sulfate dans un vase de platine, lorsque j'exécutais la dissolution de l'argent dans un ballon de verre de Bohème, comme je l'avais fait pour le sulfate de plomb. J'ai donc dû me borner à faire son analyse, qui n'a pu porter que sur son contenu en argent. J'ai déterminé ce contenu en réduisant le sulfate d'argent par l'hydrogène, comme M. Struve l'avait déjà fait.
J'ai employé, dans ces expériences, trois échantillons de sulfate d'argent. J'ai obtenu l'un en versant dans de l'acide sulfuriqne dilué et bouillant dans un vase de platine, une solution d'azotate d'argent pur. Le liquide étant refroidi, Teau mère a été soutirée et remplacée à trois reprises par de l'eau acidulée par de l'acide sulfurique, et le tout a été porté chaque fois à l'ébullitioù et maintenu à cette température pendant une demi -heure. Le sulfate d'argent déposé par le refroidissement a été lavé ensuite par de l'eau froide, jusqu'à ce que l'eau de lavage fût complètement neutre. Avant de m'en servir pour l'expérience, je l'ai desséché vers 350° dans un courant d'air sec dépouillé de toute matière organique par son passage au travers d'un tube de verre rempli d'oxyde de cuivre chauffé au rouge. A cet effet, je l'ai chauffé dans un dessiccaleurde M. Liebig, placé dans un bain de chlorure de zinc.
Pour me procurer le deuxième échantillon de sel, j'ai
( 12i ) attaqué directement, dans une chaudière de platme, de Tacide sulfurique concentré et pur par de l'argent, préparé par le sucre de lait, et dans lequel il ni*avait été impossible de découvrir des traces de matières étrangères. Lorsque tout l'argent eût été transformé en sulfate, j'ai chassé autant que possible par la chaleur tout l'acide en excès.
Après le refroidissement du vase, j'ai lavé le sel à l'eau, afin d'enlever la dernière trace d'acide sulfurique échappé à l'action de la chaleur. Puis je l'ai chauffé dans le vase de platine même, bien au delà du point d'ébuUition de l'acide sulfurique. Je l'ai introduit ensuite, tout chaud, dans un flacon bouché à l'émeri , préalablement chauffé et séché. Avant de m'en servir pour l'analyse , je l'ai encore chauffé, dans le tube même, au delà du point d'ébuUition de l'acide sulfurique.
Le sulfate d'argent est d'une stabilité extrême. Quoiqu'il faille presque la température rouge sombre pour le fondre, on peut le liquéfier sans lui faire perdre sensiblement de son poids, pourvu que Vopéralion se passe à l'abri des poussières organiques de l'air et dans un vase de platine; car un vase de verre est attaqué par le sulfate d'argent fondu.
Deux cent cinquante grammes de sulfate d'argent, obtenu par cette dernière méthode, ont été dissous à l'ébullition dans les eaux de lavage du sel , acidulées par l'acide sulfurique. Après un refroidissement lent du liquide, le sel s'en est séparé sous la forme de prismes volumineux, incolores, limpides comme de l'eau. Un de ces cristaux pesait li''-800. Ces prismes chauffés vers 300° décrépitent assez fortement. On peut ensuite les chauffer au delà du point d'ébulljtion de l'acide sulfurique et même les fondre, sans faire perdre au sulfate sensiblement de son poids.
Le sulfate d'argent, préparé par l'action de l'acide sulfu-
rique sur Tazotale d'argent, el par Faction de ce métal sur l'acide sulfurique coocentré, se présente sous la forme d'une poudre cristalline d'un blanc éblouissant, lors même qu'il a été chauffé ii 350°, pourvu qu'on se soit servi, lors de sa dessiccation, d'un courant d'air complètement privé de matière organique. Sans cette précaution , il acquiert dans le dessiccateur une teinte verte d'abord, puis violacée; dans ce cas, en se «dissolvant dans Teau, il laisse un résidu noirâtre, qui devient blanc d'argent par une chaleur ronge.
Son état pnivérulent m'a forcé de le peser dans le vide.
Voici comment je m'y suis pris pour effectuer le dosage de l'argent à l'aide de l'action de l'hydrogène : j'ai pris un tube de verre de Bohême de dix-huit millimètres de diamètre sur septante-cinq centimètres de longueur, et effilé par un bout. Après l'avoir séché a une température élevée, je l'ai introduit dans un grand tube à peser dans le vide, «t j'ai fait le vide dans le système que j'ai équilibré avec un autre grand tube identique au premier, quant à son volume extérieur et à la nature de sa surface. J'ai mis en même temps des poids égaux suffisants sur les plateaux opposés de la balance.
J'ai rempli ensuite le tube de verre de Bohême, aux deux tiers, de sulfate d'argent desséché, en faisant en sorte de laisser vide le tiers de la capacité du tube du côté de la pointe effilée. Après avoir chauffé encore dans un courant d'air sec et pur le sulfate d'argent renfermé dans le tube, j'ai immédiatement introduit celui-ci dans le système à peser dans le vide, et j'ai éliminé tout l'air. Le refroidisse- , ment étant complet , je l'ai pesé.
J'ai mis enûn le tube à sulfate d'argent en communication avec un grand appareil à dégagement d'hydrogène pur et sec. Pour obtenir ce gaz, j'ai pris toutes les précau-
tioDs indiquées par M. Dumas, dans son mémoire sur la synthèse de l'eau , sauf qqe je me suis servi de potasse caustique fonduecorome matière desséchante, voûtant prévenir ainsi la présence de traces d*acide sulfureux daus rhydrogène.
Ce tube reposait dans une gaine de tôle remplie entièrement de magnésie et très-légèrement inclinée du côté de l'extrémité effilée qui pénétrait dans un grand récipient vide. Lorsque Tappareil était complètement rempli d'hydrogène, je chauffais, vers la température de l'ébuliitioo de l'acide sulfurique, la partie de la gaine correspondant à la portion vide du tube. Ensuite, j'élevais doucement la température de la partie du tube contenant du sulfate d'argent; lorsque j*ai vu commencer la réduction du sel , j'ai fait tous mes efforts pour maintenir ia température statioonaire , afin d'éviter l'attaque du verre et la volatilisation de l'argent. La décomposition du sulfate d'argent se fait avec une netteté et une régularité extrêmes : c'est une véritable substitution de l'hydrogène à l'argent. £n effet, si on maintient la température suffisamment basse, il se produit seulement de l'argent et de l'acide sulfurique qui descend à cause de l'inclinaison du tube : à peine seot-oo des traces d'acide sulfureux. Â mesure que le sulfate d'argent se réduit, la quantité d'acide sulfurique produite devient suffisamment grande pour arriver à la partie du tube chauffée au point d'ébullition de cet acide. Là, il est réduit, par l'excès d'hydrogène dégagé, en acide sulfureux et en eau, ou en soufre et en eau. L'acide sulfurique a été le seul produit que j'ai vu se développer, lorsque l'action de l'hydrogène sur le sulfate d'argent a eu lieu à une basse température. Quand la température était plus élevée, il se produisaitd'abord de l'eau et du sulfure d'argent, et ensuite
de l'argent métallique et de Tacide sulfhydrique. Daos toutes les déterminations dont je donne ci-dessous les résultats, j'ai fait tous mes efforts pour éviter la formation du sulfure d'argent et la production subséquente de l'acide sulfliydrique. Néanmoins, j'ai toujours remarqué la présence de l'acide sulfhydrique à la fin de toutes les réductions, lorsque le tube était chauffé an rouge très-sombre dans le courant d'hydrogène. Je n'ai même cessé le courant que lorsqu'un papier imprégné d'un sel de plomb, placé devant le tube de dégagement de l'hydrogène, ne décelait plus la moindre trace d'hydrogène sulfuré. Dans toutes ces déterminations, l'argent résidu était sous forme spongieuse, d'un blanc mat. Afin d'être bien certain de l'absence de toute trace de sulfure d'argent dans le métal, j'ai fait passer au travers du tube chauffé au rouge sombre un courant d'air destiné à brûler le soufre; dans une seule expérience, j'ai senti une odeur sulfureuse. Quand l'opération était terminée, le commencement de la partie du tube vide où se faisait la réduction de l'acide sulfurique en acide sulfureux et en eau, était enduit d'un miroir d'argent, provenant de l'argent entraîné à l'état de sulfate par l'acide sulfurique. Mais il est resté toujours au moins douze à quinze centimètres du tube ne présentant pas la moindre trace de dépôt métallique. L'eau acide, condensée dans le grand récipient en communication avec le tube, renfermait des traces d'argent, mais trop petites pour être dosées.
La pesée de l'argent ayant eu lieu, j'ai toujours dissous le métal dans l'acide azotique dilué, pour m'assurer de la présence du sulfure d'argent.
Je n'en ai trouvé dans aucune expérience.
Pour rendre le contrôle complet, j'ai lavé et séché par-
faitement le lube dans lequel j'avais opéré une réduction, et, l'ayant pesé de nouveau dans le vide, j'ai retrouvé son poids primitif, à 0^,002 près, en moins.
Le sulfate d'argent employé dans là première série provenait de Faction de Tacide sulfurique sur Tazotate d'argent. Le sel employé dans la deuxième série a été préparé par l'action directe de l'argent sur l'acide sulfurique. Enfin , pour la troisième série, j'ai mis en expérience le sulfate obtenu en faisant cristalliser le sel précédent dans l'eau acidulée par l'acide sulfurique.
Analyses du sulfate d'argent.
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