‹ Recherches sur les relations qui peuvent exister entre la forme cristalline, la composition chimique et les sens de la polarisation rotatoireChapitre 3 sur 4 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Corrélation de Vhèmièdrie avec le sens de la polarisation

rotatoire.

Nous venons d’établir deux faits distincts dont Fimportance va ressortir plus clairement tout à 1 heure. D’une part, tous les tartrates, quelle que soit leur composition chimique, dérivent d’un prisme droit ou très-peu oblique à base rectangle , dont deux dimensions sont sensiblement les mêmes, la troisième variant seule avec la composition élémentaire. Il en résulte que les angles des faces principales de tous les cristaux sont sensiblement les mêmes, et qu’il n’y a de variation dans les formes qu’aux extrémités. En outre, cette relation parait persister la même dans les paratartrates.

J’ai montré , en second lieu, que tous les tartrates étaient hémièdres, et j’ai signalé ce fait, que, dans la plupart, l’hémiédrie avait le même caractère. Elle était accusée par quatre facettes dont le prolongement donnait lieu à un tétraèdre, et F orientation de ce tétraèdre, par rapport aux faces principales du cristal, était la même. En décrivant les formes des tartrates doubles isomorphes de soude et de potasse, de soude et d’ammoniaque, nous avons remarqué que l’orientation du tétraèdre, type de l’hémiédrie, aurait pu très-bien se trouver en sens inverse, toujours relativement aux faces principales du cristal. Cela ne se présente jamais, ni dans ces tartrates doubles, ni dans les autres, et voilà pourquoi nous disons que Fhé-

miédrie a, dans la plupart des tartrates, le même caractère. Or, dans les circonstances ordinaires, les tartrates, ainsi que l’acide tartrique, devient dans le même sens, à droite, le plan de polarisation.

En 1844, IM. Biot communiqua à T Académie des Sciences la Note suivante de M. Mitsclierlich :

a Le paratartrate et le tartrate doubles de soude et d’am- » moniaque ont la même composition chimique, la même » forme cristalline, avec les mêmes angles, le même poids » spécifique , la même double réfraction , et , par consé- » quent, les mêmes angles entre les axes optiques. Dissous » dans Beau, leur réfraction est la même; mais le tartrate )> dissous dévie le plan de la lumière polarisée, et le para- » tartrate est indifférent , comme M. Biot l a trouvé pour )> toute la série de ces deux genres de sels ; mais ici la na- » ture et le nombre des atomes, leur arrangement et leurs » distances sont les mêmes dans les deux corps comparés. » Lorsque j’eus découvert l’hémiédrie de tous les tartrates, je me hâtai d’étudier avec soin le paratartrate double de soude et d’ammoniaque 5 mais je vis que les facettes tétraédriques, correspondant à celles des tartrates isomorphes, étaient placées, relativement aux faces principales du cristal, tantôt à droite, tantôt à gauche , sur les différents cristaux que j’avais obtenus. Prolongées respectivement, ces facettes donnaient les deux tétraèdres symétriques dont nous parlions précédemment. Je séparai avec soin les cristaux hémièdres à droite, les cristaux hémièdres à gauche; j’observai séparément leurs dissolutions dans l’appareil de polarisation de M. Biot, et je vis, avec surprise et bonheur, que les cristaux bémièdres à droite déviaient â droite , que les cristaux hémièdres à gauche déviaient à gauche le plan de polarisation. Ainsi , je pars de l’acide paratartrique des chimistes, j’obtiens, à la manfère ordinaire, le paratartrate double de soude et d’ammoniaque , et la dissolution laisse déposer, après quelques jours, des cristaux qui ont

tous exactement les mêmes angles , le même aspect ; et pourtant , à coup sûr, l’arrangement moléculaire dans les uns et dans les autres est tout à fait différent. Le pouvoir rotatoire l’atteste, ainsi que le mode de dissymétrie des cristaux. Les deux espèces de cristaux sont isomorphes et isomorphes avec le tartrate correspondant; mais l’isomorphisme se présente là avec une particularité jusqu’ici sans exemple : c’est l’isomorphisme de deux cristaux dissymétriques qui se regardent dans un miroir. Cette comparaison rend le fait d’une manière très-juste. En effet, si dans l’une et l’autre espèce de cristaux je suppose prolongées les facettes hémiédriques jusqu’à leurs rencontres mutuelles , j’obtiens les deux tétraèdres symétriques dont j’ai déjà parlé, inverses l’un de l’autre, et que l’on ne peut superposer, malgré l’identité parfaite de toutes leurs parties respectives. De là j’ai dû conclure que j’avais séparé, par la cristallisation du paratartrate double de soude et d’ammoniaque , deux groupes atomiques symétriquement isomorphes, intimement unis dans l’acide paratartrique. On va voir, en effet, que ces deux espèces de cristaux , qui n’ont d’autre différence que celle de la symétrie de position de l’image dans un miroir à la réalité qui la produit, représentent deux sels distincts d’oû l’on peut extraire deux acides différents. Si l’on traite par une solution de soude caustique la dissolution des cristaux hémièdres à gauche , déviant à gauche , de manière à chasser l’ammoniaque , on obtient un sel de soude qui dévie à gauche le plan de polarisation; et si l’on traite de même lad i ss olution des cristaux hémièdres à droite, déviant à droite , on obtient un sel de soude qui dévie à droite. La même expérience réussit en chassant directement l’ammoniaque par la chaleur. Ainsi le changement de la base n’a pas changé le caractère optique. Ceci pouvait s’attendre dé l’analogie avec les tartrates alcalins dans lesquels la substitution d’une base alcaline à une autre ne change pas le sens de la polarisation.

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